1 - Introduction
Au cours d’un voyage en mars
2004 nous avons eu l’occasion de visiter une vingtaine de sites
archéologiques
du Mexique, depuis le Plateau Central jusqu’au Yucatan, et de faire
diverses
observations sur la nature des roches employées et sur leur mise
en œuvre. Nous
tenterons ici de les intégrer dans le cadre
archéologique, qui a fait l’objet
de multiples publications, et d’établir quelques comparaisons
avec les
pyramides égyptiennes, certainement mieux connues des lecteurs
européens.
Le nombre de pyramides
mexicaines est de plusieurs centaines ; il n’est pas exactement
connu, car certaines se présentent comme de simples
monticules de terre ou
de gravats, qu’il reste à découvrir et à fouiller
(spécialement dans les zones
forestières de la côte du Golfe du Mexique, du Yucatan et
du Chiapas), d’autres
sont de petite taille et ne peuvent être comptées avec les
plus grandes. En
tous cas leur répartition coïncide avec ce qu’on a
appelé la
« Méso-Amérique », qui correspond
à l’extension de grandes civilisations
pré-hispaniques, de la région de Mexico jusqu’à la
péninsule du Yucatan,
incluant le Guatemala : les sites archéologiques les plus
extrêmes se
trouvent dans le centre du Mexique d’une part (comme La Quemada, El
Ixtepete,
Chalchihuites), et d’autre part au Salvador et au Honduras.
Fig.
1 - Une pyramide type, le Castillo de Chichen Itza

Fig. 2 -
Carte de localisation des principaux sites
En Amérique du Sud, le Pérou
a connu également la construction de pyramides à partir
de 1600 avant J.C, le
plus souvent en argile (Sechen Alto, Las Aldas, La Florida, Caballo
Muerto, El
Paraiso). La civilisation Chavin( -850 à -250) a introduit le
revêtement de
pierre, mais les cultures suivantes entre -200 et +600 (Moche et Nazca)
sont
revenues à l’argile. On retrouve des pyramides en pierre
à l’époque Tihuanaco
en Bolivie (+374 à +724), et de nouveau des constructions en
argile dans le NW
du Pérou à Chanchan (Empire Chimu) et à
Tucumé. Par contre l’empire des Incas
(1438-1533), s’il a construit des forteresses en pierres parfaitement
appareillées, n’a pas édifié de pyramides.
2 - Rappel
sur les civilisations mexicaines
A - L’arrivée des premiers
hommes par le Détroit de Behring se situerait vers - 20 000, ils
chassent avec
des outils en silex le mammouth et le cheval, jusqu’à faire
disparaître ces
grands mammifères. A partir de -10 000, ces chasseurs
récoltent des plantes et
des coquillages, puis commencent à cultiver le maïs, le
millet, les avocats et
les courges ; les grains sont écrasés sur des
pierres à moudre (metate)
avec un rouleau. Vers -3000 apparaissent les premiers villages, la
fabrication
de poteries et de figurines de terre cuite.

Fig.
3 - Tableau chronologique des civilisations
B - La première
civilisation, qui influencera toutes les suivantes, est celle des Olmèques
(environ -1500 à -600) : elle apparaît sur la
côte du Golfe du Mexique,
avec les sites urbains de La Venta,
Tres Zapotes et San Lorenzo ; ils construisent les
premières
pyramides (en terre), et introduisent la sculpture monumentale sur
pierre (têtes colossales, autels sculptés en forme de
jaguars), le travail
des pierres dures (jade, serpentine, obsidienne…), l’écriture
à partir de -500
(glyphes) et sans doute la numération, la déformation
crânienne des enfants,
ainsi que le jeu de pelote avec une lourde balle de caoutchouc. Sans
qu’ils
aient constitué un vrai empire, leurs techniques ont
diffusé jusque sur les
plateaux mexicains (Oaxaca), au
Guatemala et même au Costa Rica.
On reconnaît trois types de populations
dans
les statues et céramiques olmèques : un
faciès négroïde massif à lèvres
lippues (têtes colossales, figurines de jade), un type
mongoloïde (figurines en
céramique d’enfants souriants à yeux bridés), et
parfois un type barbu à nez
aquilin. Leur origine fait l’objet de spéculations, l’une des
hypothèses
(Wieshew, 2000) envisage une provenance chinoise : cet auteur a
trouvé des
analogies entre les glyphes gravés sur des haches de jade de La
Venta et les
pictogrammes des os divinatoires de la fin de la dynastie Chang, qui
fut
renversée en -1100 : des exilés Chang seraient
partis en bateau sur la
« mer orientale », apportant aux populations
locales l’écriture et le
travail du jade (mais non le cheval et le bronze, alors connus des
chinois).

Fig.
4 - Tête olmèque de San Lorenzo, coiffée d'un casque

Fig. 5 - Figurine olmèque
à faciès asiatique (Baby Face)
Fig. 6 - Statue olmèque barbue,
le Lutteur

Fig. 7 - Captif olmèque
(Danzante) de Monte Alban
C - Sur le Plateau Central
le premier centre urbain et religieux apparaît à Cuicuilco
entre -300 et -100,
date à laquelle la ville est ensevelie sous une coulée de
basalte. Durant la
période Classique, une importante ville s’installe
ensuite à Teotihacan,
qui verra son apogée entre +400 et +750, avec peut-être
200 000
habitants ; deux très grandes pyramides, celles du Soleil
et de la Lune,
sont édifiées et alignées selon une avenue de plus
de 2 km de long, toutes les
habitations sont orientées parallèlement à cet
axe. Le culte du Serpent à
Plumes se répand, on sculpte des monolithes jusqu’à 3,2 m de haut, on travaille l’obsidienne
à grande échelle, les
gisements du Cerro de la Navajas lui conférant un
quasi-monopole, ainsi que
l’os, la nacre des coquillages, l’onyx calcaire et la diorite. Un grand
incendie met fin à la prédominance de cette immense ville.

Fig.
8 - Plan de Teotihuacan, noter l'alignement des édifices
En pays zapotèque, s’installe le grand
centre
cérémoniel de Monte Alban (200-900), qui subit
l’influence de Teotihacan
tout en développant ses particularités : urnes
funéraires en céramique
figurant des dieux, nombreuses colonnes pour soutenir les toits,
présence d’un
observatoire, riches tombes avec peintures murales localisées en
dehors des
pyramides, masques mortuaires en jade, travail de la turquoise et du
cristal de
roche.
Dans la région totonaque la
ville de El Tajin (500-900) édifie une pyramide avec 365
niches
correspondant aux jours de l’année solaire, un palais à
colonnes de 1 m de
diamètre, et pratique comme les autres le jeu de pelote dans des
stades
spéciaux en forme de I ; des sculptures en pierre assez
particulières, les
jougs, palmes, et haches votives représentent sans doute des
récompenses pour
les équipes gagnantes, tandis que le capitaine de
l’équipe perdante est
sacrifié par les prêtres.
En pays Maya, la
période classique voit le développement de multiples
cités indépendantes, grâce
à des cultures surélevées, irriguées
à partir de citernes ou par l’eau puisée
dans les puits karstiques (cenotes) dans des régions
souvent
semi-désertiques et aujourd’hui infertiles. Des pyramides et
palais luxueux
dominent les villes, surmontés de hautes crêtes
ajourées augmentant leur impact
visuel, des observatoires permettent de déterminer les dates par
observation du
lever ou du coucher des astres, des stèles gravées
représentant de hautes
personnalités et portant des glyphes donnant la date exacte de
leur érection
sont dressées à maintes occasions, entre 292 et
889 ; l’invention de la
voûte en encorbellement (fausse-voûte) permet
l’aménagement de pièces multiples
à l’intérieur des palais et temples, tandis que dans le
Nord les toits plats en
béton prévalent. Un réseau routier de grand
gabarit relie les cités. Les
fresques décorant les temples, particulièrement
conservées à Bonampak grâce à
une couche de calcite, montrent que contrairement à l’opinion
des premiers
archéologues, les mayas n’étaient pas un peuple
pacifique, mais sacrifiaient
les prisonniers et pratiquaient l’autosacrifice (perforation de la
langue ou
d’autres organes pour abreuver de sang les dieux). La civilisation maya
classique s’éteint au Xe siècle, sans qu’on en connaisse
bien la raison
(sécheresse exceptionnelle, guerres intestines, révolte
des populations contre
la caste sacerdotale ?).
D - Au cours de la période post-classique
( 1000-1521) d’importants changements surviennent dans tout le Mexique.
Sur le
Plateau Central l’invasion Toltèque amène
à Tula des nomades
chichimèques belliqueux et sanguinaires, de parler nahuatl, qui
assimilent les
techniques antérieures et construisent des temples soutenus par
de hautes
colonnes de pierre représentant des guerriers, les
« atlantes », et
introduisent les Chac-Mool, statues de guerriers à
demi-couchés qui recevaient
dans une coupe les cœurs des sacrifiés. A leur époque
parvient la connaissance
des métaux, or, argent et cuivre, qui serviront surtout à
l’orfèvrerie, assez
peu pour les outils et les armes. A la chute de Tula en 1168, leur
culture
survivra à Xochicalco, Mitla et Cholula. Une migration
toltèque s’effectue vers
le nord du Yucatan, conduite d’après la légende par un
roi toltèque nommé
Quetzalcoatl au Mexique et Kukulkan au Yucatan, qui s’installe à
Chichen où
elle apporte le Chac-Mool et les
pratiques sanguinaires, mais aussi les imposantes colonnades et
l’orfèvrerie.
Une nouvelle période de décadence se produit au XIIIe
siècle, suite à des
guerres entre cités. De rares villes, comme Campeche et Tulum,
subsistent à
l’arrivée des espagnols.
La période Aztèque voit l’arrivée depuis le nord d’une autre tribu parlant nahuatl, les Mexica, encore plus sanguinaire. En 1325 ils s’installent sur un îlot du lac de Mexico, fondant la ville de Tenochtitlan ; en l’espace de 150 ans ils établissent leur domination sur une grande partie du Mexique central, sans conquérir cependant le Michoacan ni les pays mayas. Ils installent des garnisons et un réseau commercial pour se procurer métaux et pierres précieuses, cacao, coton et plumes de couleur ; ils construisent des jardins flottants, des temples, des chaussées, et une ville qui émerveillera les conquistadores. Leur statuaire monumentale, quoique représentant des dieux horribles, est l’une des meilleures depuis celle des Olmèques. Ils ne parviennent pas à contrôler les tarasques du Michoacan, qui excellent dans le travail des métaux et de l’obsidienne, mais n’édifient que des temples assez primitifs, les yacata, en pierres sèches.

