PERRIER R., Le Mausolée, n° 698 à 700, oct. à
déc. 1994
Dans un article antérieur (Perrier,
1990) j'avais
présenté les principaux marbres de la Grèce,
encore peu diffusés sur le marché français, et
tenté de les
replacer dans leur cadre géologique.
Cependant je n'avais pas encore visité à l'époque
les îles des Cyclades et la
Crète ; un récent voyage (avril
1994) m'a permis de combler ces lacunes, et de faire quelques observations
sur les
carrières antiques exploitées de l'époque
classique à la période romaine.
Les marbres vrais étant des roches
métamorphiques,
parfois de haut grade comme à Naxos,
les traces de fossiles y sont très rares, et les datations
encore souvent
incertaines. La
cartographie
géologique publiée, encore très incomplète
ou ancienne, ne permet pas des attributions indubitables,
et les conceptions présentées ici sont susceptibles de
variations dans le futur. Cependant, toutes
les études effectuées ces dernières années
montrent que l'âge du métamorphisme s'étend du
Crétacé supérieur au Tertiaire, et tendent
à attribuer au Mésozoïque la plupart des
marbres,
alors que les anciens auteurs les rapportaient souvent au Paléozoïque.
Au passage, je mentionnerai d'autres roches
ornementales (calcaires, onyx calcaires, albâtre)
ou à usage industriel (émeri, pouzzolane, gypse) dont les
gisements ont été visités.
Je tiens a remercier les géologues qui
m'ont fourni
des indications sur la localisation des carrières
: M. Margaritou de la Société Logiotatos Bros à
Naxos, S.
Manolioudis de Cretan Marble
à Irakiion, M. Knithakis de l'Institut de Géologie (IGME)
à Rethimnon, et
surtout K. Koukouzas de l'IGME à
Athènes, avec qui j'ai visité les carrières
antiques du Pentélique, et
qui m'a remis d'importants
documents comme l'Hellenic Marble Directory (1992) et le splendide
ouvrage de Korres
(1993) sur les carrières antiques du Pentélique et de
Paros.

Fig.
1 - Statuette en marbre blanc des Cyclades, datant d'environ 2800
à 2300 avant J.C.
Fig. 2 - Vase crétois en
cristal de roche
1 - L'Attique
A - Structure géologique
Malgré sa proximité
d'Athènes, l'Attique est la
province géologique qui pose encore le plus
de problèmes géologiques, même si l'étude du
Sud de l'Eubée a
permis d'en résoudre un certain
nombre. Elle est divisée en deux parties par un important
accident passant au
pied du Mont Parnis, masqué par des
terrains récents.

Fig.
3 - Schéma structural de l'Attique et des Cyclades

Fig. 4 - Principales nappes
d'Attique et d'Eubée
Au NW se trouvent des
séries non
métamorphiques,
allant du Carbonifère inférieur au Trias
moyen, recouvertes en discordance par le Crétacé
supérieur, avec
interposition de
poches de
bauxites. Elles sont rapportées à la nappe
pélagonienne.
Au SE de l'accident, interprété
comme un
chevauchement majeur, on ne trouve plus que des
terrains métamorphiques, schistes et marbres. Cet ensemble
métamorphique, qui se développe
dans tout l'archipel des Cyclades, était jadis appelé
"massif
d’Attique-Cyclades", et considéré
comme formé de terrains anciens (hercyniens ou
antérieurs). Il s'avère
maintenant, grâce aux connaissances
accumulées sur l'Eubée du Sud et les Cyclades, que le métamorphisme
est beaucoup
plus récent, datant de la formation de la Chaîne Alpine,
et que les séries métamorphiques se
subdivisent en plusieurs unités chevauchantes les unes sur les autres.
L'unité la plus élevée,
connue surtout dans l'Eubée
méridionale, est formée de schistes bleus
à glaucophane (schistes du mont Ochi), témoignant d'un
métamorphisme de haute pression.
A sa base se rencontrent des lentilles de serpentinites.
Au dessous se trouve l'unité de Styra,
formée de marbres et cipolins
d'âge inconnu, épaisse d'un millier de
mètres.
Elle chevauche l’unité d’Almiropotamos
(aussi appelé
« autochtone »), qui comprend une série de
marbres, avec quelques
intercalations de schistes, puis un flysch en superposition normale.
Quelques
trouvailles de fossiles ont permis de dater dans les marbres le Trias
et le
Crétacé supérieur à Rudistes.
Katsikatsos et al. (1986) ont proposé une simplification importante dans l’interprétation des marbres de l’Attique, qui tous se placent dans l’unité d’Almiropotamos (Pentélique, Hymette, Ayia Marina et Aliveri), alors que des auteurs antérieurs avaient cherché à reconnaître plusieurs unités superposées dans la série « autochtone » : le Pentélique par exemple était placé sous la nappe d’Almiropotamos. Quoiqu’il en soit, l’unité d’Almiropotamos, si elle ne représente pas l’autochtone réel, correspond à une plateforme carbonatée, externe par rapport à la chaîne, peut-être l’équivalent métamorphique de la zone de Tripolis.
Ajoutons que des Rudistes montrant un
âge
Crétacé supérieur ont été
récoltés dans les trois collines de marbre de
l'agglomération
athénienne (Acropole, Lycabette, Tourkovouno), ces collines
pouvant représenter
des klippes de la zone pélagonienne
B - Les marbres d'Attique et de
l'Eubée méridionale
Le Mont Pentélique, culminant à 1109 m, domine au NE l'énorme agglomération d’Athènes, où un tiers de la population s’est concentrée. L’exploitation du marbre du flanc SW a commencé avant l’époque classique et s’est intensifiée au siècle de Périclès : il a servi à construire une grande partie des monuments d'Athènes (Acropole, Theseion…) et était exporté vers d'autres cités (Eleusis, Delphes, Epidaure Olympie…). L’extraction s’est poursuivie sous les Romains pour l'édification de l’arc de Titus à Rome par exemple et la sculpture de sarcophages. Après l'Indépendance, les carrières furent rouvertes en 1836 pour la construction du palais du roi Othon ; en 1888, Lepsius signalait 25 profondes carrières souterraines. La production s’accrut considérablement sans aucun respect des sites ni de 1 environnement, uniquement à l'explosif, jusqu'à ce qu'en 1976 le gouvernement interdise toute extraction sur le flanc SW regardant Athènes, seuls quelques blocs pouvant être extraits pour la restauration de l’Acropole. Malheureusement le site n’a fait l’objet d’aucune restauration depuis cette date !

