Les roches ornementales de Suède

PERRIER R., Mines et Carrières, vol. 77, mars 1995, p. 43-49

1 - Historique

Le territoire de la Suède actuelle, comme tout l'ensemble des pays scandinaves, n'a commencé à être libéré des glaces de la dernière grande période glaciaire qu'aux environs de 10000 ans avant J.C.; dès lors, le territoire s'est peuplé peu à peu de pêcheurs et chasseurs, employant des outils et armes de silex (sans doute importés), et collectant l'ambre des rivages de la baltique pour confectionner des bijoux.

Au Néolithique apparaissent les premières sculptures sur pierre, comme cette tête d'élan en diorite du Statens Historiska Museet de Stockholm, datant du second millénaire. Cependant la Suède, faute de reliefs rocheux dans une grande partie du pays, est loin d'être aussi riche que la Norvège en gravures rupestres .

Au cours du haut Moyen-Age (400 à 1100) les habitants de l'île de Gotland extraient du sol de nombreuses pierres calcaires plates, de 3 à 4 m de haut, qu'ils sculptent, polissent et gravent de représentations de guerriers et de bateaux ; les pierres gravées de Gotland, ancêtres de la bande dessinée, avaient sans doute un usage funéraire.

A l'époque viking, contrairement aux danois et norvégiens qui pillent systématiquement l'Occident chrétien, bien affaibli après la disparition de l'empire carolingien, les suédois effectuent de longues randonnées le long des fleuves russes et à travers la Mer Noire, qui les mènent de Novgorod jusqu'à Byzance et même à Bagdad, dans des buts commerciaux semble-t-il et pour se louer comme mercenaires. De cette époque datent les pierres runiques, stèles dressées de 1 à 3 m de haut, recouvertes d'inscriptions commémorant un évènement ou le décès d'un personnage. L'un des textes les plus anciens de suédois littéraire est celui de la célèbre pierre de Rök dans la province d'Östergötland, considérée comme la plus belle pierre runique du monde, elle date du IXe siècle. Une autre pierre runique importante se trouve à Karlevi dans l’île d'Öland, elle est gravée de runes versifiées, datant de la fin du Xe siècle.

A cette époque les vikings commencent à se christianiser. Ils abandonnent peu à peu les sacrifices humains et leurs dieux effrayants : Odin (Wotan des germains) avec son cheval à huit pattes Sleipnir, sa lance et son corbeau (attributs de la mort), Fryg son épouse impudique, Thor et son marteau à écraser les monstres, grand buveur et niais, dieu de la guerre, et bien d'autres dieux et héros secondaires comme Tyr le manchot, Fenrir le loup fourbe, la géante Skathy hantant les montagnes, les elfes bénéfiques ou maléfiques, les terrifiantes cavalières Valkyries qui choisissent les morts...

Le développement du christianisme s'accompagne de la construction de nombreuses églises ; celles de bois n'ont pas subsisté (tandis que celles de Norvège ont été merveilleusement conservées). Au XII et XIIIe siècles, les calcaires siluriens et ordoviciens sont largement employés, principalement dans les régions où ils affleurent, îles d'Öland et Gotland, lac Vatern, Östersund ; ces pierres sont exportées jusqu'en Angleterre.

Le XVIIe siècle voit l'ouverture des premières carrières de marbre à Kolmården par un certain Louis de Geer : ce marbre vert serpentineux servira plus tard à l'ornement de divers palais de Stockholm (colonnes, dallages, revêtements muraux), il sera diffusé sous le nom de Vert de Suède en Europe occidentale, en Russie, et encore plus loin.

Fig. 1 - Moulin à vent dans le SW de la Suède

Les porphyres d'Älvdalen (ou de Dala, ou encore de Blyberg) furent découverts par le roi Gustav III au XVIIIe siècle, après son voyage en Italie au cours duquel il admira de beaux objets taillés dans cette roche ; leur succès fut assuré par le maréchal Bernadotte, devenu roi de Suède en 1810, qui les fit exporter en France. Outre de nombreux objets décoratifs, ce porphyre (dont il existerait plus de 250 variétés colorées) a servi à de véritables monuments comme le tombeau de Bernadotte (16 tonnes) achevé en 1865 et le vase d'une capacité de 3000 litres du palais d'été de Rosendal à Stockholm.