Fig.
9 - Scorie basaltique appelée tezontle, collegio San Ignacio,
Mexico

Fig. 10 - Vase aztèque en obsidienne, hauteur env. 18 cm
E - la Conquête espagnole : Christophe
Colomb avait débarqué aux Antilles le 12 octobre 1492,
puis reconnu au cours
des années suivantes Haïti, Cuba, les côtes
d’Amérique Centrale et de Guyane. A
la suite d’un naufrage en 1511, des matelots de Valdivia
dérivent jusqu’à l’île
de Cozumel au Yucatan, ils sont massacrés sauf deux d’entre eux
qui survivent
parmi les Mayas. En 1517 l’expédition de Fernandez de Cordoba
débarque en
plusieurs points du Yucatan ; attaquée par les Mayas, elle
subit de
lourdes pertes et les survivants retournent à Cuba.
L’année suivante Juan de
Grijalva avec ses quatre navires contourne le Yucatan, subit les
attaques de
Mayas, puis remonte vers Vera Cruz où il reçoit un
meilleur accueil.
Le 25 avril 1519 Hernan Cortéz
débarque près
de Vera Cruz avec 11 bateaux, 500 hommes, 17 chevaux et 10
canons ; bien
accueilli par l’empereur aztèque Moctezuma qui croyait assister
au retour du
dieu civilisateur Quetzalcoatl, et après une extraordinaire
épopée, trop connue
pour qu’il soit besoin de la rappeler, finit par s’emparer de Mexico le
13 août
1521, et rase la ville. La conquête du Yucatan donnera plus de
fil à retordre
aux espagnols de 1524 à 1541, puis au Mexique indépendant
(depuis 1821) lors de
la Guerre des Castes de 1847. Les ruines mayas disparaissent dans la
jungle, et
ne seront redécouvertes qu’à la fin du XVIIIe
siècle (Antonio del Rio à
Palenque) et décrites au XIXe (Stephens et Catherwood en 1839).
3 - Les matériaux
Le Mexique est structuré depuis la
frontière
des USA jusqu’au Chiapas par une longue chaîne montagneuse
appelée Sierra
Madre, formée à l’Eocène : on distingue la
Sierra Madre Orientale, formée
en grande partie de calcaires crétacés (traversés
par des intrusions alcalines
à l’origine de minéralisations d’argent, plomb, zinc et
or) et la Sierra Madre
Occidentale, occupée surtout par un volcanisme tertiaire. Un axe
volcanique
basaltique E-W d’âge quaternaire recoupe l’ensemble au niveau de
Mexico, avec
de hauts volcans culminant à 5747 m au Pico de Orizaba ;
quelques uns sont
encore actifs, comme le Popocatepetl (5465 m).
Par contre la région
côtière du golfe du
Mexique est occupée par une série sédimentaire
tertiaire descendant vers le
Golfe, et la péninsule du Yucatan par une plateforme ancienne
recouverte de
calcaires tertiaires horizontaux.
A - Roches plutoniques : leur
emploi a été très rare, nous n’avons à
signaler que les outils en diorite des
Olmèques (ciseaux et haches), et une stèle en granite
à Kaminaljuyu (Guatemala)
B - Roches volcaniques :
abondantes dans la région de Mexico, elles ont été
employées, plus ou moins
bien taillées, dans la plupart des sites du Plateau Central. Les
basaltes de
Tenochtitlan provenaient du Peñon Santa Catarina et de
Chimalhacan, les
andésites de la Sierra de Guadalupe ; des rhyolites rouges
se rencontrent
à Teotenango. Mais la roche la plus caractéristique est
le tezontle,
scorie volcanique rouge de nature andésitique à
basaltique, de faible densité
(1,2 à 1,6), provenant du
Peñon de los
Bagnos, du Peñon del Marques, du Cerro de la Estrella : les
Aztèques
notamment l’ont utilisé pour les reconstructions du Templo Mayor
de
Tenochtitlan, sa faible densité aidant à compenser les
problèmes d’enfoncement
de la pyramide dans les vases lacustres. Le tezontle se trouve
aussi
dans la région de Cuernavaca ; les espagnols de la
période coloniale y ont
fait appel, et à leur suite les mexicains actuels.
De nombreux volcans mexicains ont émis des coulées de verre volcanique au cours du Tertiaire, et leur obsidienne a été largement employée par toutes les cultures, à défaut de bronze et de fer. Ses emplois ont été innombrables comme rasoirs, outils de découpage (viande, bois, papier, cuir), armes de guerre (pointes de flèches et de lances, massues, sabres avec lames alignées sur un support en bois), objets du culte (grands couteaux bifaces pour arracher le cœur des sacrifiés, petites lames pour extraire le sang), bijoux, miroirs (beau miroir rond de 30 cm de diamètre exposé à Teotenango, d’autres au Musée d’Anthropologie de Mexico). Quelques réalisations exceptionnelles sont les excentriques, taillés en formes extravagantes, et ce vase aztèque bien connu, parfaitement poli, en forme de guenon. L’obsidienne présente des couleurs variées, du noir parfait au noir mordoré de vert, au rouge et jusqu’à des variétés transparentes. Nous ne pouvons énumérer ici toutes les occurrences d’obsidienne recensées par les archéologues, qui disposent de divers moyens d’analyse pour reconnaître leur provenance, mentionnons seulement une brève visite au site d’Otumba et à celui du Cerro de las Navajas entre Pachuca et Tulancingo, encore exploités artisanalement par les fabricants de souvenirs de San Francisco Mazapan près de Teotihuacan
.
Fig.
11 - Silex mayas "excentrique"

Fig.
12 - Maison maya en adobe, reconstituée
C - Argiles : l’adobe est
préparé en tassant de l’argile plus ou moins
mêlée de fibres végétales dans un
cadre rectangulaire, et les briques simplement séchées au
soleil. Il a été
beaucoup employé au cours de l’histoire pour les murs des
habitations
populaires, et encore parfois à l’heure actuelle. Peu
résistant aux intempéries
lorsque la toiture a disparu, il ne reste des habitations que les
pierres de
soubassement. Les premières pyramides
circulaires des Olmèques, construites dans la zone
côtière du Golfe où
la pierre manquait, étaient édifiées en adobe, il
n’en reste que des monticules
de boue. Le noyau de la pyramide circulaire de Cuicuilco est
également en
argile compactée, le recouvrement est en pierres non
taillées. Certaines
sculptures ont été modelées en argile à
Monte Alban, et recouvertes de stuc,
comme ce grand serpent reproduit dans le musée du site.
Les briques cuites n’ont été
employées qu’à
Comacalco, au sud du Golfe : il s’agit de grandes briques plates,
avec des
dessins gravés ou modelés en relief avant la cuisson.
D - Calcaires : c’est dans le
Yucatan que l’emploi des calcaires a été
généralisé, car il y forme le
substratum de toute la péninsule. Cependant il est souvent
masqué en surface
par une épaisse couche de caliche (voir plus loin).
L’âge des calcaires s’étend du
Paléocène
(Edzna, Xpuhil, Becan, Calakmul), à l’Eocène (Kohunlich,
Sayil, Labna, Kabah,
Uxmal, Chichen Itza) et au Quaternaire (Tulum). Leur qualité
comme pierre de
construction varie dans de larges proportions ; certains sont
excellents
comme les calcaires micritiques compacts de Chichen Itza, épais
de 4 à 5 m, en
bancs métriques comme on le voit dans la coupe du cenote. Des
calcaires
bioclastiques d’assez bonne qualité ont été
notés à Becan et Xpuhil. A Sayil et
à Kabah les calcaires sont également assez bons, mais
traversés d’inclusions
rouges d’origine karstique. A Calakmul par contre le calcaire est
friable, et
résiste mal aux intempéries.
Des calcaires micritiques jaunes ou gris
(bicolores) en petits bancs, de qualité variable, ont
été utilisés à Palenque,
au pied de la chaîne de Chiapas (Crétacé) :
des calcaires micritiques
jaunes en gros bancs ont servi à tailler de grands sarcophages,
leur point
d’extraction reste à trouver. Aux environs d’Oaxaca, la ville de
Mitla a fait
usage d’un calcaire beige poreux, avec de gros trous de dissolution.
L’onyx calcaire, qui se trouve
en remplissage de filons karstiques selon notre observation à
Tecali, a été
employé à Teotihacan et Monte Alban pour des vases,
à Mexico pour des
sculptures aztèques et par les espagnols (chaire de la
cathédrale de
Mexico) ; il en existerait divers gisements dans les massifs
calcaires à
Villa Cos (aragonite), Apasco el Alto, Tehuacan, Tlaxcala, Tepeaca et
Oaxaca,
par contre l’extraction a cessé à Tecali depuis une
cinquantaine d’années.
Des calcaires marbriers sont exploités
depuis
l’époque coloniale : on remarque dans les
cathédrales de beaux dallages
polis pendant des siècles, et de grandes surfaces dallées
sur des places et
dans des immeubles récents : ce sont des calcaires compacts de
diverses
couleurs (noirs, rouges, gris…), généralement parcourus
de filonets de calcite
témoignant d’une tectonique intense, et souvent
décorés de grands
Rudistes du Crétacé ; ils proviennent de la Sierra
Madre Orientale, les
civilisations pré-hispaniques les ont ignorés.
E - Grès : le principal
site
construit en grès est celui de Monte Alban. Il s’agit d’un
flysch crétacé
inférieur, avec des bancs de grès turbiditiques,
épais jusqu’à 80 cm, de type
micro-conglomératique, pouvant fournir de grandes dalles
gravées et des pierres
de construction. Certains bancs montrent des stries et des flute-casts,
signes indubitables de courants sous-marins rapides. Des grès
sont également
mentionnés à Tonina dans la chaîne du Chiapas. Une
autre roche siliceuse, le
silex, était connue en pays Maya
où il
trouvait les mêmes emplois que l’obsidienne.
F - Pierres de récupération :
les
pyramides étant formées d’édifices successifs
emboîtés les uns dans les autres,
les indiens préhispaniques ne pouvaient récupérer
les matériaux précédents, à
moins de raser un édifice pour reconstruire ailleurs. C’est ce
qui a du se
passer à Monte Alban où l’on observe la
réutilisation dans plusieurs édifices
de nombreuses dalles et stèles gravées,
représentant des captifs de type
olmèque (les « danzantes ») ;
ces dalles proviennent
vraisemblablement de la destruction d’un édifice
antérieur, construit pour
commémorer une victoire zapotèque sur les occupants
olmèques. Après la conquête
espagnole la construction de nombreux couvents et églises a
entraîné la
destruction de temples et pyramides et le réemploi de leurs
matériaux, à
l’exception des pays mayas dont les cités furent
abandonnées à la nature.