Fig.
5 - Carrière antique de Spilia sur le mont Pentélique
L'extraction s'est poursuivie dans quelques
carrières du flanc NE, avec de mauvais rendements
(à l'explosif ou au câble
hélicoïdal), mais surtout dans un autre massif situé
dans une forêt de pins, à
3 km au NE de la culmination : là, les grandes carrières
de Dionisos emploient
le câble diamanté, mais le marbre est moins blanc et assez
riche en micas. Au
printemps 1994 le gouvernement Papaandreou a interdit l'exploitation de toutes les carrières, ce
qui a déclanché une grève générale
dans les carrières au moment de notre
passage.
Le meilleur marbre, appelé autrefois Marmor
Pentilicum (ne pas confondre avec le moins
célèbre marbre de Pentelik, Alabama)
ou Marmo Greco Fino, était extrait des carrières
de Spilia, dans un
ravin situé entre le village de Nea Pendeli et le point
culminant (couvert
d’antennes). La formation qui les contient, située sous les
Schistes de
Kaisariani, a été appelée « marbres
de l’Acropole ». Son âge
(Dévonien, Permo-Carbonifère ou Mésozoïque?)
reste inconnu.
Le grain est fin (0,2 mm en moyenne), le
marbre contient quelques minéraux accessoires
(dolomite moins de 10 ), quartz
en grains corrodés, muscovite). On a signalé l’occurrence
occasionnelle
d’épidote et de piémontite. Selon Herz et WaeIkens (1988)
les cristaux de
calcite contiennent de nombreuses inclusions submicroscopiques de nature charbonneuse
(graphite?), et l'on rencontre des grains opaques de pyrite. La belle
patine
beige dorée que
l'on reconnaît sur les monuments anciens provient de traces
d'hématite et
limonite, qui pourraient résulter de
l'oxydation de la pyrite.
Les auteurs n'ayant du Mont Pentélique
qu'une vue
superficielle signalaient jusqu'ici que les
carrières antiques avaient totalement disparu à la suite
de la
progression des carrières récentes,
à l'exception de la carrière de Spilia, ainsi
dénommée parce qu'elle a
débouché dans une grande caverne
naturelle, à l'entrée de laquelle se trouve une chapelle
byzantine. Au XIXe siècle elle portait le nom
de damari Daveli (carrière de Davelis), du nom d'un chef
de brigands qui s'y était installé.
Mais dans un ouvrage récent, Korres
(1993) a
relevé en détail les traces d'exploitations anciennes
au milieu des carrières récentes : elles
s'étendent sur 1500
m de long, selon une direction
N40°E, entre les altitudes 550 et 930 m, en amont et en aval de
Spilia
(altitude 700 m). La largeur du banc
exploité était de 100 m, alors que les carrières
récentes ont largement débordé de part et d'autre.
L'auteur a également reconstitué, à l'aide de
dessins suggestifs, toutes les étapes depuis
l'extraction jusqu'au transport et à la mise en place. La
descente du flanc assez raide de la
montagne était effectuée sur une piste empierrée
soigneusement tracée, avec une pente régulière de
24%, qui est appelée lithagogia ; selon les
irrégularités de la
pente, la piste était
surélevée par une maçonnerie ou taillée
dans le roc. Les blocs étaient chargés
sur des traîneaux,
que freinaient des cordages passés sur des blocs de bois,
placés dans des trous creusés dans
la roche. Au bas de la rampe, ils étaient sans doute
chargés sur des fardiers à grosses roues de
bois, pour atteindre les édifices d'Athènes, distants de
18 km. La rampe antique se retrouve
assez facilement en remontant l'Odos Perikleou (rue
Périclès) de Nea Pendeli jusqu'à une
carrière récente avec des bâtiments
abandonnés : on prend la crête à droite
de la carrière, et
l'on peut remonter la lithagogia jusqu'à Spilia.
La chaîne de l'Hymette, bordant
au SE la
dépression d'Athènes, est également formée de
marbres et de schistes, d'âge mal établi. D'anciennes
carrières se
trouvent à flanc de montagne,
au dessus du monastère de Kara. C'est un marbre demi-blanc,
à nombreuses veines grises, semblable à celui de
l'île de Marmara en Turquie (marbre du Proconnèse),
à odeur fétide (Marmo Greco
Fetido des italiens). Il a été employé au Vie
siècle en architecture et sculpture (le Moschophore) ;
délaissé ensuite au profit du Pentélique, il fut
remis à la mode par les Romains, surtout
pour l'extraction de colonnes : le consul Lucius Crassus avait fait élever
dans sa résidence du
Mont Palatin, en 95 environ avant J.C., six colonnes de 18 pieds de
haut en marbre de
l'Hymette (Pline, 36-7). Plusieurs colonnes romaines en marbre de l'Hymette
se retrouvent dans
des églises de Rome.
Dans la région du cap Sounion et du
Laurion
se trouvent plusieurs petits massifs de marbre,
un marbre demi-blanc a été extrait de la vallée
d'Agrileza, à 4
km du cap.
Le marbre d'Ayia Marina, de couleur
gris-bleu
clair et d'aspect onduleux ou nuageux selon
la direction de la coupe, est connu seulement depuis une date
récente (postérieure à la dernière
guerre). Les carrières se trouvent sur le plateau dominant le
petit port d'embarquement vers l'Eubée,
dans une série à pendage Est ; il est rattaché
à la zone d'Almiropotamos, et daté du
Crétacé supérieur (Papadeas, 1986). Assez
fracturé, il est extrait à l'explosif et fournit des
blocs d'environ 3 m3 ; il a la réputation de contenir
de la pyrite
et de se décolorer à la
lumière,
raison pour laquelle on ne le conseille pas en extérieur.
Sur la côte opposée, le marbre
gris d'Aliveri
(Eubée) appartient à la même unité, mais se situe
au sommet de la série carbonatée, sous le flysch ; son
âge
pourrait atteindre l'Eocène. Les principales
carrières se trouvent au SW du lac Distos. Ce marbre,
très
broyé et recristallisé (grain de 1 à 3 mm), avec
des veines de calcite blanche
et une certaine schistosité, est une véritable
mylonite.
Toujours en Eubée méridionale,
le cipolin de Karistos
appartient à l'unité de Styra. C'est un marbre
cristallin, saccharoïde (grain
0,2-0,6 mm), à veines colorées en vert par de l'épidote
et de la chlorite ; selon le catalogue de
F. Müller, il s'agirait de serpentine et de chlorite.
Le plus souvent les veines sont parallèles à la
stratification, dans certains bancs, peu nombreux
dans les carrières, elles sont contournées, comme par
l'effet
de glissements synsédimentaires (slumps).
Il contient 3 % de quartz, ce qui n'est pas négligeable pour l'usinage
; son âge est
inconnu. Les grecs classiques ne l'ont pas utilisé, sa
célébrité date des
Romains, qui importèrent le Marmor Carystium sous forme
de colonnes
monolithes (jusqu'à plus
de 13 m de haut) et de blocs pour la fabrication de dalles : le
chevalier
Mamurra, ingénieur de Jules César en
Gaule, fut paraît-il le premier à revêtir de dalles
de marbre de Karistos et de
Luni (Carrare) sa maison du Mont Caelius. Sous l'Empire les
carrières devinrent propriété
impériale, elles employaient des esclaves, des prisonniers de
droit commun et des victimes de
persécutions religieuses. L'exploitation se poursuivit jusqu'au
Ve siècle, aux débuts de
l'empire byzantin. Des colonnes de Karistos se retrouvent à
Athènes (Bibliothèque d'Hadrien), en
Libye (Leptis Magna), à Istamboul. Les italiens le
dénommaient Cipolimo Verde Antico. Actuellement, il existe
une carrière principale au SE de Stira, qui exploite
sur 25 m des bancs d'une épaisseur pouvant atteindre 5 m, avec
le câble diamanté
pour les coupes
verticales et la poudre pour les coupes horizontales.
2 - Les Cyclades
L'archipel des Cyclades est l'ensemble des
îles dispersées dans la partie Sud de la Mer Egée
; les Anciens pensaient qu'elles étaient réparties
à l'intérieur
d'un cercle centré sur le sanctuaire de Délos.
A - Structure géologique
Ces îles étant en majeure partie
constituées de roches métamorphiques
et de granites, les géologues
ont longtemps supposé (jusqu'en 1965 environ) qu'il s'agissait
de socle ancien, appelé « massif
d'Attique-Cyclades », et occupant le coeur de la
chaîne alpine. Puis sont
venues les premières datation
absolues, qui établissaient que les granites n'étaient
pas hercyniens (env. 300 Ma) ou
précambriens (env. 570 Ma), mais dataient du Miocène
moyen-supérieur (10-14 Ma) : dès lors il
fallait réviser les conceptions dominantes, et envisager des métamorphismes
et intrusions
granitiques associés aux phases alpines. L'étude plus
précise de certains secteurs montrait,
comme en Attique, que les terrains s'organisent en nappes superposées
: en Grèce
continentale l'existence de déplacements considérables de
nappes était prouvé dans la fenêtre de
l'Olympe (Godfriaux, 1968), où une nappe de socle
pélagonien recouvre une série peu
métamorphique se rattachant à la zone du Gavrovo-Tripolis.

