Depuis quelques dizaines
d'années, le porphyre rouge de Trente
(porfido rosso di Trento) s'est imposé dans presque toutes
les villes de
France pour la rénovation des zones piétonnes, sous forme
de pavés, dalles et
bordures. Chacun de nous a marché sur ce porphyre, sans
nécessairement
connaître sa provenance : il est facilement reconnaissable par sa
couleur
rougeâtre et son grain plus fin que celui du granite. Nous avons
cherché
quelles étaient les raisons de ce succès, en rendant
visite en juin 1998 aux carrières
et entreprises de la région de Trente.
1 - Historique et production
Le mot porphyre provient du
grec porfura,
d'après le nom d'un
gastéropode (Murex) produisant une teinture pourpre
(rouge-violacé) ; il a été
transcrit porphyra en
latin avec la même signification.
Les porphyres les plus
connus dans l'Antiquité étaient :
- le Porphyre
Rouge Antique
d'Egypte, ou Porphyre Impérial, extrait du Djebel Dokhan dans le
désert
oriental ; dans cette roche ont été taillés de
nombreux sarcophages impériaux à
l'époque romaine et byzantine, ainsi que huit grandes colonnes
de Sainte Sophie
à Istanbul. Sa coloration est attribuée à une
épidote rouge, la thulite.
- le Porphyre Vert Antique
de Crocée dans le Péloponnèse, est en fait
une andésite triasique dont les feldspaths ont été
transformés en épidote verte
(pistacite); il a servi aux crétois et mycéniens à
confectionner de petits
objets, la carrière a été reprise à
l'époque romaine, où l'on a pu extraire des
blocs un peu plus grands, comme ceux ayant servi à tailler des
colonnettes
spirales (Saint Jean de Latran).
En Suède les porphyres
d'Alvdalen, ont été
découverts au XVIIIe siècle par le roi Gustave III ; de
couleurs très variées,
ils ont servi à tourner des vases (jusqu'à 3000 litres de
capacité), et à
fabriquer des objets décoratifs, jusqu'au sarcophage de 16
tonnes du comte
Bernadotte, roi de Suède.
Dans la région de Trente,
les coulées de porphyre quartzifère ont longtemps
été employées à l'échelle
locale comme simple pierre de construction, comme dalles pour les
cuisines et
aussi comme lauzes de couverture ; on signale ainsi que l'ardesia
di Pinè couvrait la cathédrale de Trente en 1774. On
ne
semble pas les avoir utilisées pour des usages
décoratifs.
Vers 1880, encore à l'époque
autrichienne, on commence à fabriquer des pavés dans le
Haut Adige, pour le
pavage des routes militaires (col du Brenner). La première
concession dans la
région d'Albiano est attribuée en 1911, puis des
concessions plus importantes
sont accordées à des entreprises milanaises par la
commune d'Albiano en 1924,
ensuite par celle de Fornace : elles produisent pavés et
bordures.
A cette époque, l'abattage
se fait à l'aide de leviers (palanchini),
parfois par des fourneaux de mines : dans ce cas on creuse une galerie
étroite,
longue d'une dizaine de mètres, et se terminant par deux petites
galeries
perpendiculaires dans lesquelles est placé l'explosif. La
quantité de poudre
devait être soigneusement évaluée pour abattre la
roche sans la fracturer
exagérément et sans projeter la pierre à distance.
Les blocs sont découpés aux
coins pour les rendre transportables, puis placés sur un banc de
travail
d'environ 1 m2, recouvert de déblais : les ouvriers
découpent alors
plus commodément les dalles en pavés ou bordures. Pour
cela ils gravent au ciseau
un sillon sur une face de la dalle, puis la retournent, quelques coups
de
marteau appliqués au niveau du sillon suffisent pour
découper la dalle. En 1931
on compte 52 carrières avec 800 ouvriers, produisant 90 000 t de
pavages et 23
500 t de pierres de construction. Les premiers camions assurent le
transport
jusqu'à la gare de Trente.
