PERRIER R., Le Mausolée, n° 708, Août 1995, p.54-64
Nous avons visité en mars 1995, au cours d'un périple de 5000 km, un certain nombre de carrières de roches ornementales du Maroc. Cet article ne prétend pas recenser toutes les carrières, car les renseignements disponibles au départ étaient incomplets et il n'existe pas d'organisme capable d'indiquer la situation, l'activité et la production des sites marocains.
En
cours de route, nous avons questionné un certain nombre de
personnalités de
l'industrie marbrière et obtenu des informations partielles sur
ces sujets.
Nous tenons à remercier particulièrement pour leurs
informations : D. Aissaoui
à Paris (commercialisation du marbre de Tazzarine), Casé
à Casablanca
(technicien de carrières), M. Mohcine, H. Zougari et A. Carli à Ain Atiq (Société
Promomarbre), et A. El
Halba à Boujad.

Fig.
1 - Carte structurale et carrières
1
- Quelques indications historiques
Les
Romains, lors de la construction de la ville de Volubilis, ont a fait
appel
presque uniquement à un calcaire gris-bleu local du Jurassique;
quelques une
des statues trouvées étaient en marbre, et l'on remarque
de rares traces de
marbres dans les dallages de sols.
Au
cours de la période islamique, qui a débuté en 684
ou 705, la pierre a peu été
employée : on a préféré l'architecture de
terre dans le Sud, de brique ou
blocages dans le Nord, les décorations en plâtre ou
cèdre sculptés, les
revêtements de céramique vernissée. Marbres et onyx
ont cependant été utilisés
en décoration par les bâtisseurs des dynasties Almohades
et Mérinides du XII au
XVIe siècle ; cependant les revêtements ont disparu, ou
bien les édifices
conservés ne se visitent pas, si bien que l'on ne dispose pas
d'informations
sur l'origine des marbres, qui ont pu être importés
d'Andalousie (les marbres
de Macaël étaient alors exploités). Sous les
Saadiens (1548 à env. 1650), dont
les tombeaux sont conservés à Marrakech, le marbre de
Carrare a été importé
pour l'édification des pierres tombales et des colonnes des
mausolées, la
sculpture des vasques et des chapiteaux : la marbre était dit-on
troqué contre
du sucre, poids pour poids : les marocains se félicitent de cet
échange,
considérant que le sucre a depuis longtemps disparu, tandis que
le marbre
reste. A la fin du XIXe siècle, le vizir Ba Ahmed fit importer
à nouveau du
marbre de Carrare, pour les dallages de son palais de la Bahia, dont
les
plaques ont inégalement résisté à
l'exposition au soleil.

Fig.
2 - Architecture en terre dans l'Antiatlas : l'ancien ksar du Glaoui
à Taliouine
Fig. 3 - Ville romaine de Volubilis,
construite en calcaire jurassique local
Fig. 4 - Minaret de la Grande
Mosquée de Casablanca, haut de 190 m, revêtu de travertin
de Roudani

Fig. 5 - Colonnes en serpentinite
bréchique verte et rouge de la Grande Mosquée, provenant
de la région de Tiznit
Si
les premières entreprises de marbrerie ont été
créées en 1912, la réelle
période d'expansion se situe de 1945 à 1965, avec une
production de 12000 t en
1965, due pour beaucoup à des entrepreneurs d'origine italienne.
Puis un déclin
s'amorce lors de la marocanisation des sociétés.
La
construction de la Grande Mosquée Hassan II à Casablanca,
commencée en juin
1986 et achevée en août 1993, a assuré un nouvel
essor de la production, faisant
appel exclusivement à des roches ornementales locales, à
l'exception des 45
vasques en marbre de Carrare. Il reste encore à compléter
les bâtiments
encadrant la place monumentale.
Les
revêtements en roches ornementales ont été fournis
par les Grandes Marbreries
du Sud (GMS), société créée en 1987
spécialement dans ce but. Les carrières
produisaient 800 à 900 m3 par
mois, une usine de transformation fut ouverte à Agadir ; au
total 235000 m2 de roches ornementales ont été
posés, dont
150000 m2
en façade et 1350 colonnes. Les principales roches
utilisées ont été le
travertin "Roudani" de Taroudannt,
la pierre jaune-beige de Boujad, le granite rose et le granite
gris de
Tafraoute, le marbre rouge de Tioute, la serpentinite d'Emvi et le
marbre vert
de Ben Guerir.
2
- Notions de géologie du Maroc
Le
Maroc a été divisé en plusieurs zones structurales
entre le craton africain
d'âge précambrien (orogenèse panafricaine) au Sud
et la chaîne alpine du Rif au
Nord, beaucoup plus récente (Eocène à
Miocène supérieur).
A - Le bouclier saharien :
Le
socle ancien de gneiss et migmatites du Tiris (3288 à 2373 Ma) a
été
métamorphisé pendant l'orogénèse
éburnéenne (env. 2000 Ma), et intrudé à l'E
par les granites d'Ain Bentili (2037 Ma). Il est recouvert en
discordance à
l'Est par le Protérozoïque supérieur (1100 à
750 Ma), et vers l'Ouest par les
nappes des Mauritanides (mises en place à la fin du
Dévonien vers 360 Ma, lors
d'une phase calédonienne). Au Nord se superpose un bassin
Paléozoïque très
calme (Tindouf), et vers l'Ouest un bassin crétacé et
tertiaire s'ouvrant vers
l'Atlantique.