Fig. 13 -
Réemploi de dalles gravées, Edifice J de Monte Alban ;
noter les figures sédimentaires sur le grès
G - La chaux : avec les pierres, la chaux est le constituant principal de l’architecture préhispanique. Les Olmèques ne la connaissaient pas, employant de grands monolithes, de l’argile et des cendres volcaniques. La chaux apparaît avant l’ère chrétienne à Teotihuacan et au Yucatan (Dzibilchaltun), sans qu’une date bien précise puisse être donnée. Sa fabrication consiste à chauffer des fragments de pierres calcaires à plus de 400°C : on ne connaît pas de fours à chaux préhispaniques (sauf à Copan, au Honduras), pas plus que pour la céramique, aussi suppose-t-on que le chauffage se pratiquait dans de grands feux de bois. Les morceaux de chaux vive obtenus sont plongés dans un bassin d’eau ; au bout d’un certain temps on obtient un précipité donnant une pâte (la chaux éteinte), que l’on peut mélanger à du sable pour préparer un mortier, et un liquide surnageant (l’eau de chaux), qui permet de badigeonner murs et planchers pour les peindre en blanc, avant d’appliquer éventuellement une peinture. La chaux éteinte avait donc des applications multiples, qui caractérisent les monuments post-olmèques, et leur permirent de résister au temps :
- le mortier de chaux et de sable
(cendres volcaniques, sable de quartz ou poudre calcaire selon les
régions)
sert à monter les pierres de parement et à remplir les
murs de blocs de pierre
non taillées. La construction des pyramides, temples et palais a
nécessité des
volumes considérables de chaux, qui ont peut-être conduit
à une déforestation
excessive. Souvent de petits éléments de tezontle
aident à remplir
l’espace entre pierres. Il s’agit donc d’un véritable
béton, mais non armé, qui
a servi également à réaliser des toits plats dans
certaines régions.
- le même mortier servait d’enduit
pour les murs, plafonds et planchers, régularisant la surface
des pierres pas
toujours bien taillées.
- le stuc, préparé avec
un sable fin,
permettait de modeler des décors en relief appliqués sur
les murs, où des
tenons avaient été réservés, tels que les
masques des mayas ; le modelage
du stuc atteignit la perfection à Palenque, où il est
relativement bien
conservé.

Fig. 14 - Grand masque modelé en stuc à Kohunlich
L’inconvénient des mortiers de chaux est la lenteur de la prise, qui se
fait au contact du gaz carbonique de l’air et produit du carbonate de
calcium,
et la décarbonatation qui survient avec le temps, le carbonate
de calcium étant
quelque peu soluble dans l’eau. A noter que certains ouvrages
archéologiques
mentionnent le « plâtre » pour les
mêmes usages : il nous semble
que le vrai plâtre, préparé par chauffage de gypse
à 100°, n’a jamais été
employé, mais qu’il s’agit d’une mauvaise traduction de
l’anglais plaster,
qui correspond à toutes sortes d’enduits, les anglo-saxons
nommant le vrai
plâtre plaster of Paris ou gypsum plaster.
Pour le Mexique central, certains ont
envisagé l’emploi de coquillages marins pour la fabrication de
la chaux ;
plus vraisemblablement le calcaire provenait d’affleurements distants
de plus
de 60 km de Mexico, comme les régions de Tula, Hidalgo, Morelos
et Puebla,
moins lointaines toutefois que les côtes (distantes de 400 km).
Dans les pays
mayas ce problème de transport n’existait pas puisque des
calcaires affleurent
presque partout.
H - Roches semi-précieuses : le jade vrai ou jadéite a été très recherché depuis les Olmèques pour des plaquettes d’ornement, des bijoux divers, des masques funéraires, des figurines, des couteaux. Le plus gros objet de jade est un fragment de stèle carrée, de 50 cm de côté, exposé au Musée d’Anthropologie (salle Teotihuacan). L’origine du jade a longtemps posé problème, jusqu’à ce qu’on trouve en 1954 d’importants gisements dans la vallée du Rio Motagua au Guatemala, le long d’une ancienne cicatrice témoin d’un océan disparu, accompagnée de Schistes Bleus et d’éclogites. La jadéite s’est formée sans doute à la faveur de remontées hydrothermales riches en sodium ; la variété la plus prisée, le Bleu Olmèque translucide, n’a été trouvée qu’en 1998 quand des crues mirent à jour de nouveaux gisements de belle qualité. La distance jusqu’au pays des Olmèques est d’environ 1600 km. Par ailleurs des roches vertes et serpentinites sont connues dans le Rio Balsas et dans la Sierra de Taxco.
La turquoise, appréciée
également des
dirigeants olmèques, était extraite au Nouveau Mexique
(USA) sur le Mont
Chalcihuitl au NE d’Albuquerque, où les Indiens autochtones
l’ont extraite de
grandes carrières : elle serait de formation récente
(Pliocène) par
remontées hydrothermales le long d’intrusions de porphyres
quartzifères
contenant du cuivre. Là aussi son transport sur de longues
distances (2300 km)
montrerait qu’un réseau commercial existait avant l’ère
chrétienne, peut être
par descente du Rio Grande et transport par pirogues le long de la
côte du
Golfe. Cependant des mines de turquoise ont aussi été
exploitées à l’époque
classique au Mexique, près du site de Chalchihuites (mot nahuatl
signifiant
turquoise), point extrême d’extension des civilisations
méso-américaines, à 150 km au NW de Zacatecas
: dans les conglomérats de
la colline d’Alta Vista, l’archéologue Weigand a
dénombré pas moins de 750
galeries.
L’opale a été
utilisée par les
Toltèques, une mine existe près de Guadalajara et une
autre au SE de San Luis
Potosi. Le jayet était employé à Monte
Alban, la fuchsite à Uaxactum
(Guatemala). La malachite, dont les gisements ne nous sont pas
connus, a
servi à faire des manches de couteaux.
L’ambre est une résine fossile,
provenant de l’Oligo-Miocène d’un petit synclinal (8 x 5
km) de la chaîne
du Chiapas : le principal centre d’extraction est le village de
Simojovel, où
il est activement exploité dans des conditions fort
périlleuses au moyen
d’étroites galeries éclairées aux bougies. Des
artisans le transforment en
pendentifs et colliers pour les touristes. Certains échantillons
renferment des
insectes, des plantes, même des crustacés. Un
intéressant musée de l’ambre se trouve
à San Cristobal de las Casas. L’ambre provient ici d’un arbre de
la famille des
Légumineuses, Hymenaca protium ; sa couleur est
jaune-ambré,
parfois verte ou rouge. Bien que cette roche se conserve assez mal, on
a trouvé
quelques bijoux dans des tombes du début de la période
classique (perles
et ornements d’oreille).
Parmi les minéraux, citons de grandes
lames
de mica, travaillé à Monte Alban et Teotihuacan, qui ont
pu servir à la
fabrication de miroirs et de braseros pour brûler l’encens
(copal), la magnétite,
l’hématite et l’ilménite employés comme miroirs
par les Olmèques, le cinabre
(produit à la Sierra de Queretaro) servant de pigment rouge
(vermillon) pour
les poteries et l’intérieur des sarcophages. La pyrite
(variété marcassite,
fibro-radiée) a servi aux Mixtèques et Aztèques
à confectionner de petits
miroirs ronds. Dans le cristal de roche (quartz hyalin), connu depuis
les
Olmèques, les Aztèques ont taillé divers
bijoux : têtes de morts, perles,
ornements d’oreille en forme de bobine, dans lesquels était
sertie une pierre
semi-précieuse, qui se plaçait dans le lobe distendu de
l’oreille.
Ajoutons enfin que la nacre (aragonite) des
grandes coquilles du Pacifique et du Golfe du Mexique a
été fréquemment
travaillée sous forme de plaques pectorales, de perles et de
bagues.
I - Travail de la pierre : en ce
qui concerne les carrières de pierres, nous n’avons
trouvé pratiquement aucune
référence ; il est tout à fait possible qu’aucune
carrière organisée n’a été
ouverte, les indiens se contentant de récolter des pierres de
surface et des
galets. Dans certaines régions semi-désertiques, comme au
SE de Puebla et
autour de Xpuhil au Yucatan, les roches calcaires sont masquées
par une épaisse
couche de caliche : il s’agit d’une poudre de calcaire
microcristallin,
formée par évaporation en surface des eaux d’une nappe
phréatique riche en
carbonate (ce terme ne doit pas être confondu avec le caliche du
Chili, qui est
un minerai de nitrate de sodium).

