Les roches ornementales du Languedoc-Roussillon

PERRIER R., Mines et Carrières, vol. 78, août-spt. 1996, p. 65-75

La région Languedoc-Roussillon  comprend les cinq départements de la Lozère (48), du Gard (30), de l'Hérault (34), de l'Aude (11) et des Pyrénées Orientales (66), s'étendant sur 27447 km2. Géographiquement, elle couvre la plaine côtière du Languedoc, la partie SE du Massif Central (Montagne Noire, Gévaudan, Cévennes) ainsi que la partie orientale de la chaîne Pyrénéenne et ses avant-monts des Corbières. Cette région a été parcourue en mai dernier en vue de faire le point sur les roches ornementales actuellement exploitées. Cette reconnaissance a été également l'occasion de visiter certaines des carrières abandonnées. On remerciera plus particulièrement ici les personnes (1) qui ont fourni des indications sur la localisation des carrières.

1 - Aperçu géologique

La présence de Précambrien, douteuse dans le Massif Central, est mieux établie dans les massifs nord-pyrénéens sous forme de gneiss, métamorphisés et intrudés de granites (datés de 580-540 millions d'années) au cours de l'orogenèse cadomienne. Les terrains paléozoïques affleurent largement dans les Pyrénées orientales, la Montagne Noire et les Cévennes.

Fig. 1 - Situation des carrières

Le Cambrien le mieux connu est celui de la Montagne Noire, grâce au faible degré de métamorphisme. Il s'agit d'une série de schistes et grès, surmontée par des calcaires et dolomies à Archaeocyathus du Cambrien inférieur. Cette plate-forme carbonatée s'effondre en direction d'un bassin marin situé au Nord, puis se dépose un flysch qui se poursuit à l'Ordovicien. Dans les Pyrénées on retrouve une série détritique similaire, mais plus métamorphique, avec une ou deux intercalations carbonatées, surmontées par les flyschs cambro-ordoviciens.

Le Silurien est représenté par des schistes euxiniques dans les Pyrénées, mais manque en grande partie dans le Massif Central sous l'effet des mouvements calédoniens, qui s'accompagnent d'intrusions granitiques (aujourd'hui transformées en orthogneiss). Sur le flanc sud de la Montagne Noire, le Dévonien est transgressif et en majeure partie calcaire. Dès le Dévonien moyen cette plate-forme commence à s'approfondir, tant dans les Pyrénées que dans la Montagne Noire (calcaires rouges à stromatactis et entroques). Le Dévonien supérieur et le passage au Carbonifère inférieur montrent un enfoncement encore plus accentué avec des calcaires noduleux à Goniatites (« griottes » rouges ou grises), suivis de radiolarites noires à nodules phosphatés et niveaux d'oxydes de manganèse attribuées au Tournaisien, puis par le flysch carbonifère (Culm).

L'orogenèse hercynienne dans les Pyrénées et la Montagne Noire se manifeste au cours du Namurien-Westphalien par la formation de plis et chevauchements déversés vers le Sud (nappes de la Montagne Noire), un métamorphisme de type basse pression - haute température (atteignant parfois l'anatexie) et des intrusions granitiques calcalcalines. Des bassins houillers limniques apparaissent au Stéphanien après l'orogenèse hercynienne, dans des fossés étroits découpant le Massif Central, avec une large prédominance détritique. Ils sont suivis par le Permien continental, souvent de couleur rouge, résultant de la démolition de la chaîne hercynienne.

Le Trias, détritique puis évaporitique, est suivi par la transgression du Lias sur le pourtour du Massif Central à partir du bassin dauphinois profond, émanation de la mer alpine. La sédimentation marine (marnes et des calcaires) se poursuit jusqu'au Crétacé moyen. Les principaux épisodes calcaires se situent au Lias inférieur, au Dogger et au Jurassique terminal. Pendant le Crétacé inférieur un bassin marin s'étend en Provence, sur les bords du Massif Central et sur l'emplacement des Pyrénées. Des plateformes carbonatées à Rudistes se développent localement sur les bordures ou les hauts-fonds, à des époques différentes (mais surtout du Barrémien à l'Albien), auxquelles on a donné le nom collectif de faciès urgoniens. Les premiers mouvements pyrénéens, au Crétacé moyen, se traduisent par un métamorphisme de haute température le long d'une zone de 5 kilomètres de large située au Nord de la Faille nord-pyrénéenne (dans la région d'Estagel par exemple). Les calcaires sont transformés en marbres à scapolite (silicate d'aluminium et de calcium appartenant à la famille des wernérites), les marnes donnent des cornéennes. Les premières brèches associées à cette tectonique sont connues dans l'Aptien. En Provence méridionale, l'émersion de la zone au Sud de la Durance est contemporaine.

Le Crétacé supérieur laisse des dépôts marins littoraux de pan et d'autre de l'isthme de la Durance, l'émersion est complète au Maestrichtien-Paléocène. Un cycle transgressif se produit à l’Éocène inférieur dans un golfe situé au Nord des Pyrénées, relié à l'Atlantique à l'Ouest et atteignant Saint-Chinian à l'Est, dans lequel se déposent les calcaires à Alvéolines et Milioles de l'Ilerdien. L'Éocène moyen et supérieur est continental. Pendant l'Éocène supérieur les mouvements paroxysmaux des Pyrénées provoquent la formation de plis Est-Ouest et de chevauchements vers le Nord dans le Languedoc et la Provence.

