Marbres de Grèce continentale et du Péloponnèse

PERRIER R., Le Mausolée, n° 642, fév. 1990, p. 67-85

       1 - Introduction

Depuis le voyage en Grèce de la Fédération Marbrière de France (Le Mausolée, juin 1975), l'industrie grecque a notablement évolué, tant sur le plan de la production totale que sur celui des qualités de marbres produits.

La production totale des carrières a passé de 0,38 à 1,5 millions de tonnes environ, ce qui place la Grèce en quatrième position mondiale, derrière l'Italie (6,6 Mt), l'Espagne (2,8 Mt) et les USA, selon les évaluations de Conti (1986, Marble in the world).

Fig. 1 - Situation des carrières

Fig. 2 - Production et exportations (d'après Hellenic Marble  Directory, 1989)

Fig. 3 - Consommation de marbre par habitant en fonction du revenu annuel (données de Conti, 1986)

La capacité de production des 300 usines et ateliers est évaluée à 2 000 000 m3 /an. Et cependant les productions grecques sont mal connues en France, puisque chaque année nous importons de Grèce seulement quelques dizaines de tonnes de blocs, 234 t de tranches et 325 t de produits polis (statistiques douanières 1988), ce qui représente une infime proportion des marbres et calcaires que nous importons :

- 1 % des tranches,

- 0,5 % des produits polis.

Les exportations grecques représentent environ 10 % de la production du pays, elles sont dirigées principalement vers l'Arabie Saoudite (76 410 t en 1987), l'Italie (16 991 t), la RFA (14 766 t) et les USA (11 229 t). Les blocs sont vendus surtout à l'Arabie et à l'Italie, les tranches à la RFA et à l'Italie, les revêtements polis à l'Arabie, aux USA et à l'Italie.

La France est un client tout à fait mineur pour les marbriers grecs, venant en quinzième position pour les blocs, en neuvième position pour les tranches, et en dix-septième position pour les produits polis.

Les marbriers français connaissent surtout les marbres blancs, que la Grèce est un des rares pays en mesure de fournir en qualité réellement blanche : les plus connus sont évidemment ceux de Thassos et du Pentélique, dont les plus belles qualités sont en fait acquises par la compétition internationale. Parmi les marbres demi-blancs, ceux d'Ayia Marina et du Pangée (marque Ajax) ont une notoriété limitée, notons aussi parmi les ophicalcites le vert de Tinos. En dehors de ces produits, les professionnels français connaissent mal la gamme très large de marbres et calcaires marbriers (1) qu'offre aujourd’hui l'industrie grecque.

2 - Rappel historique

On ne saurait parler de la Grèce sans faire un bref rappel historique, que nous nous proposons de développer par ailleurs. Au second Millénaire avant Jésus-Christ le marbre blanc de Paros était déjà sculpté et poli par les habitants de l'Egée pour la confection des idoles des Cyclades. La civilisation mycénienne connaissait la scie à marbre, sous forme d'une lame de cuivre avec des grains d'émeri incrustés.

Sans parler des premiers emplois du granite en construction et en sculpture par les habitants de Délos, c'est à l'époque classique (Ve siècle) que les grands marbres blancs furent le plus exploités pour l'architecture et la sculpture : l'usage du ciseau d'acier et la qualité exceptionnelle des marbres (Paros, Pentélique et Thassos) permirent des réalisations inégalées jusque là.

Dès le VIIe siècle un certain Byzès, originaire de Naxos, avait inventé la scie lisse en acier, employant l'émeri existant en abondance à Naxos pour découper des plaques servant de tuiles pour les temples. Les revêtements de murs par des plaques de marbre (de Marmara) furent mis en oeuvre pour la première fois lors de la construction du Mausolée d'Halicarnasse, tombeau du roi de Carie, mort en -353, alors qu'auparavant les murs de temples et d'édifices publics étaient construits en blocs massifs de marbre.