B - L'Antiatlas :
Dans
les chaînons de l'Antiatlas, en bordure du Sahara, affleure une
série
paléozoïque modérément plissée,
recouverte par la discordance du Crétacé
supérieur.
Le
Précambrien affleure dans plusieurs massifs, depuis Ifni
jusqu'au Jebel Sarhro
et au voisinage d'Erfoud ; il comprend peut-être des terrains de
l'Archéen,
mais surtout du Protérozoïque volcano-sédimentaire :
cette série est intrudée
par deux séries de granites, les uns anciens 1700-2000 Ma
(granites éburnéens),
les autres beaucoup plus récents comme ceux de Tafraoute (549
Ma), rapportés à
l'orogénèse panafricaine : au dessus, repose en
discordance une série du
Précambrien terminal ("Adoudounien"), formée de dolomies
à
stromatolites puis d'une série violacée "lie de vin", en
conformité
avec le Cambrien.
Dans
le Précambrien de Bou Azzer, au S de Ouarzazate, est connu un
complexe de serpentinites, affleurant sur 50 km de
long, et ayant fourni des minerais de cuivre et de cobalt ; les
serpentinites
sont surmontées de jaspes, de calcaires et autres
sédiments marins, et
pourraient représenter une suture océanique
éburnéenne. D'autres petits
affleurements de serpentinites sont connus jusque dans le Haut Atlas
(Cherotzky, 1969).
La série
Paléozoïque de l'Antiatlas comprend
environ 12000 m de sédiments marins, surtout formée de
grès et d'argiles, dans
lesquelles se trouvent plusieurs formations calcaires fournissant des
roches
ornementales :
-
à la base, une puissante barre de calcaires du Cambrien
inférieur, comprenant
des lentilles riches en Archaeocyathus
(organismes proches des éponges, en forme de cône à
double parois, avec des
cloisons radiales reliant les deux parois) ; ces calcaires sont
faiblement métamorphisés
(légère recristallisation).
-
quelques bancs de calcaires noirs à Orthocères
(nautiles déroulés) vers le sommet du Silurien).
-
récifs dévoniens en plusieurs localités, et
calcaires pélagiques à Orthocères
et Goniatites (Ammonites du Paléozoïque)
à Erfoud.
-
quelques calcaires récifaux dans le Carbonifère
près de Taouz.
Le
plissement hercynien s'est produit vers la fin du Carbonifère ;
après une
longue érosion se sont déposés en discordance le
Crétacé continental (à
ossements de Vertébrés), la dalle de calcaires
récifaux cénomano-turoniens,
puis les évaporites du Sénonien.
C - La chaîne de l'Atlas
Cette
barrière montagneuse continue, culminant à 4167 m au
Jebel Toubkal au dessus de
Marrakech, est franchie par de rares cols à plus de 2000 m
d'altitude, elle
reste enneigée jusqu'au printemps. Vers l'WSW elle
disparaît avant la côte près
d'Agadir ; vers l'E elle se subdivise en deux branches encadrant les
Hauts
plateaux, la branche dirigée vers le NE étant
appelée Moyen Atlas.
Le
Précambrien et le Paléozoïque affleurent largement
dans le Haut Atlas
Occidental, et différent peu des séries de l'Antiatlas ;
ils sont cependant
plus fortement déformés par l'orogénèse
hercynienne, qui s'est accompagnée de
quelques intrusions granitiques, dont
la plus importante est celle du Tichka, qui a transformé les
calcaires
cambriens par métamorphisme de contact.
Après
les séries salifères du Trias, un vaste golfe marin se
forme dans l'Est pendant
le Jurassique inférieur et moyen, au cours d'une phase
d'extension qui ouvre
des fossés indépendants des directions hercyniennes : le
Lias inférieur forme
une plateforme carbonatée, parsemée de récifs au
Lias moyen, l'ensemble ayant
une épaisseur de 1000 à 1200 m. Cette plateforme
s'effondre au Lias supérieur,
avec formation de deux sillons, l'un
dans le Haut Atlas Oriental, l'autre dans le Moyen Atlas. La mer
se
retire au Jurassique supérieur ; le Crétacé
inférieur est continental, après
une phase de plissement se produit une
vaste transgression marine du Cénomanien à
l'Eocène, avec un épisode régressif
au Sénonien. Dans l'Ouest au contraire, entre Agadir et
Essaouira, la série
marine est continue du Jurassique au Crétacé terminal.
Le
plissement et la formation des reliefs de l'Atlas sont liés
principalement,
après des phases mineures au Crétacé et à
l'Eocène supérieur, au Miocène
supérieur-Pliocène (étages mal datés dans
les formations continentales) ; la
déformation se produit surtout le long de faisceaux de failles
longitudinales,
avec un double déversement vers le N et le S. Il s'agirait d'une
tectonique
d'inversion des accidents anciens limitant les fossés
d'effondrement
jurassiques, en régime décrochant. Cette situation est
assez comparable à la
formation des Pyrénées, sauf qu'au Maroc il n'y a pas de
métamorphisme associé.
D -
La Meseta :
C'est
massif hercynien pénéplané, recouvert de bassins
de Crétacé supérieur-Eocène
riches en phosphates ; ces derniers sont peu déformés par
les phases alpines,
au contraire de l'Atlas et du Rif.
