1 - Introduction
Au cours d'un voyage en
Irlande en juin 1997, sous un temps qui consternait même les
irlandais et justifiait
bien l'ancien nom d'Hibernia, nous avons recherché les
carrières de roches
ornementales en activité. Ces carrières avaient
été recensées, mais non
visitées, par le Geological Survey de
Dublin en 1994.
Les plus anciens objets de
pierre connus en Irlande sont les haches en cornéennes
bleutées qui ont été
fabriquées dans le nord de l'Ulster. La civilisation
mégalithique (population
méditerranéenne du Néolithique et Bronze ancien),
largement développée en
Irlande, a mis en oeuvre de grands blocs de pierre, souvent
gravés de motifs
géométriques : de grands tumulus funéraires,
comportent une masse de terre
énorme (jusqu'à 70000 m3),
sous laquelle se trouve une chambre funéraire, couverte par une
grande dalle de
pierre (jusqu'à 100 t) montée sur piliers. Dans d'autres
tumulus, un corridor
couvert de dalles conduit à une vaste chambre avec voûte
en encorbellement.
Les Celtes (principalement les
Gaels) arrivent vers le VIe siècle avant J.C., ils
réduisent en esclavage les
autochtones, et passent leur temps à guerroyer entre eux ; leur
motif préféré,
la croix celtique, est toujours à l'honneur dans les
cimetières d'aujourd'hui.
L'Irlande n'a jamais été conquise par Rome, mais une
partie des celtes
d'Irlande, les Scots, émigrent en Ecosse, ce qui les met en
contact avec la
civilisation romaine à l'occasion de pillages commis en
Angleterre.
Les inscriptions oghamiques,
datant de 300 à 600, emploient un alphabet celtique,
inventé parait-il par le
dieu celte Ogmios, comportant des traits perpendiculaires et obliques.
Ces
inscriptions ont été retrouvées sur de nombreuses
pierres gravées, leur
traduction a été rendue possible par la découverte
en Angleterre d'une
inscription bilingue oghamique-latin. Une autre pierre celtique
célèbre, la
pierre fatale de Tara (tumulus situé 34 km au NW de Dublin),
"mugissait
avec une voix de tonnerre" quand un roi légitime s'y asseyait,
mais
restait muette s'il s'agissait d'un imposteur.
L'Irlande est christianisée
par Saint Patrick, un breton qui avait été réduit
pendant six ans en esclavage
(401-407) ; la période qui suit représente le
véritable âge d'or de la
civilisation irlandaise. De nombreux monastères sont
édifiés, des savants
européens s'y réfugient, les moines assurent la
préservation des oeuvres
antiques par la recopie et l'enluminure de manuscrits. A la même
époque, des
missionnaires irlandais christianisent d'autres pays, traversant les
mers sur
des auges en pierres selon la tradition. Saint Colomban par exemple
fonde sur
le continent les abbayes de Luxeuil, de Saint Gall et de Gobbio.
A partir de 852 les
incursions viking provoquent des destructions ; néanmoins la
construction
d'églises de pierre se poursuit, les techniques de sculpture ne
sont pas
perdues, on assiste même à un renouveau sous le roi Brian
Boru (926-1014).
L'édification de tours rondes est
attribuée à cette époque : ce sont des tours
cylindriques étroites, hautes de
20 à 40 m pour un diamètre de 3 à 5 m, dont le
rôle de clochers ou de tours de
guet est incertain.
Après la conquête par les
barons anglo-normands à partir de 1171, des cathédrales
sont construites à
Kilkenny, Limerick et Dublin, qui témoignent d'une influence
romane. La
maîtrise de la taille de pierre se manifeste dans
l'édification de grands
châteaux et abbayes du XII au XVe siècle. On a
recensé dans la cathédrale Saint
Canice de Kilkenny l'utilisation de
nombreux types de roches : calcaire carbonifère local, dolomie
rose d'origine
proche, grès dévoniens, marbres de Connemara, grès
de Coolcullen (au Nord de la
ville), marbre rouge de Cork, ardoises de Tipperary, ainsi que de
roches
importées : calcaire oolitique de Dundry près de Bristol,
ardoises rouges du
Nord du Pays de Galles, pierre de Caen, marbre de Carrare.

