Les roches ornementales de Pologne

PERRIER R., Mines et Carrières, vol. 81, février 1999, p. 38-47

Comme l'indique son nom (pole = plaine), la Pologne est une vaste plaine, propice aux invasions de l'Est comme de l'Ouest. Des frontières naturelles n'existent qu'au Sud, avec la chaîne des Sudètes qui la sépare de la République Tchèque, et celle des Carpates à la frontière slovaque : entre les deux s'ouvre une autre voie d'invasion, le couloir de Moravie.

Les tribus slaves, arrivées vers le VIe siècle, ont construit en bois et terre, et n'ont laissé que peu de traces, sinon de fortifications, les grody. Le premier royaume de Pologne est établi en 960 par Miesko Ier ; il est rapidement christianisé dans le giron de l'Eglise Romaine, à laquelle ce pays très catholique est toujours resté fidèle, par opposition au royaume russe de Kiev, qui se rattachait au patriarcat orthodoxe de Constantinople. Les premières constructions de pierre sont des résidences princières, les palatium, accolées de chapelles à plan circulaire, en moellons bruts. Bientôt les premières cathédrales se dressent, mais sont détruites lors de l'invasion tchèque de 1038 : leur reconstruction fait appel à la pierre de taille, comme à l'église Saint André de Cracovie. Les moines cisterciens introduisent les églises voûtées romanes de type bourguignon, ainsi que la sculpture architecturale, puis au XIIIe siècle le style gothique, avec ses arcs-boutants et ses contreforts. Selon les régions, leurs nombreuses églises et monastères sont en pierre ou en brique : dans les plaines septentrionales recouvertes de dépôts glaciaire, les seules pierres disponibles étaient les blocs erratiques épars, transportés par les glaciers quaternaires à partir des pays scandinaves et de la Finlande (Elisée Reclus indique qu'on allait les repêcher jusqu'au fond des lacs avec de longues tenailles). Le gothique s'épanouit au XIV-XVe siècles, avec ses églises typiques étroites et hautes, en brique apparente. Dans les villes émancipées les municipalités édifient des marchés couverts (rynek) et des hôtels de ville imposants, alors que les maisons privées sont encore le plus souvent en bois. Sous Casimir le Grand, la pierre remplace de plus en plus le bois, d'imposants monuments funéraires sont construits pour les puissants, les statues de la Vierge témoignent d'influences françaises et tchèques. Dans le Nord les Chevaliers Teutoniques construisent de puissants châteaux, comme celui de Malborg.

La Renaissance, au XVIème siècle, voit le déclin du gothique qui se surcharge d'ornementations, et l'arrivée d'architectes italiens comme F. Fiorentino et B. Berrecci : ils introduisent les églises à coupoles, les palais à façades décorées et les plafonds à caissons.

Le genre baroque est apporté par les Jésuites, chargés de la rechristianisation pendant la Contre Réforme, qui édifient de nombreuses églises très ornées dans le style de celle del Gesu à Rome ; les franciscains interviennent aussi dans la construction de monastères. Après l'invasion suédoise, on fait appel à l'architecte hollandais Tylman van Gameren. De belles églises de bois sont encore édifiées à Powroznik en 1643 et à Mnichow en 1730.

Le XVIIIème siècle est une période de chaos politique ; la noblesse, formée de propriétaires terriens et qui a le privilège d'élire les rois, est divisée, elle refuse de payer l'impôt alors que les menaces sur les frontières s'affirment. Les paysans restent réduits en servage. Les partages successifs du pays conduisent à la disparition totale de la Pologne en 1795, son territoire est réparti entre Prusse, Autriche et Russie ; le nom de Pologne n'existe plus, on parle de "Pays de la Vistule", l'usage du polonais est prohibé.

Malgré tout, à la fin du XVIIIème siècle sont construits de luxueux palais de style néoclassique, influencés par le style Louis XVI, comme le palais Lazienski de Varsovie avec de splendides plafonds peints et parquets de marqueterie de bois.

Le XIXème voit les débuts de l'industrialisation, avec la construction de halls d'usines à colonnes de fonte, et d'immeubles administratifs ; les influences romantiques se marquent par un retour du gothique, la construction de rotondes et de tours en ruines

Ce n'est qu'en 1918 que la Pologne ressuscite, devenant une république indépendante ; après la crise économique la construction reprend, le béton se généralise : le style est celui de l'Art Moderne, avec ses formes simplifiées, sous l'influence d'architectes d'avant-garde russes et allemands. L'indépendance dure peu de temps, en 1939 elle est partagée à nouveau entre Allemagne et URSS. Chacun a en mémoire les lourds dommages humains et matériels endurés pendant la seconde guerre mondiale : massacre de 4143 officiers polonais à Katyn par l'Armée Rouge, camps de concentration, insurrection de Varsovie et sa destruction en 1944.

Suite aux accords de Yalta et de Postdam, les limites de la Pologne sont décalées vers l'Ouest, avec déplacement de 10 millions de personnes; Elle gagne 10 200 km2 à l'Ouest, la Silésie avec son industrie (charbon, métallurgie, tissages et industrie de la pierre) et la Poméranie, jusqu'à la fameuse ligne Oder-Neisse. En revanche elle perd 180 000 km2 à l'Est au profit de la Biélorussie et de l'Ukraine. La nouvelle Pologne est ethniquement plus homogène, et dispose d'un large accès à la Baltique avec les ports de Szczecin, Gdynia et Gdansk.

Le pouvoir communiste accorde la priorité à l'industrie lourde, et nationalise toutes les entreprises de plus de 50 employés, ce qui est le cas des carrières qui occupaient à l'époque beaucoup de main d'oeuvre ; les centres de villes détruites sont reconstruits, et les anciens palais royaux restaurés avec minutie. De 1952 à 1955 les brigades socialistes internationales édifient au milieu des ruines de Varsovie, à la gloire de Staline et sur les plans d'un architecte russe, l'imposant Palais de la Culture, gratte-ciel de 242 m de haut, qui emploie largement la pierre. En sculpture monumentale, règne le style "réaliste socialiste", supposé "contribuer à la transformation idéologique des travailleurs"  et célébrer la "lutte victorieuse des masses laborieuses". Dans le domaine de l'habitation, les villes s'entourent de tristes ceintures de HLM.

