1 - Introduction
A peine moins grande que la
Sicile, la Sardaigne couvre 24 089 km2 : son relief en
moyenne
assez peu élevé, culmine cependant à 1834 m dans
le Monte Gennargentu. Ses
côtes où alternent falaises rocheuses et plages de sable
blanc, sont longtemps
restées inhabitées pour causes de paludisme et de razzias
mauresques ; de
nos jours s’y développe un tourisme de luxe, avec des
constructions
remarquablement intégrées aux paysages, et un
réseau routier d’excellente
qualité, même pour les villages isolés, grâce
aux aides européennes.

Fig.
1 -Carte géologique et carrières
La population vit
traditionnellement de l’élevage du mouton et de l’exploitation
du chêne-liège,
ce n'est que dans le fossé du Campidano et autour de Sassari que
peut être
pratiquée la polyculture. L’île est restée
longtemps isolée, en dépit des
conquérants successifs ; les Sardes n’ayant jamais
été intéressés par la
mer, ce sont des génois qui pratiquaient la pêche. La
production minière
(plomb, zinc, argent, antimoine), réputée au cours de
l’Antiquité dans le SW
(Iglesiente), est aujourd’hui bien restreinte. Les langues locales,
parlées
encore par les anciens, sont les diverses variétés de
sarde, encore très
proches du latin ; il s’y ajoute le catalan dans la région
d’Alghero. Il
n’existe pas de presse en langue sarde, et les habitants ne semblent
pas
revendiquer son enseignement à l’école comme leurs
voisins du Nord.
L’habitat traditionnel
comporte de gros bourgs et villes regroupés sur les hauteurs, on
ne rencontre
presque pas de fermes ou maisons isolées. La longue tradition de
vendettas,
banditisme et enlèvements contre rançon paraît
abandonnée, elle a coûté dans le
passé la vie à de nombreux jeunes hommes.
Les plus anciens objets
trouvés, rapportés au Néolithique
inférieur, sont des outils en obsidienne et
des statuettes de type cycladique (fig. 2). Au Néolithique
supérieur
appartiennent les domus de janas (maisons de sorcières,
fig. 3),
nécropoles souterraines à plusieurs chambres
excavées dans des roches tendres,
et les « tombeaux de géants »,
constructions en pierres comportant
une longue chambre voûtée en encorbellement, avec une
stèle à l’entrée et un
arc de part et d’autre, qui avaient effectivement un rôle de
sépulture
collective.

Fig.
2 - Statuette de déesse-mère d'Alghero (2800-2500 av. JC.)

Fig. 3 - Tombes néolithiques
dites Domus de Janas, Pottu Codinu, SE d'Alghero
Au second millénaire avant
J.C. apparaissent les nuraghi, monuments propres à la
Sardaigne, dont on
a dénombré près de 7000 (fig. 4) ; ce sont
des tours à but défensif,
construites en gros blocs assez bien taillés, dont les murs
très épais (4 à 7
m) sont percés de couloirs et de meurtrières. La partie
centrale de la tour est
creuse, en forme d’ogive, avec voûte en encorbellement comme dans
les tombes
mycéniennes ; une galerie en hélice est
ménagée dans l’épaisseur du mur
pour l’accès au sommet, qui pouvait culminer à 25 m. La
tour, ou le groupe de
tours, est entouré de murs bas qui formaient le soubassements
d’habitations,
dont le toit en matériaux périssables a disparu :
les archéologues y ont
trouvé des outils en bronze qui étaient coulés
dans des moules en stéatite (puis
forgés en fer à a fin de la période), des
céramiques à décor géométrique, et
des figurines en bronze très originales et variées (voir
le musée de Caglari),
connues des antiquaires sous le nom de bronzes sardes.

