Comme l'indique son nom (pole
= plaine), la Pologne est une vaste
plaine, propice aux invasions de l'Est comme de l'Ouest. Des
frontières
naturelles n'existent qu'au Sud, avec la chaîne des
Sudètes qui la sépare de la
République Tchèque, et celle des Carpates à la
frontière slovaque : entre les
deux s'ouvre une autre voie d'invasion, le couloir de Moravie.
Les tribus slaves, arrivées
vers le VIe siècle, ont construit en bois et terre, et n'ont
laissé que peu de
traces, sinon de fortifications, les grody.
Le premier royaume de Pologne est établi en 960 par Miesko Ier
; il
est rapidement christianisé dans le giron de l'Eglise Romaine,
à laquelle ce
pays très catholique est toujours resté fidèle,
par opposition au royaume russe
de Kiev, qui se rattachait au patriarcat orthodoxe de Constantinople.
Les
premières constructions de pierre sont des résidences
princières, les palatium,
accolées de chapelles à plan circulaire, en moellons
bruts. Bientôt les
premières cathédrales se dressent, mais sont
détruites lors de l'invasion
tchèque de 1038 : leur reconstruction fait appel à la
pierre de taille, comme à
l'église Saint André de Cracovie. Les moines cisterciens
introduisent les
églises voûtées romanes de type bourguignon, ainsi
que la sculpture
architecturale, puis au XIIIe siècle le style gothique, avec ses
arcs-boutants
et ses contreforts. Selon les régions, leurs nombreuses
églises et monastères
sont en pierre ou en brique : dans les plaines septentrionales
recouvertes de
dépôts glaciaire, les seules pierres disponibles
étaient les blocs erratiques
épars, transportés par les glaciers quaternaires à
partir des pays scandinaves
et de la Finlande (Elisée Reclus indique qu'on allait les
repêcher jusqu'au
fond des lacs avec de longues tenailles). Le gothique s'épanouit
au XIV-XVe
siècles, avec ses églises typiques étroites et
hautes, en brique apparente.
Dans les villes émancipées les municipalités
édifient des marchés couverts (rynek) et
des hôtels de ville imposants,
alors que les maisons privées sont encore le plus souvent en
bois. Sous Casimir
le Grand, la pierre remplace de plus en plus le bois, d'imposants
monuments
funéraires sont construits pour les puissants, les statues de la
Vierge
témoignent d'influences françaises et tchèques.
Dans le Nord les Chevaliers
Teutoniques construisent de puissants châteaux, comme celui de
Malborg.
La Renaissance, au XVIème
siècle, voit le déclin du gothique qui se surcharge
d'ornementations, et
l'arrivée d'architectes italiens comme F. Fiorentino et B.
Berrecci : ils
introduisent les églises à coupoles, les palais à
façades décorées et les
plafonds à caissons.
Le genre baroque est apporté
par les Jésuites, chargés de la rechristianisation
pendant la Contre Réforme,
qui édifient de nombreuses églises très
ornées dans le style de celle del Gesu à
Rome ; les franciscains
interviennent aussi dans la construction de monastères.
Après l'invasion
suédoise, on fait appel à l'architecte hollandais Tylman
van Gameren. De belles
églises de bois sont encore édifiées à
Powroznik en 1643 et à Mnichow en 1730.
Le XVIIIème siècle est une
période de chaos politique ; la noblesse, formée de
propriétaires terriens et
qui a le privilège d'élire les rois, est divisée,
elle refuse de payer l'impôt
alors que les menaces sur les frontières s'affirment. Les
paysans restent
réduits en servage. Les partages successifs du pays conduisent
à la disparition
totale de la Pologne en 1795, son territoire est réparti entre
Prusse, Autriche
et Russie ; le nom de Pologne n'existe plus, on parle de "Pays de la
Vistule", l'usage du polonais est prohibé.
Malgré tout, à la fin du
XVIIIème siècle sont construits de luxueux palais de
style néoclassique,
influencés par le style Louis XVI, comme le palais Lazienski de
Varsovie avec
de splendides plafonds peints et parquets de marqueterie de bois.
Le XIXème voit les débuts de
l'industrialisation, avec la construction de halls d'usines à
colonnes de
fonte, et d'immeubles administratifs ; les influences romantiques se
marquent
par un retour du gothique, la construction de rotondes et de tours en
ruines
Ce n'est qu'en 1918 que la
Pologne ressuscite, devenant une république indépendante
; après la crise
économique la construction reprend, le béton se
généralise : le style est celui
de l'Art Moderne, avec ses formes simplifiées, sous l'influence
d'architectes
d'avant-garde russes et allemands. L'indépendance dure peu de
temps, en 1939
elle est partagée à nouveau entre Allemagne et URSS.
Chacun a en mémoire les
lourds dommages humains et matériels endurés pendant la
seconde guerre mondiale
: massacre de 4143 officiers polonais à Katyn par l'Armée
Rouge, camps de
concentration, insurrection de Varsovie et sa destruction en 1944.
Suite aux accords de Yalta
et de Postdam, les limites de la Pologne sont décalées
vers l'Ouest, avec
déplacement de 10 millions de personnes; Elle gagne 10 200 km2
à
l'Ouest, la Silésie avec son industrie (charbon,
métallurgie, tissages et
industrie de la pierre) et la Poméranie, jusqu'à la
fameuse ligne Oder-Neisse.
En revanche elle perd 180 000 km2 à l'Est au profit
de la
Biélorussie et de l'Ukraine. La nouvelle Pologne est
ethniquement plus
homogène, et dispose d'un large accès à la
Baltique avec les ports de Szczecin,
Gdynia et Gdansk.
Le pouvoir communiste
accorde la priorité à l'industrie lourde, et nationalise
toutes les entreprises
de plus de 50 employés, ce qui est le cas des carrières
qui occupaient à
l'époque beaucoup de main d'oeuvre ; les centres de villes
détruites sont
reconstruits, et les anciens palais royaux restaurés avec
minutie. De 1952 à
1955 les brigades socialistes internationales édifient au milieu
des ruines de
Varsovie, à la gloire de Staline et sur les plans d'un
architecte russe,
l'imposant Palais de la Culture, gratte-ciel de 242 m de haut, qui
emploie
largement la pierre. En sculpture monumentale, règne le style
"réaliste
socialiste", supposé "contribuer à la transformation
idéologique des
travailleurs" et célébrer la
"lutte victorieuse des masses laborieuses". Dans le domaine de
l'habitation, les villes s'entourent de tristes ceintures de HLM.