Une phase de distension forme des grabens continentaux pendant l’Oligocène, comme ceux de la Camargue et de l'Hérault. Le cycle transgressif miocène, provenant de la Méditerranée, débute à l'Aquitanien, mais s'étend surtout dans le Bas-Languedoc du Burdigalien au Tortonien. Des sables calcaires de plages se déposent sur les côtes et autour des paléoreliefs, tandis que les faciès deviennent marneux quand on s'en éloigne. Une régression se produit au Miocène terminal (Pontien) pendant les derniers grands mouvements alpins, tandis que le niveau de la Méditerranée s'abaisse considérablement, entraînant un surcreusement des vallées. Les vallées pontiennes étroites sont envahies par le Pliocène marin. Au cours du Quaternaire ancien, le climat devient périglaciaire (débris anguleux sur les versants), les volcans basaltiques de la région d'Agde entrent en action.

2 - Schistes précambriens

Dans les environs de Mende, en Lozère, les localités de Lachamps et Saint-Julien-du-Tournel sont connues pour leur production très ancienne de schistes. Elles ont fourni les belles ardoises rustiques en écaille de la région. L'âge de ces schistes est imprécis du fait du métamorphisme, pouvant aller du Précambrien supérieur au Silurien.

A Lachamp, petit village au NE de Marvejols, sept petites carrières artisanales extraient des micaschistes altérés, à biotite et séricite, à teintes mordorées, qui sont démantelés à l'aide de quelques coups de mine et de chargeurs ; les dalles sont taillées manuellement à la marteline en forme d'ardoises rustiques, ou directement placées sur palettes pour être expédiées dans toute la France.

A Saint-Julien-du-Tournel deux petites sociétés (Eleep et Schistes Rocher) extraient par des techniques similaires un micaschiste à biotite plus sombre, réputé non gélif. Les deux carrières, entrecoupées de filons de quartz, barytine et galène, montrent en surface une roche facile à cliver, à patine jaune ou rouille, tandis qu'en profondeur la teinte est plus sombre et le clivage plus malaisé. Le schiste est préparé en moellons d'une dizaine de cm pour murs et murettes, en dalles de 3 centimètres (sciées, ou anguleuses pour opus incertum), en lauzes de 1 centimètre pour toitures. Les blocs non clivables sont vendus comme décoration pour les jardins.

Les gneiss jaunes du Caroux, appartenant à la zone axiale de la Montagne Noire, sont exploités pur les entreprises Garnier (de Lacaune) et Carminati (de Poujol-sur-Orb).Ils fournissent des dalles rustiques dans des gneiss oeillés là où ceux-ci possèdent une foliation planaire marquée.

3 - Marbres du Cambrien inférieur

Bien qu'affleurant dans les nappes du flanc sud de la Montagne Noire, les marbres géorgiens ne semblent pas avoir été exploités au Languedoc s. str. (ils l'ont été entre Mazamet et Dourgne). Ces marbres se retrouvent dans le massif des Albères (Pyrénées Orientales), où diverses carrières ont tenté de les extraire. Au SE de Py, on rencontre en remontant le ravin des traces mineures d'exploitation dans une barre d'une dizaine de mètre de marbre blanc à gros cristaux et lits de silexite, inclus dans une série de schistes appartenant au flanc inverse de la nappe de gneiss précambriens du Canigou. De bons affleurements de marbre se retrouvent sur la nouvelle route de Mantet, 2 kilomètres au-dessus de Py, montrant des replis, une forte schistosité de fracture et une grande variabilité du grain (fin à grossier). Il reste une exploitation active, sur les sommets, à l'Est de Py, qui ne produit que de la poudre de marbre. A La Preste, face a l'établissement thermal, se trouvait une carrière de marbre blanc à gris-bleu, parfois rosé (Aurore Catalane). Exploitée par une compagnie allemande, elle fut abandonnée en 1914.

Au Sud de Ceret, à 400 et 600 mètres environ après le petit village de Mas Carol, la piste traverse une pente raide et boisée et rencontre deux anciennes carrières. La première est une tranchée, qui montre un marbre blanc à veines jaunes ou grises. Le marbre peu épais est très replissé et englobe des inclusions de schiste. La seconde est un front d'une quinzaine de mètres de haut, avec un marbre à gros grain à veines grises. Au total, les marbres géorgiens des Albères ont une épaisseur trop faible, une grande variabilité du grain et de la couleur, se trouvent dans des secteurs pentus et boisés, pas encore cartographiés en détail, et n'offrent que peu de potentiel, même s'ils sont parfois parfaitement blancs à l'échelle de l'échantillon.

Fig. 2 - Marbres cambriens de Mas Carol (Pyrénées Orientales), montrant l'intense déformation et l'inclusion de schistes

4 - Schistes Ordoviciens

Dans les Pyrénées-Orientales ces schistes sont exploités dans les communes de Bouleternère et Montauriol. Pour la première localité, la carrière se trouve à 4,2 kilomètres de piste au SSW du village. Il s'agit d'un schiste vert, à lamines claires et vert sombre, avec une schistosité pendant à 50°. Il existe des surfaces à schistosité plane sur plusieurs mètres carrés, mais on note divers replis qui contrarient la régularité du clivage. On remarque sur les surfaces clivées une linéation principale très marquée et une linéation oblique très fine. Le schiste est démantelé avec une pelle mécanique. On produit des dalles épaisses à surface irrégulière pour dallages en opus incertum, ainsi que des barrettes sciées de 6 centimètres pour les murettes. La carrière Sam de Montauriol produit un schiste vert clair, à forte linéation onduleuse, à clivage irrégulier. La schistosité (pendage 20°) montre quelques replis localisés, elle est traversée par des filons de quartz et de nombreuses fractures, si bien que sont produits seulement des dallages rustiques épais et des moellons. A Valcebollères les schistes bleus de l'Ordovicien, à lits gréseux blancs, étaient encore exploités comme lauzes il y a quelques années.