Fig.
4 - Nuraghe de Santu Antine, l'un des mieux conservés des 7000
de Sardaigne
La civilisation nuraghienne
décline avec l’arrivée des phéniciens puis des
carthaginois au début du premier
millénaire. Ces peuples marins et commerçants
établissent des comptoirs sur les
côtes, comme Tharros, Nora et Monte Sirai, ils introduisent
l’écriture et
donnent à l’île son nom de Shardan. Leurs temples ont des
soubassements en gros
blocs rectangulaires bien taillés, et parfois un bétyle,
grande pierre sacrée
en forme de cône ; près du temple se trouve le tophet,
espace
réservé au sacrifice par le feu en l’honneur du dieu Baal
ou de la déesse Tanit
(fig. 5). En Sardaigne au moins quatre tophet ont
été fouillés, on y a
retrouvé de nombreuses urnes où étaient
conservées les cendres des victimes.
Selon la Bible et Diodore de Sicile, les victimes étaient les
enfants
premiers-nés des meilleures familles, sacrifiés lors des
périodes de danger, et
de nombreux restes calcinés d’enfants ont effectivement
été trouvés dans les
urnes. Vers la fin de la période punique, les enfants ont
été remplacés par des
animaux, et l’on rappellera que les hébreux, trop souvent
imitateurs des
phéniciens, ont pratiqué de tels sacrifices humains
jusqu’à leur interdiction
par Josias roi de Juda (fin du VIIe siècle av. J.C.). Les grecs,
bien
qu’installés dans toute la Sicile et l’Italie
méridionale, ne semblent pas
avoir colonisé la Sardaigne, qu’ils appelaient Ichnusa ou
Sandaliota.

Fig.
5 - Soubassement punique du tophet de Sant'Antioco, en grosses pierres
assez bien appareillées

Fig. 6 - Soubassement punique à
Nora, en grosses pierres appareillées, surmontées d'un
mur romain en moellons peu soignés