Fig.
1 - Le Palais de la culture à Varsovie, haut de 242 m,
édifié à la gloire de Staline
En 1985 un premier ministre
non communiste est nommé, bientôt le Parti est dissous ;
dès lors la
transformation de l'économie vers le libéralisme
s'esquisse. Les anciennes
usines de transformation de la pierre, datant du siècle dernier
en Silésie ou
de la période communiste en Petite Pologne, sont peu à
peu privatisées après
diverses banqueroutes, la dénationalisation n'est pas encore
achevée. Quelques
entreprises performantes, essentiellement dans le domaine du granite,
achètent
des machines modernes et recherchent les marchés
étrangers, principalement
l'Allemagne qui a besoin des pierres silésiennes pour la
restauration de
Berlin.
De nos jours la pierre de
taille n'a plus beaucoup d'emplois, maintenant que les restaurations
sont
presque terminées ; les granites sont encore très
employés dans le funéraire,
et la construction de maisons individuelles, très florissante
dans tout le
pays, fait appel aux produits lithiques transformés par un grand
nombre de
petites entreprises, malgré la prédominance des moellons
de béton.
La ressource énergétique
majeure de la Pologne est encore le charbon de Haute Silésie,
produit autour de
Katowice, qui alimente les complexes sidérurgiques comme celui
de Nowa Huta
près de Cracovie, et assure la plus grande partie du chauffage
domestique, au
prix d'une pollution considérable : on rapporte que les
émanations de Nowa Huta
contribuent à l'attaque des monuments de pierre de Varsovie. Il
existe des lois
antipollution, qui s'appliquent à la petite industrie, mais peu
aux industries nationalisées
en difficultés de paiements, nous on a-t-on dit. Le charbon de
basse Silésie
parait abandonné, nous avons vu que les mines de Nowa Ruda sont
fermées. Les
possibilités d'énergie hydraulique sont limitées,
il n'existe pas encore de
centrale nucléaire. Les ressources en pétrole et gaz sont
minimes, il existe
d'importants gisements de soufre (peu exploités), la mine de sel
de Wieliczka
est encore active.
La langue polonaise s'écrit
en alphabet latin depuis que les imprimeurs du XVIème
siècle ont choisi ces
caractères, en ajoutant nombre de signes diacritiques assez
étranges. La
connaissance des langues étrangères est encore assez peu
diffusée :
l'enseignement du russe était obligatoire à
l'époque communiste, mais subi sans
enthousiasme ; les anciens, surtout en Silésie ou encore les
travailleurs
émigrés, connaissent un peu d'allemand ; les jeunes sont
censés apprendre
l'anglais, mais il reste beaucoup à faire. Si bien que le
voyageur doit
apprendre à prononcer au moins les noms de localités pour
trouver son chemin :
il pourra tester sa prononciation avec des noms tels que Brzyskozystew,
Glubczyce, Pszczew, Srbrzyszcze, Szczbrzeszyn...
1 - Régions
géologiques
A - La grande plaine polonaise
est recouverte par les dépôts glaciaires
quaternaires. Au dessous se trouve une série
épicontinentale de Permien et
Mésozoïque, qui atteint 8000 m dans le sillon de la Vistule
moyenne. Le
substratum paléozoïque, également
épicontinental, est subdivisé en deux zones
par le grand décrochement calédonien appelé ligne
Teysseire-Tornqvist, qui
passe sous le fossé de la Vistule.
Au NE, la plateforme
est-européenne, à substratum précambrien, a subi
des déformations faibles qui
ont créé entre Silurien et Dévonien des zones
hautes soumises à l'érosion
(comme l'antéclise de Mazurie-Biélorussie où le
Permien est discordant sur
l'Archéen), et de larges dépressions (synéclises)
ayant conservé leur
remplissage paléozoïque.
Au SW la série paléozoïque
a
subi les orogenèses calédonienne et surtout hercynienne :
dans les Monts de la
Sainte Croix (Gory Swietokrzyskie)
qui culminent à l'altitude modeste de
612
m au dessus du plateau de Petite Pologne, le
Paléozoïque (Cambrien à Carbonifère) montre
des plis
chevauchants correspondant à la zone externe de l'orogène
hercynien ; le Permien
discordant est suivi d'une série atteignant le
Crétacé supérieur. Le
Nummulitique est absent, le Miocène peu épais vient en
discordance.
B - Le massif des Sudètes
forme le rebord Nord du Massif
de Bohème : au dessus d'un socle
précambrien métamorphique, vient la série
paléozoïque jusqu'au Carbonifère, qui
représente une zone interne (saxo-thuringienne) de
l'orogène hercynien. Il est
injecté de larges plutons de granites post-tectoniques. La
série mésozoïque
incomplète (absence du Jurassique et du Crétacé
inférieur) est présente dans
deux bassins distincts : le sillon Nord Sudète dans la
région de Boleslawiec,
et le sillon intra-sudète au SW de Klodsko.
C - La chaîne des Carpates,
culminant à 2499 m dans le
massif des Tatras, est une partie de l'arc alpin. Elle est
précédée au Nord par
une avant-fosse contenant 3000 m de sédiments miocènes,
dont le sel de
Wielicska ; les collines de la zone externe représentent un empilement de nappes formées au
Miocène,
avec une série allant du Crétacé marin au flysch
sénonien à nummulitique. Plus
à l'intérieur la zone des klippes de Pieniny, qui
s'étend de la Roumanie à
l'Autriche, contient un Jurassique marin peu épais,
s'approfondissant à partir
du Malm, et un Crétacé s'achevant par un flysch. La zone
des Tatras qui vient
ensuite comporte un Trias de type alpin (alors qu'il est de
faciès
germanique dans le reste du pays), des
faciès de plateforme qui durent jusqu'au Bajocien, des
sédiments plus profonds
du Bathonien au Berriasien (calcaires noduleux à Ammonites),
puis à nouveau des
faciès de plateforme au Crétacé inférieur ;
la série se termine au Cénomanien
avec des marnes à intercalations gréseuses
annonçant le flysch. Plus à
l'intérieur encore, on trouve la zone des sub-Tatras, où
l'effondrement de la
marge européenne se produit dès le Toarcien, avec des
dépôts océaniques à
radiolarites du Jurassique supérieur.
