1
- Historique
Le territoire
de la Suède actuelle, comme
tout l'ensemble des pays scandinaves, n'a commencé à
être libéré des glaces de
la dernière grande période glaciaire qu'aux environs de
10000 ans avant J.C.;
dès lors, le territoire s'est peuplé peu à peu de
pêcheurs et chasseurs,
employant des outils et armes de silex (sans doute importés), et
collectant
l'ambre des rivages de la baltique pour confectionner des bijoux.
Au
Néolithique apparaissent les premières
sculptures sur pierre, comme cette tête d'élan en diorite
du Statens Historiska
Museet de Stockholm, datant du second millénaire. Cependant la
Suède, faute de
reliefs rocheux dans une grande partie du pays, est loin d'être
aussi riche que
la Norvège en gravures rupestres .
Au cours du
haut Moyen-Age (400 à 1100)
les habitants de l'île de Gotland extraient du sol de nombreuses
pierres
calcaires plates, de 3 à 4 m de haut, qu'ils sculptent,
polissent et gravent de
représentations de guerriers et de bateaux ; les pierres
gravées de Gotland, ancêtres de la bande
dessinée, avaient
sans doute un usage funéraire.
A
l'époque viking, contrairement aux
danois et norvégiens qui pillent systématiquement
l'Occident chrétien, bien
affaibli après la disparition de l'empire carolingien, les
suédois effectuent
de longues randonnées le long des fleuves russes et à
travers la Mer Noire, qui
les mènent de Novgorod jusqu'à Byzance et même
à Bagdad, dans des buts
commerciaux semble-t-il et pour se louer comme mercenaires. De cette
époque
datent les pierres runiques, stèles
dressées de 1 à 3 m de haut, recouvertes d'inscriptions
commémorant un
évènement ou le décès d'un personnage. L'un
des textes les plus anciens de
suédois littéraire est celui de la célèbre
pierre de Rök dans la province
d'Östergötland, considérée comme la plus belle
pierre runique du monde, elle
date du IXe siècle. Une autre pierre
runique importante se trouve à Karlevi dans l’île
d'Öland, elle est gravée de
runes versifiées, datant de la fin du Xe
siècle.
A cette
époque les vikings commencent à
se christianiser. Ils abandonnent peu à peu les sacrifices
humains et leurs
dieux effrayants : Odin (Wotan des germains) avec son cheval à
huit pattes
Sleipnir, sa lance et son corbeau (attributs de la mort), Fryg son
épouse
impudique, Thor et son marteau à écraser les monstres,
grand buveur et niais,
dieu de la guerre, et bien d'autres dieux et héros secondaires
comme Tyr le
manchot, Fenrir le loup fourbe, la géante Skathy hantant les
montagnes, les
elfes bénéfiques ou maléfiques, les terrifiantes
cavalières Valkyries qui
choisissent les morts...
Le
développement du christianisme
s'accompagne de la construction de nombreuses églises ; celles
de bois n'ont
pas subsisté (tandis que celles de Norvège ont
été merveilleusement
conservées). Au XII et XIIIe
siècles,
les calcaires siluriens et ordoviciens sont largement employés,
principalement
dans les régions où ils affleurent, îles
d'Öland et Gotland, lac Vatern,
Östersund ; ces pierres sont exportées jusqu'en Angleterre.
Le XVIIe
siècle voit l'ouverture des premières carrières de
marbre à Kolmården par un certain Louis
de Geer
: ce marbre vert serpentineux servira plus tard à l'ornement de
divers palais
de Stockholm (colonnes, dallages, revêtements muraux), il sera
diffusé sous le
nom de Vert de Suède en Europe occidentale, en Russie, et encore
plus loin.

