La région Languedoc-Roussillon comprend les cinq départements
de la Lozère (48), du Gard (30), de l'Hérault (34), de
l'Aude (11) et des
Pyrénées Orientales (66), s'étendant
sur 27447 km2. Géographiquement,
elle couvre la plaine côtière
du Languedoc, la partie SE du Massif
Central (Montagne Noire, Gévaudan, Cévennes)
ainsi que la partie orientale de la
chaîne
Pyrénéenne et ses
avant-monts des
Corbières. Cette
région a été parcourue en mai
dernier en vue de faire le point sur les roches
ornementales actuellement exploitées. Cette
reconnaissance a été
également l'occasion de visiter certaines des carrières
abandonnées. On
remerciera plus particulièrement ici
les personnes (1) qui ont fourni des indications sur la localisation
des carrières.
1 - Aperçu géologique
La présence de Précambrien,
douteuse dans le Massif Central, est mieux
établie dans les
massifs
nord-pyrénéens sous forme de gneiss, métamorphisés
et intrudés de granites (datés de
580-540 millions d'années)
au cours de l'orogenèse cadomienne. Les
terrains paléozoïques affleurent largement dans les
Pyrénées orientales, la
Montagne Noire et les Cévennes.

Fig.
1 - Situation des carrières
Le Cambrien le mieux connu est celui
de la Montagne Noire, grâce au faible degré
de métamorphisme. Il
s'agit d'une série
de schistes et
grès, surmontée par des calcaires et dolomies à Archaeocyathus
du
Cambrien inférieur. Cette plate-forme carbonatée s'effondre
en direction d'un bassin marin situé au Nord, puis se dépose
un flysch qui se
poursuit à
l'Ordovicien. Dans les Pyrénées on retrouve
une série détritique similaire, mais plus
métamorphique, avec une
ou deux intercalations carbonatées, surmontées par les flyschs
cambro-ordoviciens.
Le Silurien est
représenté par des schistes euxiniques
dans les Pyrénées,
mais manque en grande partie dans le
Massif Central sous l'effet
des mouvements calédoniens, qui s'accompagnent
d'intrusions granitiques (aujourd'hui
transformées en orthogneiss). Sur
le
flanc sud de la Montagne Noire, le
Dévonien est transgressif et en majeure partie
calcaire. Dès le Dévonien moyen
cette plate-forme commence à
s'approfondir, tant dans
les Pyrénées que dans la Montagne Noire
(calcaires rouges à stromatactis et entroques).
Le Dévonien supérieur et le passage au Carbonifère
inférieur montrent un enfoncement
encore plus accentué avec des calcaires
noduleux à Goniatites (« griottes » rouges
ou grises), suivis de radiolarites noires à
nodules phosphatés et
niveaux d'oxydes de manganèse
attribuées au Tournaisien, puis par le
flysch carbonifère (Culm).
L'orogenèse hercynienne dans
les Pyrénées et la Montagne Noire se
manifeste au cours
du
Namurien-Westphalien par la formation de
plis et chevauchements déversés vers le Sud
(nappes de la Montagne Noire), un métamorphisme
de type basse pression - haute température
(atteignant parfois l'anatexie) et
des intrusions granitiques
calcalcalines. Des bassins houillers limniques
apparaissent au
Stéphanien après
l'orogenèse hercynienne, dans
des fossés étroits découpant le Massif Central,
avec une large prédominance détritique. Ils sont suivis
par le Permien
continental, souvent de couleur rouge, résultant de la démolition
de la chaîne
hercynienne.
Le Trias, détritique puis
évaporitique, est suivi par la transgression du
Lias sur le pourtour du Massif Central à partir du bassin
dauphinois
profond, émanation de la mer alpine. La
sédimentation marine (marnes et des calcaires) se poursuit
jusqu'au
Crétacé moyen. Les principaux épisodes
calcaires se situent au Lias
inférieur, au Dogger et au Jurassique terminal.
Pendant le Crétacé inférieur un bassin
marin s'étend en
Provence, sur les
bords du Massif
Central et sur l'emplacement des
Pyrénées. Des plateformes carbonatées à
Rudistes se développent localement sur les bordures
ou les hauts-fonds,
à des époques différentes (mais surtout du
Barrémien à l'Albien), auxquelles on a donné le
nom collectif de faciès urgoniens. Les
premiers mouvements
pyrénéens, au Crétacé moyen, se traduisent par un
métamorphisme de haute température le long d'une
zone de 5 kilomètres de large située au Nord
de la Faille
nord-pyrénéenne (dans la région
d'Estagel par exemple). Les calcaires sont
transformés en marbres à scapolite (silicate d'aluminium
et de
calcium appartenant à la
famille des wernérites), les marnes donnent des
cornéennes. Les premières brèches associées
à cette tectonique sont
connues dans l'Aptien. En Provence
méridionale, l'émersion de la zone au Sud de la Durance
est contemporaine.
Le Crétacé supérieur
laisse des dépôts marins littoraux de
pan et d'autre de l'isthme de la Durance,
l'émersion est complète au
Maestrichtien-Paléocène. Un
cycle transgressif se
produit à l’Éocène inférieur dans un golfe situé au Nord
des Pyrénées, relié à
l'Atlantique à l'Ouest et atteignant
Saint-Chinian à l'Est, dans lequel se
déposent les calcaires à Alvéolines et Milioles
de l'Ilerdien. L'Éocène moyen et supérieur
est continental.
Pendant l'Éocène
supérieur les
mouvements paroxysmaux des Pyrénées
provoquent la formation de plis Est-Ouest et de chevauchements vers le
Nord dans le Languedoc et la
Provence.
Une phase de distension forme des grabens continentaux
pendant l’Oligocène, comme ceux
de la Camargue et de
l'Hérault. Le cycle transgressif
miocène, provenant de la Méditerranée,
débute à l'Aquitanien, mais
s'étend surtout dans le Bas-Languedoc
du Burdigalien au Tortonien. Des sables calcaires de plages
se déposent sur les
côtes et autour
des
paléoreliefs, tandis que les faciès deviennent marneux
quand on s'en éloigne.
Une régression se produit au
Miocène terminal
(Pontien)
pendant les derniers grands mouvements alpins, tandis que le niveau de
la
Méditerranée s'abaisse considérablement,
entraînant un surcreusement des
vallées. Les vallées pontiennes étroites
sont envahies par le Pliocène marin. Au
cours du Quaternaire ancien, le climat devient périglaciaire (débris
anguleux sur les
versants), les volcans basaltiques
de la région d'Agde entrent en action.
2 - Schistes précambriens
Dans les environs de Mende, en Lozère, les
localités de Lachamps et Saint-Julien-du-Tournel
sont connues pour
leur production
très ancienne de
schistes. Elles ont fourni les
belles ardoises rustiques en écaille de la
région. L'âge de ces schistes est imprécis du
fait du métamorphisme,
pouvant aller du
Précambrien
supérieur au Silurien.
A Lachamp, petit village au NE de Marvejols,
sept petites carrières artisanales extraient
des micaschistes
altérés, à biotite et séricite,
à teintes mordorées, qui sont démantelés
à l'aide de quelques coups de mine et de
chargeurs ; les dalles
sont taillées manuellement à la marteline en forme
d'ardoises rustiques, ou directement placées
sur palettes pour être expédiées dans toute la France.
A Saint-Julien-du-Tournel deux
petites sociétés (Eleep et
Schistes Rocher) extraient par des
techniques similaires un micaschiste à biotite
plus sombre, réputé non gélif. Les deux
carrières, entrecoupées de filons de quartz,
barytine et galène,
montrent en surface une roche facile à cliver, à patine
jaune ou rouille, tandis qu'en
profondeur la teinte est plus
sombre et le clivage plus malaisé. Le schiste
est préparé en moellons d'une dizaine de cm
pour murs et murettes,
en dalles de 3 centimètres (sciées, ou
anguleuses pour
opus incertum), en lauzes de 1 centimètre pour
toitures. Les blocs non
clivables sont vendus comme décoration pour
les jardins.
Les gneiss jaunes du Caroux,
appartenant à la zone axiale de la Montagne
Noire, sont exploités pur les entreprises
Garnier (de Lacaune) et Carminati (de
Poujol-sur-Orb).Ils fournissent
des dalles rustiques dans des gneiss
oeillés là où ceux-ci possèdent une foliation
planaire marquée.
3 - Marbres du Cambrien inférieur
Bien qu'affleurant dans les nappes du flanc sud
de la Montagne Noire, les
marbres géorgiens ne semblent pas avoir été
exploités au Languedoc s. str. (ils
l'ont été entre Mazamet et Dourgne). Ces marbres se
retrouvent dans le massif des Albères
(Pyrénées Orientales), où diverses
carrières ont tenté de les extraire.
Au SE de Py,
on rencontre en
remontant le
ravin des traces mineures d'exploitation dans une barre d'une dizaine de mètre
de marbre blanc à gros
cristaux et lits
de silexite, inclus
dans une série de schistes
appartenant
au flanc inverse de la nappe de gneiss
précambriens du Canigou. De bons affleurements
de marbre se retrouvent sur la nouvelle route de Mantet, 2
kilomètres au-dessus de Py, montrant des
replis, une forte schistosité de fracture
et une grande variabilité du grain (fin à
grossier). Il reste une
exploitation active, sur les sommets, à l'Est
de Py, qui ne produit que de la poudre de
marbre. A La Preste, face a
l'établissement thermal, se
trouvait une carrière de marbre blanc à gris-bleu,
parfois rosé (Aurore Catalane). Exploitée
par une compagnie allemande, elle
fut abandonnée en 1914.
Au Sud de Ceret, à 400 et 600
mètres environ après le petit village de Mas
Carol, la piste traverse
une pente raide et boisée et rencontre deux
anciennes carrières. La première est une tranchée,
qui montre un
marbre blanc à veines jaunes
ou grises. Le marbre peu épais est très replissé
et englobe des inclusions de schiste. La
seconde est un front d'une
quinzaine de mètres de haut, avec un
marbre à gros grain à
veines
grises. Au total, les marbres géorgiens des
Albères ont une épaisseur trop faible, une grande
variabilité du grain
et de la couleur,
se trouvent dans
des secteurs pentus et boisés, pas encore cartographiés
en détail, et n'offrent que peu de
potentiel, même s'ils sont
parfois parfaitement blancs à l'échelle de l'échantillon.