2 - Les carrières de
roches ornementales

Fig. 2 - Situation des carrières
A - Précambrien
Dans les Sudètes la série
métamorphique précambrienne contient quelques couches
lenticulaires de marbres,
qui peuvent être comparées à celles
indiquées dans le Briovérien moyen (675
à 800 Ma) du Massif Bohémien par
Chaloupsky (1978). Des nombreuses carrières ayant existé
dans le passé, il ne
reste que deux en activité.
Près de Stronie Slaskie
la firme nationale Kambud, qui pourrait être
privatisée prochainement, emploie 65
personnes : la carrière montre une couche de marbre blanc
(appelé Biala Marianna, anciennement
Seitenberger marmor) de 8 m d'épaisseur
avec un pendage de 35°, recouverte par une grande épaisseur
de schistes. Il
s'agit d'un marbre blanc à lamines roses ou sombres
parallèles à la
stratification. Plus haut dans la série se trouve une couche de
marbre vert,
actuellement abandonnée. L'exploitation se fait par tirs
d'explosif dans des trous
espacés et démantèlement à la pelle
mécanique. C'est le seul marbre blanc, ou
presque, de Pologne, mais les réserves exploitables s'amenuisent
du fait de
l'épaisseur croissante de la couverture. L'atelier, de taille
moyenne, débite
les blocs à l'aide de disques diamantés (dont un de 2,7
m) en plaquettes de 1 à
3 cm, qui sont polies par une chaîne Gregori de 40 cm de large.
Il n'y a donc
pas de tranches de grande largeur ; la
production est vendue essentiellement en Pologne. Divers petits
ateliers locaux
achètent aussi des blocs pour les transformer. Non loin de
là, la carrière de Romanovo au SW de
Trzebieszowice, dans
un marbre dolomitique jaune, ne produit plus que des concassés.

Fig.
3 - Marbre précambrien de Biala Mariana dans les Sudètes,
couche de 8 m intercaléee dans des micaschistes
A Slawniowice la
société Marmur
exploite une grande carrière de marbre, géologiquement
plus complexe. Nous
l'avons visitée en compagnie du professeur Zaba de
l'Université Silésienne, qui
se trouvait là en excursion géologique avec ses
étudiants. Du marbre calcaire
blanc-gris à gros cristaux s'y trouve bien, mais en faible
quantité : le plus
gros de la production est un marbre dolomitique jaune, à
cristaux automorphes
de quartz, très karstifié (pendant le Miocène).
L'exploitation se fait surtout
par démantèlement à la pelle mécanique.
L'ensemble de la formation marbrière a
200 m d'épaisseur, elle est pénétrée par
une intrusion granitique qui serait
responsable de la dolomitisation par métasomatisme. Le marbre et
les schistes
encaissants avaient auparavant été soumis à un
métamorphisme général dans le
grade des amphibolites à almandin. Les vastes ateliers,
très anciens,
comportent deux vieux châssis, des disques de 1 m, un polissoir
Gregori de 60
cm à 7 têtes, etc. On y
fabrique
surtout des dalles de 1 ou 2 cm de dolomie jaune, des marches
d'escaliers et
des plinthes. Le polissage des chants se pratique encore à la
main.
B - Carbonifère de Petite
Pologne
A 21 km à l'W-NW de
Cracovie, deux carrières se trouvent à Debnik,
sur un plateau à 5,2 km au dessus de Kresznowice. Toutes deux
sont abandonnées;
la plus grande a été importante, exploitant une
série d'une dizaine de mètres
de calcaire bleu noir à grain fin, en bancs de 0,4 à 1 m,
avec délits onduleux,
certains riches en brachiopodes : le pendage est faible (15°), mais
la
couverture importante (25 m et plus) de calcaires noirs en petits
bancs. Ce
calcaire noir semble appartenir au Carbonifère inférieur
du soubassement du
bassin charbonnier de Haute Silésie, dont la carte
géologique indique quelques
petits affleurements.
C - Dévonien de la Sainte
Croix
Dans la série paléozoïque
complète
des Monts de la Sainte Croix, dont l'épaisseur atteint 3860 m du
Cambrien au
Carbonifère, le Dévonien moyen contient des calcaires
marbriers brun-rouge,
très fossilifères, à stylolites, avec de grands
fragments d'algues encroûtantes
(oncholites), des algues tubulaires et des fragments calcaires divers.
A Bolechowice, au Sud de
Kielce,
une carrière de la compagnie de Pinczow montre un calcaire
marbrier brun,
fossilifère, avec colonies de polypiers et de bryozoaires,
algues et éponges,
en bancs de 0,2 à 2 m d'épaisseur. Le pendage atteint
50° et rend l'extraction
difficile. La carrière était inactive pour cause de
week-end à notre passage,
il semble que l'abattage soit fait par deux pelles mécaniques,
et par des
méthodes manuelles là où la hauteur du front se
trouve hors de portée des
pelles. La plupart des blocs sont inférieurs à 1 m3,
les plus gros
atteignent 4 ou 5 m3.

Fig.
4 - Calcaire marbrier dévonien de Bolechowice dans les Monts de
la Sainte Croix
La carrière de Slopiec
se trouve à 800 m au NW du
village de ce nom, au SE de Kielce ; inactive et en partie
noyée, elle expose
un banc de 3 m de calcaire fossilifère gris bleuté,
à grosses boules
coralliaires (Stromatopores), à faible pendage, sous une
couverture de 8 m de
calcaires lités en petits bancs.