Les Romains conquirent la Grèce en -146 et en pillèrent les statues. Ils remirent en exploitation des carrières de marbre blanc, et explorèrent intensivement tout leur empire à la recherche de roches ornementales, en particulier de marbres de couleur, de brèches et de porphyres pour l'embellissement de la Ville, surtout à l'époque d'Auguste. Dans les limites actuelles de la Grèce, ils découvrirent la brèche verte de Thessalie (Vert Antique), le cipolin vert de Karistos, le calcaire Fleur de Pêcher d'Eretria en Eubée, la brèche de Skyros (brèche de Settebasi), le Portasanta de Chio, et dans le Péloponnèse le Porphyre Vert Antique de Crocée, le Rouge Antique et le Noir du Ténare. Ces carrières furent intensément exploitées pour l’extraction de colonnes, et de blocs pour le sciage de plaques de revêtement ; à Rome, les stocks considérables accumulés dans le quartier de la Marmorata furent réutilisés ensuite par les marbriers de la fin du Moyen-Age et de la Renaissance.

Les carrières romaines furent ensuite exploitées au début de la période byzantine, en particulier pour les colonnes de Sainte Sophie (Vert de Thessalie entre autres), achevées en 548 par Justinien, et pour diverses constructions à Constantinople jusqu'au VIe siècle. Puis elles furent abandonnées, en particulier à cause de la crise de l'Iconoclasme et du déclin de l'Empire.

Les carrières du Pentélique furent rouvertes après l'Indépendance en 1836 pour la construction du palais du roi Othon, puis vers la fin du XIXe siècle une société anglaise (Grecian Marble), rechercha les sites des carrières romaines et remit en service plusieurs d'entre elles pour l'ornementation de sièges de sociétés à Londres, en particulier celles de Thessalie (brèche verte), de Dimaristika (Rouge Antique) et de Skyros.

Les débuts de l'industrialisation datent des années 60, avec le développement de nouveaux centres marbriers en Macédoine, Epire, Grèce Centrale et Argolide. Le développement a été rapide, puisqu'on compte aujourd'hui environ 3500 entreprises marbrières, employant plus de 50 000 personnes, dont un certain nombre de grosses entreprises intégrées équipées de matériels modernes (italiens surtout), tels que câbles diamantés, châssis à lames diamantées, scies de 2,5 à 3 m, taille-blocs, ponts de polissage des tranches, chaînes de débitage et polissage automatiques pour les plaquettes standard.

Les particularités de l'industrie marbrière en Grèce sont à notre avis les suivantes.

- En l'absence de tradition marbrière séculaire, les grecs ont su profiter en quelques années de l'apport technologique italien, et construire un outil de production moderne.

- L'esprit d'entreprise est très développé, galvanisé par quelques succès spectaculaires, ceci bien que l'aide gouvernementale soit faible à nulle, et que les taux des banques soient élevés. Il n'existe qu'un entreprise marbrière nationalisée, qui fonctionne mal.

- La disponibilité de beaux matériaux, surtout de marbres et calcaires marbriers, accessoirement d'ophicalcites (les granites ne sont pas encore exploités). La présence d'un important réseau routier, développé depuis quelques décennies, et de nombreux ports jamais très éloignés, permettent l'exploitation de carrières même dans l'intérieur du pays.

- L'existence d'un marché intérieur actif, lié à l'essor étonnant de la construction urbaine : il a été à l'origine du développement de l'industrie marbrière, puisqu' actuellement encore il absorbe environ 90 % de la production. Malgré un revenu par tête assez faible (3974 $, soit 36 % de celui du français), le grec consomme 80 kg de marbre par an, autant que l'italien et le belge, n'étant dépassé que par l'arabe saoudien ou koweitien (le français ne consomme que 24 kg/an).

3 - Notions sur la géologie

La Grèce est un segment de la chaîne alpine, plissée surtout au cours du Tertiaire, constituant un arc incurvé autour du noyau ancien du Massif du Rhodope. Sa structure est très complexe et encore incomplètement comprise par les géologues. On a cependant identifié dans cet arc un grand nombre de zones, caractérisées chacune par une histoire sédimentaire et tectonique particulière, entre le Rhodope au coeur de l'arc et la zone de Paxos sur la périphérie, cette dernière représentant la bordure du bloc des Pouilles (zone apulienne), aujourd'hui effondré sous la mer ionienne.