Fig. 6 -
Principales nappes de l'Attique
à la Crète
Les seuls terrains anciens des Cyclades sont
les gneiss de Ios (500
Ma), que l'on retrouve à Sikinos et à
Naxos, mais repris ici par le métamorphisme alpin.
Au dessus, après des niveaux à
lentilles d'ophiolites qui indiqueraient
un contact anormal, vient une série de
schistes et de marbres, formant une unité très
répandues dans l'archipel, et qui a été
appelée nappe néohellénique :
l'étude de Naxos (voir plus loin) permet de
reconstituer une série
formée de gneiss et de micaschistes, puis de
conglomérats, d'une barre de marbres terminée
par des poches de bauxites (transformées en émeris), et
finalement d'un flysch
(devenus gneiss et micaschistes). Cette nappe a subi deux phases de métamorphisme
(Okrusch et
Bröker, 1990) :
- à l'Eocène un
métamorphisme de haute pression,
particulièrement spectaculaire dans le Nord
de Sifnos, avec des glaucophanites, des éclogites et des
jadéites,
- à l'Oligocène-Miocène
un métamorphisme de moyenne
pression (barrovien) qui a ramené
les roches dans les grades des Schistes Verts et des Amphibolites. Les
traces
du métamorphisme haute pression
ont alors été détruites en beaucoup d'endroits. La
phase moyenne pression a été
suivie par les intrusions des granites des Cyclades (Tinos, Ikaria, Mikonos,
Delos, Naxos)
datées du Miocène moyen-supérieur, et la fusion
partielle ou anatexie dans des "dômes de
gneiss" (Naxos, Paros).
Le rattachement de cette nappe à
celles de la Grèce
continentale n'est pas établi, il pourrait
s'agir de la zone béotienne qui fait suite vers le SW à
la
zone pélagonienne
(Katsikatsos et
al., 1986) ; elle serait aussi l'équivalent en Eubée
méridionale à la fois de l'unité
de Styra par ses
marbres, et de l'unité d'Ochi par son flysch.
La nappe des ophiolites (ou nappe
éohellénique) recouvre la précédente, avec
des affleurements beaucoup plus limités ;
elle comprend
des ophiolites serpentinisées (mises en place
au Jurassique supérieur) surmontées par des calcaires
crétacés,
mais renferme aussi des calcaires
du Permo-Trias et des schistes intrudés de granites. Souvent
elle se présente
comme un mélange ophiolitique.
Elle a subi un métamorphisme de haute température et des
intrusions au Crétacé terminal (70 Ma).
B - Les marbres des Cyclades
Bien avant leur extraction par les grecs
classiques puis par les romains, les marbres blancs
des Cyclades ont servi à la sculpture des idoles des Cyclades,
statuettes de 5 cm à 1,4 m de
haut, qui ont été retrouvées dans des tombes
datant de la période du Bronze
Ancien (-3200 à -2000). Ces statuettes, d'un dessin simple et
épuré, d'aspect
étrangement "moderne", ont été collectionnées
par de riches amateurs, tel l'armateur
Goulandris, avant que les archéologues
ne s'y intéressent. Leur fonction a fait l'objet de diverses
théories, encore controversées, de la part
des archéologues. Elles sont associées dans les tombes
à des vases de marbre, des bijoux, des
outils et des armes en bronze. Les localités d'extraction ne
sont pas connues.
Dans l'île de Tinos, trois
niveaux de marbres
ont été cartographiées dans la nappe néohellénique
à l'intérieur d'une série de schistes : leur
épaisseur
est de 80 à 250 m dans le NW de
l'île, beaucoup moins dans le SE où les schistes
prédominent. On peut se
demander si, à l'image de Naxos, il ne
s'agit pas d'un seul niveau de marbre répété par
des plis, mais ici les métabauxites (qui
permettraient de reconnaître le sommet de la barre de marbre)
font défaut.
Fig.
7 - Carrières de serpentinite de Tinos
Les carrières du Mont Patela ont
été ouvertes dès
l'Antiquité, leur marbre a été utilisé par
exemple à Délos du V au IIIe siècle. Actuellement
deux exploitations
artisanales subsistent, situées sur la
crête qui forme l'ossature du NW de l'île : G. Gaspari
à Isternia produit un marbre
saccharoïde blanc, tandis que l'entreprise Karagiannis à
Pirgos extrait un marbre blanc à rayures
gris-bleu (bancs d'épaisseur variable, de 3 à 7 m,
formant une charnière anticlinale). On note dans
les carrières une linéation bien marquée sur les
plans de foliation.
Les serpentinites vertes de Tinos
étaient appelées ophites
lithos, c'est à dire pierre de serpent,
car leur réseau de filonets blancs évoquait
paraît-il une peau
de serpent. Les carrières fournissaient
à l'époque romaine et byzantine des colonnes
monolithiques, des revêtements, des
baignoires, des vases,
etc. Cette pierre était appelée Verde Impériale
ou Verde Antico par les italiens, qui
réemployèrent dès le Moyen-Age les stocks de blocs
retrouvés à Rome dans le
quartier de le Marmorata. Les carrières du Nord de l'île
furent redécouvertes
en 1841 par la société Grecian Marble, qui
les exploite toujours, en concurrence avec la société S.
Theotikos. Ce sont
d'assez grandes carrières, situées sur la côte NW,
en contrebas du village de
Marlia. Le Vert de Tinos est
extrait au câble diamanté, dans des carrières assez
profondes à cause d’une découverture
importante, l'une des fosses descend un peu au dessous du niveau de la
mer. La roche exploitable
semble former des lentilles d'assez grandes dimensions à intérieur
d’une roche verte
schistosée, marquée par une forte altération
alvéolaire en surface
(probablement une prasinite). Comme la plupart des serpentinites, elle
montre
un aspect bréchique, souligné par un
réseau de filonets blancs de carbonates (à
déterminer) et comporte de la magnétite et
de la chromite. Les réserves économiques sont
limitées par la nécessite du dégagement des
terrains encaissants, qui forment la plus grande partie des affleurements.
Selon Bonneau
(1982) les serpentinites de Tinos feraient partie d'un olistostrome,
mélange
d'ophiolites et de sédiments, englobé dans un flysch
crétacé.
Un massif de granite récent (14 Ma)
recoupe la série néohellénique au
NE de la ville de Tinos, débutant à la forteresse de
l'Exoburgo ; dans sa
partie centrale, aux environs de Volax (nom qui signifie boule ou
boulet), le
granite montre une belle altération en boules témoignant
d'une foliation moins développée que sur
les bordures. Une société annonce sur 1’annuaire 1992
avoir une carrière de
"gneiss granite" à Tinos, mais les habitants n'ont pu m’indiquer
aucune carrière
active.
A Mykonos et Délos, un
massif
de granites miocènes se développe à cheval sur les
deux îles : il présente la
particularité d'être extrêmement feuilleté,
et de contenir de nombreuses
inclusions lenticulaires, dont des marbres. On trouve de nombreux
éléments de
construction et
des colonnes en
granite local dans les ruines de Délos, où il s'est
avéré nettement plus
altérable que les
éléments
en marbre.
A Paros, Papanikolaou (1979) a
identifié les unités
suivantes :
- gneiss, développés au SE et
au NW, comparables sans doute au dôme de
gneiss de Naxos,
- nappe de Marathi, occupant le centre le
l'île, à grade de
métamorphisme élevé ; elle comprend
des amphibolites à la base (Permo-Trias?), puis des marbres
à niveaux siliceux
ou dolomitiques (Trias à
Crétacé?), à plissement isoclinal, avec quelques
métabauxites au sommet,
- nappe de Drios, faiblement
métamorphique,
comprenant du Permien,
- nappe ophiolitique dans l'Est, peu
épaisse, non métamorphique, avec
ophiolites recouvertes en discordance
par des calcaires barrémiens, mise en place au Burdigalien.