Fig. 7 - Pavage d'une rue romaine en basalte
à Tharros
A la fin de la première guerre punique
(-237)
Rome annexe la Sardaigne, et mettra près d’un siècle
à la pacifier, Carthage
n’étant finalement détruite qu’en -146 par Scipion
Emilien. Les Romains
exploitent alors les richesses agricoles et minières de
l’île, ils en font un
bagne et exportent des esclaves, tracent un réseau de routes,
mais ne
réaliseront aucune construction prestigieuse. Les Vandales
occupent la
Sardaigne de 456 à 534, époque à laquelle elle est
christianisée, à l’exception
des peuplades toujours irréductibles
de
la Barbagia. C’est ensuite la période Byzantine, pendant
laquelle diverses
églises sont édifiées, avec de nombreuses
inscriptions grecques. Les incursions
barbaresques commencent dès 711, ce qui amène la
construction de tours de
surveillance sur les côtes. Vers l’an 800 quatre royaumes locaux
obtiennent
leur indépendance pratique, avec leurs lois et leurs codes, sous
la direction
de juges ; à la suite d’une croisade ordonnée par le
Pape en 1004 pour
expulser les sarrasins de Cagliari,
l’île est conquise progressivement par les Génois,
puis colonisée par
les Pisans.
En 1287 le Pape Boniface
VIII octroie la Sardaigne au roi d’Aragon, qui tentera de pacifier
l’intérieur,
instaurera un régime de grandes propriétés au
profit de nobles espagnols. En
1718, à la suite de la guerre de Succession d’Espagne elle
deviendra possession
des Ducs de Savoie, qui prendront dès lors le nom de Rois de
Sardaigne,
regroupant dans leur royaume la Savoie, le Piémont, Gênes
et Nice. En 1815
encore, les tunisiens envahissent Sant’Antioco, et massacrent ou
réduisent en
esclavage les habitants. Les rois de Sardaigne luttent contre le
banditisme, en
brûlant les forêts, et suppriment le régime des
grandes propriétés espagnoles
en 1836. La Sardaigne est finalement rattachée en 1861 à
l’Italie, unifiée par
la Maison de Savoie.
Malgré l’abondance de
pierres de tous types, la Sardaigne n’a pas de tradition de taille de
la
pierre, qui semble avoir été perdue depuis
l’époque des nuraghi et des
phéniciens ; les bâtiments anciens sont souvent
revêtus d’enduits, les
plus récents construits avec des pierres brutes de refendage,
posées en assises
irrégulières avec de larges joints. Ce n’est que dans les
constructions
modernes dédiées au tourisme, et sans doute sous
l’influence d’architectes et
tailleurs de pierre venus du continent, que l’on rencontre de beaux
appareillages dans les marinas et maisons individuelles,
réalisées avec un goût
sur, bien insérées dans le paysage avec des
matériaux locaux, en particulier
sur les côtes Nord et NE (Costa Smeralda), où un tourisme
de grand
standing assure la
prospérité des
populations locales.
2 - Histoire géologique
La Sardaigne correspond
essentiellement à un massif hercynien, fortement intrudé
de granites, à peine
recouvert de sédiments Mésozoïques et Tertiaires. Le
noyau hercynien sarde
prolonge celui de Corse occidentale (on parle de bloc corso-sarde),
mais ici
n’existent pas les nappes alpines. Dans la chaîne hercynienne on
a pu
reconnaître en Sardaigne une zone externe autochtone peu
métamorphique au Sud
(grade des Schistes Verts), une zone interne de nappes au centre, et un
socle
ancien au NE à haut degré de métamorphisme
(granulites et éclogites,
rétrométamorphisées dans le grade des Amphibolites
pendant la phase
hercynienne).
La série du Paléozoïque et
bien connue dans l’autochtone et les nappes. Le Cambrien du SW comporte
une
plateforme carbonatée, surmontée de calcaires noduleux
qui indiquent son
ennoyage, viennent ensuite des sédiments détritiques avec
lentilles de
calcaires à Archaeocyathus. A Acqua Resi dans l’Iglesiente se
trouve un riche
gisement de Trilobites. Dans le centre s’empilent de puissantes
turbidites.
Après un léger plissement, attribué à
l’orogénèse calédonienne (phase sarde),
l’Ordovicien comporte des brèches discordantes, puis des
grès et silts, et dans
zone des nappes des séries volcaniques. Au Silurien
correspondent les classiques schistes à Graptolites, au
Dévonien
quelques calcaires, au Carbonifère inférieur des
séries détritiques.
Survient alors l’orogénèse
hercynienne, dans laquelle on reconnaît deux phases :
- fermeture du bassin
océanique et éjection des nappes
vers