Les granites n'ont pendant longtemps été exploités qu'à l'état de blocs erratiques, leur expansion date du XIXe siècle, quand on s'aperçut qu'ils pouvaient concurrencer ceux d'Ecosse. Leur production débuta industriellement en 1865, à partir de centres localisés sur les côtes, elle s'accrût jusqu'au début de ce siècle, employant alors 12000 ouvriers ; des blocs étaient exportés, surtout en Allemagne, un peu en Grande Bretagne et au Danemark, on fabriquait sur place quantités de pavés, de bordures et de pierres de taille. Les principaux centres étaient alors :

- la région de Bohus au N du port de Lysekil, avec des granites gris ou rouges, faciles à exploiter grâce aux joints horizontaux (Malmon, Hunnebostrand, Lysekil) ; d'autres carrières fournissaient des blocs de grande taille, permettant de faire des socles massifs pour des statues. On trouvait au début du siècle dans la région de Bohus une entreprise ayant 1200 employés , une autre 550, deux autres 350.

- déjà plusieurs carrières extrayaient le gneiss rouge (aujourd'hui appelé migmatite) entre Falkenberg et Halmstad.

- la région de Karlshamn était un autre centre granitier important, avec le Noir de Suède, les rouges d'Oppmana et Vånga, les verts d'Ekeröd et de Varberg.

- la province de Kalmar, avec de nombreuses carrières de granites rouges ou bruns entre Oskarshamn et Västervik (granites de Vånevik, dont la carrière est aujourd'hui devenue un musée, de Virbo, d'Uthammar, de Flivik, de Västervik).

D'autres granites étaient exploités autour de Stokholm (Grafversfors, Uppsala, Vätö) et dans la capitale même.

Dans les provinces du Nord, un granite rouge provenait de Kilafors, un gris de Örnsköldsvik. Toutes ces carrières ont maintenant cessé leur activité.

La Suède est divisée en départements (län), mais les noms des anciennes provinces (Skåne = Scanie, Småland, Uppland...), aux limites imprécises, sont encore largement employés dans les textes. Signalons quelques particularités de la prononciation : la lettre å se prononce ô, le ä se prononce ê et le ö se prononce e.

Fig. 2 - Pierre gravée de Larbro (Gotland)

Fig. 3 - Pierre runique de Rök (Östergötland), datant du IXe siècle


Fig. 4 - Autre pierre runique célèbre, celle de Karlevi (ïle d'Öland), du Xe siècle

Fig. 5 - L'alphabet runique : plusieurs lettres proviennent du grec

       2 - Aperçu géologique

La Suède est constituée pour sa plus grande partie par un bouclier précambrien (le bouclier baltique, ou fenno-scandien), et dans le NW par la chaîne calédonienne, qui chevauche le bouclier.

Fig. 6 - Carte géologique de la Suède méridionale, et situation des carrières de Suède

Fig. 7 - Schéma de l'histoire précambrienne du Bouclier Baltique

   Nous examinerons plus en détail le bouclier précambrien, qui produit presque toutes les roches ornementales du pays. Les études géologiques sont malheureusement encore très incomplètes: la couverture de cartes géologiques de détail est peu avancée, il n'y a pas eu de réédition de la carte d'ensemble depuis 1958, et depuis la fin du XIXe siècle le Service géologique (Sveriges Geologiska Undersökning) ne s'est plus intéressé aux roches ornementales.

La compréhension de l'évolution précambrienne repose sur les datations absolues, dont le nombre est encore insuffisant ; les idées des spécialistes étaient assez confuses jusqu'ici, il faut le reconnaître, jusqu'à ce que paraisse l'interprétation de Gaal et Gorbatschev (1987). Elle fournit une interprétation plausible, que nous allons la résumer, même si elle n'a qu'une valeur provisoire.

