Depuis quelques décennies le diamant est devenu le principal outil de travail de la pierre, tant au niveau de la carrière que de l'atelier (sciage, moulurage, et en partie polissage), et sa conquête des parts de marché par rapport aux autres produits abrasifs n'est sans doute pas terminée.
Cette percée est due bien entendu aux propriétés particulières du diamant, notamment sa dureté et sa conductivité thermique (qui dépassent celles de tous les autres matériaux connus), mais aussi à l'abaissement des prix de vente depuis que les diamants synthétiques ont largement complété la production de diamants naturels. Si la fabrication des diamants synthétiques est encore réservée à un petit nombre d'entreprises disposant de moyens puissants, celle des outils diamantés s'est considérablement répandue dans de nombreux pays, même peu avancés. Les utilisateurs se trouvent donc confrontés à un grand nombre de produits, dont ils ignorent souvent la composition et les propriétés ; ils font généralement confiance à leurs fournisseurs pour le choix d'outils adaptés aux roches qu'ils scient.
Nous pensons rendre service aux utilisateurs
qui cherchent à comprendre
comment agissent les diamants d'une scie, en décrivant les
propriétés des
diamants, la composition des outils diamantés, les
paramètres intervenant dans
le sciage, et les résultats publiés sur la
sciabilité des différentes roches.
1 - Les abrasifs traditionnels
Le quartz (dureté Mohs 7) est
l'oxyde de
silicium SiO2 ; constituant principal des sables naturels,
il est
employé pour le travail de la pierre depuis le
Néolithique. Il existe en France
quelques châssis sciant encore les pierre calcaire avec du sable
de quartz.
Les grenats (dureté 6,5
à 7,5) se trouvent dans les roches de
métamorphisme de contact ou de métamorphisme profond, et
s'exploitent dans les
sables alluviaux provenant de ces roches. Autrefois employés en
forage et
polissage, ils sont à peu près abandonnés.
L'alumine est l'oxyde d'aluminium Al2O3
:
on la trouve à l'état naturel dans les émeris
(Naxos, Turquie, Oural,
Massachussets), elle constitue aussi certaines pierres
précieuses (saphir,
rubis, etc.). De nos jours elle est surtout produite artificiellement
sous le
nom de corindon par fusion au four électrique de
bauxites ou d'alumine
pure à 2100°C, en présence de coke et de carbonates
alcalins. Les variétés les
plus pures ont une dureté de 9, une couleur claire, mais sont
fragiles.
Le carbure de silicium SiC, ou
carborundum, est un produit
artificiel découvert par Moissan en 1891, par fusion de quartz
et de carbone à
plus de 2000°C. D'une dureté de 9,6, il est incolore quand
il est pur : plus
souvent il est vert clair (variété dure et fragile,
servant à l'affûtage des
outils au carbure de tungstène), ou vert sombre, bleu ou noir
selon les
impuretés contenues. Il est encore largement employé pour
les disques de sciage
et meules de surfaçage (le liant est un ciment magnésien,
une résine ou une
porcelaine), et sous forme de sable pour le sciage au châssis.
Le carbure de bore B4C et le nitrure
de bore cubique (CBN), plus durs que le carborundum, sont
utilisés dans
l'usinage des alliages ferreux durs, mais pas dans l'industrie de la
pierre. Le
CBN est synthétisé à partir de carbure de bore
ordinaire dans des conditions de
température et de pression voisines de celles du diamant ; on
obtient des
monocristaux ou des cristaux moins parfaits qui sont broyés, et
parfois revêtus
de nickel, pour fabriquer des meules.
Par contre la grenaille de fonte ou
d'acier
au manganèse n'a toujours pas été remplacée
par le diamant dans le sciage des
granits au châssis.
Malgré sa rareté, le diamant était déjà connu dans l'Antiquité : les plus anciennes mines se trouvaient en Inde (Visapur, Golconde) dans le conglomérat de Panna (Précambrien du Madya Pradesh) ; les propriétés du diamant ont été décrites dès le IVe siècle avant J.C. par Kautilya dans l'Artha Sastra. Après avoir produit certains des plus célèbres diamants du monde, comme le Koh-i-Nor (186 carats) et le Grand Mogol (787 carats), l'Inde n'est plus qu'un producteur mineur. En effet elle fut remplacée par le Brésil après la découverte en 1725 des mines de Diamantina (Minas Gérais) par Leme do Prado, un prospecteur portugais qui avait vu des diamants bruts en Inde, et qui reconnut la valeur des pierres que les chercheurs d'or rejetaient comme déchets.
Puis le Brésil fut
éclipsé par les
découvertes d'Afrique du Sud, où quelques 50000
prospecteurs se ruèrent après
la découverte de Kimberley en 1866 : c'est là que les
géologues comprirent
l'origine du diamant, il provient de cheminées d'explosion
volcanique. En 1905
la mine Premier fournit le plus gros diamant connu, le Cullinan (3106
carats,
soit 621,2 g).
Puis ce furent d'autres découvertes en
Namibie, au Zaïre, au Botswana,
dans l'Ouest de l'Afrique, puis en Sibérie dans les
années cinquante. Récemment
l'Australie est devenue le premier producteur de diamants industriels,
avec la
découverte du gisement d'Argyle.
Malgré la concurrence du diamant
synthétique, la production de diamants
naturels a augmenté de 9,48 à 17 tonnes de 1982 à
1988.
L'origine du diamant naturel est maintenant assez bien connue :
il
provient de roches ultrabasiques du manteau terrestre, se trouvant
à des
profondeurs de 150 à plus de 200 km, donc bien au dessous de la
croûte
terrestre. Ces roches sont remontées à travers la
croûte par des cheminées
volcaniques à caractère explosif (pipes), que l'on trouve
remplies d'une brèche
bleutée dénommée kimberlite ; le pipe de
Kimberley est exploité jusqu'à
plus de 1058 m de profondeur, sur un diamètre moyen de 460 m.
Les cheminées ont souvent une forme de
cône ou entonnoir, et passent en
profondeur à des filons. L'érosion de ces brèches
a entraîné et concentré le
diamant (inaltérable aux agents atmosphériques) dans des
alluvions fluviatiles,
où on l'exploite aussi sous forme de placers. D'autre part des
diamants noirs
de petite taille ont été observés dans des
météorites, en particulier aux USA.
Longtemps le diamant a été recherché comme pierre précieuse, à cause de sa dureté et de son éclat dit adamantin (indice de réfraction très élevé, et dispersion de la lumière) ; il était porté à l'état brut, jusqu'à ce qu'au XVe siècle soit découverte à Bruges la méthode de taille par clivage et de polissage par de la poussière de diamant entraînée dans un peu d'huile sur un plateau tournant. Mais dès 77 avant J.C. Pline l'Ancien avait signalé son emploi pour la gravure du verre et des pierres précieuses. Au XVe siècle il servait à la coupe du verre.
2 - L'introduction du diamant industriel
Son utilisation dans les travaux publics ne
date que
du percement du tunnel du Mont Cents en 1862, quand furent
fabriquées par
Cleschot les premières couronnes de forage ; en 1864 fut
présentée à Paris une
scie circulaire en fer sur laquelle des diamants de la taille d'un pois
étaient
sertis par forgeage. Dès 1900 on fabriquait des scies
circulaires de grand diamètre
(2,2 m) munies de
gros diamants sertis. L'industrie pétrolière se mit
à employer des couronnes
diamantées vers 1930, et des outils diamantés de forage
dans les années 50.
Il fallut cependant attendre encore pour voir
l'emploi du diamant se
généraliser dans le travail de la pierre, car le
sertissage de gros diamants
isolés laissait à désirer sur le plan de la
robustesse : c'est l'emploi de
petits diamants répartis dans une matrice de cuivre qui permit
le premier
développement industriel. Ensuite fut découverte la
méthode d'inclusion dans
une matrice frittée, beaucoup plus résistante à
l'abrasion.
En 1986 l'industrie de la pierre a
utilisé 10,4 tonnes de diamant,
c'est à dire 26 % de l'ensemble de la production de diamants
industriels
(naturels et synthétiques). Le diamant intervient à tous
les stades du travail
des marbres et calcaires marbriers, sauf pour les dernières
passes du polissage
; dans les granits, un tiers du travail est fait par le diamant, le
sciage au
châssis posant encore des problèmes avec les lames
diamantées.
3 - Propriétés physiques du
diamant
Le diamant est constitué de carbone
pur, cristallisé
dans le système cubique (fig. 1). A partir du cube initial on
obtient assez
facilement par clivage des octaèdres à faces
striées (troncature 111 ) :
on pense que la croissance des cristaux de diamant se produit suivant
les faces
de l'octaèdre, des impuretés se répartissent sur
ces surfaces, ce qui facilite
la rupture.
Le clivage est bien connue des diamantaires,
qui
découpent les gemmes naturelles plus ou moins informes en
pierres plus petites
de forme géométrique. Pour cela le cliveur prépare
une petite encoche à un
endroit soigneusement choisi, et frappe un coup sec sur une lame
d'acier trempé,
qui écarte les bords de l'encoche : il se crée une
fracture suivant le clivage
111 ( en cas de maladresse, le diamant se rompt en plusieurs
fragments). Un
autre clivage, moins commun, a été observé suivant
la face 110.
Cette fragilité particulière
selon certaines
directions (clivage 111) a une grande importance dans l'usinage par le
diamant
: quand cela est possible (ce ne l'est pas pour les diamants de petite
taille)
on s'arrange pour que
les
efforts soient
appliqués
sur l'outil diamanté
perpendiculairement aux faces de
l'octaèdre, et perpendiculairement aux stries.
L'étude des plans de clivage au
microscope a
révélé que la fracture créée par le
cliveur se propage en laissant des
ondulations concentriques (les lignes de Walner) et des lignes
longitudinales
disposées en éventail (fig. 2) ; ces dernières
correspondent à des ruptures
discontinues avec changement de niveau. Les clivages des diamants sans
azote
(classe II, voir plus loin) sont des plans très
réguliers, ceux des diamants
azotés (classe I) le sont beaucoup moins.
D'autres troncatures du cube se rencontrent
dans les pierres naturelles, dodécaèdres (12 faces),
hexaoctaèdres (48 faces),
etc., on rencontre aussi des formes géométriques à
faces courbes (fig. 3). Mais
souvent les diamants naturels présentent des formes non
géométriques qui
paraissent résulter de dissolutions.
Fig. 1
- La troncature octaédrique du cube