le Sud. Il est possible en effet que la partie la plus profonde du
bassin ait
comporté une plaque océanique, avec péridotites et
basaltes, dont ne subsistent
que de rares témoins le long de la suture mylonitique
Posada-Asinara. Au nord
de la suture se trouvent d’anciennes roches métamorphiques de
haut grade
(granulites, éclogites),
rétrométamorphisées dans le grade des Amphibolites
par
la suite. Le métamorphisme hercynien affecte toute la pile
sédimentaire, il est
plus intense au Nord qu’au Sud.
- extension produisant un
réseau de failles, et intrusion magmatiques (entre 307 et 280
Ma) : les
premières intrusions, peu étendues, étaient
formées de gabbros, ensuite
viennent des tonalites et granodiorites. Le plus gros volume du
batholite sarde
est formé de monzogranites, souvent à grands cristaux de
feldspaths potassiques
roses (faciès ghiandone), enfin
viennent des monzogranites blancs cristallisés à plus
faible profondeur.
L’ensemble présente des foliations magmatiques NW-SE.
L’érosion de la chaîne est
rapide, surtout dans le Nord, au Carbonifère
supérieur-Permien s’installent des
lacs remplis de sédiments détritiques et de volcanites
(porphyres et
ignimbrites).
Après un Trias à faciès
germanique réduit, une transgression marine établit une
plateforme carbonatée
qui durera pendant tout le Jurassique, et sera suivie par un
Crétacé réduit,
coupé par des épisodes lagunaires ou continentaux
à bauxites. A la fin du
Crétacé se produit une émersion, qui sera suivie
par une transgression
partielle de l’Eocène inférieur et moyen, puis survient
une phase compressive à
l’Eocène supérieur.
L’Oligocène est marqué par
une forte extension, surtout le long d’un fossé N-S dans l’ouest
de l’île, avec
dépôts lacustres et puissants épanchements
andésitiques. Jusque là, Sardaigne
et Corse se situaient au large de la Provence : au cours de
l’Aquitanien et
une partie du Burdigalien le bloc continental corso-sarde dérive
vers son
emplacement actuel en effectuant une rotation de 35°,
démontrée par les études
paléomagnétiques sur les coulées volcaniques. Une
dernière transgression au Miocène
inférieur et moyen
(Burdigalien-Langhien) dépose des grès et des
conglomérats, des récifs sur les
points hauts et des marnes et calcarénites dans les
dépressions, accompagnés de
volcanisme explosif (ignimbrites). Au Miocène terminal
(Messinien) la Sardaigne
émerge définitivement, l’érosion se poursuit
modelant le relief actuel, tandis
qu’entre Oristano et Cagliari se forme le graben NW-SE du Campidano,
à
remplissage continental, et que de nombreux volcans épanchent
des basaltes.
3 - Roches ornementales
a - Marbres Paléozoïques :
dans
sa longue compilation des roches ornementales italiennes, Dumon
(1971-1974)
cite de nombreuses carrières de marbre, surtout dans le Cambrien
et Silurien du
Sud, toutes abandonnées de nos jours.
Dans le Cambrien de la région
de
Sulcis, au SW de l’île, il mentionne les marbres de Narcao et de
Domus de Maria
(calcaire marbrier à grain fin), et ceux de Teulada (marbre
blanc veiné de
gris, saccharoïde). A Nughedu de San Nicolo, quelques
kilomètres au sud
d’Ozieri, des marbres saccharoïdes blancs ou gris se trouvent dans
des schistes
métamorphiques non datés.
Au Silurien sont attribués
plusieurs
gisements : calcaire lumachellique noir à Encrines de
Fiuminimagiore
(Iglesiente), cipolins diversement colorés d’Asuni et marbres de
diverses
couleurs d’Escolca de la région de la Marmilla, et plus au Nord
dans la
province de Nuoro les marbre gris de Mandas, les cipolins et marbres
gris de
Silanus, et le marbre gris d’Orani. Les schistes siluriens ont produit
un peu
d’ardoises à Soleminis et à Donigala-Siurgus. D’autres
ardoises siluriennes
sont signalées au cap Mannu (ex-cap Negretto) à l’ouest
de Sassari.
b - Les granites hercyniens occupent
de vastes surfaces, recoupant les structures chevauchantes
antérieures. La plus
grande intrusion est le batholite corso-sarde, qui débute au
centre de la
Sardaigne et s’étend sur la plus grande partie de la Corse
occidentale. Les
affleurements montrent de pittoresques formes d’altérations,
avec empilements
de blocs, et des taffoni de grande taille (fig. 8 à 10),
résultant de la
décohésion granulaire de l’intérieur des boules
sous l’effet du sel apporté par
les embruns marins.