Fig.
15 - Outils pour le travail de la pierre
Les pierres utilisables devaient être
disponibles en abondance dans les sites comme Monte Alban où
d’importants
terrassement furent effectués. La recherche de gros blocs pour
les sculptures
monumentales, les colonnes et sarcophages devait demander plus
d’efforts, et
des transports sur plus grande distance.
Par contre les archéologues ont
étudié divers
gisements d’obsidienne : Cerro de las Navajas (Etat d’Hidalgo,
à l’Est de
Pachuca), Otumba (Etat de Mexico) et Pico de Orizabal (Vera Cruz). Dans
le
premier site ils ont décrit sur le flanc sud du Cerro del
Milagro des puits
verticaux, au nombre de 166, d’une profondeur de 12 à 40 m,
s’élargissant en
chambres en profondeur ; les outils étaient des pics et des
marteaux de
rhyolite. Les blocs d’obsidienne se trouvent emballés dans des
cendres
volcaniques. Des traces d’ateliers ont été
trouvées sur place, mais le
principal centre de taille se trouvait à
Teotihuacan, où l’on a compté plus de 450 ateliers
dans la ville ;
les produits étaient exportés jusqu’au
Yucatan.
La taille de la pierre ne pouvait se faire
avant le Xe siècle qu’avec des outils de pierre (ciseaux et
haches en diorite
des Olmèques, Musée d’Anthropologie de Mexico) ; le
musée d’Oaxaca montre
quelques ciseaux et des haches en bronze d’époque
mixtèque. Par contre le Musée
d’Anthropologie expose aussi des ciseaux, masses et haches de
diorite
employés par les Aztèques, qui ont donc continué
à faire usage de l’outillage
de pierre à une époque tardive, peut-être à
cause de la rareté du bronze. Au
musée de Xochicalco sont présentés de gros
« plombs » de pierre, longs
d’une vingtaine de centimètres, pointus d’un côté
et munis d’un trou pour une
ficelle de l’autre.
Dans le travail des pierres dures, introduit
par les Olmèques, la première question qui se pose est
celle du sciage en
tranches minces ; la seule solution envisageable est l’emploi
d’une
cordelette ou lanière de cuir entraînant un abrasif et de
l’eau. Le polissage
pouvait débuter avec des blocs de basalte bulleux et un abrasif,
ou même avec
des polissoirs en forme de tampon ou de fer à repasser munis
d’une poignée,
tels ceux présentés à Xochicalco. Les abrasifs
pouvaient être du sable ou de
l’obsidienne pulvérisée. Il s’achevait avec une peau ou
un tampon de végétaux,
et de l’argile fine.
Les objets olmèques présentent
souvent de
petits trous pour suspendre les ornements, on peut supposer qu’ils
étaient
forés par une tige de bois et de l’abrasif, mise en rotation par
un arc. Un
autre problème est celui de l’évidemment des vases :
on constate sur un
vase partiellement évidé en onyx calcaire (Musée
d’Anthropologie, salle
Toltèque), des cannelures formées par des trous contigus
de 25 mm de diamètre,
qui aurait pu être foré par un outil d’obsidienne
fixé à l’extrémité d’une
tige, mais l’évidemment des vases d’obsidienne et de cristal de
roche n’est pas
possible par cette technique.
L’obsidienne et les silex étaient
taillés en
lames par frappe sur un noyau, ces lames étant ensuite
retouchées par pression
avec un os humain ou un bois de cervidé pour en faire des
bifaces, comme
partout dans la Préhistoire.
Il est notoire que les cultures
préhispaniques ignoraient l’emploi de la roue pour les
transports, mais que des
jouets zoomorphes possédaient des roulettes. L’application de la
roue au
tournage des céramiques et des pierres est inconnu. Cependant on
peut se demander,
vu la perfection de certains vases et bijoux de pierre, si une forme
primitive
de tour, entraîné par un archet, n’a pas
existé : il suffit de considérer
par exemple les ornements d’oreille en forme de bobines à paroi
très mince (en
obsidienne ou cristal de roche), ou des coupes en cristal de roche,
présents
dans divers musées, dont la perfection exigeait
l’emploi du tour.
J - Transports : il est
établi
que les grands mammifères (cheval, âne, bœuf, lama)
n’existaient pas au
Mexique, et que chariots et brouettes restèrent inconnus
jusqu’à la conquête
espagnole. Tous les transports terrestres devaient donc se faire
à dos d’homme,
avec une charge placée sur le dos, retenue par un bandeau
frontal. De larges
chaussées surélevées ont été
construites par les Aztèques pour relier la cité
lacustre de Tenochtitlan aux rives, entrecoupées de ponts faits
de poutres de
bois, sur lesquelles huit cavaliers pouvaient chevaucher de front comme
l’ont
écrit les hommes de Cortéz. Mais ce sont surtout les
Mayas qui sont connus pour
avoir établi un grand réseau routier entre les
cités, particulièrement autour
de Coba : ces routes (appelées sacbé)
tracées en ligne droite
pouvaient atteindre 100 km de long, elles étaient larges de 4,5
m et surélevées
de 0,6 à 2,5 m par un soubassement de cailloux. En surface
était étalée une
couche de poudre calcaire, sans doute du caliche, qui était
tassée par des
rouleaux de 5 tonnes actionnés par une quinzaine d’hommes. Elles
étaient
agréables à la marche, mais réclamaient un
entretien constant à la saison des
pluies (elles ont en grande partie disparu). Les mayas savaient
construire des
ponts, en grandes dalles pour les petits cours d’eau, ou avec
voûte en
encorbellement comme on le voit encore à Palenque.

Fig.
16 - Femme olmèque portant une charge avec bandeau frontal
Sur les lacs et au bord des côtes, on
employait des canots monoxyles, qui permirent par exemple aux Putuns ou
Mayas
Chontal d’établir un système de transports autour du
Yucatan à la fin de
l’époque classique. Selon Diaz del Castillo ces embarcations
pouvaient
transporter 40 à 50 hommes debout. Le transport des gros
monolithes devait
réclamer une main d’œuvre abondante : les plus gros
étaient sans doute les
têtes olmèques (15 à 30 t), le calendrier
aztèque de Mexico (24 t) et les
grandes stèles (celle de Quiriga, datée de 771 et haute
de 10,6 m pèserait 65
t) : on procédait probablement par traction sur des
rouleaux de bois. Les
têtes olmèques de San Lorenzo sont en basalte quaternaire
provenant du volcan
San Martin, distant de 100 km en ligne droite : une partie du
trajet a pu
se faire sur radeaux le long de la côte, puis en remontant le Rio
Coatzacoalcos.
Une statue aztèque de Tlaloc, pesant 168 tonnes, n’avait cependant pas été déplacée depuis sa carrière de Coatlinchan près de Texcoco, jusqu’à son transport par de gros engins à Mexico en 1964.
4 - L’architecture des
pyramides
A - L’implantation : les pyramides font
toujours partie de centres cérémoniels, comprenant des
places ornées de
monuments (palais pour les hautes castes, jeux de pelote, autels,
stèles…), le tout entouré de quartiers d’habitations,
puis de cultures.
Beaucoup d’anciens sites étaient placés dans des plaines
comme Teotihuacan, qui
n’avait pas de remparts, laissant toute latitude à l’expansion
urbaine ;
il en est de même pour de nombreux sites mayas, qui profitaient
cependant des
moindres élévations de terrain pour y situer leurs
pyramides.
D’autres sites se trouvent sur des collines
aménagées : on choisissait alors un relief dominant
une plaine cultivable,
de grands travaux de terrassement étaient entrepris pour niveler
le sommet et y
placer le centre cérémoniel, tandis que les zones
d’habitations se situaient
sur les pentes ou dans la plaine (San Lorenzo, Monte Alban, Teotenango,
Xochicalco, Chacmultun, Coba…),
disposition facilitant la défense. Palenque se trouve sur
un étroit
plateau au flanc des montagne de Chiapas, attribuable sans doute
à des terrasse
de tuf calcaire, les pyramides sont adossées aux reliefs.
Quelques rares sites
se trouvent au sommet de rochers escarpés, comme le Cerro del
Tepozteco sur son
étroit piton de conglomérats (lahars) ; un autre cas
particulier est le
temple souterrain creusé en flanc de colline à Malinalco,
datant également de
la période aztèque.
L’orientation des pyramides a
été beaucoup
discutée, car elle correspond rarement aux directions cardinales
(N-S,
E-W) : la source la plus fiable sur ce sujet est l’ouvrage d’Aveni
(1991),
qui cite les mesures faites sur les faces des constructions, souvent au
théodolite. Il en ressort que les seuls édifices bien
orientés sont deux
temples de Calixtahuaca, celui de Teopanzolco, et le jeu de pelote
n° 1 de
Xochicalco. Toutes les autres directions mesurées sont
dispersées entre le N et
le NNE, comme par exemple la chaussée des Morts de Teotihuacan
(15,46°), le
Castillo de Chichen Itza (21,2°). Les savants
préhispaniques, ne disposant pas
d’instruments de mesure des angles ni de la subdivision des jours,
n’avaient
que deux méthodes d’observation astronomique : le point de
lever ou de
coucher des astres sur l’horizon apparent, et le passage du soleil au
zénith ou
à une déclinaison donnée par la méthode de
la chambre noire (souterrain situé 4
à 9 m sous terre, dans lequel un puits de lumière
laissait entrer la lumière du
soleil). Les causes de ces divergences seraient doubles à notre
point de
vue : les astronomes des différentes cités ont
choisi des repères
différents (lever ou coucher du soleil à
l’équinoxe, ou aux dates du passage au
zénith, ou encore au début de leur année solaire,
lever ou coucher de Vénus ou
autre astre), et d’autre part ils ont pu noter la position du coucher
de
l’astre sur l’horizon apparent, variable selon la topographie locale,
au lieu
de l’horizon réel visible seulement au bord de mer ou dans les
grandes plaines.
Prenons un exemple possible de l’effet topographique pour
Teotihacan, dont
la latitude est 19,68° ; aux jours du passage au zénith
(le 18 mai et le
25 juillet), la déclinaison du soleil est égale à
la latitude, la formule
donnant la déviation du coucher par rapport à l’Est est
Déviation =
sin(Latitude)/cos (Déclinaison).
Une interprétation
numérologique est proposée
par Galindo Trejo (2001), basée sur la comparaison entre le
nombre de jours
entre le passage du soleil au solstice d’été et les
données du
calendrier ; elle ne nous paraît pas très fiable, ne
prenant pas en compte
l’effet de la topographie de l’horizon. Une autre explication est
donnée par
des astronomes tchèques (Klokocnik et Kostelesky) : selon
eux
l’orientation des pyramides aurait été faite à
l’aide d’une boussole
rudimentaire, formée par un morceau de magnétite
(disponible au Mexique)
flottant sur un liquide. Le pôle magnétique a
effectivement subi des
déplacements importants au cours de notre ère, de l’ordre
de ± 15° pour le
Mexique, qui pourraient expliquer les variations importantes dans
l’orientation
selon les dates d’implantation, à condition encore que les
architectes aient
disposé d’une telle boussole.
Il n’en reste pas moins qu’une cité de
plaine
comme Teotihuacan a disposé d’un plan d’urbanisme
rigoureux : une fois
l’axe principal fixé, toutes les constructions ont
été orientées parallèlement.
Mais d’autres villes ont du s’adapter à la topographie, et
montrent des
orientations différentes entre bâtiments.
On ignore si les architectes ont tracé
des
plans : l’écriture existait bien depuis la fin des temps
olmèques, sur des
supports variés comme la pierre, ensuite sur le papier
(fabriqué à partir
d’écorces) et le cuir de cerf, mais ces supports ont disparu
pour la plupart et
l’on n’a pas trouvé de plans gravés sur la pierre. Par
contre les archéologues
ont découvert quelques dessins de temples peints sur des vases
de céramique, et
plusieurs modèles réduits en terre cuite de pyramides
aztèques surmontées de
temples (Gendrop et Heyden, 1994, p. 42 et 181 à
186) : ils montrent
des toitures végétales très
élaborées, plus hautes que les temples eux-mêmes.