Fig. 2 -
Marbres cambriens de Mas Carol
(Pyrénées Orientales), montrant l'intense
déformation et l'inclusion de schistes
4 - Schistes Ordoviciens
Dans les Pyrénées-Orientales
ces schistes sont exploités dans les communes de Bouleternère
et Montauriol. Pour la première localité, la
carrière se trouve à 4,2
kilomètres de piste au SSW du village. Il
s'agit d'un schiste vert, à lamines
claires et vert
sombre, avec une
schistosité pendant à 50°. Il existe
des surfaces à schistosité plane sur plusieurs
mètres carrés, mais on note
divers replis qui contrarient la
régularité du clivage. On
remarque sur les surfaces clivées une linéation
principale très marquée et une linéation oblique
très fine. Le
schiste est démantelé avec une pelle mécanique. On
produit des dalles épaisses à surface
irrégulière pour dallages en opus incertum, ainsi que des
barrettes sciées de 6
centimètres pour les murettes.
La carrière Sam de Montauriol
produit un schiste vert clair, à forte
linéation onduleuse, à
clivage irrégulier. La schistosité (pendage 20°)
montre quelques replis localisés, elle est traversée
par des filons de
quartz et de nombreuses fractures, si bien que sont produits seulement
des dallages
rustiques épais et des moellons.
A Valcebollères les
schistes
bleus de l'Ordovicien, à lits gréseux blancs,
étaient encore exploités comme lauzes il y a
quelques années.
5 - Calcaires du Dévonien moyen
Dans les nappes de la Montagne Noire, le Dévonien
moyen contient les principales exploitations de calcaires
marbriers ou marbres rosés ou rouges,
appelés collectivement Rouge du Languedoc. Cependant, à Laurens, le calcaire gris sombre à
filonets de calcite blanche, appelé «
marbre de Laurens » ou Noir Saint-Laurent, fait exception en ce
qui concerne la
couleur. Il est extrait dans
deux carrières en fosse à l'Est du village (Guinet-Deriaz
et Italmarble Pocai), la seconde étant exploitée au
câble
diamanté. Ce calcaire à fort pendage (60°) appartient
à l'une des écailles de Cabrières.
Les bancs sont peu
épais (2 mètres
au maximum), assez fracturés
et
karstifiés. Certaines fractures ont un remplissage rouge, qui a
autrefois
justifié le nom
de « Portor
français ». Un autre calcaire noir a
été produit à Faugères (il était
mentionné par le Répertoire de 1889,
alors que Laurens
ne l'était pas),
son âge est mal précisé.
Au-dessus de Saint-Nazaire-de-Ladarez,
l'entreprise Guinet-Deriaz
exploite le Dévonien moyen
rose sur les crêtes 1,5 kilomètre à l'Ouest
du village. Les couches à 35° de pendage sont abattues
à
l'explosif en remontant la
surface structurale, si bien que les blocs dévalent
la pente jusqu'au plancher. Il s'agit de
calcaire rose à entroques
isolées, avec des
taches blanches
pouvant correspondre à d'anciens stromatactis
recristallisés (Rouge Incarnat et
Incarnat Turquin, ce dernier plus riche en
taches blanches). Dans la partie est, la couleur gris-bleu
(Cévenol)
prédomine. Le calcaire dévonien a subi ici un certain
degré de métamorphisme et de
recristallisation, c'est un
semi-marbre intermédiaire entre calcaire et
marbre vrai.
A Saint-Pons-de-Thomières la
carrière Guilhaumon, qui domine le
village, montre un
beau marbre rose
très déformé par le métamorphisme
(plissotements, boudinage), avec des veines blanches et rosés
ou violacées, provenant peut-être d'anciens
stromatactis. La carrière, qui était
sciée
au fil hélicoïdal, est
peu
active. Les variétés produites étaient
appelées Kuros Doré, Kuros Violet et
Fleur de Pêcher. D'anciennes
carrières à l'Est de
Saint-Pons
avaient produit un marbre rubané blanc-grisâtre
à rose (marbre de Comiou).
Caunes-Minervois est le plus ancien site d'extraction
de marbres rouges du Languedoc. Une concession fut prise en 1663 par Jean
d'Alibert, abbé de
Caunes, qui fit venir d'Italie
Stefano Sorano, maître sculpteur, accompagné
de six autres spécialistes. La «
Carrière du Roi», qui n'était pas une
propriété
royale (Louis XIV n'était que l'acheteur du « marbre
jaspé»), est encore
intéressante à visiter pour l'étude qu'on y peut
faire des méthodes d'extraction
anciennes. Exploitée sous Louis XIV et ses successeurs, elle a fourni
les colonnes du Grand
Trianon, celles
de l'Arc du
Carrousel, des dallages à Fontainebleau, l'escalier de la Reine
à Versailles, ainsi que de multiples dessus
de meubles et cheminées. La
carrière Rocamat fournit
deux variétés :
Languedoc
turquin (rosé à stromatactis gris-bleu) et Languedoc
Incarnat (rouge écarlate à taches
et filonets blancs).
Une autre carrière, exploitée
par une société italienne, se trouve sur
l'autre .rive du ravin. Les stromatactis,
caractéristiques des calcaires rouges du
Dévonien des Ardennes belges
et de Caunes-Minervois (mais aussi
signalés dans le Cambrien,
l'Ordovicien et le Silurien d'Amérique du Nord
et d'Australie),
sont des
remplissages de cavités par des cristaux de calcite blanche ou
gris-bleu,
formant des couches concentriques à