Fig. 2
- Figures de fracture dans un diamant, dessin d'après une
photographie de Wilks
Fig. 3
- Formes cristallines usuelles du diamant
Les pierres pures de qualité gemme
sont
parfaitement transparentes, il existe souvent des impuretés
(oxydes de
silicium, aluminium, magnésium,
fer, titane...),
qui provoquent diverses colorations, dont
certaines sont appréciées par la joaillerie
(rosés, bleus).
Les variétés trop
colorées sont considérées comme diamants
industriels, qui ont de nombreux emplois dans l'usinage des
métaux et des
matériaux durs, ainsi que dans le forage minier et
pétrolier. La présence
d'impuretés comme le graphite diminue la dureté, mais le
groupement de
plusieurs cristaux dans une pierre (assemblages polycristallins) assure
une
meilleure résistance au choc.
- les boarts (ce qui signifie
bâtard) sont
des agrégats de petits cristaux gris ou noirs ; on les broie
pour faire des
abrasifs,.
- les ballas, provenant du
Brésil, sont des sphères à structure
fibro-radiée, qui possèdent une grande
ténacité,
- les carbonados sont des
agrégats de microcristaux (moins de 20
µm), noirs ou gris ; légèrement poreux
(densité de 3,15, au lieu de 3,51 pour
le diamant cristallin), ils ne se clivent pas et résistent bien
au choc. Ils
sont employés dans les outils de forage et de carottage.
Les diamants synthétiques (fig.
4), qui ont
des propriétés physiques similaires, sortent des presses
généralement sous
forme de monocristaux (cubes, cubo-octaèdres,
dodécaèdres) ; depuis quelques
années on sait les agglomérer sous forme d'assemblages
polycristallins (PCD), auxquels
on peut donner des formes de plaquettes géométriques de
plus grande taille.
La dureté du diamant sur
l'échelle de Mohs,
qui indique la résistance relative à la rayure entre
minéraux, a une valeur de
10 : le diamant raye donc tous les autres minéraux, aucun
composé de synthèse
n'a encore été découvert qui aurait une
dureté supérieure.
Cette dureté exceptionnelle s'explique
par la structure cristalline
(fig. 6) : elle correspond à un réseau en trois
dimensions formé par un
empilement compact de tétraèdres, dans lesquels chaque
atome de carbone est
relié à quatre atomes voisins équidistants par une
liaison forte (covalence).
Le graphite, forme de basse pression du carbone, est constitué
au contraire de
lamelles à structure hexagonale, glissant facilement les unes
sur les autres,
d'où une dureté apparente inférieure à
celle du talc.

Fig.
4 - Diamants naturels à gauche, et synthétiques à
droite
Fig. 5
- Comparaison des échelles de dureté Mohs (rayure),
Rosiwal (abrasion) et Knoop (indentation)

Fig. 6
- Structure comparée du graphite et du diamant
La densité est de 3,51, l'indice de
réfraction de 2,42 (comparer à
celui du verre ordinaire qui est de 1,52). La tension superficielle est
élevée,
le diamant n'est pas mouillé par l'eau ni par la plupart des
métaux fondus ;
par contre il se colle aux corps gras, d'où l'emploi de graisses
pour le
retenir dans les goulottes des prospecteurs.
Les propriétés
mécaniques ont été
beaucoup étudiées par les chercheurs, car le diamant est
un produit
irremplaçable pour certaines applications (domaine des hautes
pressions et
usinage des matériaux de haute dureté en particulier).
La résistance à la compression
statique s'étend de
35 à 94 kilobars selon la taille des diamants, les plus petits
étant les plus
résistants, ce qui s'explique par la chance plus faible que l'on
a de
rencontrer des défauts quand la taille diminue.
La résistance à la compression
dynamique (ou
résistance au choc) a été étudiée
par l'impact d'un barreau de carbure de
tungstène, projeté par un canon à gaz, sur des
cubo-octaèdres de diamant
synthétique (Feng et Field, 1989) : ces valeurs (55 à 111
kb) sont à peine
supérieures à celles de la compression statique (fig. 7),
ce qui signifie que
la fracture du diamant est presque insensible à la nature du
milieu
environnant, contrairement aux roches, aux verres et aux
céramiques : ces derniers
matériaux ont une résistance nettement diminuée
aux faibles vitesses de charge,
spécialement en présence de l'eau, qui favorise la
propagation des fractures.
Ces résultats ont pour nous une grande importance pratique,
puisqu'il est
montré que les diamants de petite taille sont les plus
résistants, en charge
statique comme à l'impact : les valeurs mesurées pour des
diamants synthétiques
de granulométrie usuelle en sciage sont de loin
supérieures à celles des
roches, dont les plus résistantes ne dépassent pas 3 kb
en charge statique.