Fig.
17 - Modèle en terre cuite de temple aztèque

Fig. 18 - Plans de pyramides
B - Formes et dimensions : il est
supposé que la forme des pyramides a été
inspirée par celle des maisons
d’habitation indiennes, qui jusqu’à une date récente
(avant l’arrivée des
moellons de béton et de la tôle ondulée)
comportaient un socle surélevé en
terre ou en pierre, de forme rectangulaire ou en rectangle arrondi, des
murs en
adobe ou en rondins, une charpente et
un toit à forte pente, en roseaux ou en palmes. La maison
disposait d’une seule
pièce, d’une ou deux portes, mais ni de fenêtre ni de
cheminée, la fumée du
foyer s’évacuant à travers la toiture.
Les premières pyramides datent des
Olmèques,
elles étaient rondes et en terre comme celle de La Venta
(diamètre 130 m,
hauteur 30 m, avec une faible pente de l’ordre de 30°) ; la
forme ronde se
retrouve à Cuicuilco près de Mexico, datant du
début de l’ère chrétienne, avec
un noyau de terre et un revêtement de pierres non
taillées. Un peu
postérieurement se situent les nombreux monticules
découverts en 1994 à El
Pital près de la côte du Golfe, hauts de 40 m. La forme
ronde se retrouve au
Caracol de Chichen Itza, qui n’est pas une pyramide mais un
observatoire, et
bien postérieurement dans les temples aztèques
dédiés à Ehecatl le dieu du
vent, ainsi que dans les yacata du Michoacan qui combinent une
tour
ronde et une construction rectangulaire.
La forme de rectangle arrondi est moins
commune, on l’observe à la pyramide du Devin à Uxmal. La
plupart des pyramides
en pierre ont en fait un plan carré ou rectangulaire : la
plus grande
était celle de Tepanapa à Cholula, qui avait 475 m de
côté et une hauteur de 60
m, mais elle a été partiellement détruite à
l’époque coloniale pour la
construction d’un sanctuaire. La célèbre pyramide du
Soleil à Teotihuacan, en
grande partie reconstruite, n’a que 225 m de côté pour une
hauteur actuelle de
63 m. La plus grande pyramide connue est celle du Tigre à El
Mirador au
Guatemala, avec 70-75 m de haut, sur une base de 250 x 300 m ;
elle date
des deux premiers siècles de notre ère. Pour comparaison,
la Pyramide de Chéops
a une base carrée de 230 m et une hauteur originelle de 146 m.

Fig.
19 - Pyramide du Soleil à Teotihuacan
C - La construction des pyramides :
les fondations n’ont pas posé de problèmes
là où les sols étaient assez
résistants. Sur la côte et à Cuicuilco les
constructeurs ont du planter de
grandes dalles dans le sol pour éviter l’effondrement du noyau
de terre. La
ville de Copan (Honduras) fut construite au bord d’une rivière,
dont les
divagations ultérieures ont détruit une partie. Mais
c’est surtout au Templo
Mayor de Tenochtitlan (Mexico), qui repose en partie sur des vases
lacustres,
que se sont posés des problèmes : les planchers des
premiers stades de
construction sont nettement basculés du fait de tassements
différentiels, les
stades ultérieurs ont nécessité le fonçage
de pieux de bois et l’emploi de
pierres plus légères comme le tezontle ; on
sait que la Cathédrale
de Mexico, située au voisinage, s’enfonçait dans le sol
et qu’il a fallu forer
des puits de grands diamètre pour la conforter.

Fig.
20 - Plancher basculé du Templo Mayor à Mexico
Appareillage : la taille des
pierres de construction est restée très rudimentaire sur
le plateau de mexicain
comme on le voit à Teotihuacan et à Monte Alban pour
l’époque classique, et
dans toutes les constructions aztèques. Les parements
étaient en pierres ou
galets à peine taillés, noyés dans une grande
quantité de mortier, où étaient
piqués de petits morceaux de tezontle rouge ;
seules les pierres
d’angle et les marches d’escaliers étaient plus soignées.
Une exception notable
est celle cependant celle de Mitla à l’époque
postclassique, où l’appareillage
des décors en pierre calcaire est remarquable.

Fig.
21 - Maçonnerie grossière, mortier de chaux
piqueté de tazontle, autel à Teotihuacan

Fig. 22 - Belle taille de pierre,
Castillo de Chichen Itza

Fig. 23 - Taille rudimentaire sur le
site maya tardif de Tulum
Dans les édifices mayas de
l’époque classique
on rencontre d’excellents tailleurs de pierre à Becan, Labna et
Uxmal entre
autres, un travail plus faible à Kohunlich et Calakmul, et
encore plus piètre à
Palenque. N’oublions cependant pas que tous les parements et
décors de pierre
étaient enduits de stuc bien poli et de peinture, et que
certaines cités
devaient juger qu’il n’était pas nécessaire de soigner la
maçonnerie ;
ainsi à Palenque, si l’appareillage était
médiocre, les modeleurs de stucs
étaient les meilleurs de la région maya. Au cours de la
période postclassique,
la taille de pierre dégénère à Coba et
Tulum.
Même dans les cités où se
trouvaient de bons
tailleurs de pierre, on note à notre sens quelques erreurs de
pose, comme la
superposition de joints verticaux, la pose de certaines pierres avec
leur plus
grande longueur verticalement, la mauvaise liaison avec les pierres
d’angle.
Les dimensions des pierres de
revêtement est
généralement faible, permettant leur mise en place par
une seule
personne ; il existe cependant de plus gros monolithes, comme des
têtes de
serpent décoratives, des stèles, les colonnes et les
linteaux, les sarcophages,
qui demandaient plus de main-d’œuvre. Les têtes olmèques
massives pesaient 15 à
30 t, le sarcophage de Pacal était taillé dans un bloc de
plus de 6 m3,
certaines stèles dressées pesaient jusqu’à 63 t
(Quiriga) ; la statue de
Tlaloc de Texcoco (168t) n’a pu cependant être sortie de sa
carrière.
Les parements des pyramides de pierre ne sont
jamais lisses, ils sont toujours à degrés :
on en compte jusqu’à 9
(Castillo de Chichen Itza). Les pentes moyennes des flancs sont de 38
à 55 °,
les plus raides se rencontrent à Tikal au Guatemala, avec
70°. Les degrés
peuvent être de simples replats ou banquettes, on parle alors de
pyramides à
retraits, les plus connues étant celles de Cuicuilco et des
pyramides de la
Lune et du Soleil à Teotihuacan (pente d’environ 38°) ;
on retrouve cette
architecture à Teotenango, Tenayuca
et
dans plusieurs pyramides maya.
L’autre
système est celui nommé talus et tableau (talud-tablero
des archéologues) : il comporte une succession de pentes
inclinées
surmontées chacune d’un tableau vertical plus ou moins
décoré, qui permet
d’atteindre des hauteurs plus élevées que le celui des
retraits. Cette
disposition semble débuter au premier siècle avant notre
ère à Tlalancaleca
(Etat de Puebla) selon Gendrop et Heyden (1994, p. 216) ; la
pyramide de
Quetzalcoatl de Teotihuacan, datant d’avant 300 après J.C, en
montre un bel
exemple, avec un tableau encadré par une grande moulure et
décoré de têtes de
serpent à plumes monumentales. Depuis ce site cette disposition
s’est répandue
jusqu’à Ixtepete au NW et à Tikal au Guatemala. A El
Tajin la moulure au sommet
du tableau s’avance comme un toit débordant, et abrite des
niches au nombre de
365, comme les jours de l’année. Quelques pyramides comportent
de véritables
chambres dans leur parement, qui pouvaient servir à placer des
gardes, par
exemple Edzna et Becan. D’autres étaient ornées de
stèles sur des replats ou à
la base (Calakmul, Monte Alban).

