Dans un article
récent, Wright D./N. et Engels J.A. (1) font le
point sur les performances actuelles du
câble diamanté dans le sciage des granits. Cet article
ayant paru dans une
revue peu divulguée en France, il nous a paru intéressant
d’en présenter un résumé
pour les lecteurs de Pierre Actual.
L’extraction mondiale de
roches ornementales a atteint 68,1 Mt en 2001, l’Italie se place au
premier
rang (8,8 Mt), suivie de la Chine (8,2 Mt) et de l’Iran (7,5 Mt).
L’émergence
de l’Iran au cours des dix dernières années n’est pas une
mince surprise.
Toujours selon ces auteurs, les emplois principaux sont dans
l’ordre :
dallages et pavages (35%), travaux spéciaux (mobiliers et tables
de cuisine ou
salles de bains, 33%), revêtements muraux (15%) et
funéraire (12%).
1 - Sciage en carrière (fig.
1)
Depuis trente ans le sciage
au câble diamanté s’est imposé dans les roches
calcaires, et continue à se
développer dans les granits : on compte à
l’échelle mondiale environ 2000
machines sciant les roches tendres, et 1000 les roches dures. La Chine
est peu
équipée, par contre le nombre de machines pour granits
croît rapidement en
Inde, où les vendeurs proposent des offres complètes
incluant les machines,
l’approvisionnement en câbles et la formation.
Les câbles diamantés ont un
diamètre standard de 11 mm, sur câble d’acier de 5 mm,
portant environ 40
perles diamantées par mètre, séparées par
surmoulage de caoutchouc, parfois de
plastique. Les perles sont exclusivement du type fritté.
La vitesse de coupe en
carrière varie de 4-5 m²/h pour les granits de classe 1
(les plus faciles à
scier) à 1 m2/h pour la classe 5 (granits les plus
difficiles à
scier) : la durée de vie des câbles s’étend de
15-25 (classe 1) à 5-8 m²/m
(classe 5) (Fig. 2).

Fig. 1 - Machine de sciage au câble
en carrière
Fig. 2 - Résultats de sciage des
granits en carrière
Si la vitesse de coupe a peu
changé dans les granits depuis 17 ans, la durée de vie
s’est accrue notablement
dans les cinq dernières années, ce qui diminue le
coût d’extraction.
Le prix de découpe des
granits par les méthodes traditionnelles est
évalué à 6 $/m². Les auteurs
reconnaissent que le sciage au câble ne permet pas de faire
mieux : il se
justifie cependant pour les roches dures de haute valeur, avec comme
autres
avantages l’absence de bruit, une récupération
améliorée et des rejets
diminués.
Le granit noir appelé Nero
Impala de la carrière Springbok à Rustenburg (Afrique du
Sud), la plus grande
d’Afrique du Sud, est exploité par 7 machines, sur des fronts de
10
m ; la vitesse du câble est de
27
m/s, la vitesse de coupe 3,5 m²/h pour une durée de vie de
16 m²/m. Cette durée
a été augmentée ces dernières années
par l’emploi d’entraînements à vitesse
variable, de perles et de câbles améliorés ;
l’exploitant espère parvenir
à 30 m²/m.
2 - Machines
stationnaires (fig. 3)
Ces appareils ont un seul
câble diamanté de courte longueur, tournant entre deux
poulies, et descendant
verticalement sur un bloc. Ils sont employés en carrière
pour l’équarrissement
des blocs, ou en atelier pour le découpage de tranches
épaisses.
Les câbles, d’une longueur
de 20 m, ont un diamètre de 8 à 11 mm, avec 35 à
40 perles par mètre, espacées
par injection de plastique.
Les paramètres de coupe sont
mesurables avec plus de précision que dans la coupe en
carrière. La vitesse
varie de 3 à 1 m²/h selon la classe de granit, et la
durée de vie de 22 à 10
m²/m en moyenne (fig. 4).
Les équarrisseuses à
câble
permettent de préparer des blocs d’excellente
présentation, sur lesquels les défauts sont bien
visibles, et de réduire
le coût de transport, qui est facturé au poids. Leur
nombre serait de 3500 à
l’échelle mondiale pour les roches dures (1500 pour les roches
tendres), dont
un tiers environ en Europe.
L’équarrissement et la
découpe de tranches sont assurés à la
carrière Springbok par trois scies
stationnaires à moteurs de 30 kW, à vitesse variable, et
des perles à haute concentration
en diamant. Le chargement et le déchargement des blocs sont
automatisés, les
rendements enregistrés chaque heure, et les blocs pesés
avant et après le
sciage.