Après la dernière guerre,
les besoins pour la reconstruction des villes italiennes
bombardées
s'intensifient, la production augmente, atteignant 200 000 t de pavages
en 1962
pour l'ensemble de la région, sans que les techniques changent.
En 1964 les
concessions d'Albiano données aux grosses sociétés
milanaises viennent à
échéance, les municipalités propriétaires
des terrains mettent aux enchères de
plus petites parcelles, pour une durée de 9 ans,
privilégiant les petites
entreprises locales et les coopératives ouvrières.
L'introduction des pelles
mécaniques et chargeurs rend obsolètes les rails,
wagonnets et téléphériques,
et augmente la productivité. Dans les années 70,
l'abattage par leviers et
fourneaux de mines est remplacé par des tirs dans des trous
parallèles, forés
au marteau perforateur, verticalement et horizontalement ; les
premières
machines mécaniques ou hydrauliques de fendage
accélèrent la découpe des dalles
et pavés. Des ateliers de sciage et polissage apparaissent.
En 1972 la presque totalité
des producteurs se regroupent dans l'Ufficio
del Porfido, qui assure la promotion de la roche par tous les
moyens
(publications, participations aux expositions...) ce qui assure
l'ouverture de
marchés extérieurs, surtout l'Allemagne, la France, la
Suisse et l'Autriche.
Actuellement l'Ufficio del Porfido est devenu l'Ente
Sviluppo Porfido (ESPO) et coordonne l'ensemble du secteur,
tandis que les activités commerciales et de production sont
assurées par les
consortiums d'Albiano et de Pinè.
Après une forte augmentation
de l'activité au cours des années 1970 et 1980, la
production s'est stabilisée
autour de 1,12 Mt /an de produits de voirie dans les années 90,
la production
de pierres de taille étant devenue minime. L'extraction se fait
surtout dans la
région d'Albiano, sur les communes d'Albiano, Lona-Lases,
Baselga di Pinè et
Fornace : on y dénombre 85 carrières, 215 entreprises
d'extraction et
transformation, 200 entreprises de pose. Au total cette activité
assure 3500
emplois directs dans la province de Trente, assurant une
activité économique
non négligeable, alors que d'autres industries sont en
déclin.
D'autres carrières ont
été
actives dans le même bassin : il existait 19 carrières en
1970 dans les
environs de Bolzano et Predazzo, il ne resterait qu'une petite
carrière à
Bolzano et une à Predazzo.
2 - Le bassin des porphyres
Les porphyres se sont formés
dans un graben (fossé tectonique) résultant d'un
effondrement postérieur à la
formation de la chaîne hercynienne. De multiples et abondantes
éruptions
volcaniques s'y sont produites au cours du Permien inférieur il
y a 260
millions d'années, à peu près à
l'époque où se formait le graben d'Oslo en
Norvège, producteur des célèbres "labradors" de
Larvik.
Le graben de
Trente s'étend sur 7500 km2, sa forme est
en gros triangulaire, avec une longueur de 180 km du lac d'Idro
à la frontière
autrichienne, et une largeur maximale de 70 km. Les trois quarts du
bassin sont
en fait cachés sous le Trias des Dolomites et des Alpes du Sud.

Fig.
1 - Schéma géologique de la région deTrente

Fig. 2 - Production de la
région de Trente de 1922 à 1970
La plus grande épaisseur de
formations volcaniques, de l'ordre de 2000 m, se situe entre Bolzano et
Predazzo.. Le volcanisme est d'un type très particulier,
puisqu'il s'agit
principalement d'émissions d'ignimbrites (voir plus bas).