Le
socle hercynien, intéressant pour ses roches ornementales, se
rencontre dans
trois massifs : les Jbilet au N de Marrakech, les Rehamna au N de
Benguerir, et
le "Massif Central" entre Casablanca et Azrou. Cette zone est
caractérisée par la rareté des affleurements
précambriens, une forte tectonique
hercynienne (avec nappes dans l'Est), l'existence d'un
métamorphisme régional
dans l'Ouest, et des intrusions granitiques.
Des
calcaires se trouvent dans le Cambrien inférieur, des
récifs dans le Dévonien
inférieur (Tiflet) et le Dévonien moyen (Oued Yqem), des
lentilles de calcaires
dans le Viséen (précédant le flysch du Culm).
Les
intrusions granitiques hercyniennes forment plusieurs batholites
âgés de 340 à
260 Ma (Carbonifère moyen à Permien), les plus jeunes
étant post-tectoniques.
Le raccourcissement produit par le plissement hercynien est
orienté en gros
NW-SE.
Après
pénéplanation de la chaîne hercynienne, plusieurs
golfes marins venant de
l'Atlantique (Haha, Doukkala, Plateau des Phosphates, Sillon
sud-rifain)
déposent une série transgressive du Crétacé
supérieur à l'Eocène inférieur :
elle inclue les bancs calcaires du Turonien (Calcaires de Boujad) et la
série
phosphatée du Maestrichtien-Yprésien, grande source de
richesse pour le Maroc.
E - La zone du Rif
Le
Rif est l'arc montagneux, culminant à 2448 m au Tidiquin, qui se
raccorde à la
chaîne bétique d'Espagne à travers le
détroit de Gibraltar. Au Sud, son
avant-pays descend en pente douce vers la vallée du Sebou.
L'ensemble est formé
de nappes déversées vers le Sud, avec une structure
complexe encore sujette à
de nombreuses discussions.
Du
Sud au Nord on rencontre l'avant fosse mio-pliocène, des nappes
de calcaires et
de flyschs, une dorsale calcaire, enfin la zone interne comprenant des
nappes
paléozoïques et cristallophylliennes. Ces dernières
incluent le massif de
péridotites peu serpentinisées de Bni Bouchra,
comparables aux péridotites de
Ronda en Andalousie et à celles de Lanzo dans les Alpes ; on a
envisagé pour
ces péridotites une origine intrusive, comme à Ronda, il
s'agit plus
probablement à notre avis d'une dénudation du manteau
lors d'une ouverture
océanique incomplète.
Les
nappes internes se sont mis en place assez tôt (Eocène),
tandis que les nappes
externes viennent s'intercaler dans le Miocène supérieur.
3 - Les roches Ornementales
A - Précambrien de l'Antiatlas
Le
massif de Tafraoute mérite une
visite pour ses splendides paysages de boules granitiques roses :
certaines
boules ont été peintes de vives couleurs par un "artiste"
belge qui a
employé à cet effet 19 tonnes de peinture ! Le massif,
daté de 549 Ma, (phase
panafricaine), est intrusif dans des granites et schistes du
Précambrien plus
ancien. Une carrière de granite gris clair à gros grain a
été exploitée au
câble diamanté pendant la construction de la Grande
Mosquée ; les carriers de
GMS, revenus depuis au cordeau
détonant, produisent de beaux blocs de 4 à 6 m3.
Fig.
6 - Paysage granitique de Tafraoute
Une
autre carrière GMS, accessible depuis Doutalzought, exploite un
granite à grain
moyen, légèrement rosé, comparé au
Porriño de Galice ; elle a produit jusqu'à
600 m3 par mois
au câble diamanté durant la période faste
des dernières années, puis est
revenue à l'usage de l'explosif, avec une activité
réduite. Dans la même région
une carrière a fourni à Tlata Tasrite
un "granit" vert nommé Aourir (gabbro à dolérite
selon la carte).
Une
serpentinite bréchique verte à taches rouges, proche du
Rosso Levanto de
Ligurie, a fourni la plupart des colonnes extérieures de la
Grande Mosquée de
Casablanca ; selon Mr Casé, elle provient de la localité
d'Emvi dans la région de Tiznit. Il pourrait
s'agir d'une petite masse ophiolitique
précambrienne, comparable aux serpentinites mentionnées
dans l'Antiatlas
oriental à Bou Azzer.
Près
du douar de Nekob (prononcer N'rab),
23 km à l'WNW de Tazenakht (accès par 19 km de piste de
montagne), le
Précambrien II du Haut Atlas montre un petit affleurement de
"serpentinite" dans une zone tectoniquement complexe et intrudée
de
granites (1786 Ma) ; en fait il s'agit d'un marbre vert clair,
probablement
dolomitique (densité 2,76), coloré par de la serpentine
(antigorite), avec des
taches gris violacé et localement des lamines noires. Ce marbre
se trouve en
bancs d'épaisseur métrique, à pendage de 60°,
intercalé de couches de talc (qui
font l'objet d'extractions artisanales). La carrière, qui n'a
jamais été
importante, est abandonnée depuis deux ans.