partir des parois
(comme dans les
onyx calcaires des
cavernes). La
base des cavités est plus ou
moins
plane, tandis que leur partie supérieure forme
des ramifications. Ils peuvent s'étendre sur
une dizaine de
centimètres ou sur plusieurs mètres, et constituer un
pourcentage important de la roche. Leur
origine a été beaucoup discutée
(décomposition de tapis alguaires
ou bactériens, ou bien glissements et
décollements de sédiments inconsolidés, ou
encore dissolutions sous-marines). Plus récemment
Bourrouilh et
Bourque (1995) envisagent la décomposition
d'éponges, associées à des bryozoaires dans les
monticules les moins profonds. En effet, les
stromatactis se
trouvent presque
toujours sur des monticules sous-marins,
sous des eaux relativement profondes, à pentes très
raides affectées de
glissements. Ces formes en dômes sont particulièrement
évidentes dans les
carrières de la
région de
Philippeville dans les Ardennes Belges.
La présence de tels monticules n'a pas
encore été démontrée dans le Languedoc, sans
doute du fait des
complications tectoniques et du manque d'affleurements. Il est cependant
possible que ces
monticules, plus
ou moins
étendus, soient englobés dans des calcschistes
versicolores.
Dans les Corbières, le massif du
Mouthoumet possède une petite carrière
de Dévonien rouge au-dessus de Monjoi, à
635 mètres d'altitude, qui semblait abandonnée lors de
notre visite. Il s’agit
d’un calcaire microcristallin rouge-brique, à stromatactis
blancs
recristallisés. Le calcaire rouge est fortement
karstifié. Au fond de la
carrière, peu profonde, affleure un calcaire microcristallin
gris.
Dans le synclinorium de Villefranche-de-Conflent,
de nombreuses
exploitations ont produit le calcaire dévonien depuis
l’époque romaine, mais il
ne reste presque plus rien de cette activité.
La carrière de la route de Fuilla (lieu-dit
« Las Cobas »),
située dans une barre verticale
fortement tectonisée. n'a jamais été importante.
Elle est inactive, et l'atelier en
ruines. Sur le sommet de la
colline au Sud de
Villefranche, la
carrière de Corneilla de la
société
Provençale SA montre un calcaire fortement fracturé et
karstifié qui fournit
essentiellement des granulats, plus quelques blocs informes
de calcaire rouge ou
gris. Contrairement à Fuilla, où les stromatactis sont
bien conservés, ils se trouvent
ici recristallisés.
6 - Griottes du
Dévonien supérieur, et Tournaisien
Dans la Montagne Noire les « marbres griottes
», appelés aussi
Rouge Antique, étaient produits surtout à Cessenon.
Il s'agit de calcaires noduleux rouges,
parfois verdâtres, avec de fréquentes Goniatites à
l'intérieur des nodules.
Ici, les bancs subverticaux, d'épaisseur
généralement inférieure à un mètre
et séparés par des délits d'argile rouge, ont
été exploités dans une tranchée profonde qui a
fini par s'ébouler, ce
qui a conduit à
l'abandon de la
carrière. Depuis, c'est la carrière du Pic de Vissou (au
Sud de Mourèze) qui produit le Rouge Antique.
C'est un calcaire à grain fin, lité, rose à
rouge-brun, avec des niveaux blancs ou roses,
de nombreux stylolites, des Orthocères, des entroques et des nodules
de manganèse. Il est
difficile à exploiter du fait de la
faible épaisseur des bancs, des
changements de couleur et de la fracturation. Une autre
carrière de griotte se trouvait
à Félines-Minervois.
La région de Villefranche-de-Conflent
a eu également plusieurs carrières
de griottes au siècle dernier (calcaires
noduleux rouges à
Goniatites),
produisant des blocs de petite taille ; elles étaient
situées sur des sommets de
collines peu accessibles (Roc Vermeil, Terre
Rouge, Belloc).
7 - Granites hercyniens
Le granite du vaste massif de la Margeride
est un monzo-granite
porphyrique à biotite, à grands cristaux rectangulaires
d’orthose, contenant un
peu de muscovite et de cordiérite, daté de 314-335
millions d'années. Ils est traversé par de grands
corps de leuco-granites plus récents (298 millions
d'années). Il est exploité en Lozère en
deux localités.
A Berc (groupe de communes des Monts Verts),
l'entreprise Fournier
récolte les boules
dans les champs
et dans les bois. Les boules altérées
étaient appréciées pour la fabrication de
cheminées, la roche ayant alors une meilleure
résistance au feu. Toutefois, on préfère
les parties plus dures pour fabriquer des moellons
sciés sur quatre faces, avec la partie apparente
éclatée. Cette
entreprise familiale produit
aussi des bassins monolithes rectangulaires, ou taillés dans une
demi-boule. Le responsable ne croit pas que
le granite massif
puisse se
trouver en profondeur, alors que l'examen de la carte géologique le
laisse espérer avec une bonne
probabilité. A Grandrieu
(Lozère), fut exploitée une « syénite » vert
sombre, riche en biotite, très tenace. Il s'agit
en fait d'une grosse
inclusion de vaugnerite (roche filonienne du groupe des lamprophyres)
dans le
granite de la Margeride.