Fig. 1 - Le Palais de la culture à Varsovie, haut de 242 m, édifié à la gloire de Staline

En 1985 un premier ministre non communiste est nommé, bientôt le Parti est dissous ; dès lors la transformation de l'économie vers le libéralisme s'esquisse. Les anciennes usines de transformation de la pierre, datant du siècle dernier en Silésie ou de la période communiste en Petite Pologne, sont peu à peu privatisées après diverses banqueroutes, la dénationalisation n'est pas encore achevée. Quelques entreprises performantes, essentiellement dans le domaine du granite, achètent des machines modernes et recherchent les marchés étrangers, principalement l'Allemagne qui a besoin des pierres silésiennes pour la restauration de Berlin.

De nos jours la pierre de taille n'a plus beaucoup d'emplois, maintenant que les restaurations sont presque terminées ; les granites sont encore très employés dans le funéraire, et la construction de maisons individuelles, très florissante dans tout le pays, fait appel aux produits lithiques transformés par un grand nombre de petites entreprises, malgré la prédominance des moellons de béton.

La ressource énergétique majeure de la Pologne est encore le charbon de Haute Silésie, produit autour de Katowice, qui alimente les complexes sidérurgiques comme celui de Nowa Huta près de Cracovie, et assure la plus grande partie du chauffage domestique, au prix d'une pollution considérable : on rapporte que les émanations de Nowa Huta contribuent à l'attaque des monuments de pierre de Varsovie. Il existe des lois antipollution, qui s'appliquent à la petite industrie, mais peu aux industries nationalisées en difficultés de paiements, nous on a-t-on dit. Le charbon de basse Silésie parait abandonné, nous avons vu que les mines de Nowa Ruda sont fermées. Les possibilités d'énergie hydraulique sont limitées, il n'existe pas encore de centrale nucléaire. Les ressources en pétrole et gaz sont minimes, il existe d'importants gisements de soufre (peu exploités), la mine de sel de Wieliczka est encore active.

La langue polonaise s'écrit en alphabet latin depuis que les imprimeurs du XVIème siècle ont choisi ces caractères, en ajoutant nombre de signes diacritiques assez étranges. La connaissance des langues étrangères est encore assez peu diffusée : l'enseignement du russe était obligatoire à l'époque communiste, mais subi sans enthousiasme ; les anciens, surtout en Silésie ou encore les travailleurs émigrés, connaissent un peu d'allemand ; les jeunes sont censés apprendre l'anglais, mais il reste beaucoup à faire. Si bien que le voyageur doit apprendre à prononcer au moins les noms de localités pour trouver son chemin : il pourra tester sa prononciation avec des noms tels que Brzyskozystew, Glubczyce, Pszczew, Srbrzyszcze, Szczbrzeszyn...

1 - Régions géologiques

A - La grande plaine polonaise est recouverte par les dépôts glaciaires quaternaires. Au dessous se trouve une série épicontinentale de Permien et Mésozoïque, qui atteint 8000 m dans le sillon de la Vistule moyenne. Le substratum paléozoïque, également épicontinental, est subdivisé en deux zones par le grand décrochement calédonien appelé ligne Teysseire-Tornqvist, qui passe sous le fossé de la Vistule.

Au NE, la plateforme est-européenne, à substratum précambrien, a subi des déformations faibles qui ont créé entre Silurien et Dévonien des zones hautes soumises à l'érosion (comme l'antéclise de Mazurie-Biélorussie où le Permien est discordant sur l'Archéen), et de larges dépressions (synéclises) ayant conservé leur remplissage paléozoïque.

Au SW la série paléozoïque a subi les orogenèses calédonienne et surtout hercynienne : dans les Monts de la Sainte Croix (Gory Swietokrzyskie)  qui culminent à l'altitude modeste de  612  m au dessus du plateau de Petite Pologne,  le Paléozoïque (Cambrien à Carbonifère) montre des plis chevauchants correspondant à la zone externe de l'orogène hercynien ; le Permien discordant est suivi d'une série atteignant le Crétacé supérieur. Le Nummulitique est absent, le Miocène peu épais vient en discordance.

B - Le massif des Sudètes forme le rebord Nord du Massif de Bohème  : au dessus d'un socle précambrien métamorphique, vient la série paléozoïque jusqu'au Carbonifère, qui représente une zone interne (saxo-thuringienne) de l'orogène hercynien. Il est injecté de larges plutons de granites post-tectoniques. La série mésozoïque incomplète (absence du Jurassique et du Crétacé inférieur) est présente dans deux bassins distincts : le sillon Nord Sudète dans la région de Boleslawiec, et le sillon intra-sudète au SW de Klodsko.

C - La chaîne des Carpates, culminant à 2499 m dans le massif des Tatras, est une partie de l'arc alpin. Elle est précédée au Nord par une avant-fosse contenant 3000 m de sédiments miocènes, dont le sel de Wielicska ; les collines de la zone externe représentent un  empilement de nappes formées au Miocène, avec une série allant du Crétacé marin au flysch sénonien à nummulitique. Plus à l'intérieur la zone des klippes de Pieniny, qui s'étend de la Roumanie à l'Autriche, contient un Jurassique marin peu épais, s'approfondissant à partir du Malm, et un Crétacé s'achevant par un flysch. La zone des Tatras qui vient ensuite comporte un Trias de type alpin (alors qu'il est de faciès germanique  dans le reste du pays), des faciès de plateforme qui durent jusqu'au Bajocien, des sédiments plus profonds du Bathonien au Berriasien (calcaires noduleux à Ammonites), puis à nouveau des faciès de plateforme au Crétacé inférieur ; la série se termine au Cénomanien avec des marnes à intercalations gréseuses annonçant le flysch. Plus à l'intérieur encore, on trouve la zone des sub-Tatras, où l'effondrement de la marge européenne se produit dès le Toarcien, avec des dépôts océaniques à radiolarites du Jurassique supérieur.