D - Granitoïdes hercyniens
(ou varisques)
Dans les Sudètes polonaises,
sur huit intrusions granitiques hercyniennes postorogéniques
d'âge Carbonifère
à Permien inférieur (Dallmeyer, 1995), quatre ont
été exploitées :
- Karkonosze (300-328 Ma) :
Michalowice,
- Strzegom-Sobotka (326-280
Ma): Borow, Strzegom et Strzeblow,
- Niemcza (300 Ma), de
petite taille : Przedborowa et Kosmin,
-
Strzelin-Zulova (288-257 Ma) :
Strzelin.
a - Massif de Karkonosze
Le granite rose de Michalowice
appartient au grand pluton
des Monts des Géants (Karkonosze)
situé à cheval sur la frontière tchèque;
dans ce massif la plupart des granites
sont équigranulaires et leucocrates, mais on rencontre nombre de
masses
porphyriques, riches en schlieren. La carrière de Michalowice se
trouve dans ce
faciès, avec de grands cristaux d'orthose roses et de
plagioclases blancs ; ce
granite décoratif était très connu à
l'époque allemande, sous le nom de Rübezahl.
La carrière, peu profonde, est
complètement abandonnée. Elle montre deux gradins de 6 et
8 m sous une zone
altérée en boules d'une dizaine de mètres ; on
remarque de grandes fractures
obliques, espacées d'une dizaine de mètres, recoupant des
écailles de
décompression. L'exploitation a été faite par tirs
dans des forages
irrégulièrement espacés. On peut regretter
l'abandon de ce granite, le seul de
Pologne qui ne soit pas gris.

Fig.
5 - Granite porphyrique de Michalowice dans les Sudètes ;
carrière abandonnée montrant des fractures verticales et
des écailles parallèles à la pente
b - Massif de
Strzegom-Sobotka
La région de Strzegom,
avec la localité voisine de
Borow, est sans aucun doute le centre le plus actif de toute la
Pologne, avec
une vingtaine de firmes, et 30 à 40 carrières dont 6
importantes. Outre les
grandes compagnies, la région comporte quelques 250 entreprises
artisanales. Ce
granite était connu avant guerre en Allemagne comme Striegauer
granit et Gelber
Schlesisher granit. Les carrières sont regroupées en
trois centres :
1 - Borow, 10 km à l'Ouest
de Strzegom : l'ancienne compagnie nationalisée à
été privatisée en deux
groupes, BKG et Skalimex. Nous avons visité la carrière BKG (Borowskie Kopalnie
Granitu), très grande fosse de
80 m de profondeur, équipée de 5 blondins (dzwiqwica)
et d'un derrick. Les premiers ont des treuils rapides et une
capacité de 5 t
(10 t à Strzegom), tandis que le derrick, plus lent, permet de
descendre des
engins de 25 t et de remonter de plus gros blocs. L'extraction
débute par des
coupes à la flamme : le carburant est du gasole, la torche
consomme 60
l/h, la vitesse de coupe 1,2 à 1,4 m2/h,
deux hommes se relaient pendant un poste de 6 heures. Ensuite de
grandes masses
sont découpées par tirs de cordeau détonant
à la pentrite dans des trous
parallèles, forés avec un chariot à rail de
guidage, aussi bien verticalement
qu'horizontalement : les coupes effectuées seraient les plus
grandes de Pologne
avec des dimensions horizontales de 34 x 6,5 m. La découpe
secondaire, par la
même méthode, fournit des blocs de belle taille, bien
équarris. Le granite,
gris à grain moyen, est très voisin de celui de Strzegom,
avec toutefois une
nuance plus jaune, quelques taches jaunes ou noires et des filonets.
L'usine de
BKG comporte 7 châssis à grenaille, dont deux nouveaux
Gaspari-Menotti, et une polisseuse
Breton en grande largeur à 13 têtes et bande
transporteuse. Cette firme a aussi
à Rogosnica un centre de concassage, accompagné d'un
triage magnétique qui
sépare les biotites et fournit une poudre de quartz et feldspath
pour charges
et pigments. La carrière qu'elle exploitait dans l'enceinte du
camp de
concentration de Gross Rosen a été abandonnée
à la suite des réclamations des
associations de déportés.

Fig.
6 - Carrière de granite de Borow, équipée de
blondins
Fig. 7 - Tirs de découpage
à Borrow
2 - Immédiatement à l'Ouest
de Strzegom se trouve une zone de grandes carrières profondes,
toujours
surmontées par les longs câbles et les pylônes des
blondins. Nous avons visité
la société Granit Strzegom S.A.,
privatisée à 25% actuellement (probablement à 85%
à la fin de l'année). Elle
emploie 350 personnes, et possède 5 carrières à
Strzegom ; on nous a fait
visiter celles de Zbik, Andrey et Zoliewka.
Comme chez BKG le massif
granitique est découpé à la flamme puis par tirs
de découpage, les trous sont
réalisés par des foreuses sur roues. Les ateliers
comportent 14 châssis anciens
à grenaille, trois polisseuses en grande largeur, des presses
pour da découpe
de pavés et bordures (allant jusqu'à 600 t), une scie de
profilage à câble
diamanté... La firme produit 3000 t/an de pavés (une
nouvelle installation doit
multiplier par 8 cette production), plus de 15000 m/an de bordures, et
45000m2/an
de tranches. Environ 15% de la production part en Allemagne, les autres
clients
sont l'Autriche, la Suisse, la République Tchèque et les
pays baltes. Elle a
abandonné la fabrication de tombes, mais propose divers
modèles d'articles de
voirie, de bancs de jardin et des rouleaux pour papeteries.

Fig.
8 - Carrière profonde à Strzegom

Fig. 9 - Carrière de
Strzeblow, avec ses blondins
3 - Sur la
colline située
quelques kilomètres au Nord de Strzegom, nous avons
visité la carrière de Morstone,
créée en 1992 par P.
Ludwinski, qui parle français et nous a obligeamment
expliqué sa réussite. La
carrière de Morow emploie la découpe
à la flamme, puis au cordeau détonant à la
pentrite, placé à double dans des
trous de 27 mm de diamètre remplis d'eau, espacés de 30
cm ; les trous sont
forés au marteau perforateur, sur lequel deux hommes appuient.