Les terrains archéens (plus de 2500 millions d'années) n'étant représentés qu'en Finlande et en Carélie russe, le bouclier baltique en Suède ne comprend que des terrains protérozoïques ; ils se subdivisent en deux zones d'âge différent, séparées par une ligne de fractures majeures, la zone de la Protogine, marquée par une forte schistosité et des injections. A l'Est se trouve la zone svéco-fennienne (c'est à dire couvrant une partie de la Suède et de la Finlande), datée de 2000 à 1750 Ma, et à l'Ouest la zone Sud-ouest scandinave, s'étendant dans le SW de la Suède et le Sud de la Norvège, formée entre 1750 et 1000 Ma.

A - Zone svéco-fennienne

Elle est formée de roches métamorphiques recouvrant l'Est et tout le Nord du pays. Ces roches proviennent de séries volcano-sédimentaires, comportant des calcaires et des grès avec d'importantes intercalations de rhyolites et dacites, puis à la partie supérieure des conglomérats, grès et argiles entrecoupées de coulées basaltiques. Dans le Nord des grès très épais prédominent, formant la province centrale de la zone svéco-fennienne, ou bassin botnien.

Des granites se sont injectés à deux périodes distinctes :

                   - de 1900 à 1870 Ma, accompagnés d'un fort métamorphisme pouvant atteindre le stade des migmatites,

                   - de 1830 à 1870 Ma, phase correspondant à une compression E-W.

Après la fin de l'orogénèse svéco-fennienne, de vastes intrusions de granites alcalins post-tectoniques se sont mises en place le long de la ligne de la protogine, formant en particulier les massifs du Småland et du Värmland. Cette zone granitique est appelée ceinture trans-scandinave ; elle se retrouverait en Norvège dans les fenêtres ouvertes dans les nappes calédoniennes, selon l'interprétation gorbatschevienne. Ces granites, à la différence des intrusions contemporaines de Finlande méridionale (granites rapakivis), comportent peu d'ovoïdes de feldspaths. Le massif du Småland produit les granites rouges des régions de Västervik et Trånas, ceux du petit massif d'Ivö donnent le rouge Vånga.

D'importantes émissions volcaniques (ignimbrites) ont accompagné la mise en place des granites du Värmland, formant les porphyres d'Älvdalen. Ensuite se sont déposés les grès continentaux de Dala, datés du Jotnien (1400-1300 Ma), qui forment un vaste bassin sédimentaire à l'W d'Älvdalen.

B - Zone Sud-ouest scandinave

La zone de la Protogine correspond à des failles actives entre 1500 et 900 Ma, soit pendant toute l'histoire de la zone Sud-ouest scandinave : elle se marque par une forte foliation des gneiss, et par des intrusions de syénites et de filons de dolérites (Noir de Suède). D'autres lignes de fractures majeures se retrouvent plus à l'W, correspondant peut-être aussi à des décrochements chevauchants vers l'E, telle la ligne de la Mylonite.

La zone Sud-ouest scandinave, aussi appelée zone des gneiss du SW en Suède, est formée de roches sédimentaires et volcaniques plus jeunes ( 1750-1500 Ma) que celles de la zone svéco-fennienne. Elles ont été intrudées de granites et fortement métamorphisées  lors de plusieurs orogenèses successives :

-  phase gothienne (1500 Ma),

- phase hallandienne (1400 Ma), avec un métamorphisme atteignant le stade des migmatites dans la région de Halmstad, et des intrusions de charnockites à Varberg,

- phases svéco-norvégiennes (1200 et 1000 Ma), autrefois appelées dalslandiennes, et contemporaines de l'orogénèse de Grenville au Canada. Elles s'accompagnent d'un mouvement des grands accidents (Protogine, Mylonite...).

Les intrusions les plus récentes sont celles des granites de Bohus (900 Ma).

L'histoire de Précambrien du bouclier baltique peut donc se résumer, dans l'état actuel des connaissances, à une accrétion de croûte continentale se propageant du NE au SW à partir d'un noyau archéen : la première croûte continentale apparue à l'Archéen (zone carélienne à zone de Kola) s'est accrue par l'incorporation d'arcs insulaires successifs, comprenant des sédiments, mais surtout des produits volcaniques et des intrusions granitiques.