La stratigraphie de la série
volcanique est assez complexe, avec au dessus d'un conglomérat
de base appelé
Verrrucano, cinq effusions ignimbritiques principales : les deux
premières sont
de composition plus basique (latitique à rhyodacitique), et de
couleur rouge
sombre à vert, les trois suivantes sont de nature purement
rhyolitique (c'est à
dire comparables à celle des granites vrais) avec une couleur
gris à rouge
violacé. En fait seule la coulée supérieure, qui
n'a pas été transformés par
altération hydrothermale, est exploitable, son épaisseur
varie de 100 à 200 m.
Les ignimbrites sont
séparées par des coulées ou des dômes de
laves, des tufs volcaniques ou des
dépôts lacustres ; elles sont traversées par des
cheminées volcaniques et des
filons à sulfures, quartz, fluorite, baryte, etc.
Dans la masse d'ignimbrites
exploitée, la fracturation est caractérisée par
des diaclases subverticales,
espacées de 1 à 50 cm. De ce fait, la roche se
délite facilement en plaques, ce
qui favorise particulièrement la fabrication de dalles et
pavés. L'origine de
ces diaclases est controversée, pour les uns il s'agirait de
fractures
tectoniques liées à l'orogénèse alpine,
pour les autres de fractures de
refroidissement de la coulée. Ayant observé des figures plumeuses sur la
surface des fractures, notamment dans une carrière de Fornace
(fig. 8), nous
penchons plutôt pour la première hypothèse, car ces
figures sont
caractéristiques des fractures d'extension.
3 -Pétrographie et
propriétés physiques
Rappelons d'abord que le
terme de porphyre n'est plus employés par les
pétrographes actuels, sinon pour
caractériser la texture d'une roche
: une texture porphyrique comporte de grands cristaux automorphes dans
une pâte
à grain plus fin, elle est fréquente dans les granites.
Le porphyre de Trente
(dénomination commerciale) correspond à une rhyolite,
équivalent volcanique des granites. Le composant
principal (50-55%) est une matrice vitreuse, de couleur verte ou rouge,
ayant
les caractéristiques d'un verre fondu. Aussi la découpe
des plaques
s'apparente-t-elle à la découpe du verre à vitres
: on grave une rainure sur
une face, on retourne la plaque et quelques coups de maillet
appliqués à
l'opposé de la rainure fendent la plaque ; il est même
possible d'effectuer des
découpes sinueuses. En fait la matrice est souvent
dévitrifiée, c'est-à-dire
finement recristallisée en petites aiguilles et sphérules
avec petits cristaux
de quartz, tridymite (variété de quartz de haute
température), feldspath
alcalin, chlorite... On note également des restes
déformés d'écailles vitreuses
à structure fluidale.
Dans cette matrice sont
dispersés des cristaux de 0,5 à 5 mm de feldspaths et de
quartz. On reconnaît
des feldspaths potassiques (sanidine) de couleur rouge (15-20%), des
plagioclases
en lattes blanches (andésine, 15-20%), des quartz translucides
assez gros
(20%), des biotites chloritisées (6-8%). Ces
phénocristaux montrent souvent des
golfes de corrosion.
La composition chimique
moyenne montre une forte teneur en silice et
un faible pourcentage de chaux:
|
|
Tomio et Filippi, 1998 |
Cardu et al., 1990 |
|
SiO2 |
73,68 % |
73,1 % |
|
Al2O3 |
12,05 |
13,2 |
|
K2O |
5,77 |
5,3 |
|
Na2O |
2,06 |
2,2 |
|
Fe2O3 |
2,62 |
2,3 |
|
CaO |
0,63 |
1,1 |
Parmi les principales propriétés
physiques, relevons :
|
|
Tomio et Filippi, 1998 |
Cardu et al., 1990 |
|
Densité |
2,555 |
2,68 |
|
Rés. compression |
221,5 MPa sur cubes |
161 MPa sur cubes 209 MPa sur cylindres |
|
Rés. flexion |
22,5 MPa |
26,1 MPa |
|
Rés. choc |
62 cm |
70 cm |
|
Coef. imbibition (masse) |
0,653 % |
0,568 % |
|
Coef. dilatation |
5,55.10-6/°C |
9,9.10-6/°C |
On remarquera la forte
différence de résistance à la compression entre
échantillons cubiques et
cylindriques, ce qui signifie qu'il faudrait des échantillons de
forme et de
taille identique pour comparer des roches différentes. Quoi
qu'il en soit la résistance
à la compression du porphyre est élevée,
n'étant dépassée que par celle des
diabases et des quartzites.