Fig. 4 - Carte structurale schématique de la Grèce

Ces zones formaient au cours de l'ère secondaire une succession de bassins marins profonds et de plateformes moins profondes à sédimentation surtout calcaire. L'un des bassins profonds, celui de l'Almopias (partie de la zone de l'Axios), était en expansion au Trias et au Jurassique, son fond était formé de roches ultrabasiques (basaltes, péridotites) : vers la fin du Jurassique le rapprochement des continents voisins le fit disparaître dans les profondeurs du manteau, une partie des roches ultrabasiques fut expulsée vers le Sud par dessus la zone pélagonienne, formant une nappe d'ophiolites : ces roches sont exploitées comme ophicalcites dans la région de Naoussa et à Tinos. Par contre la brèche verte de Thessalie (Vert Antique) correspond au remaniement par la mer des roches de la nappe ophiolitique au cours de la transgression du Crétacé supérieur.

Pendant le Tertiaire, plusieurs phases tectoniques ont violemment compressé les séries des diverses zones, causant leur charriage les unes sur les autres, en direction du Sud dans l'ensemble. En outre les zones internes et certains secteurs des zones externes furent soumis à de hautes températures et pressions (métamorphisme), qui transformèrent les calcaires en marbres. En mer Egée la zone pélagonienne fut en plus injectée par des granites à une date relativement récente (Miocène moyen-supérieur).

Des effondrements se produisirent ensuite en mer Egée, qui lui donnent sa morphologie en damier de horsts et grabens, tandis que les phases compressives se poursuivent au Pliocène sur la périphérie de l'arc.

Actuellement la compression se manifeste en mer sur toute la périphérie de l'arc, les séismes (très actifs comme on le sait) se groupant sur un plan de Bénioff plongeant vers le Nord.

De cette histoire très mouvementée, dont nous ne pouvons donner qu'un aperçu très schématique, résulte une grande variété de roches ornementales, pour la plupart des calcaires très compacts (sans porosité) et des marbres.

4 - Les bassins de production

A - Macédoine

La zone actuellement productrice, centrée sur le port de Kavala, s'étend des environs de Drama à l'île de Thasos. Sa production, de l'ordre de 150 000 m3/an, en fait la plus importante de Grèce.

   Fig. 5 - Le port de Kavala

   

Fig. 6 - L'une des carrières de marbre blanc de Thasos

   Fig. 7 - Carrière de Volakas

   Fig. 8 - Echantillon de marbre Volakas

    Elle appartient entièrement à la zone du Rhodope, constituée de roches métamorphiques (micaschistes, gneiss, marbres) et de granites intrusifs. Longtemps considérée comme un massif de roches très anciennes (Paléozoïque ou Précambrien), ces formations difficilement datables sont maintenant supposées plus récentes : au dessus des gneiss (Paléozoïque?) la série des marbres pourrait appartenir au Mésozoïque (Trias- Jurassique), le métamorphisme (faciès des Schistes Verts) serait d'âge Oligo-Miocène selon les datations absolues par le potassium-argon.

Les marbres exploités sont presque tous dolomitiques : on peut distinguer selon leur granulométrie :

- les demi-blancs du Pangée (Ajax et Rodolivos) et du Mont Falakro (Volakas), à grain fin et à marbrures grises ou beiges,

- les demi-blancs de Drama (carrières de Piges, Kokkinoyia), d'un grain de 0,5 à 1 mm, avec des zones grises d'aspect fluidal et des microfractures entrecroisées.

- le blanc de Thasos, avec un grain de 0,6 à 2 mm, l'un des marbres les plus blancs du monde (blanc neige), présente diverses taches translucides, et de petites cavités (géodes) de taille millimétrique.

- marbres gris à gros grain comme celui de Panorama, assez sombre, de grain de 2 à 3 mm, ou celui de Khalkero (Astir), à grain très gros (3-5 mm) mais de teinte plus claire et plus calcaire.

Parmi les marbres calcaires nous mentionnerons :

- les marbres blanc-laiteux de Nestos, à grain fin, produits depuis peu d'années dans la commune de Kekhrokambos sur la rive droite du fleuve Nestos.

- les demi-blancs de Kavala (carrières d'Ayios Kosmas, Disvato et Stenopos à une vingtaine au NE de Kavala), à grain moyen (1-2 mm), avec petites taches gris-sombre s'étalant en forme de comète, quelques gros grains globuleux transparents, et des fractures à remplissage blanc porcelané.