La carrière
ayant une profondeur d'une vingtaine de mètres, les bancs ne
sont épais que de
1 à 5 m, ce qui évite les coupes à la base. La
découpe secondaire est faite aux
coins en trois pièces, le chargeur sur pneus a une
capacité de 40 t. L'usine se
trouve en limite de Strzegom : deux gros châssis De
Gaspari-Menotti de 4,8 m de
largeur sont en opération, permettant de placer plusieurs blocs
côte à côte,
deux autres vont bientôt être installés ; ils scient
des tranches de 2 cm et
des tranches épaisses, dans le granite local et de divers
granites scandinaves
importés par les ports du Nord. On remarque diverses autres
machines neuves,
comme un disque de 3 m, un polissoir 12 têtes en grande largeur
(2,2 m), un
polissoir à pont automatique pour les épaisseurs, des
débiteuses, une
installation de flammage-bouchardage, une presse de 440 t pou les
bordures, un
câble diamanté pour l'équarrissage... Les
marchés, en plus du marché polonais,
sont actuellement en Allemagne, Russie et Biélorussie, mais pas
en France car
son granite est similaire à celui du Sidobre. M. Ludwinski
dispose d'une autre
carrière de 25 ha, encore non activée, et a
racheté à côté de l'usine actuelle
une ancienne usine de filature sur 10 ha, ce qui doit lui permettre
d'installer
une fabrication d'emballages spéciaux et une entreprise de
distribution de bois
exotiques. Le développement rapide de la firme Morstone
s'explique par un
matériel entièrement moderne et par la possibilité
de fournir d'importantes
commandes dans des délais réduits (comme partout, les
commandes dans le
bâtiment et la voirie sont passées au dernier moment par
les architectes), ce
que ne peuvent faire ses concurrents.

Fig.
10 - Granites d'importation chez MorStone à Strzegom
A Strzeblow se
trouvent trois
grandes carrières profondes ; deux sont abandonnées et
noyées (30 m d'eau),
servant de terrain d'exercice aux plongeurs. La carrière
centrale est exploitée
par l'entreprise Scalimex : c'est une
fosse de 70 m de profondeur, sans accès au fond. L'extraction se
fait par tirs
de découpage (trous rapprochés et parallèles), la
production et les déblais
sont remontés par trois blondins. Une usine moderne, dont la
visite n'a pas été
possible, découpe des tranches épaisses et fabrique des
tombes.
c - Massif de Niemcza
A Przedborowa la
société Syenit
de Pilawa Gorna a exploité une massif de diorite gris sombre,
riche en biotites
(pouvant atteindre 8 mm), avec un peu de pyrite. Il reste une fosse de
30 m de
profondeur, qui montre que la partie supérieure est
altérée en petites boules
et arène sur une dizaine de mètres ; l'altération
pénètre jusqu'au fond le long
des fissures. L'abattage était fait par tirs isolés de
grosses mines, qui ont
détérioré le gisement ; la société a
fait faillite.
La carrière de Kosmin
se trouve à 1,2 km à l'Est du
village de ce nom, dans une petite intrusion de granite porphyrique
gris-noir à
plagioclases blancs de 2 à 4 cm nettement orientés, avec
inclusions noires et
schlieren assez abondants ; il s'agit d'une tonalite selon Müller.
La couleur
parait bien adaptée aux emplois funéraires. La
carrière est organisée en deux
gradins de 8 m, les masses sont extraites par tirs d'explosifs
isolés dans des
trous de marteau perforateur, et par enfoncement de coins ; les blocs
peuvent
atteindre quelques mètres cubes, mais une bonne partie de la
production est
concassée.
d - Massif de
Strzelin-Zubowa
A Strzelin, la très
grande carrière ancienne se trouvant à l'entrée
Ouest de la ville, s'étend sur au moins 700 m de long, avec une
profondeur de
70-80 m. Sur les parois verticales, on remarque l'espacement des
écailles de
décompression vers le bas. Cette vaste fosse est
traversée par 13 blondins,
marquant les concessions de diverses firmes. L'extraction ancienne se
faisait
uniquement au fond (d'où les parois verticales) : on note des
traces de coupe à
la flamme là où les fractures n'étaient pas assez
nombreuses pour
l'exploitation aux coins. Tous les blocs et déblais
étaient remontées au niveau
du sol dans des bennes par les blondins, et versés dans des
wagonnets tirés par
une petite locomotive Diesel ; ils étaient transformés en
pavés et pierres de
taille dans les nombreux ateliers voisins. Toutes ces installations
sont en
grande partie abandonnées, il reste cependant une exploitation
active à
l'extrémité Sud, qui à l'aide d'un derrick,
s'efforce de reprendre l'extraction
en gradins depuis la surface, et une autre à
l'extrémité Nord
Autre grande carrière
ancienne se situe un peu à l'Est : un accès au fond a
été aménagé, deux
chantiers sont actifs dont l'un avec derrick, pratiquant des techniques
d'abattage similaires, et produisant des blocs irréguliers
jusqu'à 3 m3,
mais pas de blocs équarris au standard international. Un atelier
voisin
(Granitex) scie des tranches épaisses pour pierres tombales.
E - Permien
Sur le Paléozoïque plissé
des Monts de la Sainte Croix, le Permien supérieur marin repose
en discordance
angulaire (témoin de l'orogenèse hercynienne), et
débute par un conglomérat à
éléments calcaires (surtout dévoniens)
appelé conglomérat de Zygmuntowka, du
nom de la carrière
située près de l'Hôpital de Checiny. Ce beau
conglomérat brun a une épaisseur
supérieure à 30 m dans la carrière, ailleurs des
forages ont trouvé une
épaisseur variant de 0 à 217 m ; il a été
daté par une faune marine du
Zechstein. Cette grande carrière appartient à la
société de Pinczow, qui l'a
exploité par forage de trous remplis de produit expansif ; les
travaux sont
arrêtés actuellement. Les galets de calcaire brun,
à limites souvent
stylolitisées, ont parfois jusqu'à 20 ou 40 cm de
diamètre, sont cimentés par
un produit ferrugineux rouge ; la cimentation est parfois
incomplète, laissant
des cavités géodiques entre galets. La fracturation est
importante, et la
karstification s'est propagée jusqu'au fond le long des
fractures.
F - Trias
Des grès rouges du Trias
inférieur ont été extraits de la carrière de Kopulak à 1 km de Suchedniow : la carrière
est une fosse de 15 m
de profondeur, sur une surface d'un hectare. Elle montre deux bancs de
4 m, à
stratifications obliques, avec base conglomératique, avec un
pendage d'environ 5°
; entre ces deux chenaux s'intercalent des argiles silteuses rouges.