Fig.
1 - Moulin à vent dans le SW de la Suède
Les porphyres
d'Älvdalen (ou de Dala, ou encore de Blyberg) furent
découverts par le roi
Gustav III au XVIIIe siècle, après
son voyage en Italie au cours duquel il admira de beaux objets
taillés dans
cette roche ; leur succès fut assuré par le
maréchal Bernadotte, devenu roi de
Suède en 1810, qui les fit exporter en France. Outre de nombreux
objets
décoratifs, ce porphyre (dont il existerait plus de 250
variétés colorées) a
servi à de véritables monuments comme le tombeau de
Bernadotte (16 tonnes)
achevé en 1865 et le vase d'une capacité de 3000 litres
du palais d'été de
Rosendal à Stockholm.
Les granites
n'ont pendant longtemps été exploités qu'à
l'état de blocs erratiques, leur
expansion date du XIXe siècle, quand
on s'aperçut qu'ils pouvaient concurrencer ceux d'Ecosse. Leur
production
débuta industriellement en 1865, à partir de centres
localisés sur les côtes,
elle s'accrût jusqu'au début de ce siècle,
employant alors 12000 ouvriers ; des
blocs étaient exportés, surtout en Allemagne, un peu en
Grande Bretagne et au
Danemark, on fabriquait sur place quantités de pavés, de
bordures et de pierres
de taille. Les principaux centres étaient alors :
- la
région de Bohus au N du port de
Lysekil, avec des granites gris ou rouges, faciles à exploiter
grâce aux joints
horizontaux (Malmon, Hunnebostrand, Lysekil) ; d'autres
carrières fournissaient
des blocs de grande taille, permettant de faire des socles massifs pour
des
statues. On trouvait au début du siècle dans la
région de Bohus une entreprise
ayant 1200 employés , une autre 550, deux autres 350.
-
déjà plusieurs carrières extrayaient le
gneiss rouge (aujourd'hui appelé migmatite) entre Falkenberg et
Halmstad.
- la
région de Karlshamn était un autre
centre granitier important, avec le Noir de Suède, les rouges
d'Oppmana et
Vånga, les verts d'Ekeröd et de Varberg.
- la province
de Kalmar, avec de
nombreuses carrières de granites rouges ou bruns entre
Oskarshamn et Västervik
(granites de Vånevik, dont la carrière est aujourd'hui
devenue un musée, de
Virbo, d'Uthammar, de Flivik, de Västervik).
D'autres
granites étaient exploités
autour de Stokholm (Grafversfors, Uppsala, Vätö) et dans la
capitale même.
Dans les
provinces du Nord, un granite
rouge provenait de Kilafors, un gris de Örnsköldsvik. Toutes
ces carrières ont
maintenant cessé leur activité.
La
Suède est divisée en départements
(län), mais les noms des anciennes provinces (Skåne =
Scanie, Småland,
Uppland...), aux limites imprécises, sont encore largement
employés dans les
textes. Signalons quelques particularités de la prononciation :
la lettre å se
prononce ô, le ä se prononce ê et le ö se
prononce e.
Fig.
2 - Pierre gravée de Larbro (Gotland)

Fig. 3 - Pierre runique de Rök (Östergötland), datant du IXe siècle

Fig.
4 - Autre pierre runique célèbre, celle de Karlevi
(ïle d'Öland), du Xe siècle

Fig. 5 - L'alphabet runique :
plusieurs lettres proviennent du grec
2
- Aperçu géologique
La
Suède est constituée pour sa plus
grande partie par un bouclier précambrien (le bouclier baltique,
ou
fenno-scandien), et dans le NW par la chaîne calédonienne,
qui chevauche le
bouclier.

Fig.
6 - Carte géologique de la Suède méridionale, et
situation des carrières de Suède