2 - Les carrières de roches ornementales

Fig. 2 - Situation des carrières

A - Précambrien

Dans les Sudètes la série métamorphique précambrienne contient quelques couches lenticulaires de marbres, qui peuvent être comparées à celles indiquées dans le Briovérien moyen  (675 à 800 Ma) du Massif Bohémien par Chaloupsky (1978). Des nombreuses carrières ayant existé dans le passé, il ne reste que deux en activité.

Près de Stronie Slaskie la firme nationale Kambud, qui pourrait être privatisée prochainement, emploie 65 personnes : la carrière montre une couche de marbre blanc (appelé Biala Marianna, anciennement Seitenberger marmor) de 8 m d'épaisseur avec un pendage de 35°, recouverte par une grande épaisseur de schistes. Il s'agit d'un marbre blanc à lamines roses ou sombres parallèles à la stratification. Plus haut dans la série se trouve une couche de marbre vert, actuellement abandonnée. L'exploitation se fait par tirs d'explosif dans des trous espacés et démantèlement à la pelle mécanique. C'est le seul marbre blanc, ou presque, de Pologne, mais les réserves exploitables s'amenuisent du fait de l'épaisseur croissante de la couverture. L'atelier, de taille moyenne, débite les blocs à l'aide de disques diamantés (dont un de 2,7 m) en plaquettes de 1 à 3 cm, qui sont polies par une chaîne Gregori de 40 cm de large. Il n'y a donc pas de tranches de grande largeur  ; la production est vendue essentiellement en Pologne. Divers petits ateliers locaux achètent aussi des blocs pour les transformer. Non loin de là, la carrière de Romanovo au SW de Trzebieszowice, dans un marbre dolomitique jaune, ne produit plus que des concassés.

Fig. 3 - Marbre précambrien de Biala Mariana dans les Sudètes, couche de 8 m intercaléee dans des micaschistes

A Slawniowice la société Marmur exploite une grande carrière de marbre, géologiquement plus complexe. Nous l'avons visitée en compagnie du professeur Zaba de l'Université Silésienne, qui se trouvait là en excursion géologique avec ses étudiants. Du marbre calcaire blanc-gris à gros cristaux s'y trouve bien, mais en faible quantité : le plus gros de la production est un marbre dolomitique jaune, à cristaux automorphes de quartz, très karstifié (pendant le Miocène). L'exploitation se fait surtout par démantèlement à la pelle mécanique. L'ensemble de la formation marbrière a 200 m d'épaisseur, elle est pénétrée par une intrusion granitique qui serait responsable de la dolomitisation par métasomatisme. Le marbre et les schistes encaissants avaient auparavant été soumis à un métamorphisme général dans le grade des amphibolites à almandin. Les vastes ateliers, très anciens, comportent deux vieux châssis, des disques de 1 m, un polissoir Gregori de 60 cm à  7 têtes, etc. On y fabrique surtout des dalles de 1 ou 2 cm de dolomie jaune, des marches d'escaliers et des plinthes. Le polissage des chants se pratique encore à la main.

B - Carbonifère de Petite Pologne

A 21 km à l'W-NW de Cracovie, deux carrières se trouvent à Debnik, sur un plateau à 5,2 km au dessus de Kresznowice. Toutes deux sont abandonnées; la plus grande a été importante, exploitant une série d'une dizaine de mètres de calcaire bleu noir à grain fin, en bancs de 0,4 à 1 m, avec délits onduleux, certains riches en brachiopodes : le pendage est faible (15°), mais la couverture importante (25 m et plus) de calcaires noirs en petits bancs. Ce calcaire noir semble appartenir au Carbonifère inférieur du soubassement du bassin charbonnier de Haute Silésie, dont la carte géologique indique quelques petits affleurements.

C - Dévonien de la Sainte Croix

Dans la série paléozoïque complète des Monts de la Sainte Croix, dont l'épaisseur atteint 3860 m du Cambrien au Carbonifère, le Dévonien moyen contient des calcaires marbriers brun-rouge, très fossilifères, à stylolites, avec de grands fragments d'algues encroûtantes (oncholites), des algues tubulaires et des fragments calcaires divers.

A Bolechowice, au Sud de Kielce, une carrière de la compagnie de Pinczow montre un calcaire marbrier brun, fossilifère, avec colonies de polypiers et de bryozoaires, algues et éponges, en bancs de 0,2 à 2 m d'épaisseur. Le pendage atteint 50° et rend l'extraction difficile. La carrière était inactive pour cause de week-end à notre passage, il semble que l'abattage soit fait par deux pelles mécaniques, et par des méthodes manuelles là où la hauteur du front se trouve hors de portée des pelles. La plupart des blocs sont inférieurs à 1 m3, les plus gros atteignent 4 ou 5 m3.

Fig. 4 - Calcaire marbrier dévonien de Bolechowice dans les Monts de la Sainte Croix

La carrière de Slopiec se trouve à 800 m au NW du village de ce nom, au SE de Kielce ; inactive et en partie noyée, elle expose un banc de 3 m de calcaire fossilifère gris bleuté, à grosses boules coralliaires (Stromatopores), à faible pendage, sous une couverture de 8 m de calcaires lités en petits bancs.