5 - Calcaires du Dévonien moyen

Dans les nappes de la Montagne Noire, le Dévonien moyen contient les principales exploitations de calcaires marbriers ou marbres rosés ou rouges, appelés collectivement Rouge du Languedoc. Cependant, à Laurens, le calcaire gris sombre à filonets de calcite blanche, appelé « marbre de Laurens » ou Noir Saint-Laurent, fait exception en ce qui concerne la couleur. Il est extrait dans deux carrières en fosse à l'Est du village (Guinet-Deriaz et Italmarble Pocai), la seconde étant exploitée au câble diamanté. Ce calcaire à fort pendage (60°) appartient à l'une des écailles de Cabrières. Les bancs sont peu épais (2 mètres au maximum), assez fracturés et karstifiés. Certaines fractures ont un remplissage rouge, qui a autrefois justifié le nom de « Portor français ». Un autre calcaire noir a été produit à Faugères (il était mentionné par le Répertoire de 1889, alors que Laurens ne l'était pas), son âge est mal précisé.

Au-dessus de Saint-Nazaire-de-Ladarez, l'entreprise Guinet-Deriaz exploite le Dévonien moyen rose sur les crêtes 1,5 kilomètre à l'Ouest du village. Les couches à 35° de pendage sont abattues à l'explosif en remontant la surface structurale, si bien que les blocs dévalent la pente jusqu'au plancher. Il s'agit de calcaire rose à entroques isolées, avec des taches blanches pouvant correspondre à d'anciens stromatactis recristallisés (Rouge Incarnat et Incarnat Turquin, ce dernier plus riche en taches blanches). Dans la partie est, la couleur gris-bleu (Cévenol) prédomine. Le calcaire dévonien a subi ici un certain degré de métamorphisme et de recristallisation, c'est un semi-marbre intermédiaire entre calcaire et marbre vrai.

A Saint-Pons-de-Thomières la carrière Guilhaumon, qui domine le village, montre un beau marbre rose très déformé par le métamorphisme (plissotements, boudinage), avec des veines blanches et rosés ou violacées, provenant peut-être d'anciens stromatactis. La carrière, qui était sciée au fil hélicoïdal, est peu active. Les variétés produites étaient appelées Kuros Doré, Kuros Violet et Fleur de Pêcher. D'anciennes carrières à l'Est de Saint-Pons avaient produit un marbre rubané blanc-grisâtre à rose (marbre de Comiou).

Caunes-Minervois est le plus ancien site d'extraction de marbres rouges du Languedoc. Une concession fut prise en 1663 par Jean d'Alibert, abbé de Caunes, qui fit venir d'Italie Stefano Sorano, maître sculpteur, accompagné de six autres spécialistes. La « Carrière du Roi», qui n'était pas une propriété royale (Louis XIV n'était que l'acheteur du « marbre jaspé»), est encore intéressante à visiter pour l'étude qu'on y peut faire des méthodes d'extraction anciennes. Exploitée sous Louis XIV et ses successeurs, elle a fourni les colonnes du Grand Trianon, celles de l'Arc du Carrousel, des dallages à Fontainebleau, l'escalier de la Reine à Versailles, ainsi que de multiples dessus de meubles et cheminées. La carrière Rocamat fournit deux variétés : Languedoc turquin (rosé à stromatactis gris-bleu) et Languedoc Incarnat (rouge écarlate à taches et filonets blancs). Une autre carrière, exploitée par une société italienne, se trouve sur l'autre .rive du ravin. Les stromatactis, caractéristiques des calcaires rouges du Dévonien des Ardennes belges et de Caunes-Minervois (mais aussi signalés dans le Cambrien, l'Ordovicien et le Silurien d'Amérique du Nord et d'Australie), sont des remplissages de cavités par des cristaux de calcite blanche ou gris-bleu, formant des couches concentriques à partir des parois (comme dans les onyx calcaires des cavernes). La base des cavités est plus ou moins plane, tandis que leur partie supérieure forme des ramifications. Ils peuvent s'étendre sur une dizaine de centimètres ou sur plusieurs mètres, et constituer un pourcentage important de la roche. Leur origine a été beaucoup discutée (décomposition de tapis alguaires ou bactériens, ou bien glissements et décollements de sédiments inconsolidés, ou encore dissolutions sous-marines). Plus récemment Bourrouilh et Bourque (1995) envisagent la décomposition d'éponges, associées à des bryozoaires dans les monticules les moins profonds. En effet, les stromatactis se trouvent presque toujours sur des monticules sous-marins, sous des eaux relativement profondes, à pentes très raides affectées de glissements. Ces formes en dômes sont particulièrement évidentes dans les carrières de la région de Philippeville dans les Ardennes Belges. La présence de tels monticules n'a pas encore été démontrée dans le Languedoc, sans doute du fait des complications tectoniques et du manque d'affleurements. Il est cependant possible que ces monticules, plus ou moins étendus, soient englobés dans des calcschistes versicolores.