Fig.
8 - Granite miocène de Mykonos, à foliation très
développée
Fig. 9 - "Maison de granit" à
Delos : le granite s'avère beaucoup plus altéré
que le marbre

Fig. 10 - Coupe des carrières
antiques de Paros
Le plus célèbre marbre de
l'Antiquité était exploité dans la nappe de
Marathi : il était
apprécié des
sculpteurs par l'homogénéité de son grain,
l'absence de feuille et de marbrures colorées,
et son
exceptionnelle transparence. La Vénus de Milo et l'Hermès
de Praxitèle en sont des exemples. Il
portait le nom de lychnitis, soit à cause de sa
translucidité, soit parce qu'on l'exploitait en
carrières souterraines éclairées par des lampes
à huile (lychnos), dont on a retrouvé les trous
de fixation. Sous les Romains, le Marmor Parium,
propriété de l'empereur, ne pouvait plus
être obtenu en blocs de grande taille : les sculpteurs
réalisaient les têtes en marbre de Paros, et
les corps en un marbre plus vulgaire. Sous l'Empire Ottoman les carrières
ne restèrent pas
totalement abandonnées, puisque Buffon cite le voyageur Drapier, selon
lequel le Sultan et de
grands dignitaires faisaient extraire des carrières profondes du Mont
Marpessa des marbres
pour la décoration. A la fin du XIXe siècle, la compagnie
anglaise Hellenic Marble tenta une
remise en activité des carrières souterraines en
construisant deux descenderies
équipées de treuils, et construisit même une petite
voie ferrée jusqu'au port
de Parikia.
Les carrières antiques se trouvent
à 5 km de
Parikia, dans un vallon conduisant au monastère
d'Ayios Minas, non loin du petit village de Marathi.
On repère facilement leur entrée,
marquée par les constructions du XIXe siècle qui
abritaient les treuils. Les
deux descenderies ont une
longueur selon l'horizontale d'environ 112 m, avec une pente de 60 %. L'entrée
de celle de droite
est marquée par un bas-relief antique (le relief des Nymphes),
en partie ravagé
par des pillards. Ces galeries donnent accès à de vastes
chambres, s'étendant originellement
sur 1,3 hectare, et s'enfonçant vers le Nord et le NE selon le
pendage (25 à 30°). On retrouve les
traces de l'extraction au pic, qui était pratiquée au
XIXe siècle comme dans l'Antiquité :
seules les descenderies du XIXe portent
des traces de trous de mines. Le
niveau exploitable n'ayant que 3 à 5 m d'épaisseur, les
ouvriers creusaient une
ouverture au toit sur 80 cm de haut, puis
des saignées verticales. Les coupes horizontales étaient
faites à l'aide de coins placés dans
des saignées triangulaires (12 cm de large à
l'entrée, 30 cm de profondeur). De nombreuses
fractures verticales N70°E, souvent envahies de colorations ferrugineuses,
découpent le
massif. Malgré la largeur ridiculement faible des piliers
laissés par les Anciens (les carriers du
XIXe ont conforté le toit par des piliers
maçonnés), le toit ne s'est pas
effondré.
Une étude détaillée du lychnitis
a été
publiée récemment dans Herz et Waelkens (1988) :
c'est un marbre calcitique de grain moyen 0,45 mm
; la planéité des contacts entre grains (grains
non suturés) explique la transparence exceptionnelle. Les
teneurs en éléments-traces sont
très faibles, à l'exception du strontium ; la teneur en
strontium ainsi que la
valeur élevée de l'isotope 13 du carbone
indiqueraient un dépôt en eaux fortement salées.
Contrairement à ce qui a
été écrit, ce marbre
n'est pas totalement épuisé, la couche se poursuit
sans doute de part et d'autre du petit anticlinal à coeur de
schistes affleurant dans la vallée,
des carottages permettraient de suivre la couche : son exploitation
serait sans
doute coûteuse en souterrain, vu
la faible épaisseur et le pendage. On m'a signalé qu'au
début du siècle d'autres
affleurements de lychnitis avaient été
exploités dans la montagne, mais
que faute de route les blocs (de
taille nécessairement réduite) étaient descendus
à dos de mulet.
D'autres carrières antiques sont
mentionnées par
Herz et Waelkens dans la vallée 1,2 km à
l'Ouest de celle d'Ayios Minas, ainsi que dans la vallée de
Khorodaki
encore plus à l'Ouest. Des
carrières récentes, qui ont travaillé à
l'explosif et détruit en grande partie
les traces de travaux antiques, se
trouvent dans ces localités, mais n'ont produit que des marbres
communs à rayures gris-bleu.
Il reste à Paros une exploitation
moderne, située
sur une colline qui commence à l'Est de Marathi
la ligne culminante de l'île. La carrière Riga produit de
beaux
blocs de marbre gris-bleu, à bandes plus sombres, avec des
replis plastiques
dans certains bancs. Le grain, assez gros,
et la couleur font que le marbre actuel de Paros est bien
différent du lychnitis antique. L'entreprise
Riga a une usine de transformation juste à l'Est de
Marathi.
Naxos
est la mieux étudiée des îles des Cyclades sur les
plans de la stratigraphie, de la structure et du métamorphisme. Au
coeur se trouve un dôme de gneiss,
formé de migmatites et de
granites blancs à muscovite, et contenant plusieurs barres
importantes de beaux
marbres ; les migmatites
proviendraient de la fusion partielle de gneiss anciens, lors de la
phase de métamorphisme thermique du
Miocène (16 Ma).