Fig.
24 - Tablero de Teotihuacan, reconstitué au Musée
d'Anthropologie de Mexico

Fig. 25 - Tableros débordants,
pyramide des Niches de El Tajin

Fig. 26 - Talus décoré de
serpents à plumes, Xochicalco

Fig. 27 - Décor très
soigné en pierre calcaire, palais de Mitla
Le décor des tableaux varie
considérablement ; certains ne portent pas de décor,
sinon une moulure
sommitale comme à Monte Alban, ou un décor
géométrique simple comme à Chichen
Itza, d’autres un décor de sculptures monolithiques comme
à la pyramide de
Quetzalcoat de Teotihuacan ; à Xochicalco c’est le talus
qui est
entièrement couvert de bas-reliefs représentant le
serpent à plumes. Au Temple
des Mascarons de Kohunlich on remarque
de grands masques modelés en stuc, représentant le dieu
du Soleil, encore bien
conservés.
Partout les faces des pyramides, comme celles
des autres constructions, étaient enduites de stuc de
chaux, plus ou
moins épais selon la qualité de l’appareillage de pierre,
puis badigeonnées de
lait de chaux pour obtenir une surface lisse. Diaz del Castillo a
signalé que
les pyramides de Mexico étaient blanches. Certaines
étaient peintes en
rouge-sang, couleur de la mort ; la peinture était
préparée avec de l’ocre
rouge (ou autre pigment minéral) et un liant (gomme
végétale comme celle du tzaouhtli).
A Teotihuacan les motifs décoratifs étaient
soulignés de vert et de blanc. Les
restes de stuc sur les ruines sont fréquents, les
archéologues les ont
préservés, les plus complets se trouvant à Mitla
et Palenque.

Fig.
28 - Importants restes de stuc et de peinture, palais de Mitla
Des escaliers complètent
toujours les
pyramides, au nombre de un à quatre : on en compte quatre
quand la
pyramide est isolée au milieu d’une place, un seul quand elle
est adossée à une
colline ou en bordure d’une place. Certains escaliers sont doubles dans
les
pyramides qui supportent deux temples (Templo Mayor de Tenochtitlan,
Tenayuca,
Teopanzolco). Il sont toujours de grande largeur, limités par la
largeur du
sommet de la pyramide, atteignant 40 m au Palais du Gouverneur
d’Uxmal ;
les jeux de pelote comportent aussi des escaliers (39 m à
Chichen Itza). Le
nombre de marches a parfois une valeur significative, comme au Castillo
de
Chichen Itza (4 fois 90 marches +1, soit le nombre de jours de
l’année
solaire).
Fig.
29 - Escalier sur demi-voûte, Kabah
Les marches sont droites, sans nez, avec des
contremarches verticales : la pente moyenne est de 45-46°,
mais sur les
pyramides à forte pente elle atteint 61° (escalier
arrière de la pyramide du
Devin à Uxmal) et jusqu’à 67° (Temple I de Tikal). De
telles pentes sont
difficiles à gravir pour les touristes, et surtout à
redescendre quand il n’y a
pas de paliers ; dans beaucoup de pyramides très
élancées l’escalier
s’éloigne du parement à la base, passant parfois sur un
passage en demi-voûte
(Uxmal, Kabah). L’appareil des escaliers est très
variable : pierres peu
taillées noyées dans du mortier, ou contremarche faite de
dalles, ou encore
marches bien taillées (blocs calcaires de plus d’un m de long
à Palenque). Les
contremarches sont parfois décorées de gravures (2500
glyphes dénombrés à Copan
au Honduras). Dans presque tous les sites les escaliers sont
bordés par des
limons, qui peuvent être décorés de têtes de
morts ou de serpents, ou bien de
gravures (cour intérieure du Palais de Palenque). Une attraction
touristique
bien connue est l’observation du limon du Castillo de Chichen Itza aux
jours
d’équinoxes : le soleil à son coucher projette
l’ombre des tableros
sur le limon, évoquant un serpent descendant lentement de la
pyramide.
En creusant des tunnels d’exploration, les
archéologues ont découvert des couloirs et des chambres
à l’intérieur de
certaines pyramides : on a beaucoup parlé de la grotte
aménagée en trois
salles trouvée en 1971 sous la pyramide du Soleil à
Teotihuacan, dont l’accès
se faisait par un tunnel de 103 m de long, sa signification reste
mystérieuse
en l’absence d’ossements. Des couloirs voûtés
mènent à des chambres
souterraines dans la pyramide de Totomihacan (Puebla) datant du
préclassique
tardif.
Des tombes indubitables ont
été
découvertes à Tikal, à Dzibanche (escalier
à quatre volées descendant vers une
tombe), et à Palenque : dans ce dernier site on mit
à jour en 1952 sous le
Temple des Inscriptions la splendide tombe du roi-prêtre Kin
Pacal, mort en 692
après J.C : l’escalier partant du sol du temple descend
à 25 m de
profondeur, jusqu’à une vaste crypte voûtée
(reconstituée au Musée de Mexico) contenant un
sarcophage taillé dans un
bloc calcaire de plus de 6 m3 . La tombe contenait, outre
le
squelette de Pacal, de riches offrandes et les restes d’enfants
sacrifiés. Sous
l’édifice voisin se trouve la « tombe de la
reine », qui peut se
visiter et comprend quatre chambres voûtées, dont l’une
contient un
sarcophage ; elles étaient desservies par cinq escaliers
qui furent
ensuite murés.
Le soubassement de certains palais comporte
aussi des tombes, comme à Mitla et à l’Acropole de
Palenque, ce qui n’a rien de
surprenant car les sépultures se plaçaient couramment
sous les maisons d’habitation
et les palais. Un cas particulier d’escalier intérieur menant
à des chambres
est celui du Castillo de Chichen Itza : partant de la base, il
remonte
vers un petit temple interne, contenant un Chac-Mool et un autel en
forme de
jaguar, et représente certainement un stade antérieur de
la pyramide, que les
constructeurs ont voulu préserver.
Les pyramides pouvaient être
complétées par
un système de drainage des eaux, en vue d’éviter la
pénétration de la pluie
dans le noyau : à Cholula par exemple des canaux ouverts
couraient sur les
pentes, un canal périphérique entourait la pyramide de la
Lune de Teotihuacan.
Les villes étaient parcourues par des canalisations
souterraines, ceci dès
l’époque olmèque (San Lorenzo, -1200 à
-900) : à Palenque un ruisseau
permanent, le seul que nous ayons vu sur les sites mexicains,
traversait la
place en souterrain, sous une voûte en encorbellement large de
1,5 m. De
grandes citernes en maçonnerie enduite de stuc étaient
installées, soit au
dessus du sol (Xochicalco), soit en souterrain (pays mayas), on en a
dénombré
70 à Labna.
D- Temples et palais : les
pyramides avaient pour fonction initiale de servir de soubassement
à des
temples, qu’elles rapprochaient du ciel, isolant le clergé des
masses
populaires restant à leur pied. Puis peu à peu d’autres
pyramides, moins
élevées, furent construites au voisinage des temples,
formant la base de
palais, résidence des classes dirigeantes. Les autres
bâtiments des centres
cérémoniels, placés au niveau du sol,
étaient les jeux de pelote, les bains de
vapeur (temazcal), le râtelier où les crânes
des sacrifiés étaient
enfilés sur des pieux (tzompantli) et des autels.
Les premiers temples furent sans doute construits en bois et couverts de chaume, il en reste peu de traces, à part des logements de poteaux. Les temples aztèques ont pour la plupart été détruits par les espagnols, on sait seulement par leurs écrits que le Templo Mayor comportait deux temples, l’un dédié à Huitzilopochtli (dieu de la guerre et du soleil), l’autre à Tlaloc (dieu de la pluie). D’autres pyramides (Teopanzolco, Tenayuca) supportaient également deux temples, et étaient desservies par un escalier double. Le petit site aztèque récent du piton du Cerro del Tepozteco près de Cuernavaca a échappé à leur acharnement : on y voit deux petites chambres en enfilade, celle du fond comporte une banquette gravée de signes du calendrier, sur laquelle devait reposer l’idole du dieu de l’ivresse. La plateforme des temples aztèques comportait, en plus du temple, une pierre de sacrifice, sur laquelle le prisonnier était maintenu, et une statue de Chac-Mool, guerrier à demi étendu tenant une coupe dans laquelle le cœur était offert au dieu. Cette figure, introduite par les Toltèques, se retrouve jusqu’au Yucatan postclassique.
Dans la région maya, dont les ruines
ont
échappé aux espagnols, les temples sommitaux sont mieux
connus, et ont pour
certains conservé la crête décorative qui les
surmontait. A Palenque par
exemple les temples sont formées par deux longues chambres
voûtées : la
première s’ouvre vers l’avant par un portique ou galerie, la
seconde contient
un temple miniature, sorte de tabernacle qui devait contenir une
statue, dont
les parois sont décorées par des panneaux de pierre
contigus sculptés en
bas-relief, représentant des scènes du culte et des
glyphes.