La dureté est également
élevée par rapport à d'autres roches, cependant sa
mesure par la moyenne des
empreintes d'un indenteur Vickers est une méthode contestable.
La résistance à l'usure est
effectuée par une méthode propre à l'Italie
(valant 1,51 fois celle de la roche
de référence, le granite de San Fedelino), et impossible
à comparer aux mesures
faites dans d'autres pays, mais il n'y a pas de doute qu'elle soit
excellente.
La résistance au gel est
estimée en Italie par la différence entre les
résistances à la compression
avant et après 20 cycles à -15°C : le matériau
est considéré comme ingélif si
la résistance diminue de moins de 25 %. Selon Tomio et Filippi
(1998) la
résistance passe en moyenne de 221,5 à 202,6 Mpa, soit
une chute de 8,5 %
seulement. Par contre selon les résultats de Cardu et al. (1991)
la
résistance passe :
- de 161 à 86,2 Mpa sur
échantillons cubiques (- 46,4 %)
- de 209 à 195,3 sur
échantillons cylindriques (-6,5 %),
ce qui signifierait que les
produits cubiques sont gélifs ! Ici encore la parution de normes
européennes
est hautement souhaitable.
4 - Les carrières de la
région d'Albiano
Ce sont les plus importantes
de la province, elles se répartissent sur les communes
d'Albiano, Fornace,
Baselga di Piné et Lona-Lases. Des carrières moins
importantes nous ont été
signalées près de Bolzano (Bronzolo, Valle Sarentina) et
de Predazzo.

Fig.
3 - Vue de la route d'Albiano vers le nord, anciennes carrières
de porphyre sous le village de Verla. Au dessus du village, le porphyre
est recouvert par les dolomies du Permien supérieur (formation
à Bellerophon)

Fig.4 - Vue partielle de la grande
carrière d'Albiano, sur le flanc Est du Monte Barco. A
l'arrière plan, calcaires du Lias des Alpes du Sud.
Fig. 5 - Partie Sud de la
carrière d'Albiano. La décharge est masquée dans
la forêt à l'arrière plan

Fig. 6 - Fracturation subverticale
typique des porphyres de Trente, qui permet l'obtention facile de
dalles. Stock de dalles de 1 m2 environ
Elles sont implantées sur
des flancs de vallées à forte pente, couverts de belles
forêts de conifères.
Malgré cet environnement sensible, les mouvements
écologistes ne posent pas de
problèmes selon les producteurs, il semble admis que la
production de porphyre
est une activité vitale pour la région.
Les carriers obtiennent des
communes de petites concessions, larges d'une cinquantaine de
mètres ; ils
paient une redevance qui doit permettre aux communes la remise en
état des
terrains dans le futur. Une grande carrière comme celle
d'Albiano comprend
plusieurs concessions côte à côte.
Les carrières ont débuté
au
bas des pentes, elles sont organisées en gradins assez
élevés (de l'ordre de 25
m), communs aux divers exploitants. La couverture est un sol
végétal de
quelques mètres seulement, au voisinage duquel les surfaces de
fractures
montrent des teintes mordorées d'oxydation, et parfois des
débuts de glissement
sur les versants (fauchage, fig. 7).

Fig.