Fig. 7
- Résistance à la compression (statique et dynamique) de
diamants industriels (d'après Feng et Field, 1989)
Plus
communément la friabilité, autre expression de la
résistance au choc, est mesurée par les impacts
répétés d'une bille d'acier sur
une charge de diamants de 0,4 g placée dans un tube d'acier ;
cette friabilité
intervient dans le classement des diamants synthétiques en
différents grades.
Les propriétés thermiques
du diamant
sont également particulières : son coefficient de
dilatation est très faible
(environ 1.10-6/K) comparé à celui des
métaux (9 à 16 pour les
aciers, 17 pour le cuivre), mais il existe des matériaux
à dilatation plus
faible, comme le verre de silice (0,5) et le silicate de titane (0,03).
Il peut
donc se poser des problèmes de dilatation différentielle
entre le diamant et le
liant des outils : à haute température le diamant est
moins bien maintenu par
la matrice métallique.
Sa
conductivité thermique est extraordinairement
élevée (600 à 2100
W/m.K) par rapport à celle des métaux (384 pour le
cuivre, 53 pour l'acier) et
à plus forte raison à celle des roches (6 à 8 pour
le granite).
Son inaltérabilité est
remarquable vis à vis
des produits chimiques (acides, bases, solvants). Cependant le nitrate
de
sodium l'attaque à partir de 427°C, l'oxygène pur le
recouvre d'une couche
noire de graphite à partir de 427°C ; dans l'air il noircit
vers 627°et brûle à
1400°. En atmosphère inerte la graphitisation débute
vers 1527°, et devient
rapide à 2100°. Ainsi le diamant est-il assez
résistant à réchauffement pendant
l'usinage, à condition d'être arrosé abondamment ;
pour le travail à sec on
doit prendre des précautions (ventilation abondante, passes peu
profondes, pression
faible).
La résistance mécanique du
diamant est parfois améliorée par un
traitement à 1000-1500°C en atmosphère inerte, qui a
probablement un effet de recuit
et élimine les tensions internes. La résistance à
la compression statique des
diamants synthétiques ne varie pas jusqu'à 700°C,
puis elle chute brutalement,
sans doute du fait de la dilatation des inclusions métalliques ;
les diamants
naturels résistent mieux à ce phénomène
(Novikov et al., 1985).
A haute température certains
métaux réagissent avec le
diamant :
- le tungstène, le zirconium, le
tantale et le
titane forment des carbures,
- le fer, le manganèse, le cobalt, le
nickel et le chrome à l'état
fondus dissolvent le carbone du diamant.
Les inclusions minérales des
diamants
naturels peuvent être nombreuses, on a identifié par des
méthodes analytiques
modernes de l'olivine, du quartz, des grenats, des spinelles, de la
pyrite, de
la chromite, du graphite, etc. (au total 25 minéraux).
Dans les diamants de synthèse on
rencontre surtout
des inclusions métalliques (jusqu'à 10 %),
provenant des métaux employés
comme solvants et catalyseurs ; ces inclusions, qui se dilatent plus
que le
diamant quand la température augmente, rendent les diamants
synthétiques
sensibles aux hautes températures, ce qui pose des
problèmes lors du frittage
et de la brasure.
La présence d'azote dans les
diamants naturels a été montrée en
1959 par absorption dans l'infrarouge, le phénomène a
aussi été constaté dans
des diamants synthétiques. L'azote provoque une diminution de la
résistance à
l'abrasion et de la conductivité thermique, ainsi qu'une
absorption des
radiation infrarouges et ultraviolettes, et même du violet. La
densité n'est
pas modifiée, mais l'azote cause aussi une cassure
conchoïdale et une
anisotropie optique.
Sur la base de cette découverte, on a
réparti les
diamants en deux classes:
- Classe 1 : diamants contenant de l'azote
(jusqu'à 0,2% ). Dans cette sous-classe la l'azote se trouve
réparti en
substitution dans le réseau cristallin, le diamant
présente une couleur
jaune-verte (absorption du violet), c'est le cas de la plupart des
diamants
artificiels. Dans la sous-classe Ib, l'azote est concentré dans
des plaquettes,
d'une taille de 10 à 100 nm : ces diamants absorbent peu la
lumière visible,
mais arrêtent l'ultraviolet ; la plupart des
diamants naturels
se
placent dans ce
groupe.
- Classe II : diamants dépourvus
d'azote. Très rares, ils absorbent
peu l'ultraviolet (sauf au dessous de
220 nm), sont isotropes, se clivent selon des plans réguliers et
sont transparents
aux rayons infrarouges. Certains d'entre eux (IIb) sont phosphorescents
et
semiconducteurs. alors que les autres ont normalement une
résistance électrique
très élevée ; cette propriété est
attribuée à de l'aluminium en solution
solide.
La transparence du diamant aux rayons X
permet de le
distinguer de ses imitations. Signalons aussi qu'il est possible de
modifier la
couleur des diamants en les soumettant à un bombardement de
neutrons ou
d'électrons ; ils peuvent prendre des couleurs bleues, vertes,
ou jaunes, qui
ne sont pas stables à la chaleur. La cathodoluminescence
distingue sans
ambiguïté les diamants naturels, qui émettent une
lumière bleue à 450 nm, les
diamants synthétiques, qui
produisent
une lumière vert-jaune à 520 nm et un faible pic à
430 nm, et les zircons qui
sont parfois utilisés comme imitation des diamants.
4 - La synthèse du diamant
Les premiers essais de fabrication de
diamants
artificiels datent de la fin du XIXe siècle quand furent
disponibles des fours
électriques à haute température (Hannay, 1880,
Moissan, 1894). Sachant déjà que
la formation du diamant demandait une haute température et une
très forte
pression, Moissan chauffait dans un creuset en graphite porté
à très haute
température du charbon de bois et du fer pur. Puis il jetait
dans l'eau le
creuset surchauffé : le fer se solidifiait et son retrait de
solidification
développait une pression importante, qui aurait permis la
formation de tout
petits diamants. Cependant cette découverte est
contestée, car on estime que la
pression développée, de l'ordre de 10 kb, était
insuffisante (il aurait fallu
50 kb).
En 1902 Hoyerman et Hasslinger seraient
parvenus à synthétiser des diamants purs, de forme
octaédrique, mais de moins
de 50 µm.
C'est seulement en 1953 que la firme
suédoise ASEA
(reprise par la suite par De Beers) parvenait à une fabrication
industrielle,
en travaillant sous 55 à 100 kb et entre 1300 et 1600°C. Le
procédé consistait
à placer du carbone et des métaux jouant le rôle de
catalyseur et de solvant
(nickel, cuivre, manganèse, fer, chrome, tantale, rhodium) dans
une capsule de
pyrophyllite (silicate d'aluminium en feuillets) elle-même
contenue dans une
enceinte chauffante en carbure de tungstène, mises sous pression
par un vérin
hydraulique. Au cours du chauffage et de la mise en pression, le
carbone
amorphe se transforme en graphite, qui entre en solution avec les
métaux ;
le diamant se forme alors, sous forme de petits cristaux qui
s’accroissent
progressivement. Lorsque les cristaux ont atteint la taille
souhaitée,
l'ensemble est refroidi rapidement de telle sorte que le diamant
formé ne
retourne pas à l'état de graphite, forme
thermodynamiquement plus stable dans
les conditions ordinaires.
En 1955 la General Electric arrivait à
des
résultats similaires à 2000°C sous 100 kb, suivie par
De Beers en 1959, et
démarrait une production industrielle à Détroit en
1958 : cependant les
premiers diamants étaient de petite taille (moins de 0,25 mm) et
se trouvaient
souillés d'inclusions métalliques, ils servaient
seulement à le rectification
des outils en carbure.
En 1971 la General Electric, puis De Beers en
1975,
parvinrent à produire des diamants de plus grande taille
(environ un carat) et
de qualité "gemme", similaires aux diamants naturels : dans un
four
allongé, on fond du carbone et un métal solvant, un petit
diamant est placé à
l'extrémité froide du four. Le carbone fondu dans la
partie chaude migre vers
le petit diamant qui sert de germe de cristallisation, et augmente
lentement de
taille. Toutefois les gemmes de synthèse n'ont pas
supplanté les diamants
naturels, car leur prix n'est pas compétitif : la croissance des
gros cristaux
est lente, il faut maintenir pendant cinq jours des pressions et
températures
élevées, et soigneusement contrôlées ; peu
de matériaux connus résistent dans
ces conditions, même le carbure de tungstène.
Une autre méthode, totalement
différente, avait été tentée par Carli et
Jamieson en 1961, en soumettant du graphite pur à une onde de
choc produite par
un explosif. La pression dépassait 300 kb pendant une
microseconde, la
température montait à 1000-1500°C, et ils obtenaient
des diamants
microscopiques noirs, semblables aux carbonados des
météorites.
Tous ces travaux ont permis de reconstituer
les
conditions de formation du diamant (fig. 8). Aux basses pressions, la
forme
stable du carbone est le graphite ; au dessus se situe le domaine de
stabilité
du diamant, dans lequel on distingue trois zones :
- A : conditions probables de formation du
diamant dans la nature,
- B : l'emploi d'un métal solvant
permet la synthèse
du diamant à des conditions de température et pression moins
sévères,
- C : synthèse sous très forte
pression engendrée par un explosif, et
peut- être formation des diamants dans les
météorites entrant en collision avec
la terre.