Le Protérozoïque supérieur manque en Suède, sauf au front de la chaîne calédonienne ; la transgression paléozoïque (Cambrien à Silurien) a sans doute recouvert le bouclier en Suède, il en reste quelques témoins dans des dépressions du lac de Siljan à la Scanie. Un bassin paléozoïque important s'ouvre sous la mer baltique, comme le montrent les îles d'Öland et de Gotland.

Mentionnons en passant le cratère du lac Siljan en Dalécarlie, qui est le plus grand cratère connu en Europe : il s'agit d'une structure circulaire de 52 km de diamètre, occupé en partie par le lac ; c'est probablement le résultat de l'impact d'une météorite géante, il y a 360 Ma, c'est à dire à la limite entre le Dévonien et le Carbonifère. Le forage de Gravberg, profond de 6600 m environ, a traversé sur toute sa hauteur des granites avec de nombreuses zones fracturées.


Fig. 8 - Carrière de migmatite Nylandia à Alberga, au premier plan surfaces moutonnées par les glaciers

Fig. 9 - Eglise creusée dans une butte de migmatites à Stockholm, le dessin de la roche fournit le décor

   Fig. 10 - Granite rouge de Tranas


   Fig.11 - Carrière abandonnée de granite rouge Gottenrot, à Krokkemala

   

Fig. 12 - Carrière de granite rouge de Vanga : un réseau de trois systèmes de fractures orthogonales assure un prédécoupage de la masse

   Fig. 13 - Granite rouge d'Ivö

   

Fig. 14 - Plan de faille avec stries obliques, carrière de Vanga

C - La chaîne calédonienne

Cette chaîne, longue de 1800 km en Scandinavie, forme encore des reliefs importants à la limite entre la Suède et la Norvège. Sa direction SW-NE est tout à fait différente de celle des zones précambriennes, elle s'esquisse à l'extrême fin de l'ère précambrienne, avec le dépôt des grès vendiens.

La chaîne est formée de nappes chevauchantes vers le SE, sur le bouclier recouvert d'une mince série autochtone : on y trouve sur les bassins vendiens, un Cambrien comprenant des grès puis des argiles uranifères (alum shales), un Ordovicien calcaire puis argileux. Le Silurien débute aussi par des calcaires, suivis d'argiles, il se termine par des sables deltaïques, qui proviennent du NW, c'est à dire de l'intérieur de la chaîne.

Dans les zones internes, les nappes comportent du socle, des sédiments cambro-siluriens, et des nappes ophiolitiques mises en place dès le Cambrien supérieur. La phase terminale, datant du Silurien supérieur, est responsable du chevauchement sur le bouclier et d'un métamorphisme de type Schistes Verts ; elle résulte sans doute d'une collision continentale.

Les grès rouges du Dévonien (Old Red Sanstone) se trouvent en Norvège dans des fossés d'extension, ils témoignent de la destruction de la chaîne, qui a sans doute atteint un degré élevé de pénéplanation : les reliefs actuels de la chaîne calédonienne sont probablement le résultat de soulèvements postérieurs, en particulier lors de la formation des bassins de la Mer de Norvège à partir du Mésozoïque.

La plus grande partie du bouclier est sans doute restée émergée du Dévonien au Tertiaire, à l'exception du Sud de la Scanie. Une importante altération des roches s'est sans doute produite durant cette longue période, comme en témoignent quelques dépôts de kaolin près de Vånga. Cependant il ne reste le plus souvent aucune trace de ces zones altérées ; les affleurements et les carrières montrent que les roches sont fraîches jusqu'au niveau du sol, des blocs commerciaux peuvent s'extraire dès la surface. Cette situation très favorable résulte du grand décapage qui s'est produit pendant la circulation des glaciers de l'inlandsis au Quaternaire ancien et jusqu'à l'époque préhistorique : il est ainsi facile, en parcourant les collines émergeant des dépôts quaternaires, de déterminer les zones propices à l'implantation des carrières : on distingue parfaitement les variations de couleur et de grain, les inclusions, et le système de fractures. Ces conditions ne s'appliquent pas toutefois aux filons de dolérites, qui se trouvent plus altérés en surface et ne forment pas de relief.