7 - Fauchage replissant la fracturation à Albiano, partie Nord ;
le fauchage résulte de glissements sur les versants
altérés

Fig. 8 - Figures plumeuses sur une
surface de fracture, indiquant une origine par extension ;
échelle donnée par le marteau
L'abattage se fait par tirs
de dynamite-gomme dans des forages horizontaux de 15 cm de
diamètre, profonds
de 6 à 7 m, espacés de 1 à 1,5 m : ils sont
dirigés de préférence
perpendiculairement à la fracturation. Quelques tirs dans des
forages verticaux
aident au basculement de la masse. Le tri des dalles se fait
aussitôt, toutes
celles comportant des fractures non ouvertes sont clivées aux
coins ; les
dalles épaisses (20-30 cm), abondantes à Albiano dans le
gradin supérieur,
servent pour les pavés de grandes dimensions, et accessoirement
comme pierres
de construction. Les dalles de 2-3 cm, plus nombreuses dans le gradin
moyen,
d'une surface de 1 à 1,5 m2, sont
réservées à la production de
revêtements de sols et murs, elles sont placées dans des
bennes que des camions
transportent aux ateliers ; celles de petite taille sont
immédiatement empilées
sur palettes pour les sols en opus incertum.
Les déchets sont concassés
dans une installation voisine pour la fabrication de béton ou
les fondations de
routes, ou portés à une décharge commune
située dans un vallon voisin. Le
rendement est de 30 à 50% selon les sources.
5 - Les ateliers de
transformation
Ils sont pour la plupart
implantés sur le plancher des carrières, mais il en
existe d'autres situés au
sommet de certaines carrières ou dispersés dans la
région.
L'activité majeure est la
fabrication de pavés et bordures ; les camions déversent
les dalles épaisses
sur une plateforme allongée, en contrebas de laquelle sont
placés les postes de
fendage, au nombre de 10 ou 12. Chacun d'eux est équipé
d'une presse avec
couteaux garnis de carbure de tungstène ; le couteau
supérieur est actionné par
un vérin hydraulique, mais il existe encore des modèles
dans lesquels
l'entraînement du couteau est mécanique, par le moyen
d'une courroie
débrayable. Les pavés sont stockés sur le sol
selon leurs dimensions, puis
chargés dans des grands sacs en tissu plastique, ou bien
directement placés
dans des bennes métalliques qui seront transportées vers
le lieu de pose par
des camions-bennes.
Les dalles de faible
épaisseur et de surface convenable sont découpées
dans des ateliers par des presses
ou sciées au disque diamanté.
On remarque également sur
les chantiers des tranches polies de 2 ou 3 cm d'épaisseur,
elles proviennent
de sciage au châssis, opération qui est
exécutée ailleurs et revient assez cher
du fait de la dureté du porphyre.

Fig.
9 - Quelques uns des ateliers sur le plancher de la carrière
d'Albiano

Fig. 10 - Découpe de dalles
épaisses à la presse hydraulique pour la fabrication de
pavés
6 - Les produits et leurs
applications
Les pavés cubiques (cubetti)
représentent sans doute la plus grosse part de la production ;
selon
l'épaisseur des dalles on les produit en 6 dimensions
normalisées, la face
apparente du pavé ou tête étant toujours une
surface de fracture naturelle, les
côtés découpés à la presse
étant plus irréguliers :
|
Type |
épaisseur |
dimensions de la tête |
poids par m2 posé |
nombre de pavés par m2 posé |
|
|
|
|
|
|
|
4/6 |
4 à 7 cm |
4 à 6 cm |
100 kg |
290 à 300 |
|
6/8 |
6 à 9 |
5,5 à 8 |
130 à 140 |
155 à 160 |
|
8/10 |
8 à 12 |
7,5 à 11 |
180 à 200 |
95 à 100 |
|
10/12 |
10 à 14 |
10 à 13 |
220 à 250 |
63 à 67 |
|
12/14 |
12 à 16 |
12 à 15 |
250 à 300 |
44 à 47 |
|
14/18 |
14 à 20 |
14 à 20 |
300 à 350 |
27 à 31 |
Le premier type sert au
pavage de zones piétonnes et jardins, les suivants pour les
zones à circulation
de véhicules.