Fig. 8
- Diagramme de stabilité du diamant et du graphite (A =
conditions naturelles de formation, B = synthèse par solvants
métalliques, C = synthèse par onde de choc)

Fig. 9 - Schémas d'appareils pour
la synthèse du diamant
Bien que les conditions opératoires
soient
des secrets jalousement gardés, le schéma des appareils
servant à la synthèse
(fig. 9) a été publié (Field, 1979). Dans toutes
les méthodes on emploie des
métaux-solvants, qui permettent de travailler à des
pressions et températures
raisonnables, mais laissent des impuretés plus ou moins
abondantes dans les
cristaux. Le graphite et les métaux-solvants sont placés
dans une chambre en
graphite, fermée par des joints en talc ou pyrophyllite ; un
fort courant électrique
passant dans un manchon de graphite produit la chaleur.
Autour de cet ensemble est placée une
isolation en alumine ou
pyrophyllite, qui protège de la chaleur le dispositif de mise
sous pression,
souvent constitué de carbure de tungstène. La
manière de transmettre la
pression de la presse hydraulique est variable : il s'agit d'un
cylindre avec
deux pistons (De Beers), ou de quatre enclumes disposées en
tétraèdre.
La vitesse de croissance des diamants
étant assez
rapide, de l'ordre de 0,1 mm/min, un maintien sous pression et
température
pendant quelques minutes suffit à synthétiser les
diamants industriels usuels.
Les hautes températures favorisent la formation
d'octaèdres incolores ; aux
moyennes températures on obtient des cubo-octaèdres et
des dodécaèdres de
couleurs verte à jaune, aux températures
inférieures des cubes de couleur
noire.
Actuellement la production de diamants
synthétiques est de l'ordre de 20 tonnes par an, elle couvre 80
à 90 % des
besoins en diamants industriels. Les principaux producteurs sont De
Beers et
General Electric, qui couvrent environ 90 % du marché, auxquels
s'ajoutent les
compagnies japonaises Tomei et Sumitomo, et des productions russes,
tchèques,
roumaines et chinoises.
5 - Les gammes de diamants industriels pour
la pierre
Les diamants naturels se reconnaissent
facilement à leurs formes souvent peu
géométriques, leur surface irrégulière,
leur couleur transparente, rosée ou jaune ambré. Ils sont
plus stables à haute
température (absence d'inclusions métalliques dilatables)
; les irrégularités
de surface assurent un meilleur accrochage du liant.
La forme des diamants synthétiques
est beaucoup plus géométrique
(cubo-octaèdres presque parfaits dans les premières
qualités), avec des faces
lisses, une couleur jaune d'or, vert clair ou gris clair. Ils sont
préférés
dans l'industrie de la pierre, du fait de leur qualité plus
constante.
Selon les conditions opératoires, on
parvient à produire des cristaux
parfaits comme les SDA (Saw Diamond Abrasives}, des masses
informes et
bourrées d'inclusions comme les RDA (Resinoid Diamond
Abrasives}, ou
toutes sortes de produits de qualité intermédiaire,
formant une large gamme que
nous tenterons de déchiffrer.
Les diamants polycristallins (Polycrystalline
Diamond, ou PCD)
sont obtenu par frittage de poudre de diamant avec un peu de liant (par
exemple
du cobalt), à une température d'environ 1500°C sous
une pression de l'ordre de
65 kb, conditions proches de celles de la synthèse ; des
liaisons se produisent
entre les cristaux de diamant, qui forment une masse compacte,
comportant une
faible proportion de liant. Comme les cristaux ont une orientation
quelconque,
les fractures s'y propagent moins facilement que dans les monocristaux.
Leurs
propriétés s'approchent de celles du diamant :
résistance à la compression 76
kb, module d'élasticité E = 776-810 kb (contre 1141 pour
le diamant),
conductivité thermique 560 W/m.K (contre 600-2000). Le grand
avantage du PCD
est que l'on peut fabriquer des outils de formes diverses (cubes,
plaquettes,
disques), qui se brasent sur des porte-outils ou sont
déposés sur des supports
en carbure de tungstène ; ils ont des applications dans
l'usinage des matériaux
durs, mais encore peu dans l'industrie de la pierre.
La qualité des produits
synthétiques dépend de nombreux
facteurs:
-
qualité du graphite initial et choix du métal ou des
métaux solvants.
Ces métaux subsistent toujours, au moins en traces, dans les
diamants
synthétiques, qui ont une couleur jaune, verdâtre ou
grise, plus ou moins
foncée selon la quantité d'inclusions. Dans les
meilleures qualités la teinte
est toujours claire ; il est aisé de vérifier la teneur
en inclusions par étude
au microscope, et possible d'analyser les inclusions métalliques
à la
microsonde.
- cycle de pression et de température
: si la
température (de l'ordre de 1200°C) est relativement facile
à mesurer par des
thermocouples placés dans la chambre de réaction, et
à contrôler par régulation
du courant passant dans la résistance en graphite, la mesure de
la pression
(plus de 60 kb) et son contrôle sont difficile à
maîtriser : en effet
l'étanchéité des joints est critique, d'autant
plus que la transformation du
graphite en diamant s'accompagne d'une réduction de volume de 43
% .
- taux de nucléation : si de nombreux
germes
cristallins se forment en même temps, ce que l'on peut favoriser
en plaçant de
la poudre de diamant dans le graphite au début des
opérations, les cristaux
formés sont nombreux mais restent de petite taille. Inversement,
si l'on veut
de gros cristaux il faut que les premiers germes soient peu nombreux
dans le
graphite et que le maintien sous pression et température soit
plus long.
Il résulte de tout cela que la gamme
des produits
est très large, avec des prix variant de 1,5 à 5,8 $ par
carat (35000 à 145000
F/kg) pour les diamants convenant au travail de la pierre. Les prix
dépendent
naturellement de la qualité, mais aussi de la taille des grains,
car
l'obtention de gros cristaux demande un maintien sous haute pression et
température pendant un temps plus long : en gros les prix
doublent quand la
taille est multipliée par quatre.
5.1- Granulométrie
Les grains
sont séparés en classes de taille par tamisage
jusqu'à 0,05 mm environ, par
élutriation ou centrifugation pour les tailles
inférieures. La taille des
grains tamisables n'est naturellement pas exprimée en
unités métriques, ce qui
serait trop facile pour les utilisateurs non anglo-saxons, mais selon
les
numéros de tamis américains (US Standards),
numéros qui croissent quand la
taille diminue. De plus on ne peut fournir une formule de conversion
exacte,
car la taille des mailles du tamis dépend du diamètre du
fil employé ; quoi
qu'il en soit on trouvera sur la figure 10 l'équivalence en
millimètres et
micromètres des numéros de maille (mesh). On notera que
ces numéros ne sont
plus employés au dessous du n° 400 (37µm), faute de
tamis à maille assez fine,
et que les fabricants en reviennent alors au système
métrique, selon la gamme
de la Fédération Européenne des Produits abrasifs
(FEPA).
Les grains de plus de 1 mm servent pour les
outils de forage et les couronnes de carottage dans les sondages
miniers ou
pétroliers. Dans les scies diamantées on utilise des
grains de 1 mm à 0,21 mm
(mesh n° 18 à 80). En polissage, des grains fins à
très fins de 0,25 à 0,037 mm
(mesh n° 60 à 400) sont proposés. Pour les phases
finales de polissage il
existe des gammes ultrafines (potées et micropoussières)
descendant Jusqu'à 0,5
µm, toutefois l'industrie de la pierre préfère
encore des produits moins
coûteux comme l'oxyde d'étain.