Fig. 7 - Schéma de l'histoire
précambrienne du Bouclier Baltique
Nous
examinerons plus en détail le
bouclier précambrien, qui produit presque toutes les roches
ornementales du
pays. Les études géologiques sont malheureusement encore
très incomplètes: la
couverture de cartes géologiques de détail est peu
avancée, il n'y a pas eu de
réédition de la carte d'ensemble depuis 1958, et depuis
la fin du XIXe siècle le Service
géologique (Sveriges Geologiska Undersökning)
ne
s'est plus intéressé aux roches ornementales.
La
compréhension de l'évolution
précambrienne repose sur les datations absolues, dont le nombre
est encore
insuffisant ; les idées des spécialistes étaient
assez confuses jusqu'ici, il
faut le reconnaître, jusqu'à ce que paraisse
l'interprétation de Gaal et
Gorbatschev (1987). Elle fournit une interprétation plausible,
que nous allons
la résumer, même si elle n'a qu'une valeur provisoire.
Les terrains
archéens (plus de 2500
millions d'années) n'étant représentés
qu'en Finlande et en Carélie russe, le
bouclier baltique en Suède ne comprend que des terrains
protérozoïques ; ils se
subdivisent en deux zones d'âge différent,
séparées par une ligne de fractures
majeures, la zone de la Protogine,
marquée par une forte schistosité et des injections. A
l'Est se trouve la zone
svéco-fennienne (c'est à dire couvrant une partie de la
Suède et de la
Finlande), datée de 2000 à 1750 Ma, et à l'Ouest
la zone Sud-ouest scandinave,
s'étendant dans le SW de la Suède et le Sud de la
Norvège, formée entre 1750 et
1000 Ma.
A - Zone
svéco-fennienne
Elle est
formée de roches métamorphiques
recouvrant l'Est et tout le Nord du pays. Ces roches proviennent de
séries
volcano-sédimentaires, comportant des calcaires et des
grès avec d'importantes
intercalations de rhyolites et dacites, puis à la partie
supérieure des
conglomérats, grès et argiles entrecoupées de
coulées basaltiques. Dans le Nord
des grès très épais prédominent, formant la
province centrale de la zone
svéco-fennienne, ou bassin botnien.
Des granites
se sont injectés à deux
périodes distinctes :
- de 1900 à 1870 Ma, accompagnés
d'un fort métamorphisme pouvant atteindre le stade des
migmatites,
- de 1830 à 1870 Ma, phase
correspondant à une compression E-W.
Après
la fin de l'orogénèse
svéco-fennienne, de vastes intrusions de granites
alcalins post-tectoniques se sont mises en place le long de la
ligne de la
protogine, formant en particulier les massifs du Småland et du
Värmland. Cette
zone granitique est appelée ceinture trans-scandinave ; elle se
retrouverait en
Norvège dans les fenêtres ouvertes dans les nappes
calédoniennes, selon
l'interprétation gorbatschevienne. Ces granites, à la
différence des intrusions
contemporaines de Finlande méridionale (granites rapakivis),
comportent peu
d'ovoïdes de feldspaths. Le massif du Småland produit les
granites rouges des
régions de Västervik et Trånas, ceux du petit massif
d'Ivö donnent le rouge
Vånga.
D'importantes
émissions volcaniques
(ignimbrites) ont accompagné la mise en place des granites du
Värmland, formant
les porphyres d'Älvdalen. Ensuite se sont déposés
les grès continentaux de
Dala, datés du Jotnien (1400-1300 Ma), qui forment un vaste
bassin sédimentaire
à l'W d'Älvdalen.
B - Zone
Sud-ouest scandinave
La zone
de la Protogine correspond à des failles actives entre 1500
et 900 Ma, soit
pendant toute l'histoire de la zone Sud-ouest scandinave : elle se
marque par
une forte foliation des gneiss, et par des intrusions de
syénites et de filons
de dolérites (Noir de Suède). D'autres lignes de
fractures majeures se
retrouvent plus à l'W, correspondant peut-être aussi
à des décrochements
chevauchants vers l'E, telle la ligne de
la Mylonite.
La zone
Sud-ouest scandinave, aussi
appelée zone des gneiss du SW en Suède, est formée
de roches sédimentaires et
volcaniques plus jeunes ( 1750-1500 Ma) que celles de la zone
svéco-fennienne.
Elles ont été intrudées de granites et fortement
métamorphisées lors de
plusieurs orogenèses successives :
-
phase gothienne (1500 Ma),
- phase
hallandienne (1400 Ma), avec un
métamorphisme atteignant le stade des migmatites dans la
région de Halmstad, et
des intrusions de charnockites à Varberg,
- phases
svéco-norvégiennes (1200 et 1000
Ma), autrefois appelées dalslandiennes, et contemporaines de
l'orogénèse de Grenville
au Canada. Elles s'accompagnent d'un mouvement des grands accidents
(Protogine,
Mylonite...).
Les
intrusions les plus récentes sont
celles des granites de Bohus (900 Ma).
L'histoire de
Précambrien du bouclier
baltique peut donc se résumer, dans l'état actuel des
connaissances, à une
accrétion de croûte continentale se propageant du NE au SW
à partir d'un noyau
archéen : la première croûte continentale apparue
à l'Archéen (zone carélienne
à zone de Kola) s'est accrue par l'incorporation d'arcs
insulaires successifs,
comprenant des sédiments, mais surtout des produits volcaniques
et des
intrusions granitiques.
Le
Protérozoïque supérieur manque en
Suède, sauf au front de la chaîne calédonienne ; la
transgression paléozoïque
(Cambrien à Silurien) a sans doute recouvert le bouclier en
Suède, il en reste
quelques témoins dans des dépressions du lac de Siljan
à la Scanie. Un bassin
paléozoïque important s'ouvre sous la mer baltique, comme
le montrent les îles
d'Öland et de Gotland.
Mentionnons
en passant le cratère du lac
Siljan en Dalécarlie, qui est le plus grand cratère connu
en Europe : il s'agit
d'une structure circulaire de 52 km de diamètre, occupé
en partie par le lac ;
c'est probablement le résultat de l'impact d'une
météorite géante, il y a 360 Ma,
c'est à dire à la limite entre le Dévonien et le
Carbonifère. Le forage de
Gravberg, profond de 6600 m environ, a traversé sur toute sa
hauteur des
granites avec de nombreuses zones fracturées.