Fig. 3 -
Bassins taillés dans des boules de granite porphyrique de la
Margeride, Berc (Lozère)
La marbrerie Batifol exploite
également des boules aux environs du
village du Buisson, on n'y
croît pas non plus à l'existence de granite massif
en profondeur. Un trou est foré dans la boule,
il est rayé puis
chargé de poudre noire. Ce
granite gris porphyrique ne se prête pas au polissage,
à cause de microfractures trop visibles
dans les feldspaths, aussi est-il bouchardé
pour des emplois en funéraire et dans le
bâtiment. D'autres exploitations de boules de
surface étaient signalées
en 1889 à Estables et Arcomie.
Dans la Montagne Noire, la seule exploitation
de boules de granite était
celle des Martys (Aude). Dans ce secteur on nous a
signalé une exploitation de schistes
(non visitée), qui
est peut-être la
carrière de La Coste, à 1,5 kilomètre au SE, dans
des gneiss à deux micas appartenant au
massif de gneiss
de Nore. Les
granites des
Pyrénées-Orientales ont été exploités,
le plus souvent en boules, en de nombreuses localités comme le granite
gris de Neffiach, les granites gris-jaune à
bleu de Mont-Louis et La Liagone. Le
granite blanc rosé ou grisâtre de Dorres
était exploité dans
la
masse, et a fourni beaucoup de poteaux de clôture
de 20 x 20 x 200 centimètres.
8 - Grès stéphaniens et
ardoises permiennes
A Champclauson, dans le bassin
houiller de la Grand'Combe, des grès
formant une corniche en relief dans le
sommet de la série
du Stéphanien
moyen (750 mètres) étaient exploités
par la compagnie houillère pour ses constructions.
Les carrières étaient signalées comme
abandonnées en 1978,
mais elles ont été reprises par la famille
Souchon qui produit un grès
conglomératique gris, bien
cimenté
et prenant en partie le poli, avec des auréoles
ferrugineuses dans les couches de
surface. L'abattage est fait par
des tirs de nitrate-fioul, on trie ensuite
les blocs pouvant être sciés et ceux destinés
à faire des moellons de construction. Les
machines de sciage et de polissage ont
été construites par
M.
Souchon lui-même, auteur également d'un
procédé de découpe et de moulurage très
secret, qu'il ne souhaite ni breveter ni vendre. Dans
le petit bassin permien
de Lodève, il y
eut jadis une
petite production d'ardoises et de
dallages a partir de l'Autunien (carrières juste
à l'Est de Lodève).