B -
Cambrien inférieur
A
Aglou, une puissante barre de
calcaires du Cambrien inférieur a été
exploitée par deux carrières, inactives à
notre passage. Il s'agit d'un calcaire bleu noir à grain fin,
à stylolites,
riche en belles sections d'Archaeocyathus remplis de calcite blanche.
L'aspect
bréchique évoque un dépôt récifal de
type mud mound, d'autant plus qu'on
y observe des cavités irrégulières à
remplissages d'onyx, évoquant les
"stromatactis" des calcaires rouges dévoniens de Belgique et du
Minervois. Ces Archaeocyathes ont été les premiers
découverts au Maroc, par
Bourcart, qui les trouva sur des galets de la plage en 1925 ; ils
furent
ensuite étudiés par Debrenne en 1964, qui
détermina 25 espèces. Le massif,
recoupé par une surface ancienne, est fortement
karstifié, et les carrières
n'ont pas encore atteint des niveaux moins altérés.
Les
carrières de l'Akhssass se trouvent à
une vingtaine de km au NNW de la ville, et
sont plus facilement accessibles depuis le Nord à partir de
Tiznit. Le Cambrien
inférieur du flanc E du massif précambrien d'Ifni a un
pendage d'environ 25° E.
Nous avons visité quatre de ces carrières, qui produisent
un marbre blanc à
grain fin, avec lamines vertes onduleuses, stylolites, nodules roses
à limites
stylolitisées ; le niveau productif forme une barre d'environ 6
m, avec bancs
plus épais que ceux des marbres encaissants. L'exploitation est
faite au câble
diamanté, avec une faible activité actuellement ;
l'accès se fait par pistes
peu commodes.
Fig.
7 - Marbre cambrien de l'Akhssas
A
Ifrane de l'Antiatlas, un calcaire
récifal rouge, riche en Archaeocyathus recristallisés (et
difficiles à
déterminer), forme une barre d'environ 25 m, incluse entre des
schistes
violacés. Ce calcaire de couleur rouge violacé
s'altère en boules, il est
fortement karstifié ; ses défauts sont des taches
blanches et de nombreux
stylolites stratiformes. La carrière, de petite taille, est
inactive depuis
deux ans.
Près
d'Imi Mqourn, le Cambrien inférieur
enveloppant le massif précambrien de Tafraoute produit le Blanc
d'Agadir
(Société Mabo, ou Marbreries de Bouskoura) ; c'est un
calcaire marmorisé
massif, peu métamorphique (stylolites encore visibles), formant
des boules en
surface (phénomène plus commun dans les granites que dans
les calcaires).
L'exploitation a commencé par les boules, et se poursuit
maintenant dans la
masse au câble diamanté. Une autre carrière plus au
NE produit le Gris d'Agadir
dans la même formation.
Le
Rouge Agadir provenait de Touraght,
29 km au Sud de Taroudannt, où la carte signale un bioherme
à Archaeocyathus,
qui serait sans doute comparable à celui d'Ifrane. Non loin au
NE, la carrière
de Tioute fournissait un calcaire noir.
Dans
le Haut Atlas, nous mentionnerons la carrière de Tizi-n'Test
: une piste de montagne partant du col conduit vers
l'Ouest (sur 30 à 40 km m'a-t-on dit) à une
carrière de haute montagne sur le
flanc Sud du Tichka, au lieu-dit Iguenet'n. L'existence de marbres de
diverses
couleurs y avait été cartée par H. et G. Termier
en 1971, qui signalaient par
ailleurs des marbres "d'une belle qualité ornementale" au NW du
massif. Ces marbres proviennent du métamorphisme des calcaires
du Cambrien
inférieur : selon Gasquet (1991),
les
calcaires ont été affectés par un
métamorphisme général du grade des Schistes
Verts, et par un métamorphisme de contact sur quelques centaines
de mètres au
voisinage de l'intrusion granitique hercynienne du Tichka (environ 330
Ma),
composée de lames verticales alternantes de granodiorites et de
diorites. Le
métamorphisme de contact a causé
l'apparition de nombreux minéraux dans les marbres, comme
amphiboles,
grenats, diopside, calcite, épidote, wollastonite, etc. Les
marbres du flanc
Sud ont été redécouverts par un exploitant
forestier français, et mis en
production par GMS pour la Grande Mosquée jusqu'en 1994. Les
marbres sont en
couches verticales, avec diverses couleurs qu'il convient de trier :
cette
carrière était handicapée par un accès
difficile pour les camions, le manque de
place pour les engins et la haute altitude.
Le
"cipolin" Vert Chane
provient de petites carrières 20 km à l'Ouest de
Benguerir (dans la Meseta), il
est exploité par GMS dans une série du Cambrien moyen
métamorphique, à pendage
25° S. Le marbre forme deux barres de
près de 10 m d'épaisseur, plus ou moins
décalées par des failles transverses.
La barre inférieure a été travaillée au
câble diamanté pendant la construction
de la Grande Mosquée ; la carrière actuelle se trouve
dans la barre supérieure,
l'extraction se fait par forage et explosif. Il ne s'agit pas d'un
cipolin,
mais d'un marbre à silicates, sans doute dolomitique (il n'y a
pas eu d'étude
pétrographique à notre connaissance), très dur,
à lamines rose-brun ou noires
et quelques lentilles aplaties blanches. Le métamorphisme peut
résulter soit du
métamorphisme général assez élevé
dans les Rehamna, soit du métamorphisme de
contact résultant de la proximité de la grande intrusion
de granite
tardi-hercynien de Sebt-de-Brikiine (daté de 268 Ma, soit du
Permien).