Fig.
1 - La cathédrale Saint Canis à Kilkenny (XIIIe
siècle), dans laquelle de nombreuses roches de provenance
irlandaise et étrangère ont été
employées
La colonisation anglaise,
progressive et impitoyable, se déroule du XVI au XVIIIe
siècle, les indigènes
sont expropriés ou exterminés. Les exactions culminent
avec l'arrivée des
troupes de Cromwell, qui avait envisagé de vendre l'Irlande aux
juifs contre
une redevance annuelle. Au XVIIème siècle
l'arrivée des presbytériens d'Ecosse
dans le NE de l'île est à l'origine de problèmes
encore actuels de l'Ulster. A
la fin du XVIIIe siècle, seulement 5% des terres appartiennent
aux irlandais.
La dépopulation de l'Irlande
à cette époque résulte tant des grandes famines de
1740-1741 (400 000 morts) et
1845-1847 (500 000 morts), que d'émigrations massives (8 M
d'émigrés de 1780 à
1879) ; malgré de nombreuses insurrections contre les anglais,
aucune ne
réussit par suite des divisions entre factions.
Au XIXe siècle,
les carrières de calcaire bleu
carbonifère et de granite gris à deux micas s'ouvrent en
grand nombre pour
faire face aux besoins des travaux publics (routes, jetées de
ports) et de la
construction (bâtiments officiels, églises). Outre le
calcaire bleu massif, on
emploie beaucoup dans la région de Dublin le calp,
calcaire carbonifère en petits bancs, dont les carrières
ont
aujourd'hui disparu.
La République d'Irlande
obtient son indépendance en 1920, la province de l'Ulster
restant sujette de la
couronne britannique. L'ère du béton provoque une
réduction l'activité des
carrières, et ce n'est que dans les années 80 que l'union
des principaux
producteurs de calcaire bleu et l'usage du câble diamanté
permettent une
reprise de la production et des exportations.
Le gaélique, proche de la
langue erse d'Ecosse, est la langue officielle à
égalité avec l'anglais.
Quoique obligatoire à l'école primaire, elle est
très peu parlée en réalité
sinon dans quelques collines de l'Ouest ; il existe quelques
émissions
télévisées en gaélique, mais aucun journal.
De nombreux littérateurs de langue
anglaise sont originaires d'Irlande, grâce à
l'imagination, la fantaisie et le
sens de la musique qui caractérisent les irlandais, en
même temps qu'une
certaine propension à la bière et au whiskey, comme en
témoigne le grand nombre
de pubs heureusement répartis dans l'île ; ils servent de
centre d'informations
au voyageur dérouté par les déficiences de la
signalisation routière.
Les manuels de géographie
nous décrivent l'Irlande comme un pays traditionnellement
agricole et pauvre :
en 1879 le géographe E. Reclus écrivait "on voit encore
par milliers des cabins ou réduits en terre
qu'emplit
l'âcre fumée de la tourbe et qu'habitent dix ou douze
individus, couchant sur
le sol fangeux, pêle-mêle avec les porcs". De nos jours par
contre, le
voyageur est étonné par l'apparente
prospérité actuelle, qui doit s'expliquer
certes par les subventions européennes, mais aussi par le retour
de descendants
d'immigrés des USA (où il existerait 40 M d'irlandais),
du Canada, d'Australie
et de Grande Bretagne, et par une politique intelligente favorable aux
investissements. On notera par exemple l'implantation d'une grande
usine de
traitement de la bauxite de Guinée, de constructeurs
d'ordinateurs, et de
fabricants de diamant synthétique : de Beers est implanté
à Shannon depuis
1960, General Electric à Clonshaugh depuis les années 80.
L'Irlande est ainsi
devenue le premier centre mondial du diamant de synthèse. La
construction de
maisons individuelles de bon standing apparaît très active.
2 - Aperçu de
l'histoire géologique
Les terrains les plus
anciens se trouvent dans le SE (gneiss du complexe de Rosslare, 2400
Ma) et
dans le NW (1500 à 700 Ma) ; entre ces deux massifs se sont
déposés les
sédiments du groupe dalradien (Précambrien
supérieur à Cambrien), épais de
17000 m, qui affleurent surtout dans le NW. Ce sont maintenant des
terrains
métamorphiques, comme en Ecosse, avec des schistes, des
quartzites et quelques niveaux de marbres
à silicates
(tels ceux du Connemara). Le métamorphisme et l'intrusion de
plutons
granitiques sont le résultat de l'orogénèse calédonienne, qui a
duré
jusqu'au Dévonien inférieur ; les plis sont de direction
SW-NW, et sont
accompagnés de décrochements sénestres. La suture
de l'océan appelé Iapetus
traverserait le centre de l'Irlande. Les grands plutons granitiques
datent de
390-404 Ma ; certains résultent de montées diapiriques,
d'autres sont liés à la
subsidence de caldeiras (Newry, Galway).