Seul le
banc inférieur est de qualité acceptable : c'est un
grès ferrugineux fin à
conglomératique, rouge avec lamines brunes, assez friable,
à patine rouille ou
noire. On remarque de grandes auréoles d'oxydation allant du
jaune vif au
rouge. L'exploitation se faisait apparemment par trous verticaux
espacés,
remplis de produit expansif ; elle a cessé par suite de
banqueroute.
A l'Ouest de Cracovie, près
des camps d'Auschwitz, la société Dolomit
extrait dans une vaste carrière de plusieurs hectares
située à Libiaz, une dolomie
industrielle de 14
m d'épaisseur, subhorizontale, appartenant sans doute au
Muschelkalk. Certains
blocs ont été récupérés dans le
passé, mais leur production a cessé : sur
quelques blocs abandonnés on observe une dolomie jaune,
malheureusement trop
caverneuse.
G - Jurassique
Les grès du Jurassique
inférieur sont extraits à Smilow,
entre Kielce et Radom, par l'entreprise J.B.
Firma de Josef Baczek : elle produit principalement des plaquettes
à
surface éclatée pour revêtements muraux et de
petites pierres pour murs; c'est
un grès fin, micacé, de couleur blanche, beige ou
brun-cognac. La petite
carrière permet d'extraire sur 6 à 8 m des bancs de
grès de 20-50 cm, uniquement
à l'aide de coins ; les bancs sont découpés au
disque en blocs de 20 x 40 cm,
le clivage des plaquettes de 2-3 cm d'épaisseur se fait alors
à la main avec un
large ciseau. Malgré sa petite taille, l'entreprise est
très prospère.

Fig.
11 - Extraction primitive par coins dans les grès jurassiques
à Smilow
L'Oxfordien des Monts de la
Sainte Croix forme une puissante série calcaire, de plus de 400
m d'épaisseur,
dans laquelle les niveaux de l'Oxfordien produisent des calcaires
marbriers
compacts et prenant le poli.
A Morawica, au delà de
carrières de cimenteries, s'étendent les immenses
carrières peu profondes (15 m) de la
Kopalnia Wapienia Morawica (non privatisée). C'est un
calcaire beige à
Ammonites et Bélemnites, avec quelques stylolites, avec un
pendage de 15-20°.
La plus grande partie de la production, abattue à la dynamite et
ramassée par
de grosses pelles électriques d'origine russe, est
concassée pour l'industrie
sucrière, les revêtements routiers, la sidérurgie
(castine), le béton et les
amendements pour l'agriculture (très utiles pour les sols
généralement acides
du pays). Seule un petit secteur de la carrière est
réservé à la production de
blocs, qui sont obtenus par démantèlement à la
pelle mécanique ; ces blocs ne
dépassent pas le mètre cube, car l'épaisseur des
bancs est au maximum de 0,8 m,
et la fracturation importante. Sur un total de 250 employés, une
dizaine se
consacre à la marbrerie (sciage de tranches et polissage).

Fig.
12 - Pelle électrique russe à Morawica
A Goluchow nous avons vu
une fosse de 25 m de profondeur, abandonnée
depuis longtemps : il s'agissait d'un calcaire oolitique beige,
à onchoïdes, un
peu poreux et gélif, en bancs jusqu'à 4 m
d'épaisseur, avec un pendage de
25-30°. On observe des traces d'exploitation à l'explosif
par tirs isolés.
A l'W de Cracovie, la grande
carrière de Nielepice n'extrait plus
que des calcaires à concasser.
H - Crétacé
a - Massif des Sudètes
Les grès crétacés du bassin intrasudète, formant le plateau
des Monts Tabulaires (Gory Stolowie),
d'âge Cénomano-Turonien, ont été
exploités dès le XIVe siècle comme pierre de
construction. Connus des allemands avant guerre sous le nom de Heuscheuer sandstein, ils étaient
exploité par la société Schilling, fondée
en 1924 à Radkow, et qui fut
nationalisée après guerre. ils appartiennent maintenant
à la société Radkow-Grupa Trapo,
privée depuis 1996.
-
en bordure du plateau des Monts Tabulaires, la grande carrière
de Radkow présente un seul front, de
très
grande hauteur (80 à 110 m). L'abattage est pratiqué par
trous de mine disposés
en coin à la base du front, en tenant compte de la position des
fractures
verticales ; des blocs de plusieurs dizaines de mètres cubes
s'éboulent, qui
sont ensuite découpés aux coins. Selon les bancs, on trie
les blocs par
couleurs (blanc, rosé ou jaune), et par grain (fin, moyen, et
grossier à
microconglomératique dans la partie supérieure). Certains
niveaux montrent de
nombreuses cavités de dissolution de coquilles de gros bivalves
(Inocérames).
On étudie la possibilité de réorganiser la
carrière en gradins, ce qui serait
moins dangereux à l'évidence, ce qui impliquerait de
tracer une route jusqu'au
sommet du plateau. Des essais de découpe au jet d'eau ont
été faits, avec de
mauvais résultats du fait de la présence de galets ; la
découpe au câble
diamanté serait trop coûteuse à cause de
l'abrasivité de la roche. Le grès de
Radkow s'est imposé pour diverses
restaurations à Berlin, dont le Reichstag, il a aussi
été vendu en France pour
la façade du Novotel à Paris.

Fig. 13 - Front vertical de plus de 80 m de haut à Radkow, dans les grès sénoniens des Monts Tabulaires

Fig. 14 - Ancienne usine Schilling
à Radkow, réaménagée par la
société Radkow-Grupa Trapo
L'usine, installée dans les
anciens bâtiments de Schilling, est signalée par sa grande
cheminée de briques,
qui jadis devait assurer le tirage des chaudières à
vapeur, comporte sept
anciens châssis à grenaille, actionnés maintenant
à l'électricité, et un autre
à segments diamantés : les châssis à
grenaille sont encore indispensables à
cause de la présence de galets et de grains de zircon. Outre les
produits
usuels pour le bâtiment, l'usine fabrique aussi de grosses meules
en grès de
Szczytna pour l'industrie du verre, et des meules pour la bijouterie.