Fig.
30 - Palais à trois étages, Sayil
Les palais maya sont construits
sur des bases pyramidales rectangulaires, moins hautes que celles des
temples,
ils ont parfois des dimensions considérables (98 x 14 m, sur une
plateforme de
7,8 m pour le palais du Gouverneur
à
Uxmal). A Palenque le Palais a des dimensions extérieures plus
grandes (losange
de 100 x 120 m) mais il est divisé par des patios
intérieurs ; il comprend
de nombreuses pièces voûtées, des chambres
souterraines et s’ouvre vers
l’intérieur et l’extérieur par des galeries. Les palais
ont parfois plusieurs
étages (trois à Sayil). Certains sont presque au niveau
du sol comme la cour
des Nonnes à Uxmal, ainsi nommée pour sa ressemblance
avec un cloître.
La décoration extérieure des
palais est
particulièrement élaborée chez les Mayas, avec des
motifs répétitifs en pierre
recouverte de stuc, comme les fausses colonnes, les masques de Chac
(dieu de la
pluie, avec son nez en forme de trompe et ses grands crocs), les
grecques
(serpent stylisé), les chevrons à gradins, les fleurs,
les décors en X, les
cubes, les disques, parfois des sculptures en ronde-bosse (Kabah) ; nous ne pouvons nous étendre sur ce
sujet,
sinon pour signaler que les spécialistes ont tenté de
distinguer plusieurs
styles : Puuc (types à Edzna et Kabah), Chenes (Hochob) et
Rio Bec (Becan,
Xpuhil), ce dernier style se distinguant par la présence de deux
ou trois tours
massives
Une influence maya est évidente
à Mitla, site
tardif près de Oaxaca, avec une décoration
géométrique en petites pierres
particulièrement bien taillées.
E - Détails de construction :
les
murs sont généralement très épais,
spécialement quand ils doivent
soutenir des voûtes de type maya. Ils sont toujours formés
par des parement en
pierre de taille, qui servaient de coffrage, et un remplissage de
pierres
quelconques et de mortier ; le parement extérieur
était mince et en
pierres bien taillées à Mitla et dans la zone puuc des
mayas.
Les toitures se classent en trois
types : les plus anciens sont les toits en chaume (roseaux ou
palmes), qui
furent très employées dans le centre du Mexique et par
les Toltèques à Chichen
Itza. Ces toitures ont disparu mais les maquettes en céramique
indiquent
qu’elles étaient élevées et très pentues.
Elles devaient reposer sur des
charpentes élaborées, que supportaient
des murs, des piliers ou des
colonnes en pierre.
Des toits plats en béton se
rencontrent à El Tajin Chico et Monte Alban, ils ont sans doute
été coulés
sur coffrage ou sur poutres. En pays
maya, les toits sont toujours construits sur voûtes, plus
exactement sur
fausses-voûtes en encorbellement : chaque rangée de
pierres est montée en
dépassant la rangée précédente,
jusqu’à proximité de l’arête, le sommet
étant
fermé par des dalles horizontales. En l’absence de clé de
voûte, les contraintes
sont verticales et l’ensemble est instable ; on remarque souvent
des
poutres en bois, horizontales et rondes, ou leur emplacement,
destinées à
maintenir l’écartement des parois. Le tracé des
voûtes est souvent plan, mais
on rencontre aussi des parois en arcs concaves, en bouteille ou
à plusieurs
lobes. Dans les voûtes les plus primitives les pierres de la
voûte font
saillie ; plus souvent elles sont soigneusement ravalées.
La construction
sur voûtes mayas s’est propagée jusqu’à Xochicalco
au SW de Cuernavaca et à
Xochipala dans le Guerrero.

Fig.
31 - Une voûte maya typique, l'Arche de Labna

Fig. 32 - Voûte avec niches
latérales à plusieurs lobes, Palenque
La portée des voûtes est de 2
à 3 m, et de ce
fait les pièces sont longues et étroites, difficiles
à habiter selon les
conceptions occidentales ; exceptionnellement elle atteint 3,75 m
dans la
tombe du roi Pacal à Palenque. L’angle des voûtes
étant nécessairement étroit,
le remplissage entre les voûtes et le toit horizontal
représente des massifs de
maçonnerie très lourds, surtout si l’édifice
supporte une crête. A Palenque ces
massifs ont été allégés par des niches
latérales, de section polylobée.
Les colonnes sont fréquentes
dans les
édifices mayas, à Monte Alban et dans la région
d’Oaxaca depuis la période
préclassique: on en trouve de types variés comme des
monolithes (hauts de 3,5 m
à Mitla pour un diamètre de 1 m), des tambours
superposés avec ou sans tenons,
des colonnes en pierres maçonnées, parfois doubles
(Kohunlich), des piliers
carrés. Ces colonnes servaient à soutenir des galeries ou
de toits,
confortaient le toit dans des tombes (Mitla). Les Toltèques les
ont largement
employées à Tula, avec les célèbres
« atlantes », piliers carrés
représentant des guerriers, ainsi qu’à Chichen
Itza : elles formaient des
colonnades, soutenant des toitures aujourd’hui disparues.

Fig. 33 - Colonnes monumentales toltèques à Tula
Fig. 34 -
Colonnes en maçonnerie peu soignée, Monte Alban
Les crêtes ajourées (cresterias)
caractérisaient la zone maya classique, et disparurent
ensuite : elles
surmontaient les toits des temples, parfois des palais, semblant les
prolonger
en direction du ciel. Elles étaient construites en
maçonnerie avec de nombreux
évidements, et même en double épaisseur avec un
vide central voûté, et
reposaient généralement sur le mur postérieur de
l’édifice ; du fait de
leur masse, elles réclamaient des murs particulièrement
épais. A Chichen Itza
l’édifice appelé Chichanchob comportait deux crêtes.

Fig.
35 - Pyramide à Labna, surmontée d'un temple avec
crête, style Puuc

Fig. 36 - Palais à trois tours
de Xpuhil, style Rio Bec
Des tours surmontaient parfois les
palais, comme celle de Palenque, qui comportait trois étages
avec de larges
ouvertures pouvant servir à l’observation ; par contre les
tours massives
à forte pente de la zone Rio Bec, avec un faux escalier
extérieur impraticable,
n’avaient apparemment qu’un usage décoratif.
Les ouvertures des bâtiments
sont
surtout des portes basses et des portiques. Les montants des portes
sont des
pierres taillées posées verticalement, ou
légèrement en oblique, mal liées aux
murs : le linteau est soit en pierre (sculptée à
Yaxchilan), soit en bois
de sapotillier, arbre qui produit des baies sucrées et un latex
appelé chicle
(gomme à mâcher) ; ces linteaux de bois sont parfois
sculptés, comme à
Tikal. Dans divers édifices puuc l’encadrement de la porte
représente la gueule
ouverte d’un serpent géant (Xpuhil, Chicana). Les portes
n’avaient pas de
battant ouvrant, elles étaient simplement fermées par un
rideau coulissant sur
une corde (des anneaux de pierre servant à fixer la corde de
suspension ont été
trouvés à Teotihuacan).
En pays maya les ouvertures sont beaucoup
plus larges, avec une portée atteignant 2,2 m, la
première chambre voûtée
formant alors une galerie. Les linteaux sont en bois, avec plusieurs
poutres
carrées côte à côte ; certaines ont
résisté aux siècles, beaucoup ont
été
remplacées par du béton armé par les
restaurateurs. De magnifiques linteaux en
pierre sculptée de 2,2 m de portée se voient à
Mitla dans la région d’Oaxaca.