Fig.
11 - Stratigraphie de la nappe néohéllénique
à Naxos (d'après Bonneau)
Fig. 12 - Carrières de
Sikalou à Kinidaros (Naxos) : les deux ensembles de marbres,
bien lités, sont séparés par un niveau
d'amphibolites, le tout emballé dans des migmatites

Fig. 13 - Carrière Logiotatos à Kinidaros (Naxos), niveaux d'amphibolites boudinés et étirés dans le marbre blanc

Fig. 14 -
Ebauche de statue antique de 10,5 m de long àApollonia (Naxos) :
on voit autour du monolithe la tranchée creusée au pic,
dans un banc de marbre blanc à couches grises
La nappe néohellénique,
séparée des migmatites par
des ophiolites lenticulaires pouvant représenter
un ancien chevauchement, affleure largement. Sa
stratigraphie, reconstituée par Bonneau
et al. (1978), est représentée sur la figure 11. Les
marbres forment des plis
couchés à vergence Ouest : la présence
d'anciennes poches de bauxites, transformées en émeris,
permet de reconnaître
le sommet des marbres. Le degré de métamorphisme dans
cette série décroît du grade
des Amphibolites (700°
sous 5-7 kb) à proximité du dôme de gneiss, vers le
grade des Schistes Verts dans le SE
(où subsistent des restes de métamorphisme haute
pression, avec des Schistes Bleus à
glaucophane).
Dans l'Ouest de l'île se trouve une
intrusion de
granodiorite (12,5 Ma). Enfin, une nappe récente
non métamorphique est venue se superposer par gravité au
Miocène supérieur (9,7 Ma).
Les marbres de la zone
néohellénique, parcourus de
marbrures gris-bleu, ont fait l'objet d'exploitations
épisodiques, telles la carrière antique d'Apollonia
(où une ébauche de statue colossale
de 10,5 m de haut a été abandonnée), les
carrières antiques de Melanies et
Potamia, les carrières récentes
d'Apiranthos et Filoti.
Les émeris de la même zone ont
été beaucoup
exploités jusqu'à une date récente, on ne les
extrait plus que pendant quelques mois à la belle saison. Ils
proviennent de bauxites, riches en
oxydes hydratés d'aluminium, résultant de la dissolution
des calcaires et
déposés dans des
cavités
karstiques ; sous l'influence du métamorphisme
élevé dans la zone des Amphibolites, l'alumine
s'est transformée
en corindon Al2O3, puissant abrasif
déjà employé par les
Anciens pour le sciage et le
polissage des marbres. Il est aujourd'hui concurrencé par le
corindon artificiel.
Le seul marbre exploité de nos jours
à grande échelle
est celui de Kinidaros : à la différence
des précédents, il forme des barres englobées dans
le dôme
de gneiss du centre de l'île.
Du fait du métamorphisme thermique très
élevé (début de fusion des roches
siliceuses), le grain est de grande
taille et les traces de graphite (ou de pyrite) qui colorent les marbres ordinaires
ont disparu, si
bien que le marbre est devenu translucide (Jansen et Schuiling, 1967).
Le marbre se trouve
en couches verticales, formant deux barres séparées par
des amphibolites; les couches
contiennent des niveaux étirés ou boudinés
d'amphibolites. Les trois carrières
principales, exploitées respectivement par les
sociétés Logiotatos,
Sikalou et Dionisos, se
trouvent sur les sommets dominant Kinidaros au Sud. Les premières qualités
sont transparentes,
mais il existe, malgré l'épuration réalisée
par le métamorphisme, des qualités de second choix
à marbrures gris-bleuté.
Dans le Sud des Cyclades, un arc
volcanique
s'est formé au Quaternaire, s'étendant d'Egine
à Methana, Milos, Santorin, Kos et Nisiros ; on l'attribue
à
l'apparition d'un plan de Bénioff
encore actif, suivant la subduction de la plaque africaine sous la ride
méditerranéenne.
Ce volcanisme
très récent a produit des roches d'intérêt
industriel comme les pouzzolanes de
Milos et de Santorin.
Ajoutons que Milos fournissait à l'époque minoenne de
l'obsidienne pour tailler des lames de
couteaux et de rasoirs (musée d'Iraklio) ; les marins
phéniciens exportaient l'obsidienne en
Méditerranée.
Les tufs jaunes de Santorin ont fourni
d'énormes quantités de pouzzolanes pour les cimenteries.
La couche, épaisse d'une trentaine de mètres,
résulte de
l'énorme explosion
volcanique
survenue environ en 1500 avant J.C (-1628 ± 2 ans selon des
données récentes),
qui créa la profonde caldeira (d'un volume de 60 km3),
recouvrit de tufs toute l'île et
la mer au SE. Le bruit s'entendit parait-il jusqu'en Egypte,
et la côte Nord de
la Crète fut atteinte par une vague de tsunami jusqu'à
200 m d'altitude. La colonie
minoenne d'Akrotiri, découverte par Marinatos en 1967, fut
recouverte par 10 m de tufs. On
attribue souvent à cet événement la disparition de
la civilisation minoenne, mais les cités du
Sud de la Crète, comme Phaistos et Ayia Triada n'ont pu
être atteintes. Ces tufs jaunes,
riches en ponces et contenant des éléments basaltiques,
forment un repère caractéristique dans
les falaises de Santorin ; d'énormes carrières ont
dévasté les abords des villes de Fira et d'Oia
jusqu'à ces dernières années, dégageant des
nuages de poussières siliceuses. Depuis leur
interdiction, aucune mesure de réaménagement n'a encore
été prise.