Dans les Corbières, le massif du Mouthoumet possède une petite carrière de Dévonien rouge au-dessus de Monjoi, à 635 mètres d'altitude, qui semblait abandonnée lors de notre visite. Il s’agit d’un calcaire microcristallin rouge-brique, à stromatactis blancs recristallisés. Le calcaire rouge est fortement karstifié. Au fond de la carrière, peu profonde, affleure un calcaire microcristallin gris.

Dans le synclinorium de Villefranche-de-Conflent, de nombreuses exploitations ont produit le calcaire dévonien depuis l’époque romaine, mais il ne reste presque plus rien de cette activité.

La carrière de la route de Fuilla (lieu-dit « Las Cobas »), située dans une barre verticale fortement tectonisée. n'a jamais été importante. Elle est inactive, et l'atelier en ruines. Sur le sommet de la colline au Sud de Villefranche, la carrière de Corneilla de la société Provençale SA montre un calcaire fortement fracturé et karstifié qui fournit essentiellement des granulats, plus quelques blocs informes de calcaire rouge ou gris. Contrairement à Fuilla, où les stromatactis sont bien conservés, ils se trouvent ici recristallisés.

6 - Griottes du Dévonien supérieur, et Tournaisien

Dans la Montagne Noire les « marbres griottes », appelés aussi Rouge Antique, étaient produits surtout à Cessenon. Il s'agit de calcaires noduleux rouges, parfois verdâtres, avec de fréquentes Goniatites à l'intérieur des nodules. Ici, les bancs subverticaux, d'épaisseur généralement inférieure à un mètre et séparés par des délits d'argile rouge, ont été exploités dans une tranchée profonde qui a fini par s'ébouler, ce qui a conduit à l'abandon de la carrière. Depuis, c'est la carrière du Pic de Vissou (au Sud de Mourèze) qui produit le Rouge Antique. C'est un calcaire à grain fin, lité, rose à rouge-brun, avec des niveaux blancs ou roses, de nombreux stylolites, des Orthocères, des entroques et des nodules de manganèse. Il est difficile à exploiter du fait de la faible épaisseur des  bancs, des changements de couleur et de la fracturation. Une autre carrière de griotte se trouvait à Félines-Minervois.

La région de Villefranche-de-Conflent a eu également plusieurs carrières de griottes au siècle dernier (calcaires noduleux rouges à  Goniatites), produisant des blocs de petite taille ; elles étaient situées sur des sommets de collines peu accessibles (Roc Vermeil, Terre Rouge, Belloc).

7 - Granites hercyniens

Le granite du vaste massif de la Margeride est un monzo-granite porphyrique à biotite, à grands cristaux rectangulaires d’orthose, contenant un peu de muscovite et de cordiérite, daté de 314-335 millions d'années. Ils est traversé par de grands corps de leuco-granites plus récents (298 millions d'années). Il est exploité en Lozère en deux localités.

A Berc (groupe de communes des Monts Verts), l'entreprise Fournier récolte les boules dans les champs et dans les bois. Les boules altérées étaient appréciées pour la fabrication de cheminées, la roche ayant alors une meilleure résistance au feu. Toutefois, on préfère les parties plus dures pour fabriquer des moellons sciés sur quatre faces, avec la partie apparente éclatée. Cette entreprise familiale produit aussi des bassins monolithes rectangulaires, ou taillés dans une demi-boule. Le responsable ne croit pas que le granite massif puisse se trouver en profondeur, alors que l'examen de la carte géologique le laisse espérer avec une bonne probabilité. A Grandrieu (Lozère), fut exploitée une « syénite » vert sombre, riche en biotite, très tenace. Il s'agit en fait d'une grosse inclusion de vaugnerite (roche filonienne du groupe des lamprophyres) dans le granite de la Margeride.
 

Fig. 3 - Bassins taillés dans des boules de granite porphyrique de la Margeride, Berc (Lozère)

La marbrerie Batifol exploite également des boules aux environs du village du Buisson, on n'y croît pas non plus à l'existence de granite massif en profondeur. Un trou est foré dans la boule, il est rayé puis chargé de poudre noire. Ce granite gris porphyrique ne se prête pas au polissage, à cause de microfractures trop visibles dans les feldspaths, aussi est-il bouchardé pour des emplois en funéraire et dans le bâtiment. D'autres exploitations de boules de surface étaient signalées en 1889 à Estables et Arcomie.

Dans la Montagne Noire, la seule exploitation de boules de granite était celle des Martys (Aude). Dans ce secteur on nous a signalé une exploitation de schistes (non visitée), qui est peut-être la carrière de La Coste, à 1,5 kilomètre au SE, dans des gneiss à deux micas appartenant au massif de gneiss de Nore. Les granites des Pyrénées-Orientales ont été exploités, le plus souvent en boules, en de nombreuses localités comme le granite gris de Neffiach, les granites gris-jaune à bleu de Mont-Louis et La Liagone. Le granite blanc rosé ou grisâtre de Dorres était exploité dans la masse, et a fourni beaucoup de poteaux de clôture de 20 x 20 x 200 centimètres.