Plusieurs usines importantes se trouvent à Drama, Kavala et Thasos, équipées des matériels les plus récents. Les carrières, en butte ou en fosse, exploitent des masses épaisses, homogènes et peu facturées, le plus souvent au câble diamanté.

B - Région de Véria-Kozani

Dans la vallée du fleuve Aliakmon et sur les pentes septentrionales de l'Olympe (provinces de Piérie, d'Himathie et de Kozani), des carrières assez importantes exploitent des marbres blancs ou demi-blancs encore peu connus sur le marché français, attribués au Trias-Jurassique de la zone pélagonienne, ainsi que les ophicalcites vertes. La production est évaluée à 40 000 m3/an.

Des marbres blancs proviennent du flanc Nord de l'Olympe, sur la commune de Fotina, dans une nappe pélagonienne chevauchant la fenêtre de l'Olympe où affleure une zone beaucoup plus externe (Gavrovo). Ces marbres sont fins, translucides, ils ont parfois des taches grises, violettes ou translucides.

    Près de Kastania, au SW de Véria, des marbres dolomitiques blancs à grain très fin (< 0,1 mm) sont produits à Georgiani.

Ceux de Koumaria, à l'Ouest de Véria, sont blancs à demi-blancs, calcitiques, à grain fin, avec parfois des zones grisâtres.

A Tranovaltos, au Sud de Kozani, le marbre est calcitique, à grain assez fin (0,1-0,5 mm), avec quelques taches gris-bleu allongées.

Dans l'ensemble, cette région est assez fracturée et les carriers ne peuvent extraire de blocs de très grande dimension.

Au NW de Véria une ophicalcite verte était exploitée à Naoussa ; la carrière est maintenant arrêtée, mais une nouvelle a été ouverte sur la rive droite de l'Aliakmon (Vergina), sur une pente assez impressionnante : il s'agit d'une brèche ophiolitique, comportant des éléments de serpentine et des blocs calcaires, formant de grosses boules intercalées dans des schistes écrasés. Par la méthode des forages et des coins des blocs de 3 à 4 m3 sont découpés, la production est encore limitée.

C - Région de Volos

L'exploitation de la fameuse brèche verte de Thessalie (carrières de Hassanbali ou Omorfokhori au NE de Larissa) ont été abandonnées depuis 1975, ce que l'on peut regretter vu la qualité esthétique de la roche et les réserves restantes.

Dans le massif du Pilion qui domine Volos (province de Magnésie), les carrières de Kanalia ont été délaissées (marbres demi-blancs à rayures), par contre de petites exploitations de marbres blancs ont été ouvertes, toujours dans les carbonates pélagoniens, à Veneto (beau marbre blanc laiteux à grain fin), à Kerasia (blanc à zones gris-bleu) et à Elafos.

Mais surtout les dernières années ont vu la découverte du remarquable marbre rose clair ou gris clair nuageux appelé Pilion rosé ou Pilion nuageux, dont l'exploitation est maintenant intensive et qui est présenté sous des noms variés par les producteurs (Zasteni, Volos cloudy pink, Alexandra, Egeo, Elafos...).

Au Sud de Volos, les carrières de Sourpi et Pteleos fournissent un marbre rose à structure bréchique (grands éléments), comparable au marbre rose du Cambrien du Portugal.

   Fig. 9 - Carrière de Pteleos

   Fig. 10 - Echantillon de marbre Pteleos

D - Epire

Passant maintenant à l'Ouest du pays, nous trouvons dans les environs de Ioannina les nombreuses exploitations de calcaires beiges, produisant 70 000 m3/an. Les carrières se trouvent aux environs des villages de Marmara (où la production a débuté en 1958), mais surtout de Petralona et de Klimatia. On se trouve là dans la zone ionienne, qui n'a subi ici aucun métamorphisme. Les bancs calcaires sont des turbidites du Sénonien supérieur : il s'agit de fragments d'organismes calcaires (Rudistes surtout, mais aussi Orbitolines, Milioles, Cunéolines, Algues), qui vivaient sur des plateformes peu profondes situées à l'Est (Gavrovo), et furent entraînés par des courants de gravité dans la fosse ionienne. Ces couches montrent souvent un granoclassement, les fragments les plus gros se trouvent à la base des bancs (par exemple dans la variété Ioannina Spécial). Entre ces couches grossières se trouvent des calcaires à grain fin, contenant des foraminifères planctoniques (Globotruncana) comme dans la variété appelée "Tsini".