Fig. 8 - Carrière de migmatite
Nylandia à Alberga, au premier plan surfaces moutonnées
par les glaciers

Fig.
9 - Eglise creusée dans une butte de migmatites à
Stockholm, le dessin de la roche fournit le décor
Fig. 10 - Granite rouge de Tranas

Fig.11 - Carrière
abandonnée de granite rouge Gottenrot, à Krokkemala
Fig. 12 - Carrière de granite
rouge de Vanga : un réseau de trois systèmes de fractures
orthogonales assure un prédécoupage de la masse
Fig. 13 - Granite rouge d'Ivö
Fig. 14 - Plan de faille avec
stries obliques, carrière de Vanga
C - La
chaîne calédonienne
Cette
chaîne, longue de 1800 km en
Scandinavie, forme encore des reliefs importants à la limite
entre la Suède et
la Norvège. Sa direction SW-NE est tout à fait
différente de celle des zones
précambriennes, elle s'esquisse à l'extrême fin de
l'ère précambrienne, avec le
dépôt des grès vendiens.
La
chaîne est formée de nappes
chevauchantes vers le SE, sur le bouclier recouvert d'une mince
série
autochtone : on y trouve sur les bassins vendiens, un Cambrien
comprenant des
grès puis des argiles uranifères (alum
shales), un Ordovicien calcaire puis argileux. Le Silurien
débute aussi par
des calcaires, suivis d'argiles, il se termine par des sables
deltaïques, qui
proviennent du NW, c'est à dire de l'intérieur de la
chaîne.
Dans les
zones internes, les nappes
comportent du socle, des sédiments cambro-siluriens, et des
nappes
ophiolitiques mises en place dès le Cambrien supérieur.
La phase terminale,
datant du Silurien supérieur, est responsable du chevauchement
sur le bouclier
et d'un métamorphisme de type Schistes Verts ; elle
résulte sans doute d'une
collision continentale.
Les
grès rouges du Dévonien (Old Red Sanstone)
se trouvent en Norvège
dans des fossés d'extension, ils témoignent de la
destruction de la chaîne, qui
a sans doute atteint un degré élevé de
pénéplanation : les reliefs actuels de
la chaîne calédonienne sont probablement le
résultat de soulèvements
postérieurs, en particulier lors de la formation des bassins de
la Mer de
Norvège à partir du Mésozoïque.
La plus
grande partie du bouclier est
sans doute restée émergée du Dévonien au
Tertiaire, à l'exception du Sud de la
Scanie. Une importante altération des roches s'est sans doute
produite durant
cette longue période, comme en témoignent quelques
dépôts de kaolin près de
Vånga. Cependant il ne reste le plus souvent aucune trace de ces
zones altérées
; les affleurements et les carrières montrent que les roches
sont fraîches
jusqu'au niveau du sol, des blocs commerciaux peuvent s'extraire
dès la
surface. Cette situation très favorable résulte du grand
décapage qui s'est
produit pendant la circulation des glaciers de l'inlandsis au
Quaternaire
ancien et jusqu'à l'époque préhistorique : il est
ainsi facile, en parcourant
les collines émergeant des dépôts quaternaires, de
déterminer les zones
propices à l'implantation des carrières : on distingue
parfaitement les
variations de couleur et de grain, les inclusions, et le système
de fractures.