Fig.
2 - Carte géologique sommaire et situation des carrières
On note la quasi absence de
Dévonien inférieur et moyen, puis une grande
épaisseur de molasses
fluvio-lacustres, les Vieux Grès Rouges (6000 m dans le SW),
avec gisements de
plantes, mollusques et arthropodes. Dans cette série du
Dévonien supérieur,
l'île de Valentia produisait autrefois des grandes dalles
d'ardoises violacées
pour toitures et sols.
Au début du Carbonifère,
après un épisode détritique, s'installe une vaste
plateforme carbonatée
provenant d'une mer méridionale : les calcaires bleus dinantiens
forment
actuellement le substratum d'une grande partie de l'Irlande centrale,
marquée
par des karsts (comme le Burren) et des grottes (comme Marble Arch),
ils
produisent le calcaire bleu de Kilkenny, aussi des marbres à
brucite (exploités
à Lough Sheelin). Le Carbonifère inférieur
contient en outre des gisements de
plomb, de zinc, de cuivre et de baryte.
Ensuite vient une série
détritique fournissant des grès, et renfermant quelques
charbons (Arigna,
Castelcomer, Slieve Ardagh). Elle se termine par
l'orogénèse hercynienne (ou varisque)
pendant le
Stéphanien et le Permien : il se produit des plis E-W à
vergence Nord, accusés
surtout dans le Sud. Sous la plaine centrale, le Carbonifère est
tectoniquement
calme, peu métamorphique et dépourvu d'intrusions
plutoniques.
Le Permien supérieur et le
Mésozoïque sont préservés uniquement en
Ulster sous les basaltes tertiaires :
le Permien et le Trias sont détritiques et évaporitiques
(fournissant le gypse
pour l'industrie du plâtre et du ciment) ; ensuite vient la
transgression du
Lias, une lacune du Dogger, puis une nouvelle transgression marine
débutant au
Cénomanien et s'achevant avec la Craie sénonienne.
Au cours de l'Eocène
surviennent de larges éruptions fissurales qui sont à
l'origine des basaltes du
plateau d'Antrim, bien connus des touristes par les orgues de la
Chaussée des
Géants, entrecoupés de deux épisodes de sols
tropicaux à latérite ; ces
épisodes continentaux ont causé une altération en
boules du basalte sous-jacent.
Des dolérites et gabbros sont connus dans une intrusion
fissurale à Killale
Bay. L'Oligocène est représenté par les argiles du
Lough Neagh.
Une large extension des
glaciers se produit au cours du Quaternaire. Pendant les derniers 10000
ans se
développent des tourbières, encore actives. Dans les
plaines, la couche de
tourbe est en moyenne de 8 m, elle peut atteindre 13 m et recouvrir des
lacs
cachés. La tourbe est encore exploitée pour des centrales
électriques et
l'horticulture, sans compter l'alimentation des cheminées pour
les nostalgiques
du passé.
3 - Roches ornementale
A - Quartzites dalradiens
Dans les quartzites de
Donegal, nous n'avons trouvé qu'une exploitation, au lieu-dit Altclough, 5 km à
l'ESE de Saint Columkille : c'est une barre de quartzite
blanc se délitant en plaquettes de 2 à 4 cm, à
surfaces gris-verdâtres
micacées, avec minéraux noirs montrant une nette
linéation. L'exploitation est
compliquée par des plissotements, des veines et des lentilles de
quartz, elle
se fait uniquement par démantèlement avec des leviers (crowbars). Très mal organisée, elle semble
ne produire que des
dalles de petite dimensions pour opus incertum. Son
propriétaire m'a
indiqué qu'il avait trouvé une nouvelle carrière
moins plissée à l'ouest de
Stravally.
Dans le sud de l'île Achil,
une grande carrière de quartzite
se trouve à Dereens, bien visible depuis la route
périphérique (Atlantic drive) ; ici
affleure la
puissante série du Kildownet quartzite, appartenant à la
formation des Cove
Schists. Elle forme un double barre, sur laquelle deux séries de
centres
d'extraction peu profonds s'étendent sur plus de 500 m de long.
L'ensemble de
cette exploitation anarchique fait le plus triste effet dans le
paysage, les
débris étant simplement rejetés dans la pente, au
grand dam des voisins selon
lesquels le propriétaire ne respecte ni réglementation ni
limites de
propriétés. Le matériel consiste
en
deux vieux tracteurs agricoles, un compresseur antique et une
guillotine dans
un hangar éventré. L'activité était nulle
lors de notre passage, mais il parait
que de temps à autre des ouvriers viennent avec une pelle
mécanique. La roche
est un quartzite très pur, crissant sous les pas, se
délitant en couches
de quelques centimètres à
quelques
décimètres, avec une linéation marquée sur
les gros bancs. La roche est
malheureusement affectée par une
forte
densité de fractures, donnant parfois une fausse impression de
stratification.
L'extraction a été importante au début du
siècle pour fournir des ballasts de
routes en Angleterre, une voie ferrée avait été
installée pour transporter le
matériau jusqu'à la côte voisine.

Fig.
3 - Paysage d'Achil Island, ravagé par les carrières de
quartzite

Fig. 4 - Fracturation de l'Achil
quartzite : schistosité de fracture recoupanr la
schistosité normale pendant à droite
Pour en terminer avec les
exploitations folkloriques d'Achil, on nous a rapporté qu'une
seconde carrière
de quartzite existe dans l'île, sous forme d'un trou à
moitié rebouché : plutôt
que faire face aux dépenses de remise en état à la
fin de l'extraction, le
propriétaire s'est déclaré en faillite et a
jeté tout son matériel dans le trou
!
B- Marbres verts dalradiens
Ils ont été exploités en
de
nombreuses petites carrières de la région du Connemara,
situées sur une ligne E-W d'une
vingtaine de kilomètres entre Clifden et Recess. Ce sont
des marbres à serpentine (anciennes dolomies?), rubanés
avec lits de
calcsilicates, pour lesquels nous manquons d'étude
pétrographique précise. Ils
doivent se ranger à notre avis dans les marbres à
silicates et n'ont rien à
voir avec les serpentinites bréchiques habituellement
associées aux séries
ophiolitiques. Ils contiennent du graphite, résultant du
métamorphisme de
matière organique, qui laisse un résidu gris sur les
surfaces exposées à
l'extérieur. Ils ont été exportés dans tout
le monde aux grandes heures de
l'Empire Britannique.
La carrière de Streamstone
a été la plus importante,
et se présente comme une fosse profonde qui a été
exploitée au fil hélicoïdal,
et reprise parait-il plus récemment au câble
diamanté. Elle est actuellement en
partie noyée et inactive. Le propriétaire actuel nous en
a refusé l'accès sous
prétexte de sécurité ; il prétend exploiter
au câble diamanté, en réalité il ne
fabrique que de petits objets pour touristes. Cependant, en faisant le
tour du
grillage, on constate qu'à l'évidence il n'y a eu aucune
activité récente : la
fosse est noyée, le derrick s'est effondré en se cassant,
il n'y a aucun appareil
à câble diamanté. La roche est affectée de
nombreux replis métamorphiques, et
montre des couleurs rapidement changeantes, avec des rubans blancs,
vert pomme
et gris noir. La série pourrait y contenir encore des
réserves importantes, à
condition d'élargir la carrière et de la
réorganiser en gradins.
A Recess, l'entreprise
Connemara Green Marble Quarries dispose d'un atelier avec un monolame
et une
polisseuse à genouillère, et traite des blocs informes de
1 à 2 m3 ;
quelques dalles de 30x30 cm sont fabriquées, une polisseuse
à 10 têtes aurait
été commandée. Des segments diamantés pour
granite sont employés sur le
monolame à cause de la dureté du marbre (présence
de silicates). Le
propriétaire, méfiant au point de me demander mes
pièces d'identité, et avare
de renseignements, m'a néanmoins
indiqué approximativement comment me rendre à la
carrière de Barnanoraun, qui se trouve en fait
dans
les collines à mi-distance entre Clifden et Recess ; il s'agit
d'une petite
fosse où, sous une dizaine de mètres de moraines
glaciaires et de tourbe, un
banc de marbre de 5 m d'épaisseur au maximum a été
découvert, avec un pendage
de 50° ; par manque de chance, la carrière est tombée
sur une faille
transversale décalant le banc. Il n'est sans doute pas
aisé de prospecter le niveau
de marbre sous la couverture quaternaire, mais une reconnaissance par
carottage
aurait permis d'éviter un tel emplacement. A l'aide d'une pelle
mécanique, d'un
wagon-drill et d'un compresseur, ainsi qu'avec l'inévitable
pompe à eau pour
éviter l'ennoyage, les carriers découpent le marbre aux
coins ; une scie à
câble aurait été commandée.