Fig.
15 - Coupe de la série volcanique quaternaire en bordure
de la caldeira de Santorin, sous la ville de Fira

Fig. 16 - Carrière de
pouzzolane de Fira (Santorin) ; la couche supérieure claire,
épaisse de 30 m, correspond à l'explosion de -1500
3 - La Crète
A - Structure géologique
La Crète se trouve sur la
concavité la plus
méridionale de l'Arc Egéen ; elle comprend une
pile de nappes très complète, depuis la zone de l'Ida
à la base,
équivalent métamorphique de la
zone ionienne, jusqu'à la nappe ophiolitique au sommet.

Fig.
17 - Carte structurale de la Crète (d'après Bonneau,
simplifiée) et localisation des carrières
La zone de l'Ida, bien qu'à la
base de la
pile, forme toutes les plus hautes montagnes de l'île
: Lefka Ori, Ida, Talea Ori, Diktea, Orno
Oros. Sur les calcaires du Permien reposent en discordance
des dolomies triasiques à stromatolites.
Elles sont suivies par des marbres gris en gros
bancs (équivalent du calcaire de Pantokrator de la zone
ionienne),
des schistes siliceux (cf.
schistes à Posidonies), et une série de calcaires
marmorisés en petits bancs à
lits et lentilles de silex
(représentant la série du Jurassique supérieur
à l'Eocène). Cette dernière formation,
aussi appelée
"calcaires en plaquettes", est suivie par un flysch oligocène. Cependant,
à la différence
de la zone ionienne de Grèce occidentale, on n'a pas
signalé d'équivalent des évaporites
triasiques ; pourtant, les gypses de Sfaka en Crète orientale, exploités
par de grandes
carrières pour la fabrication de plâtre, nous apparaissent
comme un diapir remonté à travers le
flysch ionien.
La zone de Tripoli (appelée
zone du Gavrovo
en Grèce occidentale) constitue une première
unité chevauchante, avec un socle formé de
"phyllades" (Carbonifère à Trias), souvent
détaché de la série supérieure : celle-ci
est constituée par
une épaisse et monotone masse
de calcaires et dolomies, dans laquelle on a pu dater en quelques
points le
Trias supérieur, le Jurassique
supérieur à polypiers, le Crétacé
supérieur à Rudistes, le Lutétien à grandes
Nummulites. Elle se
termine par un flysch Eocène-Oligocène.
La zone du Pinde,
développée dans le
Sud de la Crète centrale, comporte des calcaires pélagiques
et un flysch éocène-oligocène.
La nappe de Miamou, comportant un
flysch et des ophiolites de même âge, n'est représentée
que par quelques lambeaux et correspond à un olistostrome
jurassique supérieur. La
nappe d'Arvi est formée de laves basaltiques en coussins,
intercalées dans le
Crétacé terminal.
Enfin la nappe de l'Asteroussia,
équivalent possible de la zone pélagonienne, comporte des
roches métamorphiques
intrudées de granites (Crétacé supérieur)
et recouvertes d'ophiolites.
Toutes ces nappes ont été mises
en place avant le
Miocène supérieur, les sédiments du Miocène
supérieur-Pliocène se sont déposés dans des
bassins
d'effondrement, durant une phase
d'extension.
En conclusion, on interprète
schématiquement la
formation de la chaîne alpine par trois subductions,
décalées de plus en plus vers le Sud :
- disparition de l'océan du Vardar (ou
Axios) au
Jurassique supérieur, une partie de la croûte
océanique est obductée sur la zone pélagonienne,
- disparition de l'océan du Pinde sous
la zone
pélagonienne au Crétacé terminal-Eocène : formation
d'une ceinture de Schistes Bleus, intrusions granitiques, et
finalement mise en place de la
nappe du Pinde (couverture de la croûte océanique)
à l'Oligocène.
- du Miocène supérieur à
l'actuel : subduction de la
mer de Libye à croûte amincie sous la
Ride Méditerranéenne, avec séismes profonds
disposés selon un plan
de Benioff arqué
encore actif.
En même temps extension de la Mer Egée avec
métamorphisme thermique et
intrusions granitiques,
formation de bassins en demi-grabens, volcanisme quaternaire
disposé en arc.
B - Les marbres de la zone de l'Ida
Un important niveau de marbres gris clair,
d'odeur un peu fétide à la cassure, est exploitée
dans les monts Talea Ori, entre Perama et Dhamasta.
Dans ce secteur, le front des Talea
Ori correspond à une série inverse, dans laquelle le
calcaire de Pantokrator
repose sur les calcaires en plaquettes,
par l'intermédiaire d'une zone de schistes siliceux
(équivalent des schistes à Posidonies
ioniens). Le calcaire de Pantokrator, daté du Trias
supérieur-Lias moyen dans la zone ionienne,
représente une plateforme carbonatée, avec des calcaires
à algues en gros bancs, déposés en eau
peu profonde. Au Lias supérieur la plateforme s'effondre, par
suite d'une phase d'extension
connue en maintes régions de la Méditerranée, et
des sédiments plus profonds se déposent. Ici,
le calcaire de Pantokrator est transformé en marbres gris clair,
très sonores.