D - Granitoïdes hercyniens (ou varisques)

Dans les Sudètes polonaises, sur huit intrusions granitiques hercyniennes postorogéniques d'âge Carbonifère à Permien inférieur (Dallmeyer, 1995), quatre ont été exploitées :

- Karkonosze (300-328 Ma) : Michalowice,

- Strzegom-Sobotka (326-280 Ma): Borow, Strzegom et Strzeblow,

- Niemcza (300 Ma), de petite taille : Przedborowa et Kosmin,

- Strzelin-Zulova (288-257 Ma) :   Strzelin.

a - Massif de Karkonosze

Le granite rose de Michalowice appartient au grand pluton des Monts des Géants (Karkonosze) situé à cheval sur la frontière tchèque; dans ce massif la plupart des granites sont équigranulaires et leucocrates, mais on rencontre nombre de masses porphyriques, riches en schlieren. La carrière de Michalowice se trouve dans ce faciès, avec de grands cristaux d'orthose roses et de plagioclases blancs ; ce granite décoratif était très connu à l'époque allemande, sous le nom de Rübezahl. La carrière, peu profonde, est complètement abandonnée. Elle montre deux gradins de 6 et 8 m sous une zone altérée en boules d'une dizaine de mètres ; on remarque de grandes fractures obliques, espacées d'une dizaine de mètres, recoupant des écailles de décompression. L'exploitation a été faite par tirs dans des forages irrégulièrement espacés. On peut regretter l'abandon de ce granite, le seul de Pologne qui ne soit pas gris.

Fig. 5 - Granite porphyrique de Michalowice dans les Sudètes ; carrière abandonnée montrant des fractures verticales et des écailles parallèles à la pente

b - Massif de Strzegom-Sobotka

La région de Strzegom, avec la localité voisine de Borow, est sans aucun doute le centre le plus actif de toute la Pologne, avec une vingtaine de firmes, et 30 à 40 carrières dont 6 importantes. Outre les grandes compagnies, la région comporte quelques 250 entreprises artisanales. Ce granite était connu avant guerre en Allemagne comme Striegauer granit et Gelber Schlesisher granit. Les carrières sont regroupées en trois centres :

1 - Borow, 10 km à l'Ouest de Strzegom : l'ancienne compagnie nationalisée à été privatisée en deux groupes, BKG et Skalimex. Nous avons visité la carrière BKG (Borowskie Kopalnie Granitu), très grande fosse de 80 m de profondeur, équipée de 5 blondins (dzwiqwica) et d'un derrick. Les premiers ont des treuils rapides et une capacité de 5 t (10 t à Strzegom), tandis que le derrick, plus lent, permet de descendre des engins de 25 t et de remonter de plus gros blocs. L'extraction débute par des coupes à la flamme : le carburant est du gasole, la torche consomme 60 l/h,  la vitesse de coupe 1,2 à 1,4 m2/h, deux hommes se relaient pendant un poste de 6 heures. Ensuite de grandes masses sont découpées par tirs de cordeau détonant à la pentrite dans des trous parallèles, forés avec un chariot à rail de guidage, aussi bien verticalement qu'horizontalement : les coupes effectuées seraient les plus grandes de Pologne avec des dimensions horizontales de 34 x 6,5 m. La découpe secondaire, par la même méthode, fournit des blocs de belle taille, bien équarris. Le granite, gris à grain moyen, est très voisin de celui de Strzegom, avec toutefois une nuance plus jaune, quelques taches jaunes ou noires et des filonets. L'usine de BKG comporte 7 châssis à grenaille, dont deux nouveaux Gaspari-Menotti, et une polisseuse Breton en grande largeur à 13 têtes et bande transporteuse. Cette firme a aussi à Rogosnica un centre de concassage, accompagné d'un triage magnétique qui sépare les biotites et fournit une poudre de quartz et feldspath pour charges et pigments. La carrière qu'elle exploitait dans l'enceinte du camp de concentration de Gross Rosen a été abandonnée à la suite des réclamations des associations de déportés.

Fig. 6 - Carrière de granite de Borow, équipée de blondins

Fig. 7 - Tirs de découpage à Borrow

2 - Immédiatement à l'Ouest de Strzegom se trouve une zone de grandes carrières profondes, toujours surmontées par les longs câbles et les pylônes des blondins. Nous avons visité la société Granit Strzegom S.A., privatisée à 25% actuellement (probablement à 85% à la fin de l'année). Elle emploie 350 personnes, et possède 5 carrières à Strzegom ; on nous a fait visiter celles de Zbik, Andrey et Zoliewka. Comme chez BKG le massif granitique est découpé à la flamme puis par tirs de découpage, les trous sont réalisés par des foreuses sur roues. Les ateliers comportent 14 châssis anciens à grenaille, trois polisseuses en grande largeur, des presses pour da découpe de pavés et bordures (allant jusqu'à 600 t), une scie de profilage à câble diamanté... La firme produit 3000 t/an de pavés (une nouvelle installation doit multiplier par 8 cette production), plus de 15000 m/an de bordures, et 45000m2/an de tranches. Environ 15% de la production part en Allemagne, les autres clients sont l'Autriche, la Suisse, la République Tchèque et les pays baltes. Elle a abandonné la fabrication de tombes, mais propose divers modèles d'articles de voirie, de bancs de jardin et des rouleaux pour papeteries.


Fig. 8 - Carrière profonde à Strzegom

Fig. 9 - Carrière de Strzeblow, avec ses blondins

 3 - Sur la colline située quelques kilomètres au Nord de Strzegom, nous avons visité la carrière de Morstone, créée en 1992 par P. Ludwinski, qui parle français et nous a obligeamment expliqué sa réussite. La carrière de Morow emploie la découpe à la flamme, puis au cordeau détonant à la pentrite, placé à double dans des trous de 27 mm de diamètre remplis d'eau, espacés de 30 cm ; les trous sont forés au marteau perforateur, sur lequel deux hommes appuient. La carrière ayant une profondeur d'une vingtaine de mètres, les bancs ne sont épais que de 1 à 5 m, ce qui évite les coupes à la base. La découpe secondaire est faite aux coins en trois pièces, le chargeur sur pneus a une capacité de 40 t. L'usine se trouve en limite de Strzegom : deux gros châssis De Gaspari-Menotti de 4,8 m de largeur sont en opération, permettant de placer plusieurs blocs côte à côte, deux autres vont bientôt être installés ; ils scient des tranches de 2 cm et des tranches épaisses, dans le granite local et de divers granites scandinaves importés par les ports du Nord. On remarque diverses autres machines neuves, comme un disque de 3 m, un polissoir 12 têtes en grande largeur (2,2 m), un polissoir à pont automatique pour les épaisseurs, des débiteuses, une installation de flammage-bouchardage, une presse de 440 t pou les bordures, un câble diamanté pour l'équarrissage... Les marchés, en plus du marché polonais, sont actuellement en Allemagne, Russie et Biélorussie, mais pas en France car son granite est similaire à celui du Sidobre. M. Ludwinski dispose d'une autre carrière de 25 ha, encore non activée, et a racheté à côté de l'usine actuelle une ancienne usine de filature sur 10 ha, ce qui doit lui permettre d'installer une fabrication d'emballages spéciaux et une entreprise de distribution de bois exotiques. Le développement rapide de la firme Morstone s'explique par un matériel entièrement moderne et par la possibilité de fournir d'importantes commandes dans des délais réduits (comme partout, les commandes dans le bâtiment et la voirie sont passées au dernier moment par les architectes), ce que ne peuvent faire ses concurrents.