Fig.5
- Marbre vert de Connemara, carrière inactive de Streamstone

Fig. 6 - Bloc de marbre de Connemara
Fig. 7 - Plaque polie de marbre
de Connemara
En résumé, les marbres de
Connemara sont des produits originaux, aptes à la marbrerie
d'ameublement et de
décoration, concurrencés par peu de produits ; leur
réputation est ancienne dans le
monde britannique, bien que
leur production n'ait jamais été importante et qu'ils
soient déconseillés pour
les emplois extérieurs. Actuellement la production est
très faible, et ne sert
qu'à la confection de petits objets: l'un des produits à
succès est un petit
galet poli, avec une dépression dans laquelle on frotte le
pouce, qui serait
efficace pour réduire le stress. La demande est forte, mais
production ne suit
pas, deux autres entreprises de Dublin seraient en train d'ouvrir de
nouvelles
carrières. Le problème est l'exploration du niveau de
marbre sous le
recouvrement de moraines et de tourbe.
D'autres occurrences de
marbres dalradiens gris à rose, à bandes siliceuses, sont
connues dans le conté
de Sligo à l'ouest du lac Talt (Ox Mountains), elles ne sont pas
exploitées. Il
en est de même de marbres verts, bruns et blancs situés
près du lac Anaffrin au
NE de Castlebar (conté de Mayo).
Il existe par ailleurs de
vraies serpentinites (anciennes ophiolites du Paléozoïque
inférieur) autour de
Clew Bay, qui pourraient servir à la confection d'objets
décoratifs, et même
des marbres à brucite à l'Ouest du lac Nahillion.
C - Granites calédoniens
Les granites calédoniens
sont pour la plupart de couleur grise, les minéraux sont
orientés car ils ont
été mis en place pendant une orogénèse en
régime décrochant. Certains sont
radioactifs, comme celui de Galway qui dégage du radon à
travers le
recouvrement karstique carbonifère (à Moycullen au NW de
Galway, plus de 200
Bq/m3 ont été mesurés dans certaines
habitations).
a - Le batholite du Donegal (418-402
Ma) comprend des
monzogranites à granodiorites, de couleurs grises à
blanches, parfois bleutées.
Le pluton de Rosses est formé d'un granite rose et noir à
gros grain. Ces
roches sont le plus souvent oxydées près de la surface.
Nous n'avons trouvé qu'une
seule exploitation, localisée sur le petit pluton de Fanad
(monzonite quartzique à biotite et hornblende), celle de
Patrick Carr (Donegal Granite). Il exploite sur la côte
près du cap de Fanad
des "bancs" de granite découverts à marée basse ;
quelques trous sont
forés au marteau perforateur, la coupe est faite aux coins (wedge
and feather), un tracteur agricole soulève les blocs d'une
tonne et les
transporte jusqu'à la route à 500 m de là. Dans
son petit atelier il dispose
d'un disque diamanté de 1 m et d'une polisseuse à
genouillère, et fabrique des
pierres tombales. Il m'a dit disposer d'une autre carrière
similaire, mais plus
difficile d'accès.
En fait l'exploitation du
granite de Fanad a été plus intense au début du
siècle, sous l'impulsion d'un
certain Majerrson, millionnaire de Leicester, qui ouvrit quatre
carrières avec
une centaine de carriers et produisit des pavés et des bordures.
Deux
voies ferrées étroites permettaient l'acheminement des
produits jusqu'à des
jetées, où accostaient des bateaux à destination
de l'Angleterre. La société
Mayerrson cessa son exploitation dans les années 30 ; les
tentatives
ultérieures de réouverture (1937-1942 et 1957) furent
éphémères.