Fig.
18 - Coupe du front des Talea Ori à Doxaro
Fig. 19 - Vue de la partie Est des
Talea Ori : carrière de Damasta au premier plan, et celle
d'Aloides au fond
Fig. 20 - Marbres de la série
de l'Ida ("calcaires en plaquettes"), route de la carrière de
Doxaro
Les carrières actuellement exploitées, au moyen du câble
diamanté, se trouvent dans la partie Est des Talea Ori : Dhamasta et
Aloïdes par Cretan Marble, et Doxaro par la société Varmin. Les
marbres du Pantokrator sont en gros bancs, avec de forts pendages, et affectés
d'un bon nombre de fractures, souvent élargies par la karstification ou ayant
permis la migration d'oxydes jaunâtres. Seuls certains niveaux permettent la
production de blocs de qualité. La carrière de Doxaro se trouve juste sur une
charnière anticlinale étroite de Pantokrator, encadrée de schistes sériciteux et
de calcaires en plaquettes, une autre belle charnière s'observe plus haut au
niveau du col, avec un flanc inverse écrasé : la structure du
flanc sud des Talea Ori est plus complexe que ne l’indiquent les auteurs.
Plus à l'Ouest, la carrière d'Ayia a produit un
peu de marbre blanc à zones grises, avec de gros remplissages à grands cristaux
de calcite.
L'ancienne carrière au Sud de Mesi a produit un
peu de marbre gris clair, appartenant aussi à la zone de l'Ida, mais se
rattachant au massif de l'Ida et non à celui des Talea Ori. Ce marbre a sans
doute été abandonné à cause de la fracturation et de la karstification
excessives. Plus près du village, le marbre passe à un calcaire graveleux
évoquant tout à fait le calcaire de Pantokrator.
C - Les dolomies de la zone de
Tripoli
A deux kilomètres au Sud de Dhamasta, la carrière
d'Edhonokhori (Cretan Marble) produit une dolomie bleu sombre, avec un
réseau de filonets blancs. Elle est située sur une surface d'érosion ancienne,
dont la karstification espacée permet de prévoir la possibilité de blocs de
bonne taille. La partie inférieure de la carrière montre des stromatolites
parallèles, avec un pendage de 80°, au dessus viennent des dolomies
bréchiques.
Au SW de Rethimno, la carrière de Moudros
(société Varmin), située sur une hauteur au Sud du village et signalée par un
grand derrick, produit une dolomie grise, légèrement poreuse, à réseau de
filonets clairs. Le massif, quoique dolomitique, est fortement karstifié et les
oxydes de fer envahissent la roche au voisinage des fractures. Le pendage de la
dolomie est de 30° vers le Nord, elle repose sur des calcaires bleu sombre à
Rudistes.
La petite carrière de Saktouria extrait de temps
à autre un calcaire vert clair a grain fin traversé de nombreux filonets de
calcite, riche en Radiolaires et probablement en Globotruncana. Ce faciès évoque
les calcaires du Sénonien du Pinde. La particularité de ce gisement est d'être
formé d'une grosse boule (olistolite), d’une centaine de mètres d'extension,
flottant dans le flysch du Pinde.
A Ayios Kirillos est produit un calcaire gris
très fin, légèrement marmorisé et conservant des traces de stylolites, sous le
nom de « Festos ». Comme dans le cas précèdent, le gisement consiste en une
grosse boule, d'environ 80 m d'extension (donc avec des réserves limitées), qui
flotte dans le flysch de l'unité de Miamou.

Fig. 21 - Gisement
lenticulaire du marbre d'Ayios Kirillos : en bas à droite l'exploitation a
atteint l'extrémité de la lentille, englobée dans le flysch de
Miamou
D - Pierres calcaires et gypse du
Néogène
A l'Est de Rethimno, le bassin néogène comporte une
importante masse peu stratifiée de calcarénites beiges poreuses, qui ont
beaucoup été employées dans les anciennes constructions , telles que les
monastères et des maisons particulières. Elle contient un peu de quartz et de
nombreux petits foraminifères. Cette roche est encore produite à 500 m au Sud du
village d’Alfa, sous le nom d'Alfopetra : facile à tailler et sculpter,
on en fait des pierres de taille, des tranches pour revêtements muraux et même
des dallages, malgré une résistance a l’usure au sable de 38,8 mm selon nos
mesures (admissible pour les locaux individuels selon la norme NB
10-508).
Le Miocène supérieur de Crète centrale renferme
d'importantes couches de gypse qui ne sont pas exploitées actuellement,
mais dont les Minoens ont fait large usage. La civilisation Minoenne (environ
-1900 à -1400) est caractérisée par l'édification de somptueux palais,
découverts seulement au XXe siècle : elle témoigne de l'implantation d'une
puissante monarchie et de riches ressources (agriculture, commerce maritime).
L'écriture était connue : linéaire A, encore non déchiffré, linéaire B dans la
période tardive, correspondant a un dialecte grec ancien. La visite des palais
de Cnossos, Phaistos et Ayia Triada montre le large emploi du gypse
miocène.
Le gypse à grain fin, appelé à tord « albâtre », était
employé en dallages de grande taille (près d’un mètre carré) dans les pièces
intérieures. Nous avons mesuré une usure au sable de 29 mm selon la norme
française : ce gypse à grain fin admet ainsi un passage intense de piétons, les
architectes minoens avaient choisi judicieusement cette roche, inutilisée de nos
jours. Mais on note en visitant l'appartement du roi à Phaistos que ces dalles
se sont fortement cintrées depuis l'époque des fouilles, du fait de l'action du
soleil : le gypse ne supporte pas l’exposition à l'extérieur, d'autant plus
qu'il est fortement soluble dans l’eau. Dans plusieurs pièces, la base des murs
était revêtue de grandes dalles similaires.
Les soubassements de murs des pièces principales était
réalisé en appareil régulier, soit en calcarénites miocènes, soit en gros blocs
de gypse : à Cnossos par exemple on remarque de gros blocs, d’un volume
atteignant presque le mètre cube, formés de gypse en grands cristaux (jusqu’à
une dizaine de centimètres), variété appelée sélenite.
Beaucoup d’encadrements de portes et de marches
d'escalier massives étaient aussi en gypse, à grain moyen ou fin. A l'origine,
tous ces éléments de construction étaient protégés des intempéries, les dallages
des cours et allées étant réalisés en calcaires ou schistes ; mais depuis le
dégagement des ruines, l'action de la pluie dissout rapidement les roches
gypseuses.
Les palais minoens ont aussi révélé des mobiliers en
gypse : bancs, lit (Ayia Triada), autel (acropole de Gortyne), fauteuil dit
trône de Minos (Cnossos).

Fig. 22 - Blocs de soubassement et
escalier de gypse dissous par la pluie, palais de Phaistos