Fig.
8 - Taffoni géants dans le granite de Capo Testa, au loin les
falaises de Bonifaccio

Fig. 9 - Granite profondément
corrodé par des taffoni à Luogosanto

Fig. 10 - Taffoni de grande taille
à San Giacomo
- Granites roses de la Gallura,
partie
Nord du batholite : Dumon (1971-1974) cite de nombreuses
carrières de Capo
Testa à Tempio Pausania et Olbia, qui produisaient à
l’époque surtout des
bordures, des pavés et des enrochements. Celle de Capo Testa
avait déjà été
exploitée par les Romains pour les colonnes du Panthéon
et des sarcophages, il
y subsisterait un bloc abandonné de quelques 600 m3.
D’importantes
extractions ont eu lieu plus récemment sur l’archipel de la
Maddalena, en
particulier à Cala dei Francesi, mais ces îles font
maintenant partie d’un parc
national. Outre les granites roses plus ou moins porphyriques, d’autres
ressources ont été signalées : granite rouge
vif de l’île Molara,
lamprophyre vert foncé près de Luogosanto, pierre ollaire
et pagodite d’Illora.
Le catalogue de Müller signale deux roches filoniennes apparues
sur le marché,
l’aplite gris-argent de Juncas près de Tempio, et la pegmatite
brune appelée
Marron Sparviero d’Arzachena.
Le secteur actuellement exploité se
trouve
entre Tempio Pausania et Bassacutena. Autour de Tempio sont
situés les granites
porphyriques roses appelés Rosa Ghiandone,
caractérisés par de grands
feldspaths potassiques roses, de 2 à 6 cm de long.
Vers le NE ils passent autour de Luogosanto
et Bassacutena à des granites roses à grain un peu plus
fin, sans grands
feldspaths, appelés Rosa Beta, Rosa Gallura, etc. Le
Rosa Nule
est une variante du Rosa Beta, il ne se trouve pas dans la
région de Nule comme
nous le supposions naïvement, nous avons fini par le localiser
à Val di Corru
sur les pentes du Monte Padru, environ 5 km au Sud de Luogosanto.
Depuis deux ans le nombre de carrières
actives a notablement diminué, spécialement dans le
faciès Ghiandone ; les
stocks de blocs sont abondants, et dans les carrières non
fermées, un personnel
réduit s’emploie à l’entretien des engins en attendant la
reprise.
Vers l’Est on passe à des granites
gris,
comme ceux de San Antonio et San Giacomo. La carrière produisant
le gris de San
Antonio est arrêtée, elle montre un peu de granite jaune
près de la surface. Le
granite jaune Giallo San Giacomo se trouve dans deux
carrières,
propriétés de PRIA Graniti. L’une d’elles est
exploitée (fig. 14), elle se
trouve au long d’une zone d’intense fracturation verticale montrant des
auréoles ferrugineuses ; le granite jaune provient de la
pénétration des
eaux météoriques le long de ces accidents, s’infiltrant
latéralement dans les fractures
horizontales. La couleur jaune résulte de l’altération
des biotites, libérant
de la limonite qui se répartit plus ou moins
régulièrement ; dans les
écailles plus épaisses on retrouve la couleur grise
originelle.
- Granites blancs et gris :
dans le segment du batholite corso-sarde entre les failles d’Olbia et
de Nuoro,
des exploitations sont actives autour de Budduso et Alà dei
Sardi. Autour de
Budduso, et le long de la route vers le NE, est produit un granite gris
clair
appelé Grigio Malaga ou Grigio Perla, ici aussi
les carrières
arrêtées sont nombreuses. A Alà dei Sardi il en est
de même, cependant la
carrière de FF Graniti continue à extraire le granite Bianco
Sardo,
similaire au gris mais avec moins de minéraux
ferro-magnésiens noirs.
Plus au SW, la localité de Nule
près de
Benetutti a produit autrefois un granite porphyrique gris, et non pas
le Rosa
Nule : renseignements pris au Municipio, il n’y a plus de
carrières depuis
longtemps, et en fait le granite rose portant ce nom provient de
Gallura (voir
plus haut).
- Dans la partie sud du
batholite, et dans les nombreuses autres intrusions du Sud de la
Sardaigne, se
trouvent des granites roses plus ou moins clairs, parfois porphyriques,
ou des
granites gris, similaires à ceux du batholite. Les anciennes
exploitations ont
toutes disparu. Mentionnons la présence de pyrite dans certaines
carrières de
la région de Nuoro, l’existence d’une diorite quartzique noire
à Burcei, et de
filons de porphyre vert à Lula au NE d’Orune et à Pula.

Fig.
12 - Equarrisseuse à deux marteaux hydrauliques à
Bassacutena
Fig. 13 - Carrière de Ghiandone
à Calangianus

Fig. 14 - Carrière de granite
jaune de San Giacomo, avec auréoles ferrugineuses
Fig. 15 - Alà dei Sardi,
carrière Mauredu à Monte Ladu