8 - Grès stéphaniens et ardoises permiennes

A Champclauson, dans le bassin houiller de la Grand'Combe, des grès formant une corniche en relief dans le sommet de la série du Stéphanien moyen (750 mètres) étaient exploités par la compagnie houillère pour ses constructions. Les carrières étaient signalées comme abandonnées en 1978, mais elles ont été reprises par la famille Souchon qui produit un grès conglomératique gris, bien cimenté et prenant en partie le poli, avec des auréoles ferrugineuses dans les couches de surface. L'abattage est fait par des tirs de nitrate-fioul, on trie ensuite les blocs pouvant être sciés et ceux destinés à faire des moellons de construction. Les machines de sciage et de polissage ont été construites par M. Souchon lui-même, auteur également d'un procédé de découpe et de moulurage très secret, qu'il ne souhaite ni breveter ni vendre. Dans le petit bassin permien de Lodève, il y eut jadis une petite production d'ardoises et de dallages a partir de l'Autunien (carrières juste à l'Est de Lodève).

Fig. 4 - Auréoles ferrugineuses dans le grès stéphanien de Champclauson (Gard)

   Fig. 5 - Découpe par la "méthode secrète" de M. Souchon à Champclauson

           9 - Trias et Jurassique

Les grès du Trias ont produit dans l'Hérault des pierres de construction à Gabian, Lama-lou, Villemagne, Villeneuvette, etc. Près de Lodève, ils fournissaient des meules de moulin, et des meules à aiguiser. Les brèches dolomitiques du Lias inférieur furent exploitées dans les Pyrénées-Orientales à Las Fons sur la commune de Calce (brèche dolomitique grise à jaune, signalée sur le répertoire de 1889 avec une épaisseur de 0,8 mètre et une découverture de 20 mètres), ainsi qu'à Molières dans le Gard. La nomenclature du Mausolée (1976) rapporte que la région de Tautavel a produit un marbre noir finement veiné de blanc et jaune d'or, qui était appelé Millefleurs, il s'agit peut-être des marbres du Lias.

Les calcaires hettangiens beige-rosé des Causses sont exploités par Technipierres d'Esclanèdes (Lozère) dans une petite carrière située à Barre-des-Cévennes, dans le parc naturel des Cévennes, ce qui oblige à recouvrir la carrière en dehors de périodes d'extraction.

 Le Jurassique moyen produisait diverses pierres calcaires d'intérêt purement local dans le Gard (Montdardier, Saint-Ambroise, Tornac) et dans l'Hérault (Loupian, Saint-Bauzille-du- Putois), le Jurassique supérieur de l'Hérault des calcaires sublithographiques en petits bancs (moellons et dallages) à Cournonterral, et des bancs calcaires plus épais à Frontignan (construction de quais portuaires). Toutes ces productions ont disparu, sans doute du fait de la faible épaisseur des bancs, mais l'entreprise Technipierres a ouvert une grande carrière dans le Bathonien des Causses à La Tieule (Lozère). C'est un calcaire oolitique-graveleux gris-beige, contenant des galets de calcaire graveleux, bien cimenté et sonore, faiblement poreux (2,59), exploité sur 11 mètres de haut.

Le Kimméridgien des Causses est exploité à Laval-du-Tarn par Technipierres dans une ancienne carrière, utilisée surtout pour la production de granulats. C'est un calcaire à grain fin, à stylolites, bicolore (bleu au coeur des blocs, beige à taches violacés sur le pourtour), en bancs peu épais (0,4 mètre) et passablement fracturé.

10 - Calcaires néocomiens

Le Berriasien de Pompignan (Gard) est exploité par l'entreprise Dangan. Il s'agit d'un calcaire finement bioclastique compact, caractérisé par de petits éléments anguleux noirs, de couleur gris-bleu, à nombreux stylolites noirs. La carrière, peu profonde, fournit des blocs d'une épaisseur de 0,4 à 1 mètre. Il s'agit d'un faciès local du Berriasien, ailleurs constitué de calcaires argileux gris ou de calcaires fins à Calpionelles.

A Roquemaillères, juste à la sortie NW de Nîmes, l'Hauterivien supérieur épais de 100 à 200 mètres, forme un synclinal WNW-ESE. La carrière actuelle, qui inclut des traces d'activité de l'époque romaine, exploite deux bancs de 1,3 et 1,7 mètre, sous une grande découverture qui a malheureusement été faite à l'explosif sans grandes précautions. C'est un calcaire gris fortement bioturbé, bicolore, avec des auréoles d'oxydation jaunes autour des bancs, et une seconde phase d'oxydation rouge autour des fractures. Les blocs de belle taille sont sciés en tranches de 3-4 centimètres pour des revêtements de façades, des éléments de voirie urbaine, etc. Les autres fournissent des pierres de taille et des moellons. Cette roche ne prend pas le poli brillant, seulement l'adouci.

A Barutel (ou Baruthel), à 10 kilomètres au NW de Nîmes, le Barrémien inférieur a été extrait depuis l'époque romaine pour fournir de grandes pierres de taille, des marches, des dalles, des colonnes et des chapiteaux pour les villes de Nîmes et de Marseille. Il s'agit d'un calcaire argileux, se délitant en grandes dalles de 0,5 à 1 mètre d'épaisseur. Plusieurs carrières étaient encore signalées en 1889, mais la présence d'argile a sans doute conduit à l'abandon de cette pierre.

Le calcaire de Tavel appartient aussi au Barrémien, sans posséder non plus le faciès urgonien. Il s'agit d'un calcaire finement grenu, fortement bioturbé, à Ammonites, à teneur élevée en silice (18), de couleur gris-bleu sombre avec des enveloppes oxydées beiges (bicolorisme). Les bancs, assez épais, ont un pendage de 40°, ce qui rend difficile l'extraction. L'abattage à la poudre noire a été remplacé par une découpe faite par un marteau perforateur de 90 millimètres sur chariot de guidage, qui fore des trous parallèles sécants. Les blocs sont ensuite levés par coins hydrauliques.