Fig. 4 -
Auréoles ferrugineuses
dans le grès stéphanien de Champclauson (Gard)

Fig. 5 - Découpe par la
"méthode secrète" de M. Souchon à Champclauson
9 - Trias et Jurassique
Les grès du Trias ont produit dans
l'Hérault des pierres de construction à
Gabian, Lama-lou, Villemagne, Villeneuvette, etc. Près de Lodève,
ils fournissaient des
meules de moulin, et des meules à aiguiser. Les
brèches dolomitiques du Lias inférieur furent
exploitées dans les Pyrénées-Orientales à Las
Fons sur la commune de Calce (brèche dolomitique grise à
jaune, signalée sur le répertoire de 1889
avec une épaisseur de 0,8 mètre et une
découverture de 20 mètres), ainsi qu'à
Molières dans le Gard. La
nomenclature du Mausolée (1976) rapporte que la région de
Tautavel a produit un marbre noir finement veiné de
blanc et jaune d'or, qui était appelé Millefleurs, il
s'agit peut-être des marbres du
Lias.
Les calcaires hettangiens beige-rosé
des Causses sont exploités par
Technipierres d'Esclanèdes (Lozère) dans
une petite carrière située à Barre-des-Cévennes,
dans le parc naturel des Cévennes, ce qui
oblige à recouvrir la carrière en dehors de
périodes d'extraction.
Le Jurassique moyen produisait diverses pierres
calcaires d'intérêt
purement local dans le Gard
(Montdardier, Saint-Ambroise, Tornac) et dans l'Hérault
(Loupian,
Saint-Bauzille-du- Putois), le Jurassique supérieur de l'Hérault
des calcaires
sublithographiques en petits
bancs (moellons et dallages) à Cournonterral, et des bancs
calcaires plus épais
à Frontignan (construction de
quais portuaires).
Toutes ces
productions ont disparu, sans doute
du fait de la faible épaisseur des bancs, mais
l'entreprise Technipierres a ouvert une grande
carrière dans le
Bathonien des Causses à La Tieule
(Lozère). C'est un calcaire oolitique-graveleux gris-beige,
contenant des galets de calcaire
graveleux, bien cimenté et
sonore, faiblement poreux (2,59), exploité sur 11 mètres
de haut.
Le Kimméridgien des Causses est
exploité à Laval-du-Tarn par Technipierres dans une ancienne
carrière, utilisée
surtout pour la production de granulats. C'est un calcaire à
grain fin, à stylolites, bicolore
(bleu au coeur des
blocs, beige à
taches violacés sur le pourtour), en
bancs peu épais (0,4 mètre) et passablement
fracturé.
10 - Calcaires néocomiens
Le Berriasien de Pompignan (Gard) est exploité
par l'entreprise
Dangan. Il s'agit
d'un calcaire
finement bioclastique compact, caractérisé
par de petits éléments anguleux noirs, de couleur
gris-bleu, à nombreux
stylolites noirs. La carrière, peu profonde, fournit des
blocs d'une épaisseur de
0,4 à 1 mètre. Il
s'agit d'un
faciès local du Berriasien, ailleurs constitué
de calcaires argileux gris ou de calcaires fins à
Calpionelles.
A Roquemaillères, juste
à la sortie NW de Nîmes, l'Hauterivien
supérieur épais de 100 à 200
mètres,
forme un synclinal WNW-ESE. La carrière actuelle, qui inclut des
traces
d'activité de l'époque romaine, exploite
deux bancs de 1,3 et 1,7 mètre, sous une
grande découverture qui a malheureusement été
faite à l'explosif sans grandes
précautions. C'est un calcaire gris fortement bioturbé,
bicolore, avec des auréoles d'oxydation jaunes
autour des bancs,
et une seconde
phase d'oxydation rouge autour
des fractures. Les blocs de belle taille sont
sciés en tranches de 3-4 centimètres pour
des revêtements de façades, des éléments de
voirie urbaine, etc. Les autres fournissent des pierres de taille et
des
moellons. Cette roche ne prend pas le
poli brillant, seulement l'adouci.
A Barutel (ou Baruthel), à 10
kilomètres au NW de Nîmes, le Barrémien
inférieur a été extrait depuis
l'époque
romaine pour fournir de grandes pierres de
taille, des marches, des dalles, des
colonnes et des chapiteaux pour les villes de Nîmes et de
Marseille. Il s'agit
d'un calcaire argileux, se délitant en grandes dalles de 0,5
à 1 mètre d'épaisseur. Plusieurs
carrières étaient encore signalées
en 1889, mais la présence d'argile a sans
doute conduit à l'abandon de cette pierre.
Le calcaire de Tavel appartient aussi
au Barrémien, sans posséder
non plus le faciès urgonien. Il s'agit d'un calcaire finement
grenu, fortement bioturbé, à
Ammonites, à teneur élevée
en silice (18), de couleur gris-bleu sombre avec des enveloppes
oxydées beiges (bicolorisme). Les bancs,
assez épais, ont un pendage
de 40°, ce qui rend difficile l'extraction. L'abattage à la
poudre noire a été
remplacé par une découpe faite par un marteau perforateur
de 90 millimètres sur chariot de guidage,
qui fore des trous
parallèles sécants.
Les
blocs sont ensuite levés par coins hydrauliques.