Fig. 10
- Granulométrie des diamants industriels

Fig. 11 - Gammes de diamants et
recommandations d'emploi des fabricants
5.2 - Qualités
ou grades
Les critères de qualité sont :
- la forme géométrique (cubo-octaèdres réguliers),
- des faces lisses, et l'absence de fractures,
- une faible quantité d'impuretés (couleur claire), qui permet la fixation par des liants à haute température,
- une granulométrie homogène.
Ces critères peuvent se vérifier par examen à la loupe binoculaire.
La qualité mécanique globale se
mesure par la friabilité (inverse de la
résistance au choc, voir plus haut), la mesure s'effectuant dans
l'air à la
température normale et à 1200°C en atmosphère
inerte. La friabilité augmente
avec la taille des grains (Feng et Field, 1989).
La qualité des diamants industriels
n'a pas fait l'objet .de
normalisation, si bien que chaque fabricant dispose de sa propre
échelle (fig.
l1).
La firme DE BEERS propose pour le travail des roches par sciage, fraisage et forage, une gamme de diamants synthétiques avec cinq grades allant de SDA 100+ à EDC, dans les granulométries de 18/20 à 50/60 mesh ; les premiers grades, qui ont une plus forte résistance aux chocs et peuvent être agglomérés par des liants à plus haute température, conviennent à l'usinage des roches dures. Dans les roches tendres les grades inférieurs, moins chers, sont conseillés. Les diamants naturels EMB (ou EMBS avec traitement de surface), proviennent du broyage de boarts, ils présentent une surface irrégulière, et s'emploient pour le sciage au châssis des roches tendres. Une gamme de produits très fins à ultrafins, allant de 80 à 0,5 µm est disponible pour le polissage.
Le département Superabrasives de la
GENERAL
ELECTRIC présente une gamme de sept grades de diamants
synthétiques allant de
MSD à MBS (Métal Bond Sawing), dans les
granulométries de 20/25 à 70/80
mesh. Les grades supérieurs sont conseillés pour les
grès et granits, les
grades inférieurs pour le sciage circulaire ou au châssis
des roches calcaires
(marbres, pierres marbrières, travertins). La firme recommande
de ne pas
dépasser 900°C lors du frittage, sinon apparaissent des
microfractures. Il s'y
ajoute le grade MDS 710 convenant à la rectification et au
polissage des
pierres tendres (liant électrolytique ou liant fritté
à basse température). Une
gamme de produits fins (Micron) est également proposée
pour le polissage des
matériaux durs, allant de 0,1 à 60/l00 µm.
6 - Fabrication des outils diamantés
Les outils diamantés pour scies
circulaires sont
généralement des segments de cercle soudés
à la périphérie d'un disque d'acier
; le diamètre des disques s'étend de 0,1 à 3,5 m,
parfois même 5 m. La vitesse
périphérique varie de 25 à 60 m/s, les plus
faibles vitesses étant choisies
pour les roches dures. La périphérie est
découpée par des encoches qui
favorisent l'élimination des déblais de sciage ; dans les
diamètres inférieurs
à 0,4 m la couronne peut être continue, ce qui assure une
meilleure finition du
trait de coupe.
Le premier problème qui se pose est
celui du
maintien des diamants dans la matrice de l'outil. Le diamant n'est en
effet pas
mouillé par la plupart des métaux usuels à
l'état fondu (problème de tension
superficielle), il n'est donc pas possible de le souder ni de le braser
; au
début de l'emploi industriel des diamants, on devait les sertir
dans un métal
par forgeage.
Ensuite fut employé le dépôt
électrolytique de métaux comme le
cuivre et le nickel pour englober des diamants de petite taille : cette
méthode, qui ne nécessite pas de haute
température, a toujours des applications
dans le travail de la pierre (meules de forme, perles pour câbles
de
découpage), mais assez peu en sciage circulaire, car elle
n'autorise pas de
dépôts épais.
Puis la métallurgie des poudres a
permis
d'agglomérer les petits diamants dans une matrice d'alliages
ferreux ou de
bronzes, par pressage à chaud ; ce procédé est
encore employé pour des scies
destinées aux roches tendres, à liant bronze.
Certaines techniques améliorent la
liaison
diamant/métal, par exemple le choix de diamants très
irréguliers en surface
(diamants naturels, diamants multi-grains, diamants broyés), ou
le revêtement
des grains par un métal évaporé sous vide (cuivre,
nickel). Mais un pas
fondamental a été franchi par la métallurgie des
poudres quand on a réalisé que
certains métaux pouvaient former une liaison atomique avec le
diamant. On a
bien trouvé des métaux qui à l'état fondu
mouillent le diamant, mais sans
laisser de liaison résistante à froid : ce type de
liaison n'est obtenu que par
les métaux qui dissolvent le carbone du diamant, ou mieux, qui
forment un
carbure avec le diamant. C'est le cas du tungstène, l'un
des métaux les
plus rigides (E = 6500 kb) ; bien que très difficilement fusible
(3374°, raison
pour laquelle on en fait des filaments de lampes), il forme au moment
du
frittage un film de carbure de tungstène CW à la surface
du diamant, ce qui
assure une espèce de soudure. Toutefois, le tungstène
n'étant pas très
résistant à l'abrasion, on ajoute au mélange
à fritter de la poudre de carbure
de tungstène, qui assure cette fonction, tout en n'étant
pas capable de se lier
au diamant. En outre les interstices entre les grains de la poudre sont
comblés
par un métal auxiliaire, comme le cobalt (le plus
employé), le nickel, le
cuivre, le titane, etc. (Kennametal, 1985).
Il existe deux techniques principales pour le
frittage des poudres :
- l'une consiste à placer le
mélange de poudres et de diamants, soigneusement
homogénéisé au préalable, dans un moule en
acier ou en graphite, que l'on
chauffe tout en
exerçant la
pression,
- dans l'autre, un liant organique est
ajouté aux poudres, l'ensemble
est pressé à froid dans un moule, puis il est
placé dans un four à haute
température mais sans pression ; le composé organique est
détruit, l'atmosphère
doit être dépourvue d'oxygène (l'air est
évacué ou remplacé
par
de l'argon ou un mélange azote-hydrogène) de
manière à éviter la graphitisation
du diamant par la haute température.
Une autre méthode, utilisée
surtout dans la fabrication des outils de
forage à gros diamants, consiste à positionner les
diamants dans des cavités
aménagées dans les parois d'un moule en graphite,
à remplir le moule avec une
poudre de tungstène et de son carbure, et à placer un
alliage de
cuivre-nickel-zinc dans un réservoir séparé : par
chauffage de l'ensemble,
l'alliage fond et s'infiltre par capillarité à
l'intérieur de la poudre.
Pour le diamant, le danger du frittage
réside dans la
surchauffe : une température excessive cause la rupture par
dilatation des
inclusions métalliques (à partir de 900° pour les
diamants synthétiques), et la
graphitisation, qui dépose une couche de graphite noir peu
adhérent en surface
(elle débute à 627°C dans l'air et à
1527°C en atmosphère inerte).
La teneur en liant (cobalt) conditionne la
résistance aux chocs et à
l'abrasion : une teneur élevée favorise la
résistance au choc (car le carbure
de tungstène est fragile), une teneur faible rend la matrice
plus résistante à
l'abrasion, mais aussi plus fragile.
7 - Fixation des outils diamantés
Il existe actuellement deux
possibilités de fixation
des segments sur les disques de scies :
- le brasage par une machine
automatique, qui
assure l'alimentation en segments, leur positionnement sur le disque et
leur
fixation à l'aide d'une brasure à base d'argent, fondue
par le passage d'un
courant électrique ; c'est la méthode la plus courante.
- la soudure au laser, plus
récente,
permet d'assurer des soudures profondes et très étroites,
sans apport de métal,
également par une machine automatique. Un laser au CO2
produit un
rayon très mince, qui vaporise les métaux le long de
l'intervalle entre segment
et disque, et les soude sur une profondeur notable, sans apport de
métal : pour
les disques de faible épaisseur le soudage de la seconde face du
disque n'est
pas nécessaire. Cette méthode évite les chocs
thermiques qui peuvent fissurer
les diamants ou modifier les contraintes de la lame. La soudure est
beaucoup
plus résistante que la brasure : les segments ne risquent plus
de se détacher
quand la lame chauffe, ce qui permet de réaliser des disques
pour le travail à
sec, sans arrosage (petites scies de chantier).
8 - Les paramètres de sciage
Un disque diamanté de diamètre d (en m) tournant à une vitesse de rotation Vr. (en t/min) a une vitesse périphérique Vt (en m/s)
soit
0,0524. Vr.d.
Si p est la profondeur de passe (en mm) et Vh, la vitesse d'avance de la table (en m/min), la surface sciée par unité de temps Ss (m2/h) est Vh.p/60000. En appelant e l'épaisseur du segment (en mm), le volume scié par unité de temps Vs (cm3) = Ss.e/1000.
Les forces générées dans
la scie au contact de, la
roche (le long de l'arc actif AB, soutenu par l'angle a) ont pour résultante Fr
(fig. 12). L'angle a se calcule à partir de la profondeur
de passe p et du diamètre d de la
scie par
.
Le point d'application C de cette
résultante n'est
pas le centre de l'arc AB, mais un point situé plus près
de B, comme l'ont
montré Takubo et al. (1982) ; travaillant sur une scie de 0,15 m
de diamètre
avec une passe de 8 mm, ils trouvent pour l'angle b une valeur de 15,7°, alors
que l'angle a est de 26°. Nous verrons plus loin que
la position de ce point est
importante pour l'interprétation des mesures de force.
La force résultante Fr sur
la scie se
décompose de deux manières, selon les axes
considérés:
- selon les directions verticale et
horizontale on a Fv, qui est la réaction verticale
sur la table, et
Fh qui est la force exercée par le mécanisme
d'avance,
- selon le rayon CO et sa tangente, on a la
force normale Fn et la force tangente Ft.
La scie peut se déplacer de deux
manières par
rapport à la roche :
- soit « en
opposition » ou « en remontant » {upcutting),
la force tangente Ft est dirigée vers la droite du
rayon OC ; les diamants pénètrent progressivement
dans la roche à partir du fond de
la saignée,
- soit « en avalant » (downcutting),
Ft est
dirigé vers la gauche de OC, les diamants attaquent la roche
brutalement à la
surface, puis la profondeur de leur attaque diminue.