Bou
Acila (Meseta) est l'une des plus anciennes exploitations de
marbre du
Maroc : signalée dès 1936 par P. Termier, elle produisait
le "Skyros
africain". Près de la Maison Forestière de Bou Acila se
trouve une
ancienne exploitation au fil hélicoïdal, appelée
carrière Lambinet, exploitée
après guerre par la société Caratlas. Elle est
située sur un anticlinal étroit
de calcaires marmorisés, long de 3,7 km et large au maximum de
400 m ; le
marbre, vraisemblablement cambrien, surmonte des schistes verts
rattachés au
Précambrien à l'E, il est recouvert d'une série
volcano-détritique à l'W. Son
pendage est très redressé (plus de 60°WNW). C'est un
marbre blanc à grain fin,
avec des lamines brun-rouge ou noires assez régulièrement
disposées, mais
fortement étirées (linéation bien marquée).
Morin (1960) y signale de la
chlorite et de l'amphibole. Sur les anciennes coupes verticales et
horizontales
faites au fil, se dessine un réseau de fractures brunes ou
violacées, procurant
un aspect bréchique, accompagné de quelques taches
noires. Il en résulte un
marbre très fragile, avec de fines fractures rendant difficile
l'obtention de
blocs sains. Cette carrière, ainsi que ses voisines, ne fournit
plus que des
concassés, qui sont produits en grande partie manuellement.
C -
Silurien
Le
Silurien supérieur de Tazzarine (dans
l'Antiatlas) fournit un calcaire bleu-noir fétide, très
décoratif par sa
richesse en Orthocères blancs. La carrière se trouve 10
km à l'ESE de la ville,
au pied d'une colline cotée 959 m. Le banc à
Orthocères, épais de 1 à 1,7 m,
est inclus dans des argiles vertes ou rouges à filonets de gypse
(altération de
la pyrite), il a été daté du Ludlovien par
Choubert en 1938. Les Orthocères
sont disposés parallèlement à la stratification,
et montrent un alignement
préférentiel, avec la pointe dirigée vers le Nord.
Dans la carrière Est, le
banc à Orthocères a été
protégée de l'altération par une couverture
argileuse
de 3-4 m ; il est plus altéré dans la carrière
Ouest. Le banc est subdivisé par
quelques joints onduleux, qui peuvent causer un délitage des
blocs ; de plus
les fractures sont assez proches (2 m) et les blocs restants ne
dépassent pas 1
à 2 m3. Ces carrières, appartenant à
une société
hispano-marocaine, sont inactives depuis deux ans, bien que le
matériel
d'exploitation soit resté sur place : les deux gardiens
s'occupent en dégageant
des Trilobites de leur gangue. D'autres affleurements discontinus de
calcaires
siluriens à Orthocères se trouvent dans les
régions de Foum Zguid et Tata, sans
doute aussi en d'autres lieux de la bordure Sud de l'Antiatlas
jusqu'à la
province de Es Smara.

Fig.
8 - Carrière de calcaire noir à Orthocères de
Tazzarine
Fig. 9 - Orientation des
Orthocères vers le nord sur un affleurement à Tazzarine
D - Dévonien
Les
carrières de Tiflet exploitent le
Dévonien inférieur de la Meseta ; les cartes indiquent un
anticlinorium étroit
(2 km de large sur 20 km de long), complexe (trois bandes de Silurien
et
intrusions granitiques), et faillé longitudinalement. Le
calcaire affleure
assez mal, sur une surface ancienne recouverte de Quaternaire ancien.
C'est un
calcaire bioclastique gris clair légèrement
violacé, fortement fracturé et
recimenté par un réseau de filonets gris (brèche
tectonique monogénique). Les
carrières, situées 5 km au S de Tiflet, sont
exploitées par des moyens antiques
: le dégagement des importants remplissages karstiques est fait
à la pelle et à
la pioche, les blocs extraits au fil hélicoïdal avec du
sable, ou encore avec
des trous de mine forés à la barre à mine et
à la masse. Il en résulte
des blocs informes, retaillés
plus ou moins à la broche et à la massette.
A
Ben Slimane, les calcaires du
Dévonien moyen-supérieur forment de bons affleurements,
à pendage subvertical ;
ils sont affectés de nombreuses failles N-S . Il s'agit d'un
calcaire récifal
gris violacé, très décoratif, à grands
polypiers lamellaires et branchus, et
quelques stylolites bien cimentés. On y voit une carrière
en cours d'ouverture,
incluant une importante installation de concassage, et une
carrière artisanale
procédant par tirs isolés de poudre noire et fente aux
coins, les blocs étant
tirés par un treuil manuel. Plus loin, une troisième
carrière est exploitée par
Marbre Diffusion-Promomarbre : sous la direction de A. Carli, la
découpe est
faite au câble diamanté, ce qui va permettre l'exportation
de blocs
correctement équarris.
La
pierre d'Erfoud (Antiatlas oriental)
était extraite dans une petite carrière à 12 km au
SE de la ville. Il n'y a
qu'un seul banc de calcaire fossilifère, riche en Goniatites,
Orthocères et
Clyménies ; il est épais de 1 m au maximum, et perd de
l'épaisseur vers le NE.