Fig. 37 - Linteau en bois d'origine, Uxmal

Fig. 38 -
Beau linteau en pierre sculptée, Mitla
Les fenêtres sont pratiquement
absentes, si l’on excepte de petites ouvertures de 20 x 20 cm
(Palenque), et
des orifices de ventilation en forme de T (un modèle en
céramique de temple
aztèque rond, dédié au dieu du vent, porte une
telle ouverture en T).
Les couloirs, moins larges que les chambres,
sont couverts soit de dalles plates horizontales, soit de dalles
posées en
chevron (deux dalles inclinées posées en forme de toit),
soit encore de petites
voûtes.
Les murs et les sols sont toujours
revêtus de
stuc, et enduits de lait de chaux : ils étaient
polis avec des
galets et des pierres lisses, et maintenus en parfait état de
propreté selon le
Frère Juan de Torquemada. Les palais de Xpuhil et Bonampak
montrent des pièces
avec une banquette de maçonnerie sur un des murs, qui devaient
servir de lits
et de sièges une fois couvertes de tapis tissés ou de
nattes. Des niches dans
les murs étaient parfois prévues pour ranger des objets.
La décoration
intérieure était assurée
à Tenochtitlan par des tentures de coton et de plumes
d’après Diaz del
Castillo. On a retrouvé en plusieurs sites des restes de
décors peints, les
plus remarquables étant ceux de Bonampak. Il n’existait ni
cheminées ni de
fours de cuisson. Les meubles en bois ne nous sont pas connus, les
récipients
en terre cuite retrouvés dans les tombes constituant sans doute
le principal
mobilier. Les installations sanitaires sont inexistantes, toutefois on
remarque
dans l’aile ouest du Palais de Palenque une petite pièce d’eau
comportant un
bassin stuqué et deux gros trous dans le sol.
Les conquistadores ont décrit dans le
palais
de Moctezuma, le dernier empereur aztèque, des jardins
d’ornement, des
fontaines et des ménageries ; toutes les constructions
étaient
soigneusement enduites de mortier, blanchies à la chaux, et
maintenues très
propres.
Les cités préhispaniques ne
comportaient
normalement pas de fortifications, comme dans le cas de
Teotihuacan ; certaines se trouvaient naturellement
protégées par leur
position en hauteur complétée par quelques murs
défensifs (Teotenango, Monte
Alban), d’autres étaient entourées d’un vrai rempart
comme Huexotla près de
Texcoco, Cempoala, La Quemada, et le cas bien connu de Tulum ; le
centre
cérémoniel de Becan était par contre
protégée par un fossé qui l’entourait
complètement.
F - Stades de construction : comme
indiqué plus haut, les pyramides supportant des temples ont
toutes été
reconstruites à plusieurs reprises, chaque nouvelle construction
recouvrant la
précédente. Ces agrandissements correspondent à
l’expansion des cités au cours
des siècles, à l’emprise de plus en plus puissante du
clergé sur les
populations, et à la conception cyclique du temps pour les
peuples
préhispaniques.
En effet le calendrier était double et
comportait :
- une année civile avec 18 mois de 20
jours,
auxquels il fallait ajouter 5 ou 6 jours supplémentaires
(néfastes) pour
obtenir la durée de l’année solaire (365, 242 jours pour
les mayas, à comparer
aux 365, 242198 admis actuellement),
- une année liturgique de 13 mois de
20
jours, soit 260 jours.
Les combinaisons des signes des jours
permettaient aux prêtres d’indiquer aux fidèles si ces
jours étaient favorables
ou non pour telle ou telle décision, l’astronomie avait donc des
buts purement
astrologiques. Les jours de l’année civile correspondaient aux
jours
liturgiques au bout de 18980 jours, soit presque 52 ans : à ces occasions on craignait de
redoutables
catastrophes, les sacrifices étaient multipliés, et
souvent une nouvelle
pyramide était construite au dessus de la
précédente.

Fig. 39 - Maquette du Templo Mayor,
Mexico
Les mayas ont ajouté un
troisième calendrier
appelé « compte-long », car le
système précédent ne permettait pas de
savoir dans quel cycle de 52 ans une date se situait : ils ont
donc fixé
une date origine lointaine, correspondant au 13 août 3113 avant
J.C.
Ces stades successifs ont été
mis en évidence
par les dégradations naturelles, et par les nombreux tunnels
d’exploration
creusés par les archéologues (6 km percés à
Cholula) ; à Teotihuacan on a
compté 7 stades construits entre 1350 et 1487, 5 stades à
Uxmal en 400 ans
environ, 8 stades à Uaxactun en 500 ans environ.
G - Fonction des temples : bien
que certaines pyramides contiennent des tombes de hauts personnages,
accompagnées d’enfants et adultes sacrifiés, elles
étaient toujours surmontées
d’un ou deux temples où se pratiquait le culte de dieux exigeant
beaucoup de
sang.
L’évêque Bartolome de las Casas
(1552), qui
ne participa pas à la conquête mais pris la défense
des indiens maltraités par
les colons espagnols, décrivait les indiens comme des
êtres « extrêmement
simples, sans méchanceté ni
duplicité… », « de tendres
brebis ».., « qui n’ont jamais fait le moindre
mal à des
chrétiens », et ne trouvait aucun point
répréhensible dans les religions
pré-hispaniques. Les conquistadores comme Bernal Diaz del
Castillo, qui écrivit
ses mémoires en 1575, n’avaient pas le même point de
vue : que ce soit
dans le Yucatan ou dans l’empire aztèque, il raconte comment les
espagnols
étaient invités dans les villes en vue de les prendre par
traîtrise, et leur
effarement devant ce qu’ils virent dans les temples de toutes les
villes
traversées.
Les prêtres étaient vêtus
de longues tuniques
avec capuchons, ils portaient de grands ongles et des cheveux longs
pleins de
sang coagulé. Les temples, éclaboussés de sang,
dégageaient une odeur infecte.
Les cérémonies étaient destinées à
satisfaire la soif des dieux, obtenir leur
avis sur la conduite des guerres ou de bonnes récoltes, elles
s’accompagnaient
de grands cris, de concerts de gros tambours et de trompes, et de
danses.
Les individus destinés au sacrifice
étaient
des enfants, des femmes et des hommes, faits prisonniers au cours des
hostilités ou fournis comme tribut par les villes
vassales ; ils étaient
maintenus dans des cages en bois où on les engraissait pendant
un certain
temps. Le jour de la cérémonie, ils étaient
conduits au sommet de la pyramide,
et pendant que les assistants les maintenaient sur la pierre de
sacrifice, le
prêtre leur arrachait le cœur avec un
grand couteau d’obsidienne et l’offrait au dieu. Le corps
était
précipité dans l’escalier, au bas duquel le peuple
découpait la tête ; la
peau du visage était écorchée et tannée en
vue d’autres cérémonies, le crâne
enfilé sur un pieu pour être exposé sur le tzompantli
(mur des crânes).
Bras et jambes étaient découpées et cuits dans de
grandes marmites, puis
consommés par la population. Le tronc servait de nourriture pour
les bêtes
fauves et serpents élevés dans la ménagerie.
Diaz del Castillo a ainsi vu de ses propres
yeux 62 de ses compagnons faits prisonniers et sacrifiés au dieu
Huitzilopochtli à Mexico, et de nombreux indiens ayant subi le
même sort dans
villes conquises. Il estime à 2500 les individus
sacrifiés chaque année à
Mexico seulement, et plus de 100 000 crânes exposés.
h
- Les dégradations : au fil des siècles les
dégradations naturelles
sont attribuables à la pluie, particulièrement pour les
constructions
comportant de l’adobe ou des calcaires de mauvaise qualité, aux
séismes (sauf
dans le Yucatan), et aux grands arbres des zones forestières.
Les toitures en
chaume et leurs charpentes ont naturellement disparu ; les poutres
qui maintenaient
l’écartement des voûtes maya et les linteaux en bois des
entrées ont pourri
pour la plupart.
Il s’y est ajouté les destructions
lors des
invasions, guerres et révolutions, plusieurs villes ont
été détruites lors
d’incendies. Les conquistadores espagnols, sous prétexte de
détruire les
témoins d’une religion démoniaque, ont rasé la
ville de Mexico et tous ses
monuments, à l’aide de 50 000 indiens. Des églises et
couvents furent
construites au sommet des pyramides, réutilisant les pierres
faciles à
extraire. Plus tard des pillards ont creusé tranchées et
tunnels à la
recherches d’objets archéologiques, principalement en pays maya
au milieu des
forêts inhabitées.
Les archéologues au XXe siècle
ont aussi leur
responsabilité, avec des restaurations contestées
à Teotihuacan, l’emploi
d’explosifs à Cuicuilco, l’utilisation de ciment au lieu de
chaux.
5 -
Conclusion
La construction de pyramides a
débuté à
l’époque olmèque vers 1200-400 avant J.C, par des
édifices ronds en terre, et
s’est poursuivie avec des édifices de pierre jusqu’à
l’arrivée de Cortéz en
1529. Elles sont donc bien postérieures aux pyramides
d’Egypte : lors des
premières constructions olmèques, les
égyptiens avaient déjà cessé
l’édification de grandes pyramides de pierre taillée, qui
datent de 2800 à 2600
environ avant J.C. Les constructions se poursuivirent en Egypte sous le
Moyen-Empire, mais avec des techniques moins parfaites (remplissages de
tout-venant, et finalement briques de terre crue) ; les pyramides
furent
ensuite remplacées par des tombes souterraines de la
Vallée des Rois, puis leur
construction reprit entre 715 et 350 avant J.C., mais seulement en
Nubie.
L’orientation des pyramides de
Méso-Amérique
est incertaine, variant de N3°W à N23°E, tandis que les
grandes pyramides d’Egypte
sont très exactement orientées par rapport au nord
géographique, à quelques
minutes près.
Les pyramides de Méso-Amérique
sont formées
par des édifices successifs empilés au cours de plusieurs
siècles, chaque stade
de construction dépassant en largeur et en hauteur le
précédent, on compte
jusqu’à huit stades successifs ; en Egypte, si l’on excepte
les anciennes
pyramides à degrés de Djezer et de Meidoun, construites
en trois stades, les
suivantes sont édifiées en une seule phase, pendant le
règne d’un seul pharaon.
Alors que les pyramides égyptiennes se
terminent en pointe et n’ont jamais d’escalier extérieur, celles
de
Méso-Amérique sont des troncs de pyramides, se terminant
par une plateforme
desservie par un à quatre escaliers, et surmontées d’un
temple ou d’un palais.
Elles servent donc de soubassement soit aux temples destinés aux
sacrifices
humains, soit au logement des classes dirigeantes, dans ce cas leur
hauteur est
plus faible. Dans quelques cas (Palenque, Tikal..) les pyramides
à fonction de
temple comportent une crypte avec la tombe d’un dignitaire : le
premier
stade de construction s’est donc effectué après la mise
en place de la tombe,
et il est bien possible que les explorateurs trouvent d’autres tombes.
Sous les
palais les tombes sont courantes, car l’habitude était
d’ensevelir les morts
sous le sol des habitations. Par contre en Egypte la fonction des
pyramides
était exclusivement funéraire.
Références
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Solis F., Musée National d’Anthropologie, Monclem Ediciones (Mexico) et Casa Editrice Bonechi (Florence)
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