Les différents bancs ont reçu des noms particuliers (Special, Kormos, Vrakhos, Trani, Tsini, etc.), l'épaisseur des bancs les plus importants atteint 1 à 8 m. La couleur d'ensemble est beige, les variétés les plus homogènes au point de vue couleur sont le Special et le Kormos.

La production a surtout été absorbée jusqu'ici par le marché grec, en dalles de 2 cm. Plusieurs usines ont commencé à produire des plaques de 10 mm pour l'exportation (30,5 x 30,5 cm), leurs prix peuvent concurrencer les productions similaires d'Italie (Botticino, Trani) et d'Espagne (Marfil).

Par ailleurs on trouve dans l'Eocène de la zone ionienne externe à Riziani près d'Igoumenitsa, des calcaires à grain fin (sublithographique) d'une belle couleur rose, en bancs d'une vingtaine de centimètres, dans lesquels sont taillées des dalles et même des tables de bonne taille.

Fig. 11 - L'une des carrières de Ioannina, à Karitsa


   
Fig. 12 - Echantillon de calcaire marbrier Ioannina Special

E - Attique et Eubée

Sur une production totale de 20 000 m3/an, le massif du Pentélique (1109 m) produit naturellement la plus grosse part. Cependant, vu sa situation proche d'Athènes, l'opposition écologique est parvenue à faire passer en 1976 une loi interdisant l'exploitation du flanc Sud de la montagne ; son résultat fut une baisse de la production (60 %) et de la qualité du marbre (zones grises au jaunâtres micacées au lieu d'un blanc pur).

L'âge du marbre du Pentélique, qui se trouve en fenêtre tectonique sous la nappe néohellénique (unités de Stira et d'Okhi), est encore discuté : selon les uns il date du Dévonien comme les marbres des mines d'argent du Laurion, pour d'autres il serait mésozoïque. Il s'agit d'un marbre calcitique à grain fin (0,3-0,8 mm), de couleur laiteuse, parfois à zones colorées par de la chlorite ou des micas, il se range dans le faciès métamorphique des Schistes Verts selon les minéraux accessoires et les schistes encaissants. Une faible teneur en limonite (hydroxyde de fer) lui procure à l'extérieur une patine dorée et chaude, par exemple sur l'Acropole.

Des marbres demi-blancs ont été exploités dans l'Antiquité sur le Mont Hymette et dans le cap Sounion.

Au NE de Marathon, sur un cap faisant face à l'Eubée, les trois carrières d'Ayia Marina produisent un marbre gris-bleu clair (Celestino) à petites zones onduleuses (aspect nuageux par découpe en passe). Contenant un peu de pyrite, son emploi extérieur est déconseillé. La formation a 200 m d'épaisseur et plonge vers la mer, elle contiendrait des Rudistes, ce qui implique un âge Crétacé supérieur ; elle se poursuit de l'autre côté du détroit avec les marbres d'Almiropotamos (Crétacé supérieur et Eocène), encore peu exploités.

En Eubée du Sud, le cipolin de Karistos, célèbre dans le monde romain pour les colonnes de plus de 13 m qu'on en tirait (marmor carystium), est encore produit à une échelle modeste : d'un banc de 25 m on extrait par découpe au câble diamanté des blocs destinés au sciage de tranches et de dalles, avec des zones alternées blanches et vertes (la coloration est due à de la chlorite et de l'épidote). Les bandes colorées proviennent du métamorphisme de niveaux initialement argileux, évoquant des varves lacustres affectées de glissements syn-sédimentaires épisodiques (slumps), dans ce cas on observe de belles marbrures contournées sur les tranches polies. Le cipolin appartient à l'unité de Styra de la nappe néohellénique, qui chevauche le massif d'Almiropotamos et d'Ayia Marina, son âge est inconnu.

En Eubée centrale des marbres calcaires gris, mylonitiques, à grain assez gros (1-3 mm) sont exploités à Aliveri, ils seraient l'équivalent des marbres d'Almiropotamos.