Fig. 6 - Gélifraction sur 3 m de profondeur causée par les glaciations quaternaires à Tavel (Gard)
11 - Calcaires urgoniens
Dans le Barrémien supérieur de Brouzet-lès-Alès
(Gard), qui
dessine le synclinal du Mont Bouquet plongeant vers WNW, trois
carrières exploitent le
faciès urgonien,
sous forme de
calcaire crayeux microcristallin blanc, très pur et massif.
Cette roche très blanche et homogène (à part
les Rudistes, comme Requienia ammonia,
Toucasia carinata, et Monopleura sp., qui sont
considérés comme des
défauts), se prête à la taille et à la sculpture.
Dans la carrière
la plus basse, exploitée par M. Duplan à
l'aide de haveuses, le
calcaire comporte un certain nombre de défauts,
comme des fractures ramifiées grises, des passées
à gros
fragments de Rudistes. La carrière Lauze
comporte une partie en amphithéâtre, qui a
été exploitée à
l'escoude puis
par forages contigus. Elle l'est maintenant par havage en galeries (toit peu
épais et karstifié). Une
troisième carrière, à Verfeuil, vient d'être
ouverte par l'entreprise Lugan de Tavel.
Près du sommet de la colline du Bois
des Lens à l'Est de
Moulézan (Gard), se trouvent plusieurs carrières
romaines décrites par Bessac
et
Blanc (1990), et qu'il est intéressant de visiter pour reconstituer les techniques de cette
époque. Elles
étaient exploitées par petits gradins, en creusant au pic à double pointe
(l'escoude) une tranchée verticale d'une
vingtaine de
centimètres de large en surface,
se rétrécissant vers le bas, jusqu'à une
profondeur d'un mètre environ. Une fois les
deux ou trois tranchées
verticales achevées, une saignée triangulaire
était taillée à la base
de la face apparente,
qui servait de toute évidence
à placer des coins en fer pour créer une
fracture horizontale. Les fronts romains montrent
des gradins assez
chaotiques, car
chaque pierre
était découpée selon des dimensions
particulières. Certaines des carrières romaines
ont été détruites
par les travaux ultérieurs (sciages au fil
hélicoïdal, forage de
trous contigus, signalé
par
Noël, 1970). Depuis 1991, Rocamat a repris
l'une des carrières, par sciage au câble diamanté
sur des fronts de grande hauteur. La
pierre de Lens est un calcaire finement
oolithique, massif et homogène,
propice à la sculpture. Le Barrémien supérieur
forme un vaste monoclinal pendant vers le Sud-Est. Son
épaisseur est reportée augmenter de 30
mètres dans l'Ouest de la
feuille Anduze, à 120 mètres dans l'Est.

Fig. 7 - Carrière romaine de Lens, la partie gauche a été reprise jadis au fil hélicoïdal

Fig. 8 - Extraction d'un bloc par la méthode romaine à Lens, tranchées verticales et saignée triangulaire pour les coins à la base
12 - Crétacé supérieur
En diverses localités des
Pyrénées-Orientales,
des brèches
massives,
comportant des éléments mélangés allant
jusqu'à l'Albo-Aptien, et discordantes sur des
étages divers du Jurassique ou du Crétacé, ont
été cartographiées, et
certaines d'entre elles
exploitées. Leur âge
est
incertain, pouvant s'étendre du Crétacé supérieur
à l'Oligocène. Elles sont en tout cas postérieures
à la phase
métamorphique et tectonique des Pyrénées.
La brèche de Baixas
(Pyrénées-Orientales)
était mentionnée
par une
enquête de 1748
(Bresc-Bautier
et Du Mesnil, 1986), et était active
en 1889. De belles coupes au fil hélicoïdal subsistent,
mais il n'y a plus
maintenant qu'une activité de concassage. Le contact
avec les calcaires jurassiques, découvert par l'exploitation de
concassés, est vertical et tectonisé. La brèche
massive est polygénique,
comportant des éléments anguleux de
marbres blancs paléozoïques ou jurassiques, des calcaires
noirs du
Lias, des dolomies jurassiques, des fragments de schistes verdâtres,
dans un ciment
gris ou rougeâtre.
Cette roche
portait différents noms de fantaisie comme brèche
romaine, brèche orientale,
brèche de Portugal !
A Estagel a été
signalée une brèche, discordante sur le
Jurassique-Crétacé
inférieur, à éléments montrant un
métamorphisme haute température
à scapolite (Durand-Delga et al,, 1980).
Son exploitation était ancienne puisqu'elle a été
constatée en
1748 et 1823, mais
elle n'a plus
été signalée par la suite.
A Tautavel
(Pyrénées-Orientales), une brèche calcaire
massive, discordante
sur des marbres
bleus a été
extraite par découpage au fil hélicoïdal, dans une
petite carrière abandonnée dans
les années cinquante sur
la rive droite de
la gorge. Cette
brèche est formée d'éléments anguleux
bleus et blancs, dans un ciment jaune-orangé,
et se compare à celle de Baixas. Les
grandes carrières dominant Tautavel et recouvrant
la brèche produisent industriellement
depuis 1954 des produits concassés pour
la fabrication de granitos et de poudres blanches
très pures à partir
de marbres blancs
du Jurassique
supérieur.
La
brèche du Cap Romarin (Aude) est produite dans deux
carrières voisines,
sur les communes de La Palme et de Port-la-Nouvelle, sous les noms de
Saint-Jean Fleuri ou Brèche
Nouvelle. C'est une brèche massive, à éléments
de calcaires bleu-noir entrecoupés de filonets
de calcite blanche et de
calcaires gris,
dans un ciment
souvent rouge-brique. Les éléments les plus
récents datent de l'Aptien et de l'Albien,
la brèche apparaît
discordante sur le
Jurassique,
ailleurs elle l'est sur le Crétacé inférieur.
Bien que des brèches aient été mentionnées
en intercalations
dans le Jurassique
supérieur, il
semble que la brèche du Cap
Romarin
doit être rattachée à l'ensemble des brèches
discordantes post-albiennes (Crétacé supérieur
à Oligocène). La
carrière de La Palme (à forte
karstification) semble abandonnée, tandis que celle du Cap
Romarin a été réactivée depuis deux ans par
la société Pitié
de Castres, avec
des techniques modernes (grande
haveuse Fantini pour le sciage de
base, câble diamanté
pour les sciages latéraux,
forages et coins à main ou
coins hydrauliques
pour la coupe
arrière). Il en résulte de beaux blocs
de 6 à 8 m3, vendus surtout en Italie.