Fig. 10 - Granites d'importation chez MorStone à Strzegom

A Strzeblow  se trouvent trois grandes carrières profondes ; deux sont abandonnées et noyées (30 m d'eau), servant de terrain d'exercice aux plongeurs. La carrière centrale est exploitée par l'entreprise Scalimex : c'est une fosse de 70 m de profondeur, sans accès au fond. L'extraction se fait par tirs de découpage (trous rapprochés et parallèles), la production et les déblais sont remontés par trois blondins. Une usine moderne, dont la visite n'a pas été possible, découpe des tranches épaisses et fabrique des tombes.

c - Massif de Niemcza

A Przedborowa la société Syenit de Pilawa Gorna a exploité une massif de diorite gris sombre, riche en biotites (pouvant atteindre 8 mm), avec un peu de pyrite. Il reste une fosse de 30 m de profondeur, qui montre que la partie supérieure est altérée en petites boules et arène sur une dizaine de mètres ; l'altération pénètre jusqu'au fond le long des fissures. L'abattage était fait par tirs isolés de grosses mines, qui ont détérioré le gisement ; la société a fait faillite.

La carrière de Kosmin se trouve à 1,2 km à l'Est du village de ce nom, dans une petite intrusion de granite porphyrique gris-noir à plagioclases blancs de 2 à 4 cm nettement orientés, avec inclusions noires et schlieren assez abondants ; il s'agit d'une tonalite selon Müller. La couleur parait bien adaptée aux emplois funéraires. La carrière est organisée en deux gradins de 8 m, les masses sont extraites par tirs d'explosifs isolés dans des trous de marteau perforateur, et par enfoncement de coins ; les blocs peuvent atteindre quelques mètres cubes, mais une bonne partie de la production est concassée.

d - Massif de Strzelin-Zubowa

A Strzelin, la très grande carrière ancienne se trouvant à l'entrée Ouest de la ville, s'étend sur au moins 700 m de long, avec une profondeur de 70-80 m. Sur les parois verticales, on remarque l'espacement des écailles de décompression vers le bas. Cette vaste fosse est traversée par 13 blondins, marquant les concessions de diverses firmes. L'extraction ancienne se faisait uniquement au fond (d'où les parois verticales) : on note des traces de coupe à la flamme là où les fractures n'étaient pas assez nombreuses pour l'exploitation aux coins. Tous les blocs et déblais étaient remontées au niveau du sol dans des bennes par les blondins, et versés dans des wagonnets tirés par une petite locomotive Diesel ; ils étaient transformés en pavés et pierres de taille dans les nombreux ateliers voisins. Toutes ces installations sont en grande partie abandonnées, il reste cependant une exploitation active à l'extrémité Sud, qui à l'aide d'un derrick, s'efforce de reprendre l'extraction en gradins depuis la surface, et une autre à l'extrémité Nord

Autre grande carrière ancienne se situe un peu à l'Est : un accès au fond a été aménagé, deux chantiers sont actifs dont l'un avec derrick, pratiquant des techniques d'abattage similaires, et produisant des blocs irréguliers jusqu'à 3 m3, mais pas de blocs équarris au standard international. Un atelier voisin (Granitex) scie des tranches épaisses pour pierres tombales.

E - Permien

Sur le Paléozoïque plissé des Monts de la Sainte Croix, le Permien supérieur marin repose en discordance angulaire (témoin de l'orogenèse hercynienne), et débute par un conglomérat à éléments calcaires (surtout dévoniens) appelé conglomérat de Zygmuntowka, du nom de la carrière située près de l'Hôpital de Checiny. Ce beau conglomérat brun a une épaisseur supérieure à 30 m dans la carrière, ailleurs des forages ont trouvé une épaisseur variant de 0 à 217 m ; il a été daté par une faune marine du Zechstein. Cette grande carrière appartient à la société de Pinczow, qui l'a exploité par forage de trous remplis de produit expansif ; les travaux sont arrêtés actuellement. Les galets de calcaire brun, à limites souvent stylolitisées, ont parfois jusqu'à 20 ou 40 cm de diamètre, sont cimentés par un produit ferrugineux rouge ; la cimentation est parfois incomplète, laissant des cavités géodiques entre galets. La fracturation est importante, et la karstification s'est propagée jusqu'au fond le long des fractures.

F - Trias

Des grès rouges du Trias inférieur ont été extraits de la carrière de Kopulak à 1 km de Suchedniow : la carrière est une fosse de 15 m de profondeur, sur une surface d'un hectare. Elle montre deux bancs de 4 m, à stratifications obliques, avec base conglomératique, avec un pendage d'environ 5° ; entre ces deux chenaux s'intercalent des argiles silteuses rouges. Seul le banc inférieur est de qualité acceptable : c'est un grès ferrugineux fin à conglomératique, rouge avec lamines brunes, assez friable, à patine rouille ou noire. On remarque de grandes auréoles d'oxydation allant du jaune vif au rouge. L'exploitation se faisait apparemment par trous verticaux espacés, remplis de produit expansif ; elle a cessé par suite de banqueroute.