Ces conditions ne s'appliquent pas toutefois aux filons de
dolérites, qui se
trouvent plus altérés en surface et ne forment pas de
relief.
3
- Principales roches ornementales
A - Zone
svéco-fennienne
La migmatite
("granit veiné")
de Björkvik, au SE de Katerineholm, est connue sous le nom de Nylandia : elle comprend des
alternances de niveaux roses (feldspaths et quartz) et de niveaux noirs
riches
en biotite. Les carrières montrent une fracturation assez
importante, et
localement de grosses inclusions noires. Le granite rouge d'Arboga,
plus au NW,
a été abandonné et la carrière
rebouchée.
Non loin de
là se trouve une petite
exploitation de marbre dolomitique gris ou brun, la marbre d'Ekeberg,
qui n'est pas exporté ; il
contient de gros grains d'amphibole et des micas incolores
(phlogopite). Ses
couleurs, très variables, vont du gris beige veiné de
jaune au gris bleu à
taches gris vert.
Le marbre
vert de Kolmården, provenait d'une
localité appelée Marmorbruket au NE de
Norrköping ; il a eu une célébrité à
l'échelle mondiale, mais la lentille,
épaisse d'une quinzaine de mètres, est
épuisée.
Si les
granites syntectoniques
svéco-fenniens semblent abandonnés, les granites
post-tectoniques
("rapakivis") sont exploités depuis le siècle dernier, et
continuent
à l'être à large échelle, même si les
carrières se sont déplacé depuis.
Dans la
province de Jönköpings, à 6 km au
NW de la ville de Tranås, une
carrière poursuit l'extraction du granite rouge à gros
grain, légèrement
orienté ; c'est un granite alcalin, avec 70 % de feldspaths
rouges, des quartz
gris ou bleutés, de la biotite et un peu d'afverdsonite. La
fracturation assez
intense gêne l'obtention de très gros blocs. Une
variété plus claire, le Tranås
rubin, provient d'Askeryd. Un produit similaire se trouve à
Solberga, près de
Nässjö.
Sur la
côte baltique, la province de
Kalmar possède encore quelques carrières de granites
rouges ou bruns. Le rouge
appelé Impérial ou Gottenrot est
obtenu à Gässhult, mais les carrières de
Krokemåla, Askaremåla et Lindnas sont
fermées.
Près
de Västervik se trouvent des
carrières de granite brun-rouge appelés
Mahogany, Quimbra ou Flaminguero ; la compagnie GK Sten de
Västervik produit
1000 m3/an de la
variété Edel
Mahogany.
Près
de Kristianstad, juste au nord du
lac Ivö, se trouvent les importantes carrières de Vånga, granite rouge à gros grain, à
structure nettement orientée,
très riche en gros feldspaths rouges, avec peu de quartz et
quelques traînées
biotitiques (schlieren), parfois altérées en vert.
Le porphyre
d'Älvdalen, toujours exploité pour de petits objets
décoratifs, est lié aux
intrusions de granites rapakivis post-tectoniques du Värmland. Ses
variétés
très nombreuses sont caractérisées par des
feldspaths souvent prismatiques, de
2 à 5 mm de long. C'est une roche volcanique, de composition
rhyolitique à
trachytique, déposée par des nuées ardentes
(ignimbrites) : on remarque
fréquemment des zones colorées allongées
(flammes), allongées parallèlement
entre elles. Un âge de 1640 Ma leur a été
attribué.