Fig.
12 - Composition des forces dans le sciage

Fig.
13 - Usure et force totale F dans le sciage d'un granite en fonction de
la profondeur de passe (disque de 0,6 m, vitesse imposée1,5 m2/h),
selon les résultats d'Ertingshausen, 1985)
Il a été montré par
Ertingshausen (1985), au cours
de sciage du granite rouge Colombo, que la première
méthode produit une usure
plus régulière. La seconde a pour résultat une
usure cyclique de la périphérie,
et une puissance consommée plus importante, mais elle autorise
des passes plus
importantes sans usure excessive, ce qui risque cependant de causer
d'importantes vibrations.
Le segment est caractérisé,
outre sa forme
géométrique, par quatre paramètres principaux :
- le grade du diamant : les
qualités les plus
élevées (cf § 5.2) sont
conseillées
pour les roches très dures, tandis que les roches tendres
peuvent être
travaillées plus économiquement par les derniers grades.
- la granulométrie du diamant
: en sciage circulaire la gamme
s'étend des grains 18 à 80, soit de 1 à 0,2 mm.
Les gros grains, employés dans
les roches tendres, permettent un avancement important et laissent un
espace
plus large entre la matrice et la roche pour l'évacuation des
copeaux. Dans les
roches dures on recommande les grains plus fins, qui ont effectivement
une plus
grande résistance à la compression et au choc.
- la concentration : une
concentration de 100 correspond à 72
carats de diamant par pouce cube de mélange. Sachant qu'un carat
vaut 0,2 g et
que la densité du diamant est 3,51, une concentration 100
correspond en fait à
25 % en volume. Les fortes concentrations sont plus chères, mais
assurent en
principe une vie plus longue à l'outil, et réclament une
puissance plus
importante.
- la matrice : l'usure de la matrice
doit
être égale à celle des diamants, de manière
à ce que les diamants aient une
exposition constante (voir plus loin).
9 - Le diamant considéré comme
outil de coupe
Les
diamants de sciage ont une forme plus ou moins
géométrique, mais
qui n'a rien à voir avec celle des outils de coupe des
métaux, qui sont affûtés
en biseau avec des angles de coupe bien définis (angle de
taillant et
dépouille). L'orientation des arêtes éventuelles
est tout à lait quelconque, et
l'on ne dispose d'aucun moyen pour les orienter : ils attaquent donc la
roche
dans des conditions défectueuses, sans doute plus par
écrasement que par
cisaillement ; dans ces conditions il n'est pas surprenant que la force
normale
soit beaucoup plus élevée que la force tangentielle.
La taille des diamants est nettement plus
petite que celle des grains de la roche, tout au moins dans la plupart
des
granits : vu la faible taille des copeaux qu'ils produisent, on en
déduit que
les cristaux sont détruits par formation de fractures
intracristallines plus
que par arrachement des grains.
Ces grains sont de nature très
variée dans les granits : les granites
vrais et les diorites comportent une proportion plus ou moins
élevée de quartz,
qui les rend plus difficiles à scier que les syénites ou
les gabbros.
Le quartz a une dureté Mohs de 7, mais
l'observation au microscope
montre qu'il peut se trouver très fracturé, et donc plus
facile à scier. Il
existe des minéraux plus durs que le quartz, par exemple
certains grenats (6,5
à 7,5), la tourmaline (7,5), les zircons (7,5), etc.; ils
peuvent jouer un
rôle, même à faible teneur, dans l'usure des
diamants, mais on n'en a pas tenu
compte jusqu'ici pour évaluer la sciabilité des roches.
Par ailleurs les feldspaths frais ont une
dureté Mohs de 6 à 6,5 ; étant assez
altérables, ils sont fréquemment plus ou
moins décomposés en produits argileux tendres. La
présence d'hématite dans les
feldspaths alcalins des granites rosés ou rouges pourrait avoir
un effet sur la
sciabilité. La biotite et la cordiérite s'altèrent
facilement en produits
argileux. Le passage rapide des diamants d'un minéral dur
à un tendre pourrait
générer des chocs tendant à les endommager. Il en
est de même dans les roches
sédimentaires poreuses.
Nous n'avons pas trouvé beaucoup de
données publiées
sur les forces exercées par le sciage, en particulier sur les
forces normales
et tangentielles, qui sont les plus importantes à notre avis
pour la
compréhension du sciage. Selon Takubo et al. la force normale
est de 6 à 9 fois
la force tangentielle dans le sciage d'un granité ; la force
normale augmente
peu à peu avec l'usure des segments.
Dans un outil neuf les diamants
enrobés par
frittage ou électrolyse sont noyés dans la matrice, aucun
d'eux ne forme relief
: on commence par "aviver" l'outil en travaillant un bloc de
grès
abrasif ou une meule spéciale.
Au cours du travail la matrice s'use, les
diamants
sont progressivement mis en relief et commencent à entrer en
action contre la
roche (fig. 14) ; leur exposition, c'est à dire le rapport de
leur hauteur
exposée sur leur hauteur totale, augmente peu à peu. Ils
s'usent progressivement,
puis lorsque leur exposition est excessive, ils sont
déchaussés.
On reconnaît plusieurs types d'usure
sur les
diamants, qui ont été bien illustrés par des
photographies au microscope
électronique à balayage (Ertingshausen, 1985, Wright,
1986) :
- le polissage forme une facette
régulière. Il semble résulter
d'une pression insuffisante du diamant sur la roche : au lieu de
pénétrer dans
la roche, le diamant frotte en surface, il s'use au contact des
minéraux et des
déblais. Quand tous les diamants sont polis, on dit que la lame
se glace : elle
ne pénètre plus la roche, la force produite par le
mécanisme d'avance
automatique augmente la pression au niveau de l'outil, qui dévie
et peut se
bloquer ou se rompre.
- l'arrachement d'éclats : des
fragments se détachent du
diamant, et le rendent beaucoup plus coupant, c'est le mode d'usure le
plus
efficace pour le sciage. Ce type d'usure a été
étudié par Wright (1986), sur
deux grains de diamant (de taille 40/50, soit 0,30/0,42 mm) dont il a
suivi
révolution au cours du sciage de 0,62 m2 de
granité : la figure 15
montre que pendant la première partie du sciage (0,15 à
0,25 m2) la
hauteur d'exposition des diamants s'accroît jusqu à 0,105
mm, puis des
fractures se produisent, détachant des éclats et
réduisant l'exposition .
Celle-ci recommence à augmenter, de nouvelles fractures se
forment, etc.,
jusqu'à ce que finalement le diamant s'arrache. Il est
remarquable que la
hauteur d'exposition ne dépasse jamais 0,105 mm pour ce type de
diamant, valeur
représentant sans doute l'espace libre entre matrice et
roche, dans
lequel circule l'eau qui entraîne les déblais.
L'exposition est donc au maximum
de 25 à 35 %. On aurait pu penser a priori que l'exposition
pouvait approcher
de 50 % : en fait, une érosion de la matrice se produit autour
de la base du
diamant, qui limite plus sévèrement l'exposition. Wright
estime que le
pourcentage de diamants actifs par rapport aux diamants exposés
n'est que de 26
% .
- le déchaussement : le
diamant trop ébréché
finit par être arraché de son
logement.
Entraîné dans le sillon de coupe, 11 est capable
d'endommager d'autres
diamants.