Fig. 9 - La
carrière de
brèche du Cap Romarin
Les Grès d'Alet, grès
fluviatiles attribués au Campanien inférieur, sont
développés dans
un graben d'un
kilomètre de large près d'Alet (Aude).
Une petite carrière exploite épisodiquement un banc de 2
mètres. Ce sont des grès microconglomératiques,
avec des galets
pouvant
atteindre quelques centimètres, poreux,
d'une couleur jaune à ocre rouge, avec
auréoles ferrugineuses. Des grès similaires ont servi
à la
construction du donjon d'Arques
au XIII-XIVe siècles.
On mentionnera enfin la syénite
néphélinique de Fitou, roche grenue
gris-blanc, qui a fourni des moellons de construction pour Salses, à
partir d'une petite
intrusion qui se serait mise en
place au Crétacé.
13 - Eocène
Les calcaires de l'Éocène
inférieur (Ilerdien) ont produit surtout des
pierres de construction, par exemple les calcaires à
Alvéolines de Couiza et ceux de
l'anticlinal du Plantaurel (150 mètres de calcaires à
Milioles). La seule exploitation que nous
connaissons est la carrière des Aigles au
NW de Roquetaillade.
C'est un calcaire assez compact,
bioturbé, à Milioles très abondantes, en bancs de
0,3 à 0,6 mètre, exploités sur 6
mètres de hauteur. La
couleur est gris-bleu à l'intérieur des
blocs, beige à l'extérieur (bicolorisme) ; seuls les
bancs les plus épais sont
récupérés. L'ancienne ville de
Carcassonne a été
construite en
grès calcaires fluviatiles de l'Éocène
moyen, à partir de petites carrières locales.
14 - Calcaires miocènes
(Pierre du Midi)
Dans le golfe miocène de
Languedoc-Provence, des calcarénites
poreuses, blanches ou beiges, appartenant au Burdigalien ou à l'Helvétien,
parfois appelées
« molasse calcaire » par des géologues, sont
intensément exploitées sous le nom
collectif de Pierre du Midi.
On rappellera que des carrières très actives
sont situées en Provence, des Alpilles jusqu'au
Nord du Luberon
(Fontvieille, Les
Beaux, Ménerbes,
Lacoste, Espeil).
Dans le Gard, les plus importantes
exploitations se trouvent sur les
communes de Vers-Pont-du-Gard et Castillon-du-Gard. Dans un petit
bassin de 3,5
kilomètres de large, limité
par deux massifs urgoniens, l'Helvétien comporte
une base marneuse et une partie supérieure calcaire, la pierre du Pont-du-Gard, Cette
pierre, à faible
pendage vers le SSW, est épaisse de 10 à 35
mètres. C'est une calcarénite formée de
fragments de coquilles et de
bryozoaires, avec de nombreux pectens (Chlamys
multistriata), assez tendre et poreuse, de couleur beige
à jaune ocre. Les faciès, plus
ou
moins fins ou grossiers, varient assez rapidement.
Un examen des fronts montre de grandes stratifications obliques, limitant des lentilles
de qualités
différentes. Cette pierre tendre
est réputée abrasive pour l'outillage, ce qui
s'explique par les grains de quartz qu'on observe
à la loupe. Ses
défauts sont la présence occasionnelle de petites
lentilles d'argile, mais les carrières ont divers
avantages comme
l'absence de
fractures, la stabilité des fronts verticaux
de 20 mètres de haut, une nappe phréatique
plus en profondeur. Les huit entreprises
intervenantes extraient les blocs de manière
similaire. Sur des planchers parfaitement aplanis, on déplace
des haveuses verticales (rouilleuses) sur rails, dans certains cas munies
de deux bras, qui
creusent des saignées de 1,1 à 1,8 mètre de
profondeur à raison de 8 à 9 m2/heure.
Les chaînes sont équipées de dents de carbure,
parfois il s'agit de courroies
diamantées. La coupe horizontale est
faite par une haveuse à bras rigide, dans d'autres
cas par des
appareils de forage comportant huit tarières espacées de
12 centimètres (dans
ce cas le plancher est régularisé après
l'enlèvement des blocs par passage d'un engin
muni d'une lame). Les
blocs sont presque tous sciés dans de
vastes ateliers
à proximité,
équipés de grands disques (3
mètres) montés sur ponts. La production est en
grande partie destinée à la confection de cheminées
et de barbecues, et
à la pierre de construction. La carrière La
Romaine fournit
les gros blocs
(jusqu'à 3,1 mètres de long) nécessaires
à la réfection en cours du Pont du Gard. L'essor des
carrières de Vers et
Castillon date des années soixante-dix.
Avant cette date,
Noël rapportait
une faible production (quelques
centaines de mètres cube par an), et un
abattage par foration au marteau piqueur sur
10 à 11 mètres de
hauteur.
Les anciennes carrières sont
nombreuses dans le bassin des calcarénite
miocènes. Beaucaire a été
un important centre de production, grâce à
son port sur le Rhône, on citera aussi Brégines
près Béziers,
Lespignan près de Narbonne, Nissan, l'Ile-Sainte-Lucie. Dans le Gard
la seule autre carrière
est celle de Pondres (dans le
Burdigalien), peu active.
Dans la région au NE de Castries (Hérault),
les carrières abandonnées sont légion,
mais deux restent en
activité sur la
commune de
Beaulieu (Burdigalien). Les Carrières du Midi ont
abandonné la production en série de moellons sciés
pour se consacrer à la
fabrication de colonnes, balustres, cheminées et pierres de
décoration. La
grande carrière Farrusseng, qui en est toute proche et sur la
même commune de Beaulieu,
appelle cependant sa production «
pierre de Saint-Géniès», et débite les blocs
à l'aide d'un scie à disque non automatisée. Le
havage est fait
à Beaulieu avec
des machines assez particulières, de fabrication locale ancienne, comportant
une grande roue
évidée sur laquelle des dents sont
soudées. Au total, la pierre
de Castries (avec ses deux dénominations de pierre de Beaulieu
et pierre de
Saint-Géniès) n'a pas rencontré la réussite
commerciale de la pierre du Pont du
Gard.
Au SW de Montpellier, la dernière localité
de l'Hérault produisant des pierres miocènes
est la carrière de Pignan
(limite Burdigalien-Helvétien). C'est
une lumachelle beige à nombreux Pectens, très tendre et poreuse,
avec des délits
argileux et lentilles d'argile.
La carrière Coulet produit surtout du sable
par broyage, et quelques moellons bruts pour
la construction.