Fig. 6 - Gélifraction sur 3 m de profondeur causée par les glaciations quaternaires à Tavel (Gard)

        11 - Calcaires urgoniens

Dans le Barrémien supérieur de Brouzet-lès-Alès (Gard), qui dessine le synclinal du Mont Bouquet plongeant vers WNW, trois carrières exploitent le faciès urgonien, sous forme de calcaire crayeux microcristallin blanc, très pur et massif. Cette roche très blanche et homogène (à part les Rudistes, comme Requienia ammonia, Toucasia carinata, et Monopleura sp., qui sont considérés  comme des défauts), se prête à la taille et à la sculpture. Dans la carrière la plus basse, exploitée par M. Duplan à l'aide de haveuses, le calcaire comporte un certain nombre de défauts, comme des fractures ramifiées grises, des passées à gros fragments de Rudistes. La carrière Lauze comporte une partie en amphithéâtre, qui a été exploitée à l'escoude puis par forages contigus. Elle l'est maintenant par havage en galeries (toit peu épais et karstifié). Une troisième carrière, à Verfeuil, vient d'être ouverte par l'entreprise Lugan de Tavel.

Près du sommet de la colline du Bois des Lens  à l'Est de Moulézan (Gard), se trouvent plusieurs carrières romaines décrites par Bessac et Blanc (1990), et qu'il est intéressant de visiter pour reconstituer les techniques de cette époque. Elles étaient exploitées par petits gradins, en creusant au pic à double pointe (l'escoude) une tranchée verticale d'une vingtaine de centimètres de large en surface, se rétrécissant vers le bas, jusqu'à une profondeur d'un mètre environ. Une fois les deux ou trois tranchées verticales achevées, une saignée triangulaire était taillée à la base de la face apparente, qui servait de toute évidence à placer des coins en fer pour créer une fracture horizontale. Les fronts romains montrent des gradins assez chaotiques, car chaque pierre était découpée selon des dimensions particulières. Certaines des carrières romaines ont été détruites par les travaux ultérieurs (sciages au fil hélicoïdal, forage de trous contigus, signalé par Noël, 1970). Depuis 1991, Rocamat a repris l'une des carrières, par sciage au câble diamanté sur des fronts de grande hauteur. La pierre de Lens est un calcaire finement oolithique, massif et homogène, propice à la sculpture. Le Barrémien supérieur forme un vaste monoclinal pendant vers le Sud-Est. Son épaisseur est reportée augmenter de 30 mètres dans l'Ouest de la feuille Anduze, à 120 mètres dans l'Est.

        Fig. 7 - Carrière romaine de Lens, la partie gauche a été reprise jadis au fil hélicoïdal

Fig. 8 - Extraction d'un bloc par la méthode romaine à Lens, tranchées verticales et saignée triangulaire pour les coins à la base

12 - Crétacé supérieur

En diverses localités des Pyrénées-Orientales, des brèches massives, comportant des éléments mélangés allant jusqu'à l'Albo-Aptien, et discordantes sur des étages divers du Jurassique ou du Crétacé, ont été cartographiées, et certaines d'entre elles exploitées. Leur âge est incertain, pouvant s'étendre du Crétacé supérieur à l'Oligocène. Elles sont en tout cas postérieures à la phase métamorphique et tectonique des Pyrénées.

La brèche de Baixas (Pyrénées-Orientales) était mentionnée par une enquête de 1748 (Bresc-Bautier et Du Mesnil, 1986), et était active en 1889. De belles coupes au fil hélicoïdal subsistent, mais il n'y a plus maintenant qu'une activité de concassage. Le contact avec les calcaires jurassiques, découvert par l'exploitation de concassés, est vertical et tectonisé. La brèche massive est polygénique, comportant des éléments anguleux de marbres blancs paléozoïques ou jurassiques, des calcaires noirs du Lias, des dolomies jurassiques, des fragments de schistes verdâtres, dans un ciment gris ou rougeâtre. Cette roche portait différents noms de fantaisie comme brèche romaine, brèche orientale, brèche de Portugal !

A Estagel a été signalée une brèche, discordante sur le Jurassique-Crétacé inférieur, à éléments montrant un métamorphisme haute température à scapolite (Durand-Delga et al,, 1980). Son exploitation était ancienne puisqu'elle a été constatée en 1748 et 1823, mais elle n'a plus été signalée par la suite. 

A Tautavel (Pyrénées-Orientales), une brèche calcaire massive, discordante sur des marbres bleus a été extraite par découpage au fil hélicoïdal, dans une petite carrière abandonnée dans les années cinquante sur la rive droite de la gorge. Cette brèche est formée d'éléments anguleux bleus et blancs, dans un ciment jaune-orangé, et se compare à celle de Baixas. Les grandes carrières dominant Tautavel et recouvrant la brèche produisent industriellement depuis 1954 des produits concassés pour la fabrication de granitos et de poudres blanches très pures à partir de marbres blancs du Jurassique supérieur.