- la carrière de Szczytna, appartenant
au même groupe
industriel et de même âge, est située au dessus de
la route entre Szczytna et
Polanica-Zdroj. Cette vaste carrière entaille une falaise de
grès massifs,
découpés de fractures verticales, sur plus de 20 m de
haut. L'abattage se fait
par quelques mines. Le grès a un grain fin?, il est très
pur (99,8% de silice)
et de couleur blanche, avec seulement quelques auréoles
d'oxydation et
dendrites de manganèse. Les pavés sont produits sur
place, les blocs de sciage
sont emmenés à l'usine de Radkow, il a servi à la
restauration de la cathédrale
de Berlin.
Le Grupa Trapo produit aussi
à Wartowice, un grès très fin, avec deux variétés de couleur
("cognac" et "champagne"), agrémentées d'auréoles
violacées, cette localité n'a pas été
visitée.
Les grès de Rakowice
et Zerkowice se trouvent dans le
Coniacien-Santonien peu plissé du bassin Nord
Sudète ; ils étaient appelés Bunzlauer
sandstein avant guerre et produits par la société
Zeidler
et Wimel. Ils proviennent de carrières ouvertes au Sud de
Boleslawiec,
appartenant maintenant à la société Exbud de
Boleslawiec. La carrière de
Rakowice montre, sous 6 m d'argiles grises à lits de lignite, un
banc de 8 m de
grès blancs, fins, massifs, plus friables que ceux de Radkow.
Celle de
Zerkowice donne des grès un plus résistants, mais avec
d'abondantes auréoles
brunes d'oxydation, liées aux nombreuses fractures verticales.
Elle est
organisée en deux fronts de 10 et 8 m, abattus par des tirs d'un
explosif en
cartouches appelé ammoni dans des
trous isolés forés au marteau perforateur.
b - Carpates
Dans les Bieskides, zone des
nappes frontales de la chaîne se trouvent deux carrières
de grès verts,
appartenant au flysch crétacé (Berriasien à
Sénonien).
La carrière de Brenna
se trouve sur une colline
boisée, à 2 km du pont sur la rivière Brennica ;
les grès sont gris-vert, à
grain fin, à ciment calcaire et argileux, un peu bicolores.
Müller y a signalé
de la glauconie. Ils sont en petits bancs (au maximum 1 m
d'épaisseur), avec un
pendage de 40°. Ils sont extraits par tirs isolés
d'explosif, puis découpés par
quelques trous dans lesquels on place un produit expansif. Sur place
sont
taillés des pavés et de petites dalles; dans la
vallée des ateliers de
découpage fabriquent des pierres de taille et des marches
d'escalier.
Celle de Mucharz semble
produire une pierre
similaire avec les mêmes usages, sa visite nous a
été refusée par le gardien,
véritable ours des Carpates.
c - Monts de la Sainte Croix
Au Sud de Kielce, la ville
de Pinczow a été un important centre
de production de pierre de taille tendre (appelée localement opoka) d'âge Maestrichtien. Il s'agit
d'une calcarénite fine, très poreuse, à fragments
de Bryozoaires et
Lithothamniées, d'une grande épaisseur. Un poisson de
plus de 3 m de long (Pinocetus polonicus) est
exposé dans les
locaux de la Pinczowskie Zaklady Kamienia
Budowlanego, entreprise nationalisée, propriétaire
également d'autres
carrières comme Zygmuntowka, et Bolechowice ; suite à la
mévente de ses
produits elle a réduit de 650 à 250 son personnel. Elle
dispose à Pinczow de
vastes terrains avec deux carrières, l'une en voie de
remblaiement, l'autre
produit encore de temps à autre, sous une couverture de 10
à 25 m, de la pierre
pour les restaurations, à l'aide d'une grande scie circulaire
à dents de
carbure, et plus récemment d'une haveuse française. Les
immenses ateliers ne
sont utilisés qu'en partie, servant à la fabrication de
dalles de ciment, et au
travail de marbres importés ; l'entreprise a une salle
d'exposition, mais
difficile d'accès car il faut franchir le barrage des gardiens,
dans laquelle
sont exposées des cheminées en pierre du Gard, avec les
inserts adaptés.
Une autre carrière de pierre
tendre (opoka) a été signalée
à Karsy, dans les environs d'Ozarow à
l'E-NE de Kielce, contenant des récifs à Bryozoaires, des
Inocérames et des
cherts, mais nous ne l'avons pas trouvée.
I - Tertiaire
L'ambre jaune de la Baltique,
dont la Pologne est le leader mondial
avec 65% du marché, alimente une florissante industrie de
joaillerie (3000
entreprises et 20 000 emplois) et transforme chaque année 240
tonnes. Une trentaine
de tonnes/an est récoltée sur les plages de la Baltique
au fond du golfe de
Gdansk. Cet ambre détritique provient en réalité
de l'érosion de couches
d'argiles bleues d'âge Eocène supérieur, de milieu
deltaïque subtropical,
affleurant dans la péninsule de Kaliningrad (ex
Königsberg). C'est une résine
fossile, provenant de grandes forêts de Pinus
succinifer, englobant de riches faunes d'insectes et d'arachnides
parfaitement préservés. Dans les produits destinés
aux touristes, il faut
reconnaître que ces faunes sont absentes ; il existe en effet
diverses manières
de reconstituer l'ambre par fusion de déchets, en additionnant
éventuellement
de la résine copal.
La plus grande partie de
l'ambre transformé en Pologne provient des deux mines
étatisées de Iantarni
près de Kaliningrad, avec 1500 employés et 850 t de
production annuelle, ainsi
que d'exploitations clandestines (Le Figaro, 15-9-1998), qui se
trouveraient
dans les argiles bleues de l'Eocène supérieur.
L'ambre de la Baltique a
circulé dans toute l'Europe depuis l'Age du Bronze ; les
fouilles ont montré
que des villes comme Komorovo, Biskupin et Kalisia étaient des
centres
commerciaux sur les routes de l'ambre. On l'a retrouvé dans les
tombes
mycéniennes et helléniques, sous forme de petites
sculptures et de perles de
colliers ; son nom grec, hlekton, est à l'origine du mot
électricité, car il s'électrise par frottement.