Fig.
15 - Quartzite de Dala
Les quartzites
de Dala (appelés aussi quartzites d'Alvdalen ou de Wasa),
qui forment de
grands affleurements presque horizontaux plus à l'Ouest, sont
discordants sur
la série volcanique et appartiennent aux séries
sédimentaires gothiennes. Ce
sont des grès feldspathiques à grain fin, de couleur
rouge (alternance de
lamines rouges et roses, dont la coloration est due à de
l'hématite), avec
aussi des stratifications entrecroisées et des ripple
marks (traces de vagues). Ils sont intercalés de niveaux
d'argilites et de conglomérats, et représentent une
sédimentation continentale,
sans fossiles. L'extraction est faite dans plusieurs localités
de la région
d'Alvdalen, en particulier à Mångsbodarna. Contrairement
aux
"quartzites" usuels du commerce, ils ne sont pas clivables et doivent
être sciés.
B - Zone
Sud-ouest scandinave
En Scanie au
Nord de Christianstad, la
zone de la Protogine contient des filons subverticaux de
dolérite, appelé aussi
hypérite ou granit Noir de Suède ;
ces filons forment des lentilles allongées N-S, larges de 20
à 30 m, et longues
de 6 à 30 km, organisées en essaims. Parmi les nombreuses
carrières anciennes,
ne subsistent que cinq ou six exploitations actives, dont la production
annuelle est de l'ordre de 5000 m3.
Ces carrières sont des tranchées profondes d'une
cinquantaine de mètres ;
longtemps les blocs ont été extraits par des derricks
hors d'âge, on commence
seulement à pratiquer des rampes d'accès. Mais on tire
toujours à l'explosif,
bien que cette roche soit très fragile au choc : elle donne au
choc un son
clair, et se rompt selon une fracture conchoïdale. Les blocs sont
de petite
taille, et vendus surtout au Japon, qui demande le noir absolu ; les
européens
prennent les plus grands blocs, même si le noir n'est pas
parfait. Ces roches
se polissent très bien, et conservent longtemps leur poli comme
le montre
l'examen des pierres tombales datant du début du siècle.
Toutefois certaines
variétés pourraient contenir de l'olivine, ce qui serait
défavorable à leur
conservation.
Dans le
même secteur au Nord de
Kristianstad, deux carrières exploitent des roches magmatiques
à grain fin,
brun-rosé, de nature encore non déterminées :
l'une appelée Kulla, provient de Sibbhult, la
variété
Champagne de Bjärlöv. Par contre la
charnockite verte d'Önnestad ou Schwedisch Neugrün est
abandonnée (la carrière
ne fournit plus que des concassés), de même pour le granit
vert d'Ekeröd
(autrefois déterminé comme une syénite), qui
provenait de Görbjönarp.
Sur la
côte Ouest entre Halmstad et Falkenberg la
série des
gneiss migmatisés produit des "granits veinés" à
alternances
brun-rouge et gris sombre, ces dernières contenant outre des
amphiboles du
grenat et de la cordiérite. Elles prennent des noms très
variés comma Bararp,
Baron Tham, Hallandia, Arcus Linneum, Nygard, Askered et bien d'autres.
En
fait, les principales carrières se trouvent sur la colline de
Bårarp, où l'on
obtient à l'explosif des blocs de 0,5 à 3 m3.
De plus petites carrières se trouvent à Sloinge.
Le
succès des migmatites sur le marché
mondial a conduit à l'ouverture de nouvelles carrières
dans l'intérieur du
pays, comme à Kinna, Lindfors et Amaal.
Le massif de Bohus, qui s'étend de Lysekil au fjord d'Oslo (on
trouve une
exploitation en Norvège sur l' Idefjord), est une intrusion en
forme de lame
dans les Gneiss du SW, il date du Précambrien récent (900
Ma). Son épaisseur,
évaluée par gravimétrie, serait de 7 km, et
diminuerait vers le Nord. Ce
granite, à grain fin ou moyen, a des couleurs grises ou rouges ;
quatre
carrières subsistent actuellement, après la crise de
1971. L'une d'elles
produit 1200 m3/an
de gris et 3000 m3/an
de rouge, avec des blocs de belle taille (5 à 8 m3); le
rendement de cette carrière serait de 40
%.

Fig. 16 -
Carrière de
dolérite de Davhult : le "granit noir" forme un filon vertical
(dyke) de 35 m de large, les derricks archaïques sont maintenant
abandonnés