A l'Ouest de Cracovie, près des camps d'Auschwitz, la société Dolomit extrait dans une vaste carrière de plusieurs hectares située à Libiaz, une dolomie industrielle de 14 m d'épaisseur, subhorizontale, appartenant sans doute au Muschelkalk. Certains blocs ont été récupérés dans le passé, mais leur production a cessé : sur quelques blocs abandonnés on observe une dolomie jaune, malheureusement trop caverneuse.

G - Jurassique

Les grès du Jurassique inférieur sont extraits à Smilow, entre Kielce et Radom, par l'entreprise J.B. Firma de Josef Baczek : elle produit principalement des plaquettes à surface éclatée pour revêtements muraux et de petites pierres pour murs; c'est un grès fin, micacé, de couleur blanche, beige ou brun-cognac. La petite carrière permet d'extraire sur 6 à 8 m des bancs de grès de 20-50 cm, uniquement à l'aide de coins ; les bancs sont découpés au disque en blocs de 20 x 40 cm, le clivage des plaquettes de 2-3 cm d'épaisseur se fait alors à la main avec un large ciseau. Malgré sa petite taille, l'entreprise est très prospère.

Fig. 11 - Extraction primitive par coins dans les grès jurassiques à Smilow

L'Oxfordien des Monts de la Sainte Croix forme une puissante série calcaire, de plus de 400 m d'épaisseur, dans laquelle les niveaux de l'Oxfordien produisent des calcaires marbriers compacts et prenant le poli.

A Morawica, au delà de carrières de cimenteries, s'étendent les immenses carrières peu profondes (15 m) de la Kopalnia Wapienia Morawica (non privatisée). C'est un calcaire beige à Ammonites et Bélemnites, avec quelques stylolites, avec un pendage de 15-20°. La plus grande partie de la production, abattue à la dynamite et ramassée par de grosses pelles électriques d'origine russe, est concassée pour l'industrie sucrière, les revêtements routiers, la sidérurgie (castine), le béton et les amendements pour l'agriculture (très utiles pour les sols généralement acides du pays). Seule un petit secteur de la carrière est réservé à la production de blocs, qui sont obtenus par démantèlement à la pelle mécanique ; ces blocs ne dépassent pas le mètre cube, car l'épaisseur des bancs est au maximum de 0,8 m, et la fracturation importante. Sur un total de 250 employés, une dizaine se consacre à la marbrerie (sciage de tranches et polissage).

Fig. 12 - Pelle électrique russe à Morawica

A Goluchow nous avons vu une fosse de 25 m de profondeur, abandonnée depuis longtemps : il s'agissait d'un calcaire oolitique beige, à onchoïdes, un peu poreux et gélif, en bancs jusqu'à 4 m d'épaisseur, avec un pendage de 25-30°. On observe des traces d'exploitation à l'explosif par tirs isolés.

A l'W de Cracovie, la grande carrière de Nielepice n'extrait plus que des calcaires à concasser.

       H - Crétacé

a - Massif des Sudètes

Les grès crétacés du bassin intrasudète, formant le plateau des Monts Tabulaires (Gory Stolowie), d'âge Cénomano-Turonien, ont été exploités dès le XIVe siècle comme pierre de construction. Connus des allemands avant guerre sous le nom de Heuscheuer sandstein, ils étaient exploité par la société Schilling, fondée en 1924 à Radkow, et qui fut nationalisée après guerre. ils appartiennent maintenant à la société Radkow-Grupa Trapo, privée depuis 1996.

- en bordure du plateau des Monts Tabulaires, la grande carrière de Radkow présente un seul front, de très grande hauteur (80 à 110 m). L'abattage est pratiqué par trous de mine disposés en coin à la base du front, en tenant compte de la position des fractures verticales ; des blocs de plusieurs dizaines de mètres cubes s'éboulent, qui sont ensuite découpés aux coins. Selon les bancs, on trie les blocs par couleurs (blanc, rosé ou jaune), et par grain (fin, moyen, et grossier à microconglomératique dans la partie supérieure). Certains niveaux montrent de nombreuses cavités de dissolution de coquilles de gros bivalves (Inocérames). On étudie la possibilité de réorganiser la carrière en gradins, ce qui serait moins dangereux à l'évidence, ce qui impliquerait de tracer une route jusqu'au sommet du plateau. Des essais de découpe au jet d'eau ont été faits, avec de mauvais résultats du fait de la présence de galets ; la découpe au câble diamanté serait trop coûteuse à cause de l'abrasivité de la roche. Le grès de Radkow s'est imposé pour  diverses restaurations à Berlin, dont le Reichstag, il a aussi été vendu en France pour la façade du Novotel à Paris.

Fig. 13 - Front vertical de plus de 80 m de haut à Radkow, dans les grès sénoniens des Monts Tabulaires


Fig. 14 - Ancienne usine Schilling à Radkow, réaménagée par la société Radkow-Grupa Trapo

   L'usine, installée dans les anciens bâtiments de Schilling, est signalée par sa grande cheminée de briques, qui jadis devait assurer le tirage des chaudières à vapeur, comporte sept anciens châssis à grenaille, actionnés maintenant à l'électricité, et un autre à segments diamantés : les châssis à grenaille sont encore indispensables à cause de la présence de galets et de grains de zircon. Outre les produits usuels pour le bâtiment, l'usine fabrique aussi de grosses meules en grès de Szczytna pour l'industrie du verre, et des meules pour la bijouterie.

-  la carrière de Szczytna, appartenant au même groupe industriel et de même âge, est située au dessus de la route entre Szczytna et Polanica-Zdroj. Cette vaste carrière entaille une falaise de grès massifs, découpés de fractures verticales, sur plus de 20 m de haut. L'abattage se fait par quelques mines. Le grès a un grain fin?, il est très pur (99,8% de silice) et de couleur blanche, avec seulement quelques auréoles d'oxydation et dendrites de manganèse. Les pavés sont produits sur place, les blocs de sciage sont emmenés à l'usine de Radkow, il a servi à la restauration de la cathédrale de Berlin.