Fig. 3 - Machine stationnaire
Fig. 4 - Résultats de sciage de
granits sur machine stationnaire
3 - Machines multicâbles (fig.
5)
Ces machines sont similaires
aux précédentes, sauf qu’elles comportent entre 5 et 58
câbles travaillant en
parallèle, espacés pour scier des tranches de 2 cm (ou
plus, en ôtant certains
des câbles).
Les câbles, d’un diamètre de
7 à 11 mm, ont une âme en acier renforcé et portent
36 à 40 perles par mètre.
Chaque boucle est mise sous tension individuellement par un
vérin pneumatique.
Leur vitesse de coupe est de 2,4-4,5 m²/h dans les granits de
classe 1, et de 1
m²/h pour la classe 5, pour chacun des câbles
évidemment. La durée de vie atteint
20-30 m²/m pour la classe 1, et 1
m²/m pour la classe 5 (fig. 6).
Encore en petit nombre (une
cinquantaine) et d’apparition récente (1997), ces machines
présentent de
nombreux avantages par rapport aux châssis à
grenaille : plus faible
encombrement au sol, fondations réduites, possibilité de
travailler à
l’extérieur, absence de vibrations, vitesse de coupe plus grande
(3 à 4 fois
celle des châssis), plus faible consommation électrique,
faible quantité de
déblais, planéité des coupes qui économise
une partie du fraisage sur les
chaînes de polissage. Les deux fabricants majeurs sont en Italie Wires
Engineering de Lessolo et Bidesimpianti de Sandrigo ;
ce
dernier a proposé récemment une machine à 58
câbles, capable de scier 920 m²/j.
Dans une entreprise de
Galice (Espagne), une machine Bidesimpianti à 50 câbles a
été installée il y a
4 ans pour couper des blocs de 2,1 m
de hauteur et de 3,8 m de long, actionnée par un moteur de 130
kW : sur un
câble de 4 mm, circulant à 33 m/s, les perles ont un
diamètre de 6,7 mm. La vitesse
de descente dans le granite gris de Mondariz est de 20 cm/h, trois fois
plus
rapide qu’avec un châssis. La tolérance sur
l’épaisseur des tranches est de ±
0,5 mm.
En conclusion les auteurs
pensent que le sciage au diamant des
granits devrait encore diminuer de prix si l’on parvient à
allonger encore la
durée de vie du câble, tant en carrière qu’en
atelier. Son récent essor en
Inde, au Brésil et en Afrique du Sud, montre que
l’investissement est
intéressant même dans des pays à bas coût de
main d’œuvre.

Fig. 5 - Machine multicâbles
Bidesimpianti
Fig. 6 - Résultats de sciage de
granits sur machine multicâbles
Notes
1 - Wright D.N. et Engels J.A.,
2003, The environmental and cost benefits of using diamond wire for
quarrying
end processing of natural stone, Industrial Diamond Review, 4/03,
p.16-24,
Wembley, England.
2 - Statistiques extraites de Marble Stat 2002, Frederick Bradley.
3 - C’est en fait une norite selon F. Müller, c’est à dire un gabbro à hypersthène, ne contenant pas de quartz.
4 - Voir aussi l’article de Pierre Actual, n° 807, nov. 2003, p. 78-80