Fig.
10 - Carrière La Romaine à Vers-Pont-du-Gard

Fig. 11 - Appareil à
huit tarières pour la coupe horizontale à
Vers-Pont-du-Gard
Fig. 12 - Ancienne haveuse à la carrière de Beaulieu

Fig. 13 - Production de
balustres tournés aux Carrières du Midi à Beaulieu

Fig. 14 - Carrière Farrusseng à
Beaulieu près de Castries
15 - Quaternaire
Des basaltes sont extraits des
volcans récents de la région d'Agde, qui
datent de la période des premières glaciations (Gunz et
Mindel). A Saint-Thibéry, la
vaste carrière des Roches Bleues
est installée dans une coulée de basalte de 12 à
20 mètres (vieux de 680 000
ans). C'est une roche gris-bleu
sombre, finement
bulleuse, à
cristaux d'olivine. La présence de
leucite et de néphéline amène à la classer
parmi les basanites. La carrière, où
l'abattage est fait à l'explosif (nitrate-fioul), fournit surtout
des concassés pour
l'empierrement.
On récupère les
plus gros blocs, souvent de gros
prismes (inférieurs au mètre cube), pour
sciage dans un petit atelier (moellons sciés,
tranches pour sols ou
revêtements de murs).

Fig. 15 -
Coulée de basaltes quaternaires prismés, carrière
de Saint-Thibéry (Hérault)
Dans le même atelier sont sciés
des blocs épars provenant du volcan d'Agde, basalte
s. str. gris,
fortement bulleux, qui a servi
jadis à la construction de la cathédrale d'Agde,
de quais pour les ports (jusqu'à Marseille), et même
à la
sculpture. La carrière de Lézignan-la-Cèbe
fournit uniquement des concassés.
Des onyx calcaires, provenant de
remplissages de cavités
karstiques, ont été extraits dans
les Pyrénées Orientales. A Fontrabiouse, des
carrières de concassés ont
attaqué le calcaire bleu dévonien,
fortement fracturé au voisinage
de la faille de Merens. On y observe une fissure karstique
partiellement
remplie par une couche d'onyx d'à
peine 0,5 mètre
d'épaisseur.
Plus loin on trouve des déblais d'anciens
travaux, où l'on peut récolter des échantillons
d'onyx à fines lamines beiges et brunes.
Ces onyx, dont la
production n'a pas
dû être
considérable, ont été employés à
Perpignan et au Palais de Chaillot. A Montorgull (près
d'Amélie-les-Bains),
existait autrefois une exploitation artisanale dans une couche
d'onyx décrite comme
remplissant un ravin descendant le flanc de
la montagne, cet onyx a surtout servi à la
fabrication de vases.
Des travertins quaternaires ont
été extraits à
Lézignan-Corbières
depuis le
XIIIe siècle. Après diverses vicissitudes,
la production a
été relancée
par
la société Sotec dans la carrière des Lègnes,
entre Ferrals et
Fontcouverte. Sur une petite butte en relief, le banc principal
a deux mètres
d'épaisseur. C'est un calcaire beige, sonore,
caractérisé par de nombreuses
cavités tapissées de petits cristaux de calcite.
Ces druses, plus nombreuses à la partie supérieure,
résultent
de l'encroûtement
de végétaux par
de la calcite au fond d'une dépression
marécageuse (on remarque des
bouquets d'anciennes tiges de roseaux). La
carrière produit par havage des blocs de 2 m3,
soigneusement
équarris au câble diamanté, qui sont vendus pour la
fabrication de dallages, mobiliers urbains,
encadrements de
portes et
fenêtres.

Fig. 16 - Banc de travertin quaternaire de
la carrière des Lègnes (Aude) ; la partie
supérieure est beaucoup plus trouée, avec des empreintes
de roseaux
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NOTE (1) Mme Annie Blanc (Centre de recherche sur les monuments historiques), M. Lauze (UNICEM Languedoc-Roussillon). M. Ahmadzadeh (École des Mines d'Alès), et tous les carriers qui ont bien voulu m’indiquer les carrières actives dans leur secteur.