Le Grupa Trapo produit aussi à Wartowice, un grès très fin,  avec deux variétés de couleur ("cognac" et "champagne"), agrémentées d'auréoles violacées, cette localité n'a pas été visitée.

Les grès de Rakowice et Zerkowice se trouvent dans le Coniacien-Santonien peu plissé du bassin Nord Sudète ; ils étaient appelés Bunzlauer sandstein avant guerre et produits par la société Zeidler et Wimel. Ils proviennent de carrières ouvertes au Sud de Boleslawiec, appartenant maintenant à la société Exbud de Boleslawiec. La carrière de Rakowice montre, sous 6 m d'argiles grises à lits de lignite, un banc de 8 m de grès blancs, fins, massifs, plus friables que ceux de Radkow. Celle de Zerkowice donne des grès un plus résistants, mais avec d'abondantes auréoles brunes d'oxydation, liées aux nombreuses fractures verticales. Elle est organisée en deux fronts de 10 et 8 m, abattus par des tirs d'un explosif en cartouches appelé ammoni dans des trous isolés forés au marteau perforateur.

b - Carpates

Dans les Bieskides, zone des nappes frontales de la chaîne se trouvent deux carrières de grès verts, appartenant au flysch crétacé (Berriasien à Sénonien).

La carrière de Brenna se trouve sur une colline boisée, à 2 km du pont sur la rivière Brennica ; les grès sont gris-vert, à grain fin, à ciment calcaire et argileux, un peu bicolores. Müller y a signalé de la glauconie. Ils sont en petits bancs (au maximum 1 m d'épaisseur), avec un pendage de 40°. Ils sont extraits par tirs isolés d'explosif, puis découpés par quelques trous dans lesquels on place un produit expansif. Sur place sont taillés des pavés et de petites dalles; dans la vallée des ateliers de découpage fabriquent des pierres de taille et des marches d'escalier.

Celle de Mucharz semble produire une pierre similaire avec les mêmes usages, sa visite nous a été refusée par le gardien, véritable ours des Carpates.

c - Monts de la Sainte Croix

Au Sud de Kielce, la ville de Pinczow a été un important centre de production de pierre de taille tendre (appelée localement opoka) d'âge Maestrichtien. Il s'agit d'une calcarénite fine, très poreuse, à fragments de Bryozoaires et Lithothamniées, d'une grande épaisseur. Un poisson de plus de 3 m de long (Pinocetus polonicus) est exposé dans les locaux de la Pinczowskie Zaklady Kamienia Budowlanego, entreprise nationalisée, propriétaire également d'autres carrières comme Zygmuntowka, et Bolechowice ; suite à la mévente de ses produits elle a réduit de 650 à 250 son personnel. Elle dispose à Pinczow de vastes terrains avec deux carrières, l'une en voie de remblaiement, l'autre produit encore de temps à autre, sous une couverture de 10 à 25 m, de la pierre pour les restaurations, à l'aide d'une grande scie circulaire à dents de carbure, et plus récemment d'une haveuse française. Les immenses ateliers ne sont utilisés qu'en partie, servant à la fabrication de dalles de ciment, et au travail de marbres importés ; l'entreprise a une salle d'exposition, mais difficile d'accès car il faut franchir le barrage des gardiens, dans laquelle sont exposées des cheminées en pierre du Gard, avec les inserts adaptés.

Une autre carrière de pierre tendre (opoka) a été signalée à Karsy, dans les environs d'Ozarow à l'E-NE de Kielce, contenant des récifs à Bryozoaires, des Inocérames et des cherts, mais nous ne l'avons pas trouvée.

I - Tertiaire

L'ambre jaune de la Baltique, dont la Pologne est le leader mondial avec 65% du marché, alimente une florissante industrie de joaillerie (3000 entreprises et 20 000 emplois) et transforme chaque année 240 tonnes. Une trentaine de tonnes/an est récoltée sur les plages de la Baltique au fond du golfe de Gdansk. Cet ambre détritique provient en réalité de l'érosion de couches d'argiles bleues d'âge Eocène supérieur, de milieu deltaïque subtropical, affleurant dans la péninsule de Kaliningrad (ex Königsberg). C'est une résine fossile, provenant de grandes forêts de Pinus succinifer, englobant de riches faunes d'insectes et d'arachnides parfaitement préservés. Dans les produits destinés aux touristes, il faut reconnaître que ces faunes sont absentes ; il existe en effet diverses manières de reconstituer l'ambre par fusion de déchets, en additionnant éventuellement de la résine copal.

La plus grande partie de l'ambre transformé en Pologne provient des deux mines étatisées de Iantarni près de Kaliningrad, avec 1500 employés et 850 t de production annuelle, ainsi que d'exploitations clandestines (Le Figaro, 15-9-1998), qui se trouveraient dans les argiles bleues de l'Eocène supérieur.

L'ambre de la Baltique a circulé dans toute l'Europe depuis l'Age du Bronze ; les fouilles ont montré que des villes comme Komorovo, Biskupin et Kalisia étaient des centres commerciaux sur les routes de l'ambre. On l'a retrouvé dans les tombes mycéniennes et helléniques, sous forme de petites sculptures et de perles de colliers ; son nom grec, hlekton, est à l'origine du mot électricité, car il s'électrise par frottement. Pline rapporte que sous l'empereur Néron, une expédition romaine envoyée sur les côtes septentrionales de la Germanie en rapporta des quantités considérables. Au Moyen-Age l'ambre devint un monopole des Chevaliers Teutoniques, monopole fructueux car il servait à fabriquer des chapelets ; il fut ensuite monopolisé par le roi de Prusse, et introduit dans le monde musulman pour confectionner des sortes de chapelets et des embouts de pipes à eau.