Fig.
14 - Stades de la vie d'un diamant

Fig.
15 - Evolution dela hauteur exposée de deux diamants au cours du
sciage d'un granite, d'après Wright (1986)

Fig.
16 - Usure de la matrice autour d'un diamant exposé
10 - L'usure de la matrice
Au cours de leur période
d'activité les diamants
sont précédés par un sillon creusé
à leur pied dans la matrice et
passant sur les côtés ; ils sont suivis par un relief de
la matrice, la queue
ou comète, qui contribue à leur maintien en place
(fig. 16). Ceci se
passe quand le disque tourne toujours dans le même sens : quand
un outil a
commencé à travailler dans un sens, on a
intérêt à toujours continuer à le
faire tourner dans le même sens jusqu'à la fin de sa vie.
Dans les scies
alternatives par contre (châssis), le mouvement dans un sens puis
dans l'autre
est défavorable à la tenue du diamant.
Ces sillons résultent sans doute de
l'érosion de la
matrice par les déblais de coupe, qui comprennent des
copeaux, des
poussières de roche, de matrice et de diamants. Ce
mélange très abrasif doit
impérativement être évacué au plus vite par
la circulation de l'eau : l'eau est
injectée contre la lame, obliquement, par des gicleurs
répartis de telle sorte
que la nappe d'eau se répartisse, après des trajectoires
en spirale sur chaque
flanc du disque, tout au long de l'arc actif.
Une grande partie de l'énergie fournie par le moteur (de l'ordre de 80 %) est dépensée en frottements entre les diamants et la roche : de grandes quantités de chaleur sont dégagées au niveau d'un petit nombre de diamants actifs. Cette chaleur se transmet en partie à la roche (certains minéraux montrent des traces de métamorphisme dus à l'élévation de température), et aussi au diamant, qui peut se graphitiser ou éclater (dilatation des inclusions) si sa température atteint 900°; cependant le diamant, excellent conducteur de la chaleur, transfère bien la chaleur vers l'eau (à condition que ne se forme pas une couche de vapeur autour du diamant) et vers la matrice : celle-ci est plus dilatable que le diamant, ce qui a pour effet d'affaiblir le maintien du diamant. Il faut signaler à ce propos que le diamant n'est pas mouillé par l'eau (on dit qu'il est hydrophobe), aussi des additifs sont proposés (huiles solubles) qui abaissent la tension superficielle de l'eau, évitent l'oxydation des aciers et souvent diminuent la puissance consommée. Cependant ces produits sont difficiles à éliminer au moment du rejet de l'eau à l'extérieur de l'atelier ; dans certains cas ils accentuent l'usure de l'outil.
La matrice doit être
étudiée pour s'user à
la même vitesse que les diamants, en leur assurant une
exposition
constante. Avec une matrice trop dure pour le type de roche
travaillée, les
diamants ne sont pas suffisamment en relief, on dit que la scie se
glace : on
doit alors aviver l'outil comme à ses débuts, ou
travailler en alternance une
roche plus abrasive. Au contraire une matrice trop tendre conduit
à un
déchaussement trop rapide des diamants. Dans le cas des
grès poreux, qui sont
plus abrasifs que les grès compacts, on peut penser que c'est le
détachement
des grains de quartz mal cimentés qui est à l'origine de
l'abrasion anormale de
la matrice.
Des tentatives ont été faites
pour évaluer
l'abrasivité de la roche sur la matrice, en mesurant l'usure
d'une pointe en
acier ou en bronze phosphoreux traîné sur la roche, sous
une pression donnée et
sur une très faible distance (travaux du Cerchar et de De Beers)
: il en
résulte que les roches riches en quartz, les roches poreuses et
les roches à
gros grain sont les plus abrasives pour ces outils.
Nous pensons qu'une mesure de
l'abrasivité des
roches devrait se faire dans des conditions plus proches de la
réalité, par
exemple en entraînant des plaquettes de matrices usuelles
(bronzes ou carbures
de tungstène frittés), sans diamants, sur les
différentes roches, avec un
parcours de plusieurs centaines de mètres, et sous arrosage
d'eau. L'abrasivité
des boues de sciage pourrait aussi être testée dans ces
conditions, sur plateau
tournant.
11- Les essais de sciabilité
Des essais de sciage avec mesure de certains
paramètres ont été effectués par plusieurs
laboratoires, ils ont eu pour
résultat d'établir diverses classifications des roches.
En Allemagne l'Union technique de l'Industrie
et de
l'Outillage avait défini trois classes de pierres dures; en
France le Synfodia
reconnaissait cinq catégories, mais qui ne semblent plus en
vigueur.
La firme Winter & Sohn en 1979 indiquait
six catégories pour les
roches, avec la production moyenne en m2/h pour chacune
d'entre
elles (fig. 17). A titre d'exemple la classe 0 comprend les calcaires,
la
classe 1 les granits noirs et le Labrador foncé, la classe II le
Labrador
clair, la classe III le granite du Tarn, la classe IV le Balmoral, le
Baltic
brun, le Halmstad, le Vanga, et la classe V le rouge d'Assouan, le
rouge de
Sardaigne, le rouge de Tranas, le quartzite de Wasa.
Birle et Ratterman (1986), ont classé
les granits en
quatre groupes, sur la base de l'usure de la scie, qui est mise en
relation
avec la teneur en quartz de la roche et sa résistance à
l'abrasion par le
corindon : le nombre de mètres carrés sciés pour
une usure de un millimètre de
la scie (lame de 60 cm) est :
- Groupe 1 - plus de 7 m2/mm
- Groupe II - 7 à 4
- Groupe III - 4 à 3
- Groupe IV - moins de 3.
En
fait les corrélations entre durée de la scie, teneur en
quartz et
résistance à l'abrasion sont plutôt vagues pour les
10 échantillons mesurés. La
General Electric, sur la base de ces quatre groupes propose ses divers
grades
de diamants selon le type d'usinage (fig. 18).
Les travaux de Wright, Jennings et Cassapi
(De
Beers) entre 1985 et 1989 ont porté sur sept granits. Les plus
faciles à scier
sont les granits noirs (diabases ou norites), puis viennent les
syénites et
diorites, ensuite les granites vrais : parmi eux les plus riches en
quartz et
ceux à gros grain sont les plus difficiles à scier. Ils
ont constaté que la
puissance nécessaire pour scier les granites durs est 2,2 fois
plus importante
que pour le marbre de Carrare.
Diamant Boart (fig. 19) divise les granits en
5 groupes pour le sciage par disques de grand diamètre : les
productions
décroissent de 3 à 0,6 m2/h selon la classe,
pour des vitesses
recommandées décroissant de 38 à 23 m/s, et des
profondeurs de passe de 20 à 4
mm. Ces tests ne précisent pas toujours la composition des
segments (diamants
et matrice), ni l'état d'avivage du disque (il faut scier au
préalable 1 m2
environ pour que l'usure des diamants et de la matrice se stabilise).
D'autre
part les roches essayées ne sont pas suffisamment
précisées, ni décrites
strictement sur le plan pétrographique. Mais surtout nous
pensons que la seule
mesure des forces horizontales et verticales, quand elle est faite,
n'est pas
adéquate pour reconstituer la dynamique du sciage, il eut fallu
mesurer la
force tangentielle et la force radiale.