Fig. 16 - Alà dei Sardi,
carrière FF Graniti produisant le Bianco Sardo
c - Calcaires jurassiques
et crétacés
Une puissante plateforme
calcaire jurassique a recouvert la Sardaigne, dont il reste des
montagnes
entières dans les régions d’Orosei, de la Barbagia et aux
alentours du Monte
Doglia à l’Ouest de Sassari.
La série discordante sur le
socle hercynien comprend à Orosei des
conglomérats et des ignimbrites
rougeâtres, des dolomies brunes du Dogger, des calcaires
lités du Kimméridgien,
et enfin la grande falaise de calcaires blancs massifs du
Tithonique-Berriasien, avec Algues, Coraux et Nérinées.
C’est cette dernière
formation qui était déjà exploitée à
l’époque de Dumon à Siniscola, Orosei,
Cala Gonone, Dorgali et Baunei. Les importantes exploitations actuelles
sont
concentrées près d’Orosei sur le flanc du Monte
Tuttavista ; contrairement
aux carrières de granites qui se trouvent dispersées dans
la nature, ces
carrières sont juxtaposées sur des concessions de petite
taille, ce qui
entraîne quelques inconvénients. Les carrières
d’Orosei se sont développées
depuis 35 ans, on compte 6 ou 7 carrières très actives.
Le calcaire est
fortement karstifié près de la surface, moins au fond des
fosses. Malgré un
pendage d’environ 35°, les gradins sont tracés à
l’horizontale.
Elles produisent un calcaire
marbrier blanc crème, compact et prenant un bon poli,
appelé Perlato
Sardegna à cause de ses nodules
algaires ; il est comparable au Perlato de Custonacci en Sicile
(Crétacé).
D’autres variétés sont appelées Venato, Breccia…
Les blocs sont envoyés en
Italie, mais aussi débités sur place par des taille-blocs
en dalles de 2 cm,
quelques châssis existent aussi sur place, et la construction
d’ateliers se
poursuit. De très importantes ressources pour ce type de roche
existent en
Sardaigne orientale, dans les chaînes calcaires entre Siniscola
et Baunei.
Une carrière aurait
peut-être existé dans le Jurassique près de Porto
Pino dans la région de
Sulcis. Les carrières du Monte Doglia près d’Alghero sont
un peu mieux
documentées : Dumon mentionne des
brèches, qui ont été comparées au
Sarancolin des Pyrénées, et des calcaires
marbriers jaunes, roses ou rouges. Lors de notre passage, nous
n’avons
entrevu aucune trace d’activité.
Le Crétacé ne se trouve
qu’en affleurements restreints en Sardaigne. Dans l’île de
Tavolara sur la
Costa Smeralda, le Crétacé supérieur aurait
été exploité dans l’Antiquité. Au
SW de Sassari, le calcaire Crétacé supérieur
à Hippurites a fourni un
« marbre bréché » et
« un marbre rouge » ; la carte
n’indique de Crétacé qu’à 6 km au NW du village
(il ne faut pas oublier que les
communes sardes ont une étendue considérable, et que les
carrières peuvent se
trouver à grande distance). Enfin dans la presqu’île de
Sant’Antioco,
l’affleurement crétacé contient un calcaire
bleuté, qui n’a pu produire que de
petits blocs ; Müller rapporte le Nero Antioco ou Nero
Carbonia au
calcaire carbonifère ; s’il existe encore, il ne peut
affleurer qu’au NE
de Carbonia.

Fig.
17 - Vue d'une partie des grandes carrières de calcaire
jurassique d'Orosei

Fig. 18 - Petite carrière
très karstifiée à Orosei, sous le mont Tuttavista
d - Roches volcaniques
oligocènes
Le volcanisme oligocène s’est
développé dans
un système de grabens N-S de Cagliari au golfe d’Asinara,
également dans le
Sulcis. Diverses exploitations ont été signalées
dans des
« trachytes », dont la nature
pétrographique n’est pas très sure, par
exemple à Porto Torres où il y eut des exploitations
romaines, à Uri où l’on
taillait des bordures, et à Serrenti, 45 km au NW de Cagliari,
qui a fourni des
colonnes et des pierres de construction pour cette ville. Dans la
banlieue
ouest de Sassari la localité de Caniga fournissait un tuf
trachytique
bleu-vert. Une carrière de trachyte jaune fonctionnerait encore
à Azuni.
Dans les îles de San Pietro
et Sant’Antioco, les trachytes ont été extraits
dès l’époque Romaine ; de
l’obsidienne verte est connue à San Pietro, ainsi que de
l’obsidienne noire à
Monte Arci. Mentionnons pour mémoire les
« jaspes » de Bosa, qui ont
fourni des objets archéologiques, et ceux de San Pietro,
situés au mur d’un
gisement de manganèse, mais ces roches extrêmement dures
et fragiles se prêtent
mal à la marbrerie, seulement à la marqueterie de Pietre
Dure.
e - Calcarénites miocènes : Monte Leone, Sassari, Cagliari
An Nord et à l’est de Sassari,
de
nombreuses carrières extrayaient autrefois la
« pietra cantone »,
calcaire organo-détritique grossier, blanc à
jaunâtre.
A Monteleone-Roca Doria, au
SE d’Alghero, quelques carrières en fosses profondes ont
entamé le plateau de
calcarénites tendres, blanches à grises, à patine
jaunâtre, datées de
l’Helvétien-Tortonien. La série subhorizontale,
épaisse de plus de 25 m, était
découpée en petits blocs de construction épais de
20 cm par des scies
circulaires rustiques à dents de carbure,
entraînées par moteur électrique et
montées sur rails (fig. 19). Cette exploitation a bien
fonctionnée aux dires de
son propriétaire, jusqu’à cette nuit du jour de l’an 1987
où la mince paroi qui
séparait la fosse de la falaise s’est effondrée, sans
causer de dégâts humains
mais entraînant l’interdiction de l’exploitation. Les ressources
en calcaires
de ce genre sont abondantes au Nord de Monteleone et
au SE dans la région de Perdria.