Fig. 23 - Dallage en gypse de l'appartement du roi à Phaistos ; les
dalles de 1 x 0,7 m exposées au soleil sont cintrées depuis les fouilles, tandis
que celles situées à l'ombre sont restées planes
Les carrières d'où provenait le gypse n'étant pas
connues, j'ai cherché dans les affleurements proches de Gortyne les traces
d'exploitations anciennes, mais en vain car l'érosion rapide des séries
gypseuses les a probablement fait disparaître en 3400 ans. Le sciage des
tranches assez minces employées en revêtements de murs et de sols (épais
d'environ 1 cm) pouvait être effectué avec de grandes scies en bronze : le musée
d'Iraklio en présente plusieurs, longues d'environ 1,5 m, avec des dents de 4-5
mm.
Le talent des lapidaires minoens est évident quand on a
contemplé au musée d'Iraklio les trois célèbres vases décorés en stéatite
(provenant d'Ayia Triada), les vases d'albâtre et de pierre, les sceaux en
agates, quartz, stéatite...
Un « atelier de lapidaire » a été découvert dans le
palais de Cnossos, contenant encore un stock de petits blocs de porphyre rouge,
provenant sans doute d'importation.
Un gisement d'albâtre miocène, encore non exploité, m'a
été signalé par l'IGME à Nea Apostoli, près d'Ierapetra en Crète orientale.
E - Onyx calcaires de la série de
Tripolis
La Crète étant connue pour ses onyx calcaires, j'ai
visité les principales localités pour faire le point sur leur activité et leur
type de gisement.
En Crète occidentale, la longue péninsule de
Rodopos (près de 20 km), aussi appelée à juste titre Onikas, est
constituée de calcaires dolomitiques bleus de la série de Tripolis, reposant sur
un petit témoin de la zone de l'Ida. La série de Tripolis, fortement karstifiée
en surface, est découpée d'importantes failles de direction N20°E et N145E. Les
onyx forment des remplissages, épais de 1 à 2 m, le long de ces accidents : deux
carrières ont exploité ces onyx respectivement à 13 et 16 km du village de
Rodhopos ; elles ont fermé il y a cinq ans, leur propriétaire est devenu serveur
dans une taverne.
En Crète centrale, la carrière de Kato Vathia est
la seule en activité ; le gisement a été découvert par C. Sfakenakis, qui l'a
exploité depuis 24 ans, et a construit un atelier de sciage et polissage. Le
filon, épais de 6 m environ, suit une faille de direction N150°E le long d'une
colline de calcaire bleu de Tripolis ; mais l'autre éponte du filon est formée
par des marnes a foraminifères du Néogène. Cette situation particulière
s'explique quand on examine de près l'onyx : il a été broyé après son dépôt, et
montre des stries horizontales de décrochement. De plus on constate que les
stalactites (nécessairement verticales à l'origine), sont inclinées d'une
vingtaine de degrés, de même que les planchers initialement horizontaux. L'onyx
s'est donc déposé dans une fracture ouverte dans le calcaire de Tripolis, le
compartiment Est s'est effondré au moment de la formation du bassin Néogène,
puis les mouvements de la faille ont continué après le Néogène (le contact est
tectonique entre l'onyx et les marnes).

Fig. 24 - Onyx calcaire de Kato
Vathia, assemblage 1 x 0,8 m en livre ouvert

Fig. 25 - Mouvements tectoniques récents affectant le filon d'onyx
calcaire de Kato Vathia : stalactites inclinées vers la droite, cannelures
horizontales sur miroir de faille
La carrière de Vrises se trouve au sommet de la
montagne dominant au SW le village de Vrises, près de Neapoli. Le filon d'onyx
(6-7 m) suit une faille N100E dans les dolomies bleues de Tripolis, oblique par
rapport à la faille principale du versant (N130E) ; on observe dans l'onyx des
stries de faille normale, preuve d'un rejeu tectonique après son dépôt. La
carrière a cessé son activité il y a trois ans.
Dans la même région, la carrière d' Ayios
Costadinos suit sur environ 500 m de long une faille N50E, dans des
calcaires dolomitiques bleus à stromatolites. Les travaux sont abandonnés depuis
deux ans ; la partie la plus récente, qui n'a pas été rebouchée, montre un filon
de 6-8 m d'épaisseur, s'amenuisant à 3 m vers l'extrémité NE. La forte
fracturation de l'onyx explique son abandon.
Cet examen montre que tous les onyx calcaires de Crète
sont des dépôts de cavernes dans des calcaires dolomitiques ou dolomies de la
zone de Tripolis ; ils se situent le long de failles élargies par
karstifîcation. Dans les cavités subsistantes, assez nombreuses, on observe des
dépôts de ruissellement sur les parois (draperies), des stalactites provenant
des plafonds, des planchers horizontaux. Leurs colorations, jaunes, rouges et
brunes, résultent vraisemblablement d'oxydes de fer. Ils possèdent divers
défauts, comme des cavités non remplies, des blocs englobés (provenant des
terrains encaissants), et surtout une assez forte tectonisation par rejeu des
failles.
Du fait de la faible épaisseur de l'onyx, les carriers
doivent ouvrir des tranchées nettement plus larges en entaillant l'encaissant,
tranchées qui deviennent dangereuses avec l'approfondissement. Ces
élargissements sont faits à l'explosif, qui augmente sans doute la fracturation
naturelle ; à Kato Vathia on m'a assuré qu'il est impossible d'exploiter au
câble diamanté.
Il me semble que ces onyx ne sont pas de formation
récente, car ils viennent jusqu'à l'affleurement : les filons sont recoupés par
une surface ancienne et le processus de dépôt n'est plus actif actuellement. On
peut penser qu'ils se sont formés au cours du Néogène dans les profondeurs des
cavernes, sous des climats plus humides, avec une végétation plus riche en
surface ; de nombreuses cavités, petites ou grandes, n'ont pu être remplies
depuis cette époque. En outre, ils ont subi une tectonisation indiscutable,
montrée par la présence de brèches, de stries verticales ou horizontales, et le
basculement des stalactites et des planchers.
4 - Conclusion
La production de marbres de l'Attique, concentrée
surtout à Dionisos et Ayia Marina, est menacée par les récentes décisions
gouvernementales, qui priveraient la Grèce d'importantes ressources
d'exportation.
Dans les Cyclades, la seule production importante de
marbres provient de Kinidaros (Naxos).
En Crète l'activité principale règne dans les Talea Ori,
avec trois carrières produisant un marbre gris clair de couleur assez homogène
(en règle générale, la présence de marbrures déprécie les marbres pour les
utilisateurs actuels!), ensuite vient le Noir de Crète (dolomie bréchique
d'Edonokhori). Malgré la beauté de leurs couleurs, les onyx calcaires sont
produits en quantité restreinte, les rejeux tardifs des failles ayant endommagé
les gisements ; seuls de petits objets de décoration pourraient être
produits.
Depuis 1976 les gouvernements, sous la poussée des
écologistes, prennent des décrets d'interdiction (ce qui est facile), mais rien
n'est fait pour restaurer les sites dégradés (Pentélique, Santorin) ; les
carrières sont restées en l'état, à part l'ajout de décharges sauvages. Et même
l'armée grecque a été autorisée à construire dans les années 80 à Spilia, sur le
Pentélique, d'horribles blockhaus en béton, qui n'ont jamais servi à rien. Il me
semble que la vente des terrains des carrières à des particuliers permettrait
rapidement de remodeler le paysage, d'y faire des plantations et de construire
des quartiers résidentiels de prestige, comme il en existe dans la plaine, mais
avec une température et une pollution plus supportables.
Malgré l'activité encore intense du bâtiment, surtout
dans les zones touristiques et grâce à la main d'oeuvre clandestine (albanais
surtout), les carriers se plaignent du ralentissement de l'activité. La Grèce
reste le pays avec la plus forte consommation en marbre par habitant, mais dans
les constructions neuves la concurrence de la céramique s'intensifie, et la
crise mondiale se répercute inévitablement.
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NB : L'explosion du volcan de Santorin est maintenant datée de -1628 (Science et Vie, mai 2002)..