Les variations de
dimensions à l'intérieur d'un type donné
permettent de prendre en compte les réductions de taille
nécessaires à la pose
en arches ou en queue de paon ; pour ce qui concerne les dessins
possibles et
la mise en oeuvre, on se reportera aux ouvrages de très
documentés de Tomio et
Filippi (1998) et Angheben (1997)publiés par ESPO.
Les pavés rectangulaires
(binderi)
sont des dalles épaisses (5 à 20 cm)
découpées en rectangles de 10 , 12 ou 14
cm de large, avec une longueur libre. Elles servent à
réaliser des bandeaux
délimitant les zones pavées de couleurs
différentes, ou bien des pavés allongés
en rangées parallèles.
Les bordures de trottoirs (cordoni)
ont une largeur de 5 à 12 cm, pour une hauteur de 20 à 30
cm (longueur libre).
Les cordoni a spacco sont obtenus par
découpe au moyen de puissantes presses, la face
supérieure est soit le plan de
fracture naturelle soit le plan de découpe selon les
modèles. D'autres modèles
ont la face supérieure ou le côté visible
sciés, les faces apparentes étant
ensuite rendues rugueuses par sablage, flammage ou bouchardage.
Les dalles
irrégulières (lastrame
irregolare), pour pose en opus
incertum (ou palladien), sont normalisées en ce qui concerne les
épaisseurs et
les longueurs minimales.
Les dalles tranchées (piastrelle
tranciate) sont découpées à angle droit
à la presse ; leurs bords étant
irréguliers (tolérance ± 1 cm), elles sont mieux
adaptées à la pose en extérieur; les largeurs
varient de 5 en 5 cm entre 10 et
35 cm, avec des longueurs libres. L'épaisseur est de 2 à
5 cm pour les modèles
normaux, de 5 à 8 cm pour les dalles épaisses devant
faire face au passage de
véhicules.
Une variété appelée smolleri est destinée à être
posée sur
la tranche, pour éviter que les voitures ne dérapent sur
les chemins d'accès à
forte pente.
Les dalles naturelles
sciées (piastrelle
piano naturale e coste fresate) ont une épaisseur variable
dépendant du
parallélisme des fractures naturelles ; les épaisseurs
sont regroupées en 2 à 5
cm, 3 à 7 cm, 5 à 8 cm, les premières étant
les plus fréquentes. Les largeurs
vont de 20 à 40 cm, avec une longueur libre. Il est possible
d'obtenir des
dimensions fixes, jusqu'à 30 x 60 cm.
Les dalles sciées (piastrelle
piano sega) sont obtenues par sciage au châssis ou au disque
sur leurs 6
faces, elles peuvent être sablées ou polies ; dans ce
dernier cas le polissage
fait ressortir les variations de couleur, il est impossible d'assurer
l'homogénéité chromatique.
Les ateliers assurent aussi
la fabrication sur commande de marches d'escaliers et d'accessoires
divers de
voirie, ainsi que de pierres de taille tranchées ou
sciées.
7 - Conclusion
Le porphyre de Trente, en
réalité une rhyolite mise en place par des
éruptions ignimbritiques au Permien
inférieur, a une extension considérable : les
réserves géologiques sont
immenses, les réserves exploitables ne sont limitées que
par les conditions
d'accès et la politique des autorités.
Cette roche très dure et
résistante à l'abrasion permet la production de dalles et
de produits de voirie
à des prix compétitifs, grâce à une
fracturation naturelle subverticale assez
régulière, dont l'origine tectonique est probable.
L'existence de ces fractures
plus ou moins parallèles permet de faire l'économie de
deux coupes pour un
produit parallélépipédique à six faces. Si
la roche était massive, son abattage
et son sciage ne seraient sans doute pas économiques. Cette
fracturation
discontinue est tout à fait différente d'une
fissilité pénétrative comme celle
des schistes et ardoises.