Fig.
8 - Une carrière de granite de Fanad au début du
siècle

Fig. 9 - Patrick Carr dans sa
"carrière" de granite de Donegal près du Cap Fanad,
à marée basse
Fig. 10 - "Carrière" de
granite à Blcksod Point à marée basse, noter le
découpage du granite en écailles
Nous avons vu une autre
petite carrière à Dunglow, dans un granite gris clair
à points roses, mais elle
est en cours de rebouchage.
b - Le batholite de Mayo-Sligo
Le pluton de Tarmon est
exploité épisodiquement au bout de la péninsule de
Blacksod, c'est un granite rose à grain fin,
débité en bancs peu
épais en surface (fractures de décompression).
Près du phare de Blacksod la
zone de débattement des marées montre de beaux
affleurements de granite,
exceptionnels pour le pays, avec leur système de fractures
verticales et
d'écailles de décompression. A 500 m de là, une
petite carrière a été ouverte
dans un granite rosé, jauni par l'altération, où
l'entreprise Heneghan extrait
de temps à autre quelques écailles plates de 40 cm
d'épaisseur.
Il est en outre probable que
des blocs erratiques sont récoltés par de petites
entreprises de monuments
funéraires. Un granophyre, difficile à refendre, est
signalé par Bell (1992)
dans les Ox Mountains.
c - Le batholite de Leinster
Il débute dans la banlieue
Sud de Dublin et s'étend sur 1600 km2, principalement
sur le conté
de Wicklow, souvent masqué par un recouvrement de moraines et de
tourbe. C'est
un granite peralumineux à deux micas, de couleur gris clair.
Dans sa partie
Nord il contient de nombreux cristaux centimétriques de
muscovite formant les
surfaces brillantes caractéristiques du granite de Dublin. Le
massif est
fortement fracturé, et l'altération a
pénétré le long des fractures. Les
anciens carriers avaient extrait la partie superficielle
altérée, si bien que
certains immeubles anciens de Dublin sont déjà
dégradés.
Les collines au Sud de
Dublin, au dessus de Sandyford et Stepaside, ont été le
principal centre
d'extraction de pierres de taille pour la construction de la ville, par
de
vieilles familles comprenant plusieurs générations de
granitiers.
La carrière de Barnacullia
(Murphy & Sons) se
trouve sur les pentes dominant Sandyford, d'où l'on
bénéficie d'une belle vue
sur le golfe de Dublin. Elle serait bien
difficile à trouver s'il n'y avait les pubs : la petite
route montant à
la carrière part derrière le pub Lambs Doyle, on prend
ensuite un chemin étroit et
très raide juste avant
le pub Blue Light. Le jeune exploitant appartient à la
quatrième génération de
carriers, il a été le premier en Irlande à
introduire le câble diamanté, qui
s'est avéré fort coûteux. La carrière est de
petite taille et se trouve
entourée d'anciennes carrières abandonnées. Le
forage et les coins étaient
précédemment utilisés, ainsi que l'explosif ; ce
dernier est maintenant devenu
inutilisable à cause de la proximité des habitations.
L'atelier se trouve dans
la plaine des faubourgs sud de Dublin, il produit des pierres de
taille, des
tranches épaisses et des éléments de voirie. La
famille Murphy exploite par
ailleurs une carrière de calcaire carbonifère à
Lecarrow dans le conté de
Roscommon.
Au delà d'une carrière
abandonnée, celle de Ballyedmonduff
(Walsh & Sons) se trouve un kilomètre plus loin ; elle
produit des blocs de
1 m3, dans une masse affectée de fractures
parallèles à fort pendage ;
quelques coupes ont été faites au câble
diamanté, mais on utilise surtout les trous forés et les
coins. Le petit
atelier voisin fabrique des pierres de
taille et des monuments.
En continuant vers le SE, la
route à flanc de coteau passe à côté de la
petite carrière artisanale de Roe
Stone, qui pratique la sculpture et la fabrication de monuments, puis
après
être entré dans le conté de Wicklow, elle
mène à l'usine de Stone Developments
à Ballibrew : près de la carrière
abandonnée depuis des années, l'usine appartient au plus
grand groupe
d'Irlande, et comporte notamment une scie à pont avec un disque
de 3 m et
plusieurs polissoirs Thibault ; très active, elle traite le
granite gris de
Ballyknockan, le calcaire carbonifère, et diverses roches
importées : granite
du Tarn, Brun Baltique, granites blancs de Castille, calcaire de
Portland et
grès du Derbyshire. Elle produit surtout des
éléments destinés à
l'architecture.
Sur le flanc W des Wicklow
Mountains, le granite est gris, à grain moyen, sans grands
cristaux de
muscovite. En bordure du lac réservoir de Poulaphouca, la
carrière de Ballyknockan se
trouve dans le village de ce nom, qui se pare du titre de
stone village. Elle est entourée de
maisons sur tous ses côtés, ce qui limite son expansion et
pose des problèmes
pour les déblais. De plus, l'exploitation est rendue difficile
par de grandes
fractures à pendage de 45°. La découpe primaire se
fait par forage de trous
parallèles et tirs de Cordtex, le débitage secondaire par
trous et coins. Dans l'atelier
on note un antique châssis Gregori, une
équarrisseuse à câble diamanté,
deux scies à pont pour le débitage et une installation de
bouchardage.
L'entreprise produit surtout des pierres taillées pour le
bâtiment, des
bordures et éléments de voirie.