La brèche du Cap Romarin (Aude) est produite dans deux carrières voisines, sur les communes de La Palme et de Port-la-Nouvelle, sous les noms de Saint-Jean Fleuri ou Brèche Nouvelle. C'est une brèche massive, à éléments de calcaires bleu-noir entrecoupés de filonets de calcite blanche et de calcaires gris, dans un ciment souvent rouge-brique. Les éléments les plus récents datent de l'Aptien et de l'Albien, la brèche apparaît discordante sur le Jurassique, ailleurs elle l'est sur le Crétacé inférieur. Bien que des brèches aient été mentionnées en intercalations dans le Jurassique supérieur, il semble que la brèche du Cap Romarin doit être rattachée à l'ensemble des brèches discordantes post-albiennes (Crétacé supérieur à Oligocène). La carrière de La Palme (à forte karstification) semble abandonnée, tandis que celle du Cap Romarin a été réactivée depuis deux ans par la société Pitié de Castres, avec des techniques modernes (grande haveuse Fantini pour le sciage de base, câble diamanté pour les sciages latéraux, forages et coins à main ou coins hydrauliques pour la coupe arrière). Il en résulte de beaux blocs de 6 à 8 m3, vendus surtout en Italie.

Fig. 9 - La carrière de brèche du Cap Romarin

Les Grès d'Alet, grès fluviatiles attribués au Campanien inférieur, sont développés dans un graben d'un kilomètre de large près d'Alet (Aude). Une petite carrière exploite épisodiquement un banc de 2 mètres. Ce sont des grès microconglomératiques, avec des galets pouvant atteindre quelques centimètres, poreux, d'une couleur jaune à ocre rouge, avec auréoles ferrugineuses. Des grès similaires ont servi à la construction du donjon d'Arques au XIII-XIVe siècles.

On mentionnera enfin la syénite néphélinique de Fitou, roche grenue gris-blanc, qui a fourni des moellons de construction pour Salses, à partir d'une petite intrusion qui se serait mise en place au Crétacé.

13 - Eocène

Les calcaires de l'Éocène inférieur (Ilerdien) ont produit surtout des pierres de construction, par exemple les calcaires à Alvéolines de Couiza et ceux de l'anticlinal du Plantaurel (150 mètres de calcaires à Milioles). La seule exploitation que nous connaissons est la carrière des Aigles au NW de Roquetaillade. C'est un calcaire assez compact, bioturbé, à Milioles très abondantes, en bancs de 0,3 à 0,6 mètre, exploités sur 6 mètres de hauteur. La couleur est gris-bleu à l'intérieur des blocs, beige à l'extérieur (bicolorisme) ; seuls les bancs les plus épais sont récupérés. L'ancienne ville de Carcassonne a été construite en grès calcaires fluviatiles de l'Éocène moyen, à partir de petites carrières locales.

14 - Calcaires miocènes (Pierre du Midi)

Dans le golfe miocène de Languedoc-Provence, des calcarénites poreuses, blanches ou beiges, appartenant au Burdigalien ou à l'Helvétien, parfois appelées « molasse calcaire » par des géologues, sont intensément exploitées sous le nom collectif de Pierre du Midi. On rappellera que des carrières très actives sont situées en Provence, des Alpilles jusqu'au Nord du Luberon (Fontvieille, Les Beaux, Ménerbes, Lacoste, Espeil).

Dans le Gard, les plus importantes exploitations se trouvent sur les communes de Vers-Pont-du-Gard et Castillon-du-Gard. Dans un petit bassin de 3,5 kilomètres de large, limité par deux massifs urgoniens, l'Helvétien comporte une base marneuse et une partie supérieure calcaire, la pierre du Pont-du-Gard, Cette pierre, à faible pendage vers le SSW, est épaisse de 10 à 35 mètres. C'est une calcarénite formée de fragments de coquilles et de bryozoaires, avec de nombreux pectens (Chlamys multistriata), assez tendre et poreuse, de couleur beige à jaune ocre. Les faciès, plus ou moins fins ou grossiers, varient assez rapidement. Un examen des fronts montre de grandes stratifications obliques, limitant des lentilles de qualités différentes. Cette pierre tendre est réputée abrasive pour l'outillage, ce qui s'explique par les grains de quartz qu'on observe à la loupe. Ses défauts sont la présence occasionnelle de petites lentilles d'argile, mais les carrières ont divers avantages comme l'absence de fractures, la stabilité des fronts verticaux de 20 mètres de haut, une nappe phréatique plus en profondeur. Les huit entreprises intervenantes extraient les blocs de manière similaire. Sur des planchers parfaitement aplanis, on déplace des haveuses verticales (rouilleuses) sur rails, dans certains cas munies de deux bras, qui creusent des saignées de 1,1 à 1,8 mètre de profondeur à raison de 8 à 9 m2/heure. Les chaînes sont équipées de dents de carbure, parfois il s'agit de courroies diamantées. La coupe horizontale est faite par une haveuse à bras rigide, dans d'autres cas par des appareils de forage comportant huit tarières espacées de 12 centimètres (dans ce cas le plancher est régularisé après l'enlèvement des blocs par passage d'un engin muni d'une lame). Les blocs sont presque tous sciés dans de vastes ateliers à proximité, équipés de grands disques (3 mètres) montés sur ponts. La production est en grande partie destinée à la confection de cheminées et de barbecues, et à la pierre de construction. La carrière La Romaine fournit les gros blocs (jusqu'à 3,1 mètres de long) nécessaires à la réfection en cours du Pont du Gard. L'essor des carrières de Vers et Castillon date des années soixante-dix. Avant cette date, Noël rapportait une faible production (quelques centaines de mètres cube par an), et un abattage par foration au marteau piqueur sur 10 à 11 mètres de hauteur.