Au cours du façonnage, les
ouvriers doivent ouvrir au coin et au maillet toutes les fractures
existantes,
faute de quoi elles pourraient s'ouvrir sous l'effet du gel. Les
surfaces de
fractures naturelles sont antidérapantes, même par temps
de pluie, et très résistantes
à l'abrasion mécanique et aux attaques chimiques comme en
témoigne leur emploi
pour les couvertures anciennes en lauzes et dans l'industrie chimique.
Il existe deux teintes
prédominantes, rougeâtre et gris-verdâtre, qui
peuvent être alternées pour la
pose de pavés. Les surfaces résultant de découpes
à la presse étant plus
rugueuses que les faces naturelles, celles-ci sont posées
apparentes. Le
porphyre peut aussi être scié sur une ou plusieurs faces :
dans ce cas on le
rend antidérapant, comme les faces naturelles, par sablage,
flammage ou
bouchardage.
Le porphyre prend un bon
poli, mais alors les variations de couleur et les traînées
claires deviennent
beaucoup plus apparentes, on ne peut obtenir de couleurs unies.
Le succès du porphyre en
Europe résulte des propriétés physiques et
chimiques propres à cette roche
vitreuse, mais aussi des regroupements de producteurs qui permettent
une
promotion à grande échelle, la coordination de la
production et de la
commercialisation, comme le Consorzio
Cavatori Produttori Porfido sis à
Albiano.
Références
Angheben A, 1997, La posa in opera del porfido, éditions e.s.PO, Albiano.
Cardu M. et al., 1990, I porfidi del Trentino, Boll. Assoc. Mineraria Subalpina, 27/1-2, p.99-117.
Tomio P. et Filippi F., 1998, Il manuale del porfido, éditions e.s.PO, Albiano.
NOTE SUR LES IGNIMBRITES
Les ignimbrites (de ignis = feu et imber = pluie), autrefois appelées "tufs soudés", représentent un type particulier de pyroclastites, dépôts provenant de produits éjectés violemment par certains volcans. Ces roches se sont déposées en coulées épaisses de plusieurs dizaines de mètres, à la suite de l'explosion de volcans émettant des roches riches en silice, donc très visqueuses, de composition généralement rhyolitique, parfois trachytique ou phonolitique.
Elles proviennent de l'émission d'un mélange à haute température formé de bulles de laves accompagnées de grandes quantités de gaz, qui déborde du cratère et se répand à grande vitesse (jusqu'à 360 km/h) et grande distance (jusqu'à plus de 100 km) en remplissant les reliefs de la topographie. Quand le flux turbulent ralentit, les aiguilles de verre volcanique et les cristaux isolés se sédimentent, la température atteignant encore 600 à 750 °C, si bien que les fragments de verres se soudent entre eux.
Quand la coulée comprend des fragments de ponce, ceux-ci s'aplatissent et forment des disques dont la coupe dessine des "flammes", caractéristiques de certains niveaux des coulées ignimbritiques. Au sommet des coulées se trouvent des niveaux de ponces, qui se sont refroidies plus rapidement et ne sont pas soudées.
Vu le grand volume de produits expulsés, on pense que ces éruptions sont liées à l'effondrement du toit de chambres de magmas granitiques, situées à quelques kilomètres de profondeur, dont résultent de grandes dépressions circulaires, les caldeiras.
Lorsqu'au contraire les magmas riches en silice remontent calmement dans la cheminée volcanique, le dégazage est précoce et la lave s'élève lentement en forme de dômes ou coulées épaisses . Les phonolites pliocènes du Velay montrent de beaux exemples de dômes ; quelques uns de ces dômes ont été reconnus dans la série volcanique permienne de Trente.
Parmi les plus grands dépôts ignimbritiques connus, citons ceux de la Vallée des Dix Mille Fumées en Alaska, les tufs de Kirsehir en Anatolie, les tufs du lac Toba à Sumatra.