Fig.
17 - Catégories d'usure des roches selon Winter & Sohn
(1979) par sciage circulaire
Fig.
18 - Groupes de sciabilité et choix des grades de diamant selon
General Electric
Fig.
19 - Groupes de sciabilité selon Diamant Boart en sciage
circulaire de grand diamètre
12 - Les essais de carottage
Les carottiers diamantés travaillent
dans des
conditions nettement différentes de celles des scies : leur
vitesse
périphérique est faible, le nombre de diamants en action
est limité ; mais il
est facile de mesurer le couple, la force normale (ici verticale) et la
vitesse
de pénétration. Aussi nous devons les signaler, car ils
fournissent des
résultats qui pourraient être vérifiés par
les essais de sciage.
Déjà en 1970 Brison et Brych
avalent montré à la Faculté Polytechnique
de Mons (fig. 20) que la vitesse de pénétration en
fonction de la force normale
(indiquée en pression de l'outil sur le graphique) est faible au
début (A),
croît linéairement entre deux valeurs
déterminées de pression (B), puis culmine
et même redescend (C). L'usure de la couronne n'est pas
négligeable, même pour
les faibles pressions (partie A) ; elle est stable dans la partie B,
puis
s'accroît nettement aux fortes pressions.
Puis Conca et Cubba (1986), travaillant
à vitesse et pression constante
sur différents matériaux, montraient que l'avancement ne
commence qu'à une
certaine pression, et souvent culmine pour une autre valeur de la
pression,
variable selon les matériaux (fig. 3 de leur publication).
Plus récemment Miller et Bail (1990),
par carottage
d'une norite (gabbro à hypersthène) dans des conditions
bien définies, ont
clairement établi
les trois stades de la pénétration en fonction de la
pression de l'outil (fig.
21) :
A - au dessous d'un seuil de pression que
nous appellerons Pmin
; (valant ici 20 bars), la pénétration est nulle : les
diamants s'usent par
polissage, les déblais sont très fins, toute la puissance
consommée est
dépensée inutilement en chaleur et en usure du diamant.
Ils évaluent à 4000
bars la pression effective minimale au niveau des diamants actifs pour
que
ceux-ci commencent à pénétrer dans la roche, alors
que la résistance à la
compression de la norite est de 2870 bars.
B - entre Pmin et un autre seuil
appelé Pmax,
(60 bars) l'avance est proportionnelle à la pression, les
diamants pénètrent
bien dans la roche, les déblais sont de bonne taille, l'usure
des diamants,
modérée, se fait par détachement d'éclats.
C - au dessus de Pmax. l'avance
plafonne, toute augmentation de pression (et donc de puissance
dépensée) n'a
aucun effet utile ; au contraire l'usure des diamants devient
excessive, les
diamants se déchaussent, et à une certaine pression la
lame finit par se
coincer. Ceci s'explique par le fait qu'au dessus de la pression Pmax;
les diamants s'enfoncent exagérément dans la roche :
l'espace entre matrice et
roche est trop réduit, les déblais sont mal
évacués, ils sont rebroyés et
réduits en poudre Inutilement.
Ayant ainsi
fixé la
fourchette de pressions entre lesquelles le carottier effectue un
travail
utile, les auteurs montrent en plus qu'il est possible de
définir un point
optimal pour l'usinage de cette roche, en portant en graphique
l'énergie
spécifique en fonction de la pression : ils indiquent
qu'à 50 bars l'outil
travaille dans les meilleures conditions d'économie
d'énergie et d'usure
minimale de l'outil, avec une vitesse d'avance proche de l'avance
maximale
possible.

Fig.
20 - Vitesse d'avance et usure des couronnes en fonction de la pression
du carottier, d'après Brison et Brych (1970), sans échelle

Fig.
21 - Vitesse d'avance et énergie spécifique en fonction
de la pression du carottier (diamètre 12/20 mm) dans une norite,
d'après Miller et Ball (1990)
13 - Conclusion
Tous les essais de sciage, portant pour la plupart sur un petit nombre de roches, ont montré qu'il y a peu de corrélation entre sciabilité des roches et les caractéristiques mécaniques mesurées habituellement sur les roches (résistance à la compression, résistance à l'extension, dureté Shore ou Knoop, résistance à l'abrasion au corindon, etc.) : seule la teneur en quartz a une influence certaine, mais elle n'est pas la seule.
Il faut donc trouver un autre type de mesure
représentant mieux la
sciabilité des roches, par exemple en mesurant le travail requis
pour enlever
un certain volume de roche par un outil diamanté
affûté selon des angles de
coupe définis.
Ce coefficient de sciabilité
devrait ensuite
être comparé aux résultats d'une étude
pétrographique, comportant
particulièrement la détermination des minéraux
plus durs que le quartz, la
teneur en hématite, la granulométrie et l'état
d'altération de la roche
(microfractures, transformations minérales).
L'abrasivité des roches vis
à vis des
différents types de matrices devrait être mesurée
par de nouvelles méthodes,
faciles à envisager. Cette étude devrait aussi prendre en
compte l'abrasivité
des déblais de sciage, qui sont probablement l'agent principal
intervenant dans
l'abrasion de la matrice.
Les essais de sciage devraient
être
conduits avec des segments de composition bien définie (grade,
granulométrie et
concentration des diamants, nature de la matrice frittée), avec
un état
d'avivage connu : celui-ci s'obtient en sciant une surface
définie de roche (ou
meule) étalon, et se mesure par l'exposition des diamants. Le
type d'usure des
diamants doit aussi être contrôlé
périodiquement, puisqu'il permet de s'assurer
que la scie travaille dans la bonne fourchette de pressions.
Les études de carottage ont bien
montré en
effet qu'un outil diamanté doit travailler entre deux valeurs
précises de
pression normale, et même qu'une pression optimale pouvait
être définie : il
reste à mesurer ces pressions en cour de sciage, pour
différentes roches et
différentes compositions de segments. La présentation des
résultats serait
simplifiée en calculant les pressions au niveau des diamants
actifs.
L'évaluation des pressions minimale,
optimale et maximale, devra se
faire par mesure des forces normale et tangente, et non par les forces
horizontale et verticale comme on l'a trop souvent fait jusqu'ici ;
pour ce
faire, un dispositif spécial de mesure des forces doit permettre
de déterminer
la position du point C.
Cette voie recherche, que nous nous proposons
de poursuivre, devrait
fournir des éclaircissements sur les raisons des
difficultés particulières de
sciage que montrent certaines roches, et de prévoir à
l'aide d'un test rapide
la difficulté de sciage de toutes les roches nouvelles
présentées sans cesse
sur le marché.
Mais aussi, par essai dans des conditions
bien
définies sur des roches étalons, il serait possible de
comparer les
performances des différentes fabrications d'outils
diamantés.
Références
BARDET
M.G., 1977, Géologie du diamant, Ed.
BRGM.
BERGMAN
R. éd., 1965, Physical properties of diamond, Clarendon Press.
BIRLE J.D. et RATTERMANN E., 1986, Sciabilité des pierres dures sur la base d'essais de laboratoire, Dimension Stone Magazine, juillet-août 1986.
BRISON L. et BRYCH J., 1970, L'abrasivité des roches, Revue de l'Industrie Minérale, jan. 1970.
CONCA
J.L. et CUBBA R., 1986, Abrasion resistance hardness testing of rock
materials,
Int. J. of Rock Mech., 23/2, p.141-149.
ERTINGSHAUSEN
W., 1985, Wear process in sawing hard stone, Industrial Diamond Review,
5/85,
p. 254-258.
FENG
Z. et FIELD J.E., 1989, Dynamic strengths of diamond grits, IDR 3/89 p.
104-
108.
FIELD
J.E., editor, 1979, The properties of diamond, Academic Press.
JACOBS H. et CHATRIAN N., 1980, Monographie du diamant.
JENNINGS
M. et WRIGHT D., 1989, Guidelines for sawing stone, IDR, 2/89.
Kenmetal
Inc., 1985, Metallurgy of diamond tools, IDR 5/85, p. 248-250.
MILLER
D. et BALL A., 1990, Rock drilling with impregnated microbits, an
experimental
study, Int. J. of Rock Mech., 27/5, p.363-371.
NOVOKOV
N.V. et al., 1985, Diamond grit strength to 1373 K, IDR 11/85, p. 17-18.
PHAN K.D., 1976, Les minéraux synthétiques, Annales des Mines, fév. 1976.
RITTER M.G., 1963, Utilisation du diamant industriel dans les forages pétrolier, Technip, Paris.
TAKUBO
T. et al., 1982, A new dressing device for saw cutting blades, IDR 5/82.
WRIGHT
D., 1986, The prediction of diamond wear in the sawing of stone, IDR
5/86, p.
213-216.
WRIGHT
D., 1988, The sawability of stone, Stone Industries, juin 1988.
WRIGHT
D. et CASSAPI V.B., 1985, Factors influencing the sawabililty of stone,
IDR
2/85
WILKS
E.M. et WILKS J., 1987, Cleavage surfaces of diamond, IDR 1/87, p. 17-20