Les anciennes carrières sont nombreuses dans le bassin des calcarénite miocènes. Beaucaire a été un important centre de production, grâce à son port sur le Rhône, on citera aussi Brégines près Béziers, Lespignan près de Narbonne, Nissan, l'Ile-Sainte-Lucie. Dans le Gard la seule autre carrière est celle de Pondres (dans le Burdigalien), peu active.

Dans la région au NE de Castries (Hérault), les carrières abandonnées sont légion, mais deux restent en activité sur la commune de Beaulieu (Burdigalien). Les Carrières du Midi ont abandonné la production en série de moellons sciés pour se consacrer à la fabrication de colonnes, balustres, cheminées et pierres de décoration. La grande carrière Farrusseng, qui en est toute proche et sur la même commune de Beaulieu, appelle cependant sa production « pierre de Saint-Géniès», et débite les blocs à l'aide d'un scie à disque non automatisée. Le havage est fait à Beaulieu avec des machines assez particulières, de fabrication locale ancienne, comportant une grande roue évidée sur laquelle des dents sont soudées. Au total, la pierre de Castries (avec ses deux dénominations de pierre de Beaulieu et pierre de Saint-Géniès) n'a pas rencontré la réussite commerciale de la pierre du Pont du Gard.

Au SW de Montpellier, la dernière localité de l'Hérault produisant des pierres miocènes est la carrière de Pignan (limite Burdigalien-Helvétien). C'est une lumachelle beige à nombreux Pectens, très tendre et poreuse, avec des délits argileux et lentilles d'argile. La carrière Coulet produit surtout du sable par broyage, et quelques moellons bruts pour la construction.

Fig. 10 - Carrière La Romaine à Vers-Pont-du-Gard


   Fig. 11 - Appareil à huit tarières pour la coupe horizontale à Vers-Pont-du-Gard

       Fig. 12 - Ancienne haveuse à la carrière de Beaulieu



       
Fig. 13 - Production de balustres tournés aux Carrières du Midi à Beaulieu



       Fig. 14 - Carrière Farrusseng à Beaulieu près de Castries

           15 - Quaternaire

Des basaltes sont extraits des volcans récents de la région d'Agde, qui datent de la période des premières glaciations (Gunz et Mindel). A Saint-Thibéry, la vaste carrière des Roches Bleues est installée dans une coulée de basalte de 12 à 20 mètres (vieux de 680 000 ans). C'est une roche gris-bleu sombre, finement bulleuse, à cristaux d'olivine. La présence de leucite et de néphéline amène à la classer parmi les basanites. La carrière, où l'abattage est fait à l'explosif (nitrate-fioul), fournit surtout des concassés pour l'empierrement. On récupère les plus gros blocs, souvent de gros prismes (inférieurs au mètre cube), pour sciage dans un petit atelier (moellons sciés, tranches pour sols ou revêtements de murs).

     

Fig. 15 - Coulée de basaltes quaternaires prismés, carrière de Saint-Thibéry (Hérault)

Dans le même atelier sont sciés des blocs épars provenant du volcan d'Agde, basalte s. str. gris, fortement bulleux, qui a servi jadis à la construction de la cathédrale d'Agde, de quais pour les ports (jusqu'à Marseille), et même à la sculpture. La carrière de Lézignan-la-Cèbe fournit uniquement des concassés.

Des onyx calcaires, provenant de remplissages de cavités karstiques, ont été extraits dans les Pyrénées Orientales. A Fontrabiouse, des carrières de concassés ont attaqué le calcaire bleu dévonien, fortement fracturé au voisinage de la faille de Merens. On y observe une fissure karstique partiellement remplie par une couche d'onyx d'à peine 0,5 mètre d'épaisseur. Plus loin on trouve des déblais d'anciens travaux, où l'on peut récolter des échantillons d'onyx à fines lamines beiges et brunes. Ces onyx, dont la production n'a pas dû être considérable, ont été employés à Perpignan et au Palais de Chaillot. A Montorgull (près d'Amélie-les-Bains), existait autrefois une exploitation artisanale dans une couche d'onyx décrite comme remplissant un ravin descendant le flanc de la montagne, cet onyx a surtout servi à la fabrication de vases.

Des travertins quaternaires ont été extraits à Lézignan-Corbières depuis le XIIIe siècle. Après diverses vicissitudes, la production a été relancée par la société Sotec dans la carrière des Lègnes, entre Ferrals et Fontcouverte. Sur une petite butte en relief, le banc principal a deux mètres d'épaisseur. C'est un calcaire beige, sonore, caractérisé par de nombreuses cavités tapissées de petits cristaux de calcite. Ces druses, plus nombreuses à la partie supérieure, résultent de l'encroûtement de végétaux par de la calcite au fond d'une dépression marécageuse (on remarque des bouquets d'anciennes tiges de roseaux). La carrière produit par havage des blocs de 2 m3, soigneusement équarris au câble diamanté, qui sont vendus pour la fabrication de dallages, mobiliers urbains, encadrements de portes et fenêtres.

    Fig. 16 - Banc de travertin quaternaire de la carrière des Lègnes (Aude) ; la partie supérieure est beaucoup plus trouée, avec des empreintes de roseaux

        Références

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NOTE (1) Mme Annie Blanc (Centre de recherche sur les monuments historiques), M. Lauze (UNICEM Languedoc-Roussillon). M. Ahmadzadeh (École des Mines d'Alès), et tous les carriers qui ont bien voulu m’indiquer les carrières actives dans leur secteur.