Fig. 17 - Carrière de granite
de Bohus, avec joints bien espacés permettant l'extraction de
beaux blocs
C - Roches
paléozoïques du bouclier
baltique
Les calcaires
ordoviciens d'Öland sont exploités
artisanalement
comme moellons près de Borgholm ; au Nord de Sandvik se trouve
une entreprise
plus importante, qui extrait des blocs de 1 à 2 m2 de surface,
mais sur une épaisseur maximale de
0,6 à 0,8 m. En effet ces calcaires rouges ou gris, à
couleurs très
changeantes, sont en petits bancs, séparés par des joints
stylolitiques ou
argileux ; on remarque d'abondantes traces d'animaux fouisseurs. Ils
sont sciés
parallèlement aux couches, en tranches de 3-4 cm pour faire des
dallages. Leur
principal intérêt ornemental est lié à la
présence d'Orthocères, qui atteignent
jusqu'à 60 cm de long et permettent de les identifier facilement
dans les
constructions anciennes.
A Gotland les
calcaires récifaux du
Silurien ne paraissent plus guère exploités ; on y
trouvait par exemple le
calcaire rose de Kappelshamn, dans lequel se trouvaient d'abondants
fragments
allongés ou ramifiés d'algues calcaires. A mentionner
aussi les grès gris clair
du Cambrien, dans le Sud de l'île, qui se prêtent à
la sculpture.
Les calcaires
de Närke, de même âge,
semblent peu activement exploités.

Fig.
18 - Carrière de calcaires à Orthocères de Sandvik
(ïle d'Öland)

Fig. 19 - Pierre tombale en calcaire
à Orthocères, cimetière de Rök
(Östergötland), datée du XVIIIe siècle
D -
Chaîne calédonienne
On trouve
à Brunflo dans le Jämtland des calcaires
fossilifères brun-rouge
ou noirâtres, datant de l'Ordovicien ; ils appartiennent à
l'une des nappes
moyennes de la chaîne.
Les
quartzites d'Offerdal, sont des grès
feldspathiques micacés, plus ou moins
métamorphiques, datant du Cambro-Silurien, et se rattachant
à la nappe
d'Offerdal. Ils sont clivés en plaques de 1 à 15 cm
d'épaisseur.
Pour terminer
mentionnons la pierre à
pots (potstone) ou pierre-savon (soapstone)
de Handol dans les montagnes
du Jamtland, elle se trouve dans des péridotites provenant des
zones internes de
la chaîne calédonienne. Il s'agit d'une stéatite,
c'est à dire d'une roche
riche en talc, facile à tailler. On en fait de petites
sculptures, des
récipients de cuisine (la stéatite se durcit par
chauffage), et des revêtements
de poêles et cheminées.
4
- Conclusion
La
Suède a été un grand pays producteur
de granites, et même de marbre. Le nombre de carrières a
considérablement
diminué, elle a été surpassée par ses
voisins, la Norvège avec son gisement
irremplaçable de larvikite, et la Finlande, devenue beaucoup
plus dynamique
dans le domaine des granites depuis la dernière guerre.
On constate
que les zones de production
du début du siècle n'ont guère changé, bien
que les transports soient autrement
plus aisés qu'au siècle dernier, si ce n'est quelques
nouvelles carrières de
migmatites ; apparemment aucun effort de prospection
systématique n'a été fait,
ni par les carriers (les plus dynamiques ont plutôt acquis des
carrières dans
les pays voisins), ni par un organisme géologique (le SGU a
cessé de s'intéresser
aux roches ornementales en 1899).
Les
méthodes d'exploitation n'ont pas
changé depuis la découverte du tir ménagé,
nous n'avons vu aucune installation
de câble diamanté dans le pays. Le découpage
à la flamme est encore pratiqué
dans le Bohuslän et à Halmstad. L'organisation des
carrières laisse souvent à
désirer.
Les
exportations, se limitaient à 75000 m3 en 1985,
dont deux tiers de granits,
principalement sous forme de blocs bruts, seule une entreprise exporte
des
pierres tombales. L'industrie de transformation est presque
inexistante, se
limitant à un marché local étroit.
Les
informations sur les roches produites
sont difficiles à rassembler, il n'existe pas de catalogue des
roches
ornementales suédoises, les mesures physiques sont insuffisantes
(pas de mesure
de porosité, paramètre important s'il en est), les
déterminations
pétrographiques rares.
Le pays
traverse une période de
récession, avec des coûts de main d'oeuvre
élevés, un absentéisme record (26
jours par an), la prohibition possible des centrales atomiques qui
pourraient
fournir de l'électricité à bon marché, un
PNB qui croît deux fois moins vite
que celui des pays de l'OCDE, une fiscalité à
décourager toute entreprise (56,7
% du PNB).
Références
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