Fig. 11 -
Carrière de Ballyknockan
dans le granite de Leinster, de grandes fractures avec une pente de
45° rendent l'exploitation difficile
Le long de la route
forestière entre le lieu-dit Granabeg
et le lac Poulaphouca s'échelonnent trois petites
carrières, profondes d'une
dizaine de mètres seulement, équipées de vieux
matériels ; elles sont
exploitées par coins, sans explosifs, dans un granite gris
à grain fin,
beaucoup trop fracturé, si bien qu'il n'en sort que des blocs
irréguliers de 1
à 2 m3.
En Ulster le granite rosé de
Newry, seule roche exploitée dans
l'Ulster, était signalé comme abandonné en 1986 ;
cependant le catalogue de
1991 mentionne une exploitation à
Newcastle par l'entreprise Robinson d'Annalong, qui posséderait
une usine
moderne.
D- Grès siluriens et dévoniens
Deux carrières de grès sont
signalées dans le silurien-dévonien de la
péninsule de Dingle, entre Lispole et
Anascaul, elles n'ont pas été visitées.
Les ardoises violacées
dévoniennes de l'île de Valentia étaient produites
au XIXème siècle surtout à
Dohilla, les carrières ont été fermées en
1911 après un éboulement.
Des ardoises de couverture
dévoniennes ont été extraites à Killaloe,
au NE de Limerick ; ouvertes au
milieu du XVIIIème siècle, les carrières eurent
une forte production au XIXème,
mais furent fermées du fait la concurrence des ardoises du Pays
de Galles.
E- Calcaires carbonifères
La principale production
d'Irlande est un calcaire bleu (Irish Blue
Limestone), similaire au
"petit granit" de Belgique. Elle provient principalement du bassin de
Kilkenny, dans la formation de Ballyadams (Dinantien), qui forme un
large
synclinal entre Carlow et Cashel. C'est un calcaire bleu massif,
à entroques
dispersées de 2-4 mm, brillant au soleil sur les fractures
fraîches. La couleur
est un gris bleu plus ou moins clair sur les surfaces sciées,
elle devient
noire après polissage. La couleur est attribuée à
de la matière organique, il
peut y avoir de la pyrite au niveau des fossiles. L'emploi au sol est
déconseillé à cause d'une faible résistance
à la rayure.
La barre de calcaire
carbonifère massif forme un relief bien identifiable dans le
paysage ; elle est
entrecoupée de stylolites noirs, on note aussi quelques veines
de calcite
blanche et des nodules silicifiés. Un banc fossilifère
situé à la partie
moyenne fournit une variété noire sur laquelle se
détachent de grandes sections
blanches de brachiopodes (shell limestone).
Le Dinantien fournit en outre du ciment et des calcaires broyés,
ces derniers
fort utiles pour compenser l'acidité des sols cultivables
d'Irlande.
La carrière de Threecastles
(McKeon Stone) se trouve à
6 km de Kilkenny sur la route de Freshford, une pancarte indique son
entrée, ce
qui fort original pour une carrière irlandaise. Il s'agit d'une
grande
carrière, en fosse profonde de 40 à 50 m. L'exploitation
a débuté en 1904, elle
fut reprise par McKeon en 1954, et produit actuellement 12000 m3
par
an de blocs de bonne taille. Sous une couverture de 15 m de calcaires
en lits
de 1 m, la masse exploitée a 25 m de hauteur, elle est
entrecoupée de gros
joints stylolitiques assez espacés, qui servent de délits
pour l'abattage. Son
pendage est modéré. La carrière est
organisée en gradins d'environ 3 m ; les
coupes verticales sont faites à la haveuse ou au câble
diamanté : le câble
s'avère plus économique (3£/m2) que la
haveuse (12 £/m2),
cette dernière rencontre des difficultés dans les nodules
silicifiés. Il existe
en effet plusieurs lits de cherts
arrondis : ce sont des calcaires de même couleur que la masse,
mais cimentés
secondairement par de la silice. Les blocs sont basculés d'abord
par des
coussins d'acier gonflés à l'eau, puis par une pelle
mécanique munie d'un
puissant crochet. La carrière est équipée de
nombreux engins modernes, camions
de carrière Volvo, pelles, gros chargeurs, quatre scies à
câble, une haveuse...

Fig. 12 - La
plus grande carrière
d'Irish Blue Stone se trouve à Three Castles

Fig. 13 - Nouvelle carrière d'Irish Blue Stone à Ballyfoyle : noter la décroissance de la fracturation en profondeur

Fig. 14 - Carrière
d'Irish Blue Stone à Holdenrath, avec un pendage plus
accentué
La société McKeon a ouvert
récemment une autre carrière à Ballyfoyle,
petite fosse profonde de 20 m, sous un recouvrement glaciaire de 0
à 8 m. Le
pendage est de 10°, les cherts sont rares et la masse prometteuse
car on
observe une diminution de la fracturation en profondeur.
La société Eiranstone
exploite la carrière de Holdensrath
près du petit aéroport de Kilkenny, avec une production
de 1000 m3/an
et une récupération de 40%. L'exploitation est ancienne
et remonterait au XIIIe
siècle, à l'époque de l'édification de la
cathédrale Saint Canice. Avant
l'introduction du câble diamanté les blocs étaient
détachés de la masse par le
forage de trous rapprochés et l'enfoncement de coins, technique
appelée channeling. La fosse a maintenant 30 m
de profondeur ; le pendage, assez accusé, est de l'ordre de
20°. La découverte
comprend 15 m de calcaires lités recouverts de moraines ; la
masse est
actuellement de 20 m, mais des core-drills ont montré que
l'épaisseur du
calcaire massif est nettement plus élevée. L'extraction
est compliquée par le
pendage, elle se fait par gradins irréguliers de 2 à 6 m,
les machines travaillant
sur des plateformes de déblais. Le basculement est
réalisé par coussins
hydrauliques, soit vers l'aval-pendage, soit latéralement, ce
qui pose des
problèmes dans les zones fracturées car une partie de la
masse reste en place
au lieu de basculer. La haveuse est pratiquement abandonnée au
profit du câble
à cause des cherts, ceux-ci sont éliminés au
moment du découpage secondaire. A
noter, comme pour les autres carrières, qu'un pompage permanent
est requis, et
qu'il n'existe pas d'installation centralisée pour l'air
comprimé, mais des
compresseurs mobiles sur skids.
La carrière de Paulstown
de la société Kilkenny
Limestone (Feely & sons) produit 10000 m3/an à
partir de deux
carrières en fosse de part et d'autre de l'usine, elles sont
bien organisées
malgré un pendage de 15°. Le découpage des blocs se
fait directement sur le
plancher par quadrillage à la haveuse, équipée
normalement de dents de carbure
de tungstène, mais de segments diamantés pour les niveaux
à cherts ; le câble
diamanté est également employé. L'usine comporte
cinq anciens châssis à 10
lames et un châssis plus récent à 80 lames; elle
produit surtout des pierres de
taille, des pierres tombales, des bordures de trottoirs et des dallages
de
lieux publics.
Non loin de là, mais sur le
territoire du conté de Carlow, Stone Developments possède
à Oldleighlin (J. Walsche Quarry) un
carrière profonde de 50 m, jadis exploitée par
channeling, maintenant par une
énorme et antique scie circulaire, de fabrication belge, montée sur rails, avec une roue de 3 m
de
diamètre garnie de segments de carbure. Cette machine
découpe un quadrillage de
blocs sur le plancher, en concurrence avec une haveuse Fantini à
bras de 3 m.
De l'autre côté de l'usine se trouve une nouvelle
carrière ; comme dans le cas
précédent l'implantation de l'usine et les anciens
terrils gênent l'extension,
la production totale est de 700 m3/mois. Les ateliers
comprennent
trois châssis anciens et deux récents, produisant surtout
des tranches de 3 et
4 cm, une petite chaîne de polissage fournit des dallages.