    A Eretria un calcaire bréchique, rouge à violacé avec des veines de calcite blanche, était connu des romains et des byzantins sous le nom de Fleur de Pêcher, Rouge de Byzance ou encore Marbre de Chalcis. Il renferme des Goniatites écrasées (sortes d'ammonites du Carbonifère), et se rattache à la zone pélagonienne. Il a été exporté par les Romains jusqu'en Libye, en Tunisie et en Algérie, sans compter la Sicile et l'Italie, sous forme de colonnes et de plaques. De nos jours, l'exploitation se poursuit à une petite échelle. Une roche similaire se retrouve à Ritsona, au Nord de Tanagra, elle est moins fracturée et attribuée au Trias.

   Fig. 13 - Echantillon d'Eretria


   Fig. 14 - Echantillon d'Ayia Marina

    F - Péloponnèse

Si l'on exclue le calcaire noir de Vitina (calcaire à Rudistes de la zone de Tripolis, extrait d'une seule carrière et similaire au noir Marquina du Pays Basque espagnol), les marbres rouges du Ténare et le Porphyre Vert Antique de la région de Sparte (non exploités), l'essentiel de la production du Péloponnèse (80 000 m3/an) provient de la péninsule de l'Argolide et du Mont Parnon.

    En Argolide il s'agit de calcaires marbriers du Trias supérieur-Lias de la zone pélagonienne, qui se présentent sous des faciès très variés :

- calcaires microcristallins beige sombre, à nombreux filonets rouges riches en hématite, produits à Stavropodi, sous le nom de Mikinon,

- calcaire noduleux rouge-orangé, avec parfois des ammonites (Ammonitico Rosso du Trias supérieur) extrait dans quelques carrières près du Théâtre d'Epidaure, et appelé Rouge d'Epidaure ou de l'Asklipion,

- calcaires beiges à stromatolites (lamines ondulées) de Karnezeika et de Didima : ceux de Karnazeika sont produits en larges quantités dans de grandes carrières modernes,

- calcaires beiges oolithiques de Ligourion,

- brèches à grands éléments à ciment hématitique rouge, provenant de Kandia,

- calcaire microcristallin noduleux rouge-brun (parfois verdâtre), à fragments de fossiles et stylolites de Trizinia, produit dans les carrières d'Ano Fanari. C'est un faciès Ammonitico Rosso du Jurassique, daté du Domérien au Dogger par des ammonites.

   Fig. 15 - Karnazeiko


Fig. 16 - Carrière d'Ano Fanari, montrant des slumps dans l'Ammonitico Rosso

   Fig. 17 - Ammonitico Rosso d'Epidaure

  

Fig. 18 - Carrière antique du Rouge du Taygète

Dans le massif du Parnon entre Nauplie et Sparte, des carrières antiques se trouvaient près de Doliana, le marbre blanc à reflets gris bleu ou jaune doré à été employé dans les temples de Tégée et d'Orchomène. L'exploitation s'est déplacée vers les sommets du Parnon, à partir du village d'Ayios Petros (carrières à Platanos, Sitaina, Kastanitsa). On y extrait des blocs de marbres gris, et aussi de noir presque absolu. La situation géologique n'est pas totalement éclaircie, il pourrait s'agir de calcaires métamorphisés appartenant à la zone ionienne, apparaissant en fenêtre sous la zone de Tripolis.

Nous n'aborderons pas ici les productions de roches ornementales moins importantes actuellement, telles qu'on les trouve dans la région de Messolonghi (calcarénites beiges ou miel, à Nummulites, en turbidites dans les couches de base du flysch ionien), les calcarénites grises du flysch de Demati entre Ioannina et Metsovo), les calcaires de l'Hélikon au Sud de Levadia (Kiriaki, Ayia Anna, Levadia), les calcaires roses de la région de Kastoria (Dendrokhori, Germas), etc.

La production des îles de l'Egée, que nous n'avons pas encore visitées, parait faible même si elle est très variée : onyx calcaires de Crète, marbres demi-blancs de Paros et Naxos (le marbre blanc statuaire de l'Antiquité est épuisé), les calcaires et marbres de Rhodes, Samos, Ikaria, Skyros, Lesvos...