Les mines de sel Miocène de Wielicza, au SE de Cracovie, furent une source de richesse dès le XIe siècle, et sont encore actives partiellement. Elles se visitent jusqu'à 135 m de profondeur : on remarque que l'atmosphère n'est pas aussi sèche que dans les mines de sel rouge permien ou triasique, qu'il y a des infiltrations d'eaux et des suintements de méthane. Le point fort de la visite est la chapelle creusée par les mineurs, ornée de riches sculptures, de dallages et de lustres entièrement réalisés en sel gris, ce qui montre que le sel peut parfois devenir une roche ornementale.

Fig. 15 - Lustre à cristaux de sel gemme dans la mine de Wielicza

3 - Conclusions

Exception faite de l'ambre de la Baltique et des anciennes récoltes de blocs erratiques, toutes les carrières se trouvent dans le Sud de la Pologne, avec des marbres, des calcaires marbriers, des grès et des pierres tendres (opoka), et surtout des granites. De petits gisements de serpentinites ont jadis été exploités dans la chaîne hercynienne des Sudètes au SSW de Wroclaw entre Sobotka et Brzeznica, traces d'un océan disparu.

Les méthodes d'exploitation varient énormément selon les roches et les régions. Les plus primitives consistent à découper de petits blocs à l'aide de coins (grès de Smilow), ou à démanteler la masse fracturée par une pelle mécanique (marbres de Slawniowice).

De nombreuses carrières de grès ou de calcaires abattent la roche par tirs de grosses charges de dynamite-gomme ou d'un produit appelé ammoni, dans des trous isolés, ce qui crée de nouvelles fractures dans les roches sensibles au choc. Les trous sont forés au marteau-perforateur manuel, rarement par des foreuses. On emploie aussi fréquemment un produit expansif, appelé wapno, d'origine tchèque ou russe et de nature chimique inconnue, qui n'est ni de la chaux ni un ciment expansif) ; il est déversé dans trous forés au marteau perforateur, et agit au bout de 24 heures à 30°C, ou 48 heures à 10°C.

Les carrières les plus modernes, qui toutes se situent dans les granites de Strzegom et environs, opèrent par tirs de découpage : trous rapprochés parallèles forés par des chariots, et tirs de cordeau détonant. Le câble diamanté a été essayé dans certaines carrières de granite, mais jugé trop coûteux; par contre les carrières de calcaires marbriers et marbres l'ignorent.

Les carrières de granite des Sudètes, qui ont débuté à l'époque allemande, sont particulièrement impressionnantes par leur profondeur, et leurs installations de blondins, peu à peu remplacés par des derricks. Certaines commencent à être desservies par une rampe d'accès, ce qui permet à de plus gros engins de travailler au fond. La carrière de grès de Radkow présente un front encore plus élevé (80 à 110 m), qui affolerait notre administration.

Il existe encore plusieurs firmes non dénationalisées, avec des installations de grande ampleur mais vétustes, un personnel nombreux et une activité réduite ; nul doute qu'elles vont rapidement disparaître dans les années qui viennent, on m'a parlé dans plusieurs cas de privatisations en cours.

Quelques entreprises modernes sont nées dans les dernières années, comme Morstone ; entièrement polonaises, elles ont acquis des machines récentes très performantes, leurs dirigeants connaissent les langues étrangères et sont capables d'organiser un service d'exportation. Les investissements italiens, qui ont été signalés à Nowa Ruda, ne nous ont pas paru de grande ampleur, nous n'avons vu qu'un petit atelier de la société Granmar, installé sur le carreau d'anciennes mines de charbon.

La loi du 14-6-91 favorise les accords avec firmes étrangères : les impôts sur les bénéfices sont de 40%, il existe des exonérations pour certaines activités et pour les investissements supérieurs à 2 millions d'écus, avec possibilité de transfert des bénéfices après impôts. Le gouvernement a montré une volonté indéniable d'intégrer la communauté européenne.

Les produits fabriqués en Pologne sont surtout destinés à la marbrerie du bâtiment et à la voirie ; on remarque dans les villages autour des centres de production de nombreuses petites entreprises de transformation fabriquant des pierres tombales en granite, ou bien des dallages, des escaliers, des revêtements muraux. Un exemple de développement anarchique de ces micro-entreprises est celui du tournage de vases funéraires en granite, les wasowy : dans les cimetières, tout monument comprend un support sur lequel les familles placent un vase de granite, assorti à la pierre tombale, pour y placer des fleurs. Dans la région de Pilawa Gorna, à l'Est de Dzierzoniow, chaque maison possède un atelier de tournage à la place du garage : la production est devenue si abondante que les prix ont chuté.

Il manque encore des installations de production automatisée de plaquettes, mais les constructeurs italiens ne manqueront certainement pas ce marché.

Dans l'ensemble, la zone la plus active est concentrée autour de Strzegom, mais elle manque de variétés de granites de couleur, le seul granite rose (Michalowice) étant abandonné. Ce déficit commence à être compensé par des importations des pays nordiques. La production de pierre de construction montre une réelle activité en Silésie, liée à la reconstruction de l'ex RDA. Par contre les marbres sont en gisements très limités, et les calcaires marbriers des Monts de la Sainte Croix se trouvent en plein déclin, malgré des produits intéressants par leurs couleurs et leurs dessins comme les calcaires dévoniens et le conglomérat permien.

                Références

Chaloupsky J., 1978, The precambrian tectogenesis in the Bohemian Massif, Geologische Rundschau, 67, 1, p. 72-90.

Dallmeyer R.D. et al., 1995, Prepermian geology of Central and Eastern Europe, Springer-Verlag.

Daniel P., 1998, En Pologne, la pierre passe à l'Ouest, Le Mausolée 3-98, p. 52-59.

Lozinski J. et Milobedzki M., 1967, Guide to architecture in Poland, Polonia Publication House, Varsovie.

Milobedzki A., 1980, Architektura polska XVII wieku, Panstowowe Wydawnictwo Naukowe, Varsovie.

Müller F, 1989, Internationale Naturstein Kartei, Ebner-Verlag, Ulm.

Muthesius M., 1994, Polska, art, architecture, design, Köningstein.

Zachwatowicz J., 1968, L'architecture polonaise, Arkady, Varsovie.