Son pendage, faible, est dirigé vers le SE. Ce niveau de
calcaire pélagique est
attribué au Famménien discordant par Michard (1976,
p.65-66) ; c'est un
calcaire à grain assez fin, de couleur naturelle bleu sombre ;
il est sans
doute riche en pyrite à l'origine, car dans la zone
oxydée qui est exploitée la
pierre est brune, avec des lits et nodules irréguliers de
limonite. On remarque
aussi des taches roses colorées par des oxydes de
manganèse. La carrière, très
superficielle, est abandonnée depuis deux ans ; elle a
été exploitée simplement
par forages et coins ; des blocs ont été envoyés
en Italie, d'autres sont sciés
par l'entreprise Marmar à Erfoud avec un antique châssis
à sable (2 cm/heure).
La même entreprise polit sommairement les plaques avec une
genouillère,
effectue un rebouchage avec une résine et du ciment blanc, et
découpe des
tables et objets de décoration : cependant, le polissage initial
étant
insuffisant, les tables sont enduites de vernis synthétique, et
c'est ce vernis
qui est poli à la main avec des papiers abrasifs et de l'eau
(grades 60 à 600),
puis lustrés à la brosse rotative. Une autre
carrière est mentionnée 8 km au SW
de Rissani.

Fig.
10 - Calcaire d'Erfoud, à Orthocères et Goniaites
Fig. 11 - Forage de trous à la
barre à mine, à Ben Slimane
E - Carbonifère
Dans
la Meseta, entre Boujad et Khénifra
se trouvent de larges affleurements d'une barre de calcaire bleu-noir
à
Entroques et Brachiopodes, faiblement marmorisé, avec filonets
blancs,
appartenant au Viséen : bien que nous n'ayons vu que des
exploitations de
concassage, il existerait une carrière de blocs. De même
on nous a signalé une
carrière de calcaire noir dans le secteur de l'oued Cherrat au
SW de Rabat.
Parmi
les granites hercyniens, le petit massif d'Oulmès,
au SW de Meknes, est exploité par Promomarbre, qui extrait un
granite gris
clair appelé Gris Pharaon, avec grains de couleur grenat. Selon
Mrini et al.
(1992), le massif est composé de granites à deux micas et
de granites fins à
silicates d'alumines, datés de 262 à 291 Ma, c'est
à dire du Permien (granite
post-tectonique).
D'autres
ressources en granites se trouvent dans la Meseta : massif des Jbilet
au N de
Marrakech (granite hyperalumineux, 330 Ma), granites à biotite
et leucogranites
des Rehamna (265-268 Ma, Permien), granites à biotite et
granites à deux micas
des Zaër (279-303 Ma, Carbonifère supérieur) ;
cependant les granites
hercyniens n'ont pas fourni jusqu'ici de roches ornementales de couleur
très
attrayante. Par contre des granites rouges précambriens seraient
à prospecter
dans le bouclier saharien, si ce n'était la distance et
l'éloignement.
F - Mésozoïque
Dans
le Lias de la bordure N du Haut Atlas, la petite carrière d'Azilal est en début d'exploitation, sur
un replat très karstifié : c'est un calcaire à
grain fin, compact, avec
onchoïdes, lits de grosses gravelles, gros fragments de coquilles,
et nombreux
verriers. La couleur est beige à vert clair, avec un niveau rose
à rouge foncé
de 0,7 m ; les bancs peuvent atteindre 2 m. L'exploitation se fait avec
des
moyens réduits, par forage et cordeau détonant (ce qui
est dangereux dans un
calcaire fragile). Selon la carte au 1/100000 (1982) il s'agit des
calcaires
sinémuriens d'Imi-n'Ifri, qui forment une importante masse et
présentent encore
de larges possibilités.

Fig.
12 - Découverte et creusement d'une tranchée à
Azilal
La
pierre de Boujad est un calcaire
beige à jaune, d'âge Turonien (avec les ammonites Pseudaspidoceras
et Vascoceras),
appartenant à la série transgressive du Bassin des
Phosphates. Outre une
carrière ouverte à El Goufaf au NW de Oued Zem, des blocs
ont été ramassés en
surface autour de Boujad pour la construction de la Grande
Mosquée ; les bancs
ont une épaisseur limitée (0,8 m).
Dans
le Sénonien d'Agadir, la carrière de Tarhazoute (au
lieu-dit Agouni, 15 km au N d'Agadir) a produit
une calcarénite beige-jaune, légèrement poreuse
mais sonore ; des lentilles
riches en fragments de coquilles dissoutes lui donnent un aspect de
"travertin". On observe, sous une couverture de 12-15 m d'argiles
vertes à bancs calcaires, deux barres de calcarénites
à stratification
légèrement obliques, avec une surface supérieure
couverte de ripple marks,
et un pendage d'environ 15 ° vers le S : la masse supérieure
a une épaisseur de
4 m, la barre inférieure, un peu moins épaisse, est
lenticulaire (c'est un
remplissage de chenal). Cette carrière d'assez grande taille
pour le pays, a
été exploitée par havage et sciage au câble
diamanté, elle est actuellement
inactive. De nombreuses fractures irrégulières affectent
les masses et ont
certainement limité la récupération. Les
réserves sont faibles, car les gros
bancs semblent disparaître à distance, et
l'épaisseur de la couverture
s'accroît vers le S.