Fig. 15 -
Haveuse belge datant d'une
quarantaine d'années, avec un disque denté d'environ
trois mètres de diamètre, carrière d'Oldleighlin

Fig. 16 - Niveau
fossilifère du calcaire dinantien à Oldleighlin, colonie
corallienne d'un mètre de diamètre, grandes sections de
brachiopodes blancs
Dans le centre de l'Irlande
le groupe Stone Developments possède une carrière
à Ballinasloe (conté de Galway), et le
groupe Murphy & Sons une
carrière à Lecarow (conté de
Roscommon), qui n'ont pas été visitées.
La production totale de
calcaire bleu est de l'ordre de 35000 m3/an
Dans la région de Dublin, le
Carbonifère fournissait un calcaire argileux lité en
petits bancs, de couleur
noire, avec lits de silex, appelé Calp.
Il a beaucoup été employé dans les constructions
anciennes, mais les carrières
ont disparu. Mentionnons aussi le calcaire de Merlin Park (conté
de Galway),
abandonné en 1969.
Le marbre rouge de Cork,
très décoratif, provient d'un niveau peu
épais proche du sommet du Dinantien ; il s'agit d'un
conglomérat calcaire
resédimenté dans un milieu riche en hématite. Les
éléments sont des galets
calcaires ou des morceaux de polypiers, ils sont suturés entre
eux par un
phénomène de solution-pression. Ce calcaire a fourni des
décorations dans la
cathédrale de Westminster en 1910, il provenait des environs de
Cork, Fermoy,
Little Islands et Littelton. Il ne subsiste plus que de petites
exploitations
épisodiques aux environs de Midleton, à Carrickcoump
(Stone Developments) et à
Leighlinbridge (Feely and Sons), peut-être une autre à
Baneshane.
F - Grès
carbonifères :
A la base du Dinantien, la
formation de Kinsale a fourni des ardoises dans de nombreuses anciennes
exploitations :
- ardoises gris à noir de
Ringabella Bay, Ballineen, Ballinascarty,
- ardoises vertes à
Ballyard.
A l'Ouest de Donegal, des
grès carbonifères (Namurien) sont extraits à Mountcharles : une barre gréseuse forme un
relief au N de la
petite ville sur plus d'un kilomètre de long, elle est
creusée de multiples
carrières souterraines datant du XIXème siècle.
Les conditions d'exploitation
devaient être périlleuses, car les chambres sont de vaste
taille, avec un toit
fracturé plus ou moins bien soutenu par des hagues (murs de
pierre).
Actuellement une carrière à ciel ouvert est exploitée par D. McMonagle, qui m'a aimablement fait visiter ses installations. Les grès sont en lits décimétriques, de couleur jaune-roux, et montrent des empreintes de plantes. La carrière dispose d'une pelle et d'un bouteur ; l'extraction se fait au levier, sans usage d'explosif. Du fait des nombreuses fractures (parallèles et perpendiculaires à la falaise) et du litage, les blocs sont de petite taille et peu épais dans les grès ; le banc microconglomératique, épais d'un mètre, intéresse plus particulièrement l'exploitant. L'atelier situé à Mountcharles dispose d'un monolame et de deux scies à pont de 1,5 m de diamètre. Les grès sont sciés pour fabriquer des éléments de construction. Les dalles de quartzite dalradiens provenant d'Altclough sont en partie sciées pour dallages en opus romain, mais surtout vendues brutes pour opus incertum. Non loin de là son frère a ouvert un atelier de marbrerie, où sont fabriqués des bancs et des cheminées, activité qui semble florissante au vu des nombreuses maisons particulières neuves ou en construction.
La société Liscannor
Stone possède deux carrières
non loin des falaises touristiques de Moher dans le conté de
Clare, dans la
formation du Millstone Grit. La plus importante est celle de Kineilty
au S des
Moher cliffs, produisant le Moher
flagstone, un grès fin de couleur gris-bleu, se
délitant en dalles de
grande taille, de quelques centimètres d'épaisseur, avec
une surface de
plusieurs mètres carrés (jusqu'à 4 x 1,5 m). Ces
dalles sont uniques par
d'abondantes empreintes sinueuses appelées worm
trails par les carriers ; il ne
s'agit de traces de vers, mais de pistes d'animaux se
déplaçant sur les fonds
boueux. Ils correspondent assez bien aux figurations de Cruziana
ou de Crossopodia
(Seilacher, 1970, Moore, 1986) ; les premières formes
étant abondantes surtout
au Cambrien, les pistes du Moher flagstone seraient à rapporter
aux secondes
puisqu'on se trouve dans le Carbonifère supérieur. La
surface des dalles est
très décorative et antidérapante ; elle est
souvent colorée par des oxydes de
fer de couleur rouille. Les dalles sont employées à
l'extérieur (en dimensions
usuelles 1,22 x 0,76 m sur 13 à 25 mm d'épaisseur),
également pour des tables,
des cheminées, etc. Jadis elles fournissaient des lauzes de
toiture. La
carrière s'étend sur plusieurs hectares ; le niveau
utile, épais d'un mètre,
est horizontal et modérément fracturé.
Après découverture à la pelle mécanique,
l'extraction est faite par coins et leviers en tirant parti des
fractures
verticales ; en leur absence, on pratique des coupes par forage de
trous peu profonds,
dans lesquels des coins sont enfoncés. Signalons que
l'exploitant est à la
recherche de capitaux pour moderniser ses chantiers.
L'atelier se trouve à Doolin
au NE des falaises de Moher, il est équipé de deux scies
; derrière, se trouve
une carrière de grès fins bicolores du Millstone Grit,
exploités sur 6 m, avec
des laminations qui permettent un clivage en plaques de plusieurs
mètres carrés
sur 3 cm d'épaisseur.