Fig.
19 - Ancienne carrière de calcarénite miocène
à Monte Leone
Cagliari est également construite sur
un
promontoire de calcarénites miocènes poreuses,
qui a beaucoup été utilisée pour son
architecture. Ajoutons qu’un grès
miocène était extrait à Collinas,
caractérisé par des auréoles ferrugineuses
jaunes imitant le bois (grès « boisés»),
mais à notre passage ne subsistait
aucune carrière.
f - Onyx et basaltes
quaternaires
Grâce à la présence de
calcaires ou marbres
dans le Cambrien, et surtout dans les calcaires massifs du Jurassique
supérieur-Crétacé, la Sardaigne a produit jadis
des onyx calcaires, qui remplissaient
probablement des cavités karstiques. Par exemple les onyx
jaune-ambré de Nuxis
se trouvaient sans doute dans le Cambrien, ceux de Dorgali dans le
Jurassique,
les jaunes de Sant’Antioco dans le Crétacé.
Les vastes coulées de
basaltes récents ont servi aux constructeurs de nuraghi, au
pavage de rues
romaines à Tharros, plus récemment à la
fabrication de meules à Nurri et
Borrore, ainsi qu’à de multiples usages emplois contemporains
dans la
construction, sans cependant de développement industriel.
Müller signale à Suni
près de Bosa un basalte à pyroxènes et olivine,
finement bulleux.
4 - Méthodes d’exploitation
Elles sont assez
standardisées dans les carrières actuelles :
a - Les granites du
nord forment des gisements massifs, avec peu de filons ou
d’enclaves. La
fracturation est généralement faible, à
l’exception de quelques carrières mal
implantées. On y observe les classiques écailles de
décompression près de
surface, et une altération jaune (limonite) en surface et le
long des
fractures. Les carrières sont dispersées dans le paysage,
et organisées en
gradins d’une douzaine de mètres ; dans les
carrières fracturées
l’organisation en gradins est évidemment plus difficile. Dans la
carrière
Bresciani à Bassacutena, une écaille parallèle
à la pente s’est mise à glisser
pendant son découpage, un carrier a eu la jambe
écrasée.
La masse à découper dans le
gradin est délimitée par deux coupes latérales au
câble diamanté, (plus
rarement à la flamme, qui endommage le granite sur plus d’un
mètre de chaque
côté). Pour passer la boucle de câble
diamanté, on fore deux trous
horizontaux de petit diamètre (parfois un seul trou de 10 mm au
moyen d’un
carottier), puis on tente de les recouper par des forages verticaux de
petit
diamètre (il en faut en moyenne 4 à 8) : en effet
ces forages sont
implantés avec un règle et deux fils à plomb, ce
qui n’est guère précis, les
forages faits à la main ne sont pas parfaitement verticaux, et
on observe
souvent une déviation systématique (environ 20 cm pour 12
m) provoquée par l’anisotropie
des granites.
On fore ensuite des trous verticaux et
horizontaux espacés de 40 cm pour définir les plans de
coupe arrière et
horizontal ; ces trous sont forés au marteau pneumatique,
tenu à la main,
en diamètre 40 à 30 mm, la verticale est plus ou moins
contrôlée à l’aide d’un
niveau ; il existe peu de foreuses modernes. Les trous sont alors
garnis
de cordeau détonant et remplis d’eau, le cordeau est
relié à un détonateur
mais, au lieu d’un exploseur, on emploie ici une mèche
lente ; les deux
coupes (arrière et horizontale)
sont
tirées simultanément. Le tir est effectué
rapidement après le remplissage
d’eau, sinon l’eau se perd dans les fractures : le cordeau se
trouve alors
mal couplé au terrain et perd son efficacité. Les trous