Fig.
13 - Calcarénite d'Agouni près d'Agadir, le banc
inférieur est un remplissage de chenal
Dans la
région d'Ait Benhaddou au NW de Ouarzazate se trouve un calcaire coquillier rose brun, avec
de nombreux
stylolites en tous sens et des trous, ainsi qu'un calcaire à
grain fin
esquilleux, de couleur blanc cassé ; ces roches sont produites
par Caronyx,
nous n'avons pas vu ces carrières.
G - Tertiaire
Le calcaire
Crème Saiss, produit par Promomarbre, provient
d'une carrière au SE de
Meknès : il s'agit d'un calcaire
micritique beige clair, se polissant bien, d'aspect noduleux, avec un
réseau de
fissures à remplissage de calcite palissadique, rappelant
certains travertins ;
le remplissage étant parfois incomplet, un masticage est
nécessaire. Selon la
carte géologique, il s'agit de la formation des Calcaires
lacustres du Saiss,
attribués au Pliocène.
Le
travertin de Taroudannt, appelé
aussi Roudani, provient de la localité de Touraght
à 25 km au S de la ville ; selon la carte au 100 000 de
1983, la
carrière serait située sur une butte isolée de 400
x 600 m (cote 482),
attribuée au Plio-Villafranchien. Elle a été
intensément exploitée par GMS.
pour la Grande Mosquée, par coupes horizontales à la
haveuse, et par coupes
verticales par forage ou sciage au câble. Elle est aujourd'hui
arrêtée ; la
carte n'indique aucun autre gisement de la sorte dans la région.
H
- Quaternaire ancien
Les
onyx calcaires de Ouarzazate étaient produits près de
Skoura dans la vallée du
Dadès en amont du barrage : la carrière d'Aguelmous se
trouve à 26 km à l'ENE
de Ouarzazate, celle d'Afra à 29,5 km. Les couches d'onyx
reposent sur des
sédiments continentaux de Pontien-Pliocène, et sont
recouvertes par le
Quaternaire ancien. Dans la carrière d'Afra,
qui devrait être réactivée prochainement par
Caronyx, on observe un banc de 1,5
m d'onyx translucide de couleur ambrée, recouvert de calcaires
gréseux
conglomératiques ; 1,5 m plus haut un petit niveau d'onyx blanc
et gris est
clairement interstratifié dans des calcaires gréseux.
L'exploitation a été
faite sur une faible surface au câble diamanté.

Fig. 14 - Deux bancs d'onyx calcaire ambré, séparés par un niveau de conglomérat (Afra)
A
Aguelmous, la petite carrière
exploitée jadis par des moyens rudimentaires, montre deux
couches d'onyx blanc
à gris (1,5 et 0,5 m) intercalés dans les calcaires
gréseux conglomératiques.
Dans le lit de l'oued voisin l'onyx apparaît en filons dans les
conglomérats.
Ce type de gisement est assez surprenant, car les onyx calcaires que
nous avons
observé jusqu'ici (Espagne, Crète) formaient des
remplissages de cavernes : ici
il devait s'agir de dépôt dans des dépressions
lacustres, alimentées par des
eaux venant de profondeur (filons observés dans l'oued).
Quoi
qu'il en soit, l'onyx ambré d'Afra est une roche
intéressante par sa couleur
homogène et sa transparence, même si la fracturation
limite les blocs à un
volume de l'ordre du mètre cube.
D'autres
onyx calcaires ont été signalés à Erfoud
(radier de l'Oued Ziz), et dans le
Lias de Ras el Ma près de Taza (Moyen Atlas).
Les
"travertins" de Bouskoura
proviennent de la banlieue Sud de Casablanca : les carrières se
trouvent de
part et d'autre de l'autoroute entre Sidi Messaoud et Bouskoura, au
niveau de
la station d'essence Somepi. Deux des carrières sont
abandonnées : l'une était
la carrière Liscia, l'autre montre sous 16 m de recouvrement 2,2
m de
calcarénite jaune ocré, lumachellique, poreuse, à
grandes coquilles dissoutes.
La carrière Ismarbres semble la seule en activité, par
découpage au câble
diamanté sur une hauteur de 3,5 m : c'est une calcarénite
grise à blanche, à
grain plus fin, avec comme défauts des géodes et quelques
lits de galets. Des
blocs de 3-4 m3
sont produits, à peu près équarris, grâce
à une fracturation modérée. Les réserves
sont faibles, du fait de la trop grande proximité des faubourgs
de Casablanca.
Selon la carte au 1/100000 de 1987, ce niveau correspond aux
calcarénites
marines du Pliocène moyen-supérieur, recouvertes de
calcarénites dunaires du
Quaternaire ancien.
Une
calcarénite poreuse jaune ocré, de nature similaire, est
extraite à Bir Jdid, 40 km au SW de Casablanca.
Signalons
enfin pour l'amateur visitant le Maroc, l'intérêt des
minéraux et des fossiles.