Fig.
17 - Surface de dalles de grès de Liscannor, ornée de
pistes d'animaux limivores

Fig. 18 - Clivage de dalles de
grande taille, entre des fractures naturelles, dans les grès de
Liscannor

Fig. 19 - Empreintes de type
Cruziana, attribuées par Seilacher (1970) à des Trilobites
Il existerait d'autres
exploitations de dalles dans les grès de Rathlackan
(conté de Mayo, formation
de Mullaghmore), dans les grès bruns et blancs de Clonaslee
(conté de Laois),
ainsi que dans les grès de Castelfreke et Skibbereen
(conté de Cork).
Les basaltes éocènes
d'Antrim ont servi à construction de châteaux (très
ruinés) et de maisons paysannes,
mais il s'agit de moellons mal taillés, et l'on ne peut les
considérer comme
roches ornementales. Les prismes basaltiques semblent avoir une trop
faible
section, ils ont par exemple entre 40 et 60 cm de diamètre
à la Chaussée des
Géants.
4 - Conclusion
L'Irlande possède des
ressources en calcaires marbriers, marbres, granites, quartzites,
grès et
schistes, connues de longue date ; pour les marbres et calcaires
marbriers un
recensement indiquait pas moins de 40 occurrences, de toutes les
couleurs,
réparties dans toute l'île. Les exploitations ont
été actives surtout au siècle
dernier, mais beaucoup ont été abandonnées au
cours du XXe siècle, comme celles
d'ardoises, les autres subsistant à l'état artisanal. Le
calcaire bleu
carbonifère était décrit comme abandonné
dans une publication de 1980.
Les affleurements sont
pauvres, sauf dans les falaises côtières, du fait de
l'omniprésence du
recouvrement de dépôts glaciaires et de tourbières.
Les roches ont subi une
longue altération durant le Tertiaire, dont les produits n'ont
été dégagés
qu'en partie par l'érosion glaciaire : ainsi les granites sont
restés souvent
altérés près de la surface, présentant des
couleurs jaunâtres. Il en résulte
une difficulté pour évaluer la qualité des roches
ornementales en l'absence de
core-drills.
Depuis 1991 le service
géologique de Dublin, sous l'égide de l'Irish Export
Board, a entrepris une
reconnaissance des gisements possibles, tant pour les calcaires que
pour les
granites. La seule roche exploitée à l'échelle
industrielle est le calcaire
bleu carbonifère (Irish Blue Limestone), grâce à
l'association de cinq
producteurs dynamiques (Murphy, Stone Developments, Feelystone, McKeon,
Walshes), qui ont repris d'anciennes carrières, beaucoup investi
dans du
matériel moderne (haveuses et câble diamanté),
lancé des campagnes de
publicité, présenté les produits dans les foires
internationales et publié un
guide de 64 pages en quatre langues (anglais, allemand, français
et
néerlandais). L'association produit maintenant environ 35000 m3
par
an. Les ateliers fabriquent surtout des pierres de taille pour le
bâtiment
(secteur en forte activité), la voirie et les pierres tombales.
Une bonne
partie de la production de calcaire bleu est vendue en Belgique,
où elle entre
en compétition avec le Petit Granit.
Les carrières de granites
n'ont guère dépassé le stade artisanal,
malgré des essais de coupe au câble
diamanté. Elles ont en effet plusieurs handicaps : peu de
variétés de couleur
en dehors des gris, forte fracturation, altération en surface,
concurrence des
produits importés d'Inde et de Chine. On remarque dans les
cimetières une bonne
proportion de pierres tombales en granit noir d'Afrique du Sud, et l'on
sculpte
paraît-il des croix celtiques en Inde.
Les carrières de quartzites
fournissent des dalles extrêmement dures et résistantes
à l'altération, mais
qui ne peuvent dépasser le marché local faute de fournir
des produits
d'épaisseur régulière et de taille suffisante ; la
production est faible, et
constituée surtout d'opus incertum, tant que des gisements de
meilleure qualité
n'ont pas été découverts.
Parmi les grès, nous
soulignerons l'intérêt des dalles de Liscannor, encore
inconnues à l'étranger,
elles sont produites en éléments de grande taille
à surface décorative
originale.
Les grandes carrières de
calcaire bleu sont toutes des fosses situées sous le niveau
phréatique et
tendent à se remplir d'eau, ce qui nécessite un pompage
constant. La hauteur
des fronts ne semble pas limitée, et nous avons remarqué
des cas où des
effondrements sont possibles. L'exploitation se pratique par une
combinaison de
coupes au câble diamanté et à la haveuse, les
délits stylolitiques permettant
de décoller les blocs. Certaines de ces carrières sont
implantées dans des
secteurs à pendage trop fort, ce qui gêne l'abattage et
l'organisation des
gradins. D'autres disposent de terrains de surface insuffisante pour
empiler
les déblais ; dans certaines les ateliers ont été
construits au dessus de
masses inexploitées, ce qui doit entraîner dans le futur
un déplacement des
déblais ou des ateliers. Les réserves de calcaire
carbonifère, avec des bancs
d'épaisseur suffisante, sont considérables : mais vu la
dispersion de
l'habitat, des problèmes d'acquisition des terrains se
poseraient pour
l'ouverture et l'extension des carrières.
L'exploitation est beaucoup
plus primitive dans les autres roches, il s'agit d'un simple
démantèlement par
leviers, assisté si nécessaire par une rangée de
trous dans lesquels des coins
sont forcés. Une seule des
exploitations
visitées, la carrière de granite de Ballyknockan, utilise
l'explosif. Le câble
diamanté a été testé dans quelques
carrières de granites et de marbre de
Connemara, plusieurs exploitations de schistes et marbres souhaitent
s'en
équiper.
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