3 - Principales roches ornementales

A - Zone svéco-fennienne

La migmatite ("granit veiné") de Björkvik, au SE de Katerineholm, est connue sous le nom de Nylandia : elle comprend des alternances de niveaux roses (feldspaths et quartz) et de niveaux noirs riches en biotite. Les carrières montrent une fracturation assez importante, et localement de grosses inclusions noires. Le granite rouge d'Arboga, plus au NW, a été abandonné et la carrière rebouchée.

Non loin de là se trouve une petite exploitation de marbre dolomitique gris ou brun, la marbre d'Ekeberg, qui n'est pas exporté ; il contient de gros grains d'amphibole et des micas incolores (phlogopite). Ses couleurs, très variables, vont du gris beige veiné de jaune au gris bleu à taches gris vert.

Le marbre vert de Kolmården, provenait d'une localité appelée Marmorbruket au NE de Norrköping ; il a eu une célébrité à l'échelle mondiale, mais la lentille, épaisse d'une quinzaine de mètres, est épuisée.

Si les granites syntectoniques svéco-fenniens semblent abandonnés, les granites post-tectoniques ("rapakivis") sont exploités depuis le siècle dernier, et continuent à l'être à large échelle, même si les carrières se sont déplacé depuis.

Dans la province de Jönköpings, à 6 km au NW de la ville de Tranås, une carrière poursuit l'extraction du granite rouge à gros grain, légèrement orienté ; c'est un granite alcalin, avec 70 % de feldspaths rouges, des quartz gris ou bleutés, de la biotite et un peu d'afverdsonite. La fracturation assez intense gêne l'obtention de très gros blocs. Une variété plus claire, le Tranås rubin, provient d'Askeryd. Un produit similaire se trouve à Solberga, près de Nässjö.

Sur la côte baltique, la province de Kalmar possède encore quelques carrières de granites rouges ou bruns. Le rouge appelé Impérial ou Gottenrot est obtenu à Gässhult, mais les carrières de Krokemåla, Askaremåla et Lindnas sont fermées.

Près de Västervik se trouvent des carrières de granite brun-rouge appelés Mahogany, Quimbra ou Flaminguero ; la compagnie GK Sten de Västervik produit 1000 m3/an de la variété Edel Mahogany.

Près de Kristianstad, juste au nord du lac Ivö, se trouvent les importantes carrières de Vånga, granite rouge à gros grain, à structure nettement orientée, très riche en gros feldspaths rouges, avec peu de quartz et quelques traînées biotitiques (schlieren), parfois altérées en vert.

Le porphyre d'Älvdalen, toujours exploité pour de petits objets décoratifs, est lié aux intrusions de granites rapakivis post-tectoniques du Värmland. Ses variétés très nombreuses sont caractérisées par des feldspaths souvent prismatiques, de 2 à 5 mm de long. C'est une roche volcanique, de composition rhyolitique à trachytique, déposée par des nuées ardentes (ignimbrites) : on remarque fréquemment des zones colorées allongées (flammes), allongées parallèlement entre elles. Un âge de 1640 Ma leur a été attribué.

Fig. 15 - Quartzite de Dala

Les quartzites de Dala (appelés aussi quartzites d'Alvdalen ou de Wasa), qui forment de grands affleurements presque horizontaux plus à l'Ouest, sont discordants sur la série volcanique et appartiennent aux séries sédimentaires gothiennes. Ce sont des grès feldspathiques à grain fin, de couleur rouge (alternance de lamines rouges et roses, dont la coloration est due à de l'hématite), avec aussi des stratifications entrecroisées et des ripple marks (traces de vagues). Ils sont intercalés de niveaux d'argilites et de conglomérats, et représentent une sédimentation continentale, sans fossiles. L'extraction est faite dans plusieurs localités de la région d'Alvdalen, en particulier à Mångsbodarna. Contrairement aux "quartzites" usuels du commerce, ils ne sont pas clivables et doivent être sciés.