Bien que beaucoup de mines soient maintenant fermées, les
revendeurs proposent
encore au long des routes de l'Atlas quelques beaux minéraux
(aragonite,
barytine, stibine, galène, azurite, vanadinite...). Parmi les
fossiles,
mentionnons les Trilobites du Maïder, excavés par de
nombreux prospecteurs dans
des tranchées (elles fournissent de bien meilleurs
spécimens que les récoltes
en surface), puis minutieusement dégagés. Les dents de
requins des phosphates,
bien que leur vente ne soit pas admise par la Société
Chérifienne des
Phosphates, sont également dignes de collection. Ne parlons pas
des blocs polis
à Orthocères et Goniatites, provenant des chutes des
carrières d'Erfoud : ils
sont décoratifs, mais sans intérêt pour la
paléontologie (la forme extérieure
est détruite), ni des Ammonites de grande taille en provenance
du grand Sud,
dont les ornements sont en grande partie reconstitués par
sculpture!. Au total,
cette activité artisanale occupe des centaines de terrassiers,
décapeurs et
revendeurs.
4 - Conclusions
On
rencontre encore des carrières exploitées par des
méthodes anciennes comme le
simple démantèlement des massifs fracturés
à l'aide de coins et leviers, les
tirs isolés de poudre noire dans des trous forés à
la barre à mine et à la
masse, la découverture manuelle à la pioche et à
la pelle ; une installation de
fil hélicoïdal fonctionne encore à Tiflet. Certaines
carrières, de marbres ou
de granites, pratiquent l'abattage par trous rapprochés
chargés au cordeau
détonant, même dans des roches fragiles au choc. Dans une
grande partie des
carrières visitées, la fracturation limite
sérieusement la dimension des blocs.
La
taille des carrières est dans l'ensemble très modeste,
aucune n'atteint la
dimension industrielle et n'est organisée pour l'exportation. Il
est en effet
très facile d'ouvrir des carrières, même pour des
personnes sans compétences
techniques ni capacités financières : on engage une
douzaine d'ouvriers et on
leur fournit quelques outils de base (pioches, pelles, broches, masses,
barre à
mines, treuil manuel).
Le
câble diamanté a été introduit par les
techniciens italiens dans les carrières
des Grandes Marbreries du Sud (marbres, et aussi granites de
Tafraoute),
ouvertes pour la construction de la Grande Mosquée, mais
certaines sont
revenues à l'explosif depuis son achèvement.
Les
carrières ont maintenant une faible activité, ou bien
sont fermées. Nous avons
cependant rencontré une entreprise qui ouvre de nouvelles
carrières, et
prospecte de nouveaux sites, en vue de produire des blocs de standard
international destinés à l'exportation.

Fig.
15 - Dans la carrière de Tazzarine inactive les deux gardiens
dégagent méticuleusement des Trilobites, avec un piston
de mobylette et un rayon de roue meulé en pointe
La
transformation a débuté dès 1912, mais ne s'est
développé qu'après guerre : en
1978 on comptait 23 châssis, dont deux à lames
diamantées. La marbrerie Liscia,
la plus importante à l'époque, sciait alors 35000 m2 par
an, sur un total de 63000.
L'interdiction d'importation de tranches finies en 1968, et celle des
blocs en
1977, ne parvinrent pas à enrayer la régression
Actuellement
GMS, avec son usine d'Agadir (établie pour la construction de la
Grande
Mosquée), est la plus importante société ;
malgré un matériel assez récent, la
production et la transformation semblent stagner. Une seule entreprise
(Promomarbre) semble en développement, avec l'exportation en vue.
La
production du Maroc n'a jamais été très
importante. Les entreprises se sont
contenté jusqu'ici du marché intérieur ; les
exportations actuelles, pour
lesquelles nous n'avons pas de statistiques, paraissent limitées
à quelques de
blocs de calcaires fossilifères (Erfoud, Tazzarine).
La
Loi Minière, maintenant très favorable, comprend
plusieurs régimes d'autorisations
selon la propriété des terrains (indications de A. El
Habla) :
a
- sur les terrains relevant de l'administration des Eaux et
Forêts, dont
dépendent de vastes surfaces, la réglementation est bien
précise : les permis
sont attribués par décret, dans
un
délai d'un mois seulement (les carriers français
apprécieront), et
renouvelables tous les trois ans. L'exploitant paie 180 dirhams (108
FF) par
mètre cube commercialisé, plus une redevance à la
commune.
b
- sur les terrains des "Domaines", qui correspondent aux parcours de
pâturage collectif des tribus, et ne sont pas cultivés,
les attributions sont
faites par le Ministère de l'Intérieur. Elles ne sont pas
attribuées
automatiquement à tout demandeur, et demandent plusieurs mois.
c
- sur les terrains privés : le terrain peut être
loué ou acheté au
propriétaire, l'attribution est faite par les autorités
provinciales.
Les
contraintes d'environnement ne sont pas exorbitantes, on demande
seulement que
les exploitations ne soient pas visibles depuis les routes ou les
circuits
touristiques, il n'y a aucune obligation de remise en état du
terrain à la fin
de l'extraction.
Les
entreprises étrangères, qui étaient autrefois
obligées de s'associer à 51 % à
un sujet marocain, ne sont plus soumises maintenant à cette
obligation.
Aucune
capacité technique ou financière n'est exigée, si
bien que l'on voit certains
entrepreneurs se lancer dans l'exploitation de carrières avec
des moyens
dérisoires.
Le
Maroc possède encore de vastes possibilités avec les
granites précambriens du
Sahara, les marbres et calcaires (blancs, rouges, noirs) du Cambrien,
les
calcaires jurassiques de l'Atlas, etc.
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