Pline rapporte que sous
l'empereur Néron, une expédition romaine envoyée
sur les côtes septentrionales
de la Germanie en rapporta des quantités considérables.
Au Moyen-Age l'ambre
devint un monopole des Chevaliers Teutoniques, monopole fructueux car
il
servait à fabriquer des chapelets ; il fut ensuite
monopolisé par le roi de
Prusse, et introduit dans le monde musulman pour confectionner des
sortes de
chapelets et des embouts de pipes à eau.
Les mines de sel Miocène de Wielicza, au SE de Cracovie, furent une
source de richesse dès le XIe siècle, et sont encore
actives partiellement.
Elles se visitent jusqu'à 135 m de profondeur : on remarque que
l'atmosphère
n'est pas aussi sèche que dans les mines de sel rouge permien ou
triasique,
qu'il y a des infiltrations d'eaux et des suintements de
méthane. Le point fort
de la visite est la chapelle creusée par les mineurs,
ornée de riches sculptures,
de dallages et de lustres entièrement réalisés en
sel gris, ce qui montre que
le sel peut parfois devenir une roche ornementale.

Fig. 15 - Lustre à cristaux de sel gemme dans la mine de Wielicza
3 - Conclusions
Exception faite de l'ambre
de la Baltique et des anciennes récoltes de blocs erratiques,
toutes les carrières
se trouvent dans le Sud de la Pologne, avec des marbres, des calcaires
marbriers, des grès et des pierres tendres (opoka),
et surtout des granites. De petits gisements de serpentinites ont jadis
été
exploités dans la chaîne hercynienne des Sudètes au
SSW de Wroclaw entre
Sobotka et Brzeznica, traces d'un océan disparu.
Les méthodes d'exploitation
varient énormément selon les roches et les
régions. Les plus primitives
consistent à découper de petits blocs à l'aide de
coins (grès de Smilow), ou à
démanteler la masse fracturée par une pelle
mécanique (marbres de Slawniowice).
De nombreuses carrières de
grès ou de calcaires abattent la roche par tirs de grosses
charges de
dynamite-gomme ou d'un produit appelé ammoni,
dans des trous isolés, ce qui crée de nouvelles fractures
dans les roches
sensibles au choc. Les trous sont forés au marteau-perforateur
manuel, rarement
par des foreuses. On emploie aussi fréquemment un produit
expansif, appelé wapno, d'origine
tchèque ou russe et de
nature chimique inconnue, qui n'est ni de la chaux ni un ciment
expansif) ; il
est déversé dans trous forés au marteau
perforateur, et agit au bout de 24
heures à 30°C, ou 48 heures à 10°C.
Les carrières les plus
modernes, qui toutes se situent dans les granites de Strzegom et
environs,
opèrent par tirs de découpage : trous rapprochés
parallèles forés par des
chariots, et tirs de cordeau détonant. Le câble
diamanté a été essayé dans
certaines carrières de granite, mais jugé trop
coûteux; par contre les
carrières de calcaires marbriers et marbres l'ignorent.
Les carrières de granite des
Sudètes, qui ont débuté à l'époque
allemande, sont particulièrement
impressionnantes par leur profondeur, et leurs installations de
blondins, peu à
peu remplacés par des derricks. Certaines commencent à
être desservies par une
rampe d'accès, ce qui permet à de plus gros engins de
travailler au fond. La
carrière de grès de Radkow présente un front
encore plus élevé (80 à 110 m),
qui affolerait notre administration.
Il existe encore plusieurs
firmes non dénationalisées, avec des installations de
grande ampleur mais
vétustes, un personnel nombreux et une activité
réduite ; nul doute qu'elles
vont rapidement disparaître dans les années qui viennent,
on m'a parlé dans
plusieurs cas de privatisations en cours.
Quelques entreprises
modernes sont nées dans les dernières années,
comme Morstone ; entièrement
polonaises, elles ont acquis des machines récentes très
performantes, leurs
dirigeants connaissent les langues étrangères et sont
capables d'organiser un service
d'exportation. Les investissements italiens, qui ont été
signalés à Nowa Ruda,
ne nous ont pas paru de grande ampleur, nous n'avons vu qu'un petit
atelier de
la société Granmar, installé sur le carreau
d'anciennes mines de charbon.
La loi du 14-6-91 favorise
les accords avec firmes étrangères : les impôts sur
les bénéfices sont de 40%,
il existe des exonérations pour certaines activités et
pour les investissements
supérieurs à 2 millions d'écus, avec
possibilité de transfert des bénéfices
après impôts. Le gouvernement a montré une
volonté indéniable d'intégrer la
communauté européenne.
Les produits fabriqués en
Pologne sont surtout destinés à la marbrerie
du bâtiment et à la voirie ; on remarque dans les villages
autour des centres
de production de nombreuses petites entreprises de transformation
fabriquant
des pierres tombales en granite, ou bien des dallages, des escaliers,
des
revêtements muraux. Un exemple de développement anarchique
de ces
micro-entreprises est celui du tournage de vases funéraires en
granite, les wasowy : dans les cimetières, tout
monument comprend un support sur lequel les familles placent un vase de
granite, assorti à la pierre tombale, pour y placer des fleurs.
Dans la région
de Pilawa Gorna, à l'Est de Dzierzoniow, chaque maison
possède un atelier de
tournage à la place du garage : la production est devenue si
abondante que les
prix ont chuté.
Il manque encore des
installations de production automatisée de plaquettes, mais les
constructeurs
italiens ne manqueront certainement pas ce marché.
Dans l'ensemble, la zone la
plus active est concentrée autour de Strzegom, mais elle manque
de variétés de
granites de couleur, le seul granite rose (Michalowice) étant
abandonné. Ce
déficit commence à être compensé par des
importations des pays nordiques. La
production de pierre de construction montre une réelle
activité en Silésie,
liée à la reconstruction de l'ex RDA. Par contre les
marbres sont en gisements
très limités, et les calcaires marbriers des Monts de la
Sainte Croix se trouvent
en plein déclin, malgré des produits intéressants
par leurs couleurs et leurs
dessins comme les calcaires dévoniens et le conglomérat
permien.
Références
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Rundschau, 67,
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