B - Zone Sud-ouest scandinave

En Scanie au Nord de Christianstad, la zone de la Protogine contient des filons subverticaux de dolérite, appelé aussi hypérite ou granit Noir de Suède ; ces filons forment des lentilles allongées N-S, larges de 20 à 30 m, et longues de 6 à 30 km, organisées en essaims. Parmi les nombreuses carrières anciennes, ne subsistent que cinq ou six exploitations actives, dont la production annuelle est de l'ordre de 5000 m3. Ces carrières sont des tranchées profondes d'une cinquantaine de mètres ; longtemps les blocs ont été extraits par des derricks hors d'âge, on commence seulement à pratiquer des rampes d'accès. Mais on tire toujours à l'explosif, bien que cette roche soit très fragile au choc : elle donne au choc un son clair, et se rompt selon une fracture conchoïdale. Les blocs sont de petite taille, et vendus surtout au Japon, qui demande le noir absolu ; les européens prennent les plus grands blocs, même si le noir n'est pas parfait. Ces roches se polissent très bien, et conservent longtemps leur poli comme le montre l'examen des pierres tombales datant du début du siècle. Toutefois certaines variétés pourraient contenir de l'olivine, ce qui serait défavorable à leur conservation.

Dans le même secteur au Nord de Kristianstad, deux carrières exploitent des roches magmatiques à grain fin, brun-rosé, de nature encore non déterminées : l'une appelée Kulla, provient de Sibbhult, la variété Champagne de Bjärlöv. Par contre la charnockite verte d'Önnestad ou Schwedisch Neugrün est abandonnée (la carrière ne fournit plus que des concassés), de même pour le granit vert d'Ekeröd (autrefois déterminé comme une syénite), qui provenait de Görbjönarp.

Sur la côte Ouest entre Halmstad et Falkenberg la série des gneiss migmatisés produit des "granits veinés" à alternances brun-rouge et gris sombre, ces dernières contenant outre des amphiboles du grenat et de la cordiérite. Elles prennent des noms très variés comma Bararp, Baron Tham, Hallandia, Arcus Linneum, Nygard, Askered et bien d'autres. En fait, les principales carrières se trouvent sur la colline de Bårarp, où l'on obtient à l'explosif des blocs de 0,5 à 3 m3. De plus petites carrières se trouvent à Sloinge.

Le succès des migmatites sur le marché mondial a conduit à l'ouverture de nouvelles carrières dans l'intérieur du pays, comme à Kinna, Lindfors et Amaal.

Le massif de Bohus, qui s'étend de Lysekil au fjord d'Oslo (on trouve une exploitation en Norvège sur l' Idefjord), est une intrusion en forme de lame dans les Gneiss du SW, il date du Précambrien récent (900 Ma). Son épaisseur, évaluée par gravimétrie, serait de 7 km, et diminuerait vers le Nord. Ce granite, à grain fin ou moyen, a des couleurs grises ou rouges ; quatre carrières subsistent actuellement, après la crise de 1971. L'une d'elles produit 1200 m3/an de gris et 3000 m3/an de rouge, avec des blocs de belle taille (5 à 8 m3); le rendement de cette carrière serait de 40 %.

Fig. 16 - Carrière de dolérite de Davhult : le "granit noir" forme un filon vertical (dyke) de 35 m de large, les derricks archaïques sont maintenant abandonnés


   
Fig. 17 - Carrière de granite de Bohus, avec joints bien espacés permettant l'extraction de beaux blocs

 C - Roches paléozoïques du bouclier baltique

Les calcaires ordoviciens d'Öland sont exploités artisanalement comme moellons près de Borgholm ; au Nord de Sandvik se trouve une entreprise plus importante, qui extrait des blocs de 1 à 2 m2 de surface, mais sur une épaisseur maximale de 0,6 à 0,8 m. En effet ces calcaires rouges ou gris, à couleurs très changeantes, sont en petits bancs, séparés par des joints stylolitiques ou argileux ; on remarque d'abondantes traces d'animaux fouisseurs. Ils sont sciés parallèlement aux couches, en tranches de 3-4 cm pour faire des dallages. Leur principal intérêt ornemental est lié à la présence d'Orthocères, qui atteignent jusqu'à 60 cm de long et permettent de les identifier facilement dans les constructions anciennes.