Mais nous ajouterons que la Grèce produit en abondance, uniquement pour le marché intérieur jusqu'ici, des plaques de schistes de couleurs variées (vertes, bleues, brunes) : ce sont des roches métamorphiques de type gneiss, cipolins ou calcschistes, qui sont produites en Eubée, dans le Pilion, le Mont Pangée, et à Ikaria. Sciées en plaques de dimensions normalisées (largeurs de 5 en 5 cm, longueur libre) elles sont employées en revêtements de sols intérieurs et extérieurs, et sur les murs.

5 - Propriétés physiques

Les propriétés physiques courantes ont été mesurées, pour la plupart des marbres et calcaires marbriers, au laboratoire de l'Institut Polytechnique ou à celui du Ministère de l'Industrie, le plus souvent en conformité avec les normes allemandes. Actuellement l'IGSR (Institute for Geology and Subsurface Research) prend de plus en plus en charge ces mesures, en même temps qu'il effectue des évaluations sur les réserves.

Fig. 19 - Propriétés physiques des principaux marbres

Pour les mesures de densité, d'absorption d'eau et de résistance à la compression, les anciennes valeurs ne prêtent pas à commentaire.

Pour le "module de rupture", on suppose que les mesures publiées sont faites par flexion, mais on sait que si la résistance à l'extension est mesurée par d'autres méthodes, comme la traction directe ou l'essai brésilien, les résultats diffèrent largement.

La résistance à l'usure est mesurée souvent selon la norme DIN 52108, selon laquelle l'échantillon est usé par de l'alumine, sous une pression de 0,6 kg/cm2, sur un parcours de 486 m. Dans les autres cas le parcours est indiqué sur 1000 m, mais ni la pression ni l'abrasif sont mentionnés. De ce fait les résultats ne sont pas comparables entre eux, ni avec la méthode française AFNOR (NB 10-508), qui emploie du sable sec entraîné par la tranche d'un disque d'acier, sur un parcours de 47,1 m et sous une pression variable. Il faut espérer qu'un norme européenne vendra bientôt standardiser les mesures d'usure. En attendant, nous avons procédé à des essais selon la méthode AFNOR, dont nous donnons les résultats à titre provisoire.

On notera sur le tableau 1 que les valeurs de la résistance à la compression et à la flexion se comparent très honorablement à celles des marbres italiens. En ce qui concerne les coefficient d'absorption d'eau, seuls quelques marbres dolomitiques (Thasos et Ajax) ont une valeur supérieure à 0,6, ce qui conduit à les déconseiller pour les ambiances humides. Exception faite des ophicalcites vertes (0,41 et 0,48), tous les autres marbres et calcaires absorbent très peu l'eau (moins de 0,3 %).

En ce qui concerne l'usure AFNOR, tous les marbres et calcaires grecs ont une valeur meilleure que celle requise pour les passages intenses (32 mm). La plupart se comparent favorablement avec le Carrare blanc (22-24 mm), quelques uns seulement ont une valeur légèrement plus élevée, au maximum de 28,5 mm (Karistos).

6 - Conclusion

L'industrie grecque est dynamique, bien équipée, et dispose de matériaux de qualité, avec une gamme assez large qui se complète chaque année, sauf dans le domaine des granites.

Ses possibilités sont encore peu connues en France, à l'exception des marbres blancs comme le Thasos et le Pentélique, dont les premières qualités sont en quantités limitées et sont l'objet de quasi monopoles.

En dehors de ces derniers produits, de nouveaux marbres blancs sont recherchés activement et commencent à être mis sur le marché, par des entreprises moins importantes ne disposant pas de réseaux commerciaux à l'échelle internationale.

    Les disponibilités en marbres gris, noirs et de couleur, sont considérables, mais ces produits ne sont pas très demandés actuellement par la clientèle, pour une question de mode essentiellement ; cependant nous pensons que les calcaires marbriers beiges, comme ceux de Ioannina et de Karnezeika, devraient trouver un marché appréciable en France dans le domaine des revêtements de sols et de murs, et peut-être aussi certains marbres demi-blancs.

NOTE (1) Nous entendons par calcaires marbriers les calcaires compacts et polissables.