dont l’eau s’est vidée
se repèrent par des traces noires après le tir.
Le découpage final en blocs
et l’équarrissement sont faits par forage de trous
manuellement ; il
existe quelques équarrisseuses modernes à deux marteaux
hydrauliques de marque
Gyrodrill, qui forent les deux trous à la vitesse de 1,5 m/min,
et quelques
machines stationnaires à câble diamanté. Les blocs
commerciaux ont une belle
taille (6 à 8 m3), les blocs de rejet sont refendus
en moellons
bruts, qui ont beaucoup servi à la
construction des villas de la Costa Smeralda.
b - Calcaires
d’Orosei : malgré le fort pendage, les carrières
sont organisées en
gradins réguliers, pouvant atteindre 25 m de hauteur. Une
saignée est faite à
la base par une haveuse disposant d’un bras de 3,2 m. Les forages
verticaux en
petit diamètre sont exécutés manuellement pour les
petits gradins, avec une
foreuse pour les plus hauts. Les masses sont alors
découpées au câble diamanté,
puis basculées au moyen d’une pelle hydraulique ou de
vérins.
Les blocs sont envoyés sur
le continent, ou sciés localement par de nombreux taille-blocs
pour fabriquer
des dalles de petites dimensions.
5 - La crise actuelle
Depuis deux ans l’extraction
des granites se trouve en crise, surtout pour le Ghiandone. De
nombreuses
carrières sont fermées, d’autres sont
arrêtées provisoirement avec un personnel
réduit s’occupant à l’entretien des engins ou à la
découverture. Les trois
quarts du personnel des carrières et scieries a
été licencié.
Le prix de vente des blocs
de granites se trouve très bas selon les indications qui nous
ont été
données : 150 à 200 €/m3 pour le Rosa
Beta, 375 €/m3
pour le Rosa Nule, 100 à 300 €/m3 pour le Bianco
Sardo.
Les granites sont donc moins
chers que les calcaires marbriers d’Orosei , facturés 350
à 400 €/m3,
et qui continuent à bien se vendre.
Cette crise est attribuée au
ralentissement de l’économie mondiale, à la concurrence
des granites chinois,
et à la vague écologiste qui a atteint le gouvernement de
la province autonome,
d’où des restrictions sur les ouvertures de carrières.
Carmignani L. et al., 1980, Sardaigne, 26e Congrès géologique International (Paris), Italie, Introduction à la géologie régionale
Carmignani L et al., 1994, The Hercynian
chain in
Sardinia (Italy), Geodynamica Acta, vol. 7, n° 1, p. 31-47
Carmignani L. et al., 1995, Relationships between the Tertiary structural evolution of the Sardinia-Corsica-Provençal Domain and the Northern Apennines, Terra, vol. 77, n° 2,
Dumon P., 1971-1974, Les matériaux naturels de décoration en Italie depuis un siècle, Le Mausolée.
Edel J.B. et al., 2001, La rotation miocène du bloc corso-sarde, nouvelles contraintes paléomagnétiques sur la fin du mouvement, Bull. Soc. Géol. France, t. 175/3, p. 275-283.
Ghezzo C., et al., 1980, Orogenèses, métamorphismes, plutonismes, paléovolcanisme en Sardaigne, 26e Congrès géologique International ( Paris), Italie, Introduction à la géologie régionale
Lecca L. et al., 1997, Oligo-Miocene
volcanic sequences and rifting stages in Sardinia : a review,
Periodico di
Mineralogia, vol. 66, p. 7-61
Müller F., Internationale Naturstein Kartei,
Ebner
Verlag, Ulm
Pieri M., sans date, I marmi d’Italia, Ed. Ulrico Hoepli, Milano
Sowerbutts A., 2000, Sedimentation and volcanism linked to multiphase rifting in a Oligo-Miocene intra-arc basin, Anglona, Sardinia, Geol. Magazine, vol. 137, n° 4, p. 395-418