A Gotland les calcaires récifaux du Silurien ne paraissent plus guère exploités ; on y trouvait par exemple le calcaire rose de Kappelshamn, dans lequel se trouvaient d'abondants fragments allongés ou ramifiés d'algues calcaires. A mentionner aussi les grès gris clair du Cambrien, dans le Sud de l'île, qui se prêtent à la sculpture.

Les calcaires de Närke, de même âge, semblent peu activement exploités.

Fig. 18 - Carrière de calcaires à Orthocères de Sandvik (ïle d'Öland)


   
Fig. 19 - Pierre tombale en calcaire à Orthocères, cimetière de Rök (Östergötland), datée du XVIIIe siècle

 D - Chaîne calédonienne

On trouve à Brunflo dans le Jämtland des calcaires fossilifères brun-rouge ou noirâtres, datant de l'Ordovicien ; ils appartiennent à l'une des nappes moyennes de la chaîne.

Les quartzites d'Offerdal, sont des grès feldspathiques micacés, plus ou moins métamorphiques, datant du Cambro-Silurien, et se rattachant à la nappe d'Offerdal. Ils sont clivés en plaques de 1 à 15 cm d'épaisseur.

Pour terminer mentionnons la pierre à pots (potstone) ou pierre-savon (soapstone) de Handol dans les montagnes du Jamtland, elle se trouve dans des péridotites provenant des zones internes de la chaîne calédonienne. Il s'agit d'une stéatite, c'est à dire d'une roche riche en talc, facile à tailler. On en fait de petites sculptures, des récipients de cuisine (la stéatite se durcit par chauffage), et des revêtements de poêles et cheminées.

4 - Conclusion

La Suède a été un grand pays producteur de granites, et même de marbre. Le nombre de carrières a considérablement diminué, elle a été surpassée par ses voisins, la Norvège avec son gisement irremplaçable de larvikite, et la Finlande, devenue beaucoup plus dynamique dans le domaine des granites depuis la dernière guerre.

On constate que les zones de production du début du siècle n'ont guère changé, bien que les transports soient autrement plus aisés qu'au siècle dernier, si ce n'est quelques nouvelles carrières de migmatites ; apparemment aucun effort de prospection systématique n'a été fait, ni par les carriers (les plus dynamiques ont plutôt acquis des carrières dans les pays voisins), ni par un organisme géologique (le SGU a cessé de s'intéresser aux roches ornementales en 1899).

Les méthodes d'exploitation n'ont pas changé depuis la découverte du tir ménagé, nous n'avons vu aucune installation de câble diamanté dans le pays. Le découpage à la flamme est encore pratiqué dans le Bohuslän et à Halmstad. L'organisation des carrières laisse souvent à désirer.

Les exportations, se limitaient à 75000 m3 en 1985, dont deux tiers de granits, principalement sous forme de blocs bruts, seule une entreprise exporte des pierres tombales. L'industrie de transformation est presque inexistante, se limitant à un marché local étroit.

Les informations sur les roches produites sont difficiles à rassembler, il n'existe pas de catalogue des roches ornementales suédoises, les mesures physiques sont insuffisantes (pas de mesure de porosité, paramètre important s'il en est), les déterminations pétrographiques rares.

Le pays traverse une période de récession, avec des coûts de main d'oeuvre élevés, un absentéisme record (26 jours par an), la prohibition possible des centrales atomiques qui pourraient fournir de l'électricité à bon marché, un PNB qui croît deux fois moins vite que celui des pays de l'OCDE, une fiscalité à décourager toute entreprise (56,7 % du PNB).

Références

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