PERRIER R., Le Mausolée, n° 642, fév. 1990, p. 67-85
1
- Introduction
Depuis le voyage en Grèce de la
Fédération
Marbrière de France (Le Mausolée, juin 1975), l'industrie
grecque a notablement
évolué, tant sur le plan de la production totale que sur
celui des qualités de
marbres produits.
La production totale des carrières a
passé de
0,38 à 1,5 millions de tonnes environ, ce qui place la
Grèce en quatrième
position mondiale, derrière l'Italie (6,6 Mt), l'Espagne (2,8
Mt) et les USA,
selon les évaluations de Conti (1986, Marble in the world).

Fig. 1 -
Situation des carrières

Fig. 2 - Production et exportations
(d'après Hellenic Marble Directory, 1989)

Fig. 3 - Consommation de marbre par
habitant en fonction du revenu annuel (données de Conti, 1986)
La capacité de production des 300 usines et ateliers est évaluée à 2 000 000 m3 /an. Et cependant les productions grecques sont mal connues en France, puisque chaque année nous importons de Grèce seulement quelques dizaines de tonnes de blocs, 234 t de tranches et 325 t de produits polis (statistiques douanières 1988), ce qui représente une infime proportion des marbres et calcaires que nous importons :
- 1 % des tranches,
- 0,5 % des produits polis.
Les exportations grecques représentent
environ 10 %
de la production du pays, elles sont dirigées principalement
vers l'Arabie
Saoudite (76 410 t en 1987), l'Italie (16 991 t), la RFA (14 766 t) et
les USA
(11 229 t). Les blocs sont vendus surtout à l'Arabie et à
l'Italie, les
tranches à la RFA et à l'Italie, les revêtements
polis à l'Arabie, aux USA et à
l'Italie.
La France est un client tout à fait
mineur
pour les marbriers grecs, venant en quinzième position pour les
blocs, en
neuvième position pour les tranches, et en dix-septième
position pour les
produits polis.
Les marbriers français connaissent
surtout les
marbres blancs, que la Grèce est un des rares pays en mesure de
fournir en
qualité réellement blanche : les plus connus sont
évidemment ceux de Thassos et
du Pentélique, dont les plus belles qualités sont en fait
acquises par la
compétition internationale. Parmi les marbres demi-blancs, ceux
d'Ayia Marina
et du Pangée (marque Ajax) ont une notoriété
limitée, notons aussi parmi les
ophicalcites le vert de Tinos. En dehors de ces produits, les
professionnels
français connaissent mal la gamme très large de marbres
et calcaires marbriers
(1) qu'offre aujourd’hui l'industrie grecque.
2 - Rappel historique
On ne saurait parler de la Grèce sans
faire
un bref rappel historique, que nous nous proposons de développer
par ailleurs.
Au second Millénaire avant Jésus-Christ le marbre blanc
de Paros était déjà
sculpté et poli par les habitants de l'Egée pour la
confection des idoles
des Cyclades. La civilisation mycénienne connaissait la scie
à marbre, sous
forme d'une lame de cuivre avec des grains d'émeri
incrustés.
Sans parler des premiers emplois du granite
en
construction et en sculpture par les habitants de Délos, c'est
à l'époque
classique (Ve siècle) que les grands marbres blancs
furent le plus
exploités pour l'architecture et la sculpture : l'usage du
ciseau d'acier et la
qualité exceptionnelle des marbres (Paros, Pentélique et
Thassos) permirent des
réalisations inégalées jusque là.
Dès le VIIe siècle un certain
Byzès,
originaire de Naxos, avait inventé la scie lisse en
acier, employant
l'émeri existant en abondance à Naxos pour
découper des plaques servant de
tuiles pour les temples. Les revêtements de murs par des plaques
de marbre (de
Marmara) furent mis en oeuvre pour la première fois lors de la
construction du Mausolée
d'Halicarnasse, tombeau du roi de Carie, mort en -353, alors
qu'auparavant les
murs de temples et d'édifices publics étaient construits
en blocs massifs de
marbre.
Les Romains conquirent la Grèce en
-146 et en
pillèrent les statues. Ils remirent en exploitation des
carrières de marbre
blanc, et explorèrent intensivement tout leur empire à la
recherche de roches
ornementales, en particulier de marbres de couleur, de brèches
et de porphyres
pour l'embellissement de la Ville, surtout à l'époque
d'Auguste. Dans les
limites actuelles de la Grèce, ils découvrirent la
brèche verte de Thessalie
(Vert Antique), le cipolin vert de Karistos, le calcaire Fleur de
Pêcher
d'Eretria en Eubée, la brèche de Skyros (brèche de
Settebasi), le Portasanta de
Chio, et dans le Péloponnèse le Porphyre Vert Antique de
Crocée, le Rouge
Antique et le Noir du Ténare. Ces carrières furent
intensément exploitées pour
l’extraction de colonnes, et de blocs pour le sciage de plaques de
revêtement ; à Rome, les stocks considérables
accumulés dans le quartier
de la Marmorata furent réutilisés ensuite par les
marbriers de la fin du
Moyen-Age et de la Renaissance.
Les carrières romaines furent ensuite
exploitées au début de la période
byzantine, en particulier pour les colonnes de Sainte Sophie (Vert de
Thessalie
entre autres), achevées en 548 par Justinien, et pour diverses
constructions à
Constantinople jusqu'au VIe siècle. Puis elles furent
abandonnées, en
particulier à cause de la crise de l'Iconoclasme et du
déclin de l'Empire.
Les carrières du Pentélique
furent rouvertes
après l'Indépendance en 1836 pour la construction du
palais du roi Othon, puis
vers la fin du XIXe siècle une société anglaise (Grecian
Marble),
rechercha les sites des carrières romaines et remit en service
plusieurs
d'entre elles pour l'ornementation de sièges de
sociétés à Londres, en
particulier celles de Thessalie (brèche verte), de Dimaristika
(Rouge Antique)
et de Skyros.
Les débuts de l'industrialisation
datent des années
60, avec le développement de nouveaux centres marbriers en
Macédoine, Epire,
Grèce Centrale et Argolide. Le développement a
été rapide, puisqu'on compte
aujourd'hui environ 3500 entreprises marbrières, employant plus
de 50 000
personnes, dont un certain nombre de grosses entreprises
intégrées équipées de
matériels modernes (italiens surtout), tels que câbles
diamantés, châssis à
lames diamantées, scies de 2,5 à 3 m, taille-blocs, ponts
de polissage des
tranches, chaînes de débitage et polissage automatiques
pour les plaquettes
standard.
Les particularités de l'industrie
marbrière en Grèce
sont à notre avis les suivantes.
- En l'absence de tradition marbrière
séculaire, les grecs ont su profiter en quelques années
de l'apport
technologique italien, et construire un outil de production moderne.
- L'esprit d'entreprise est très
développé,
galvanisé par quelques succès spectaculaires, ceci bien
que l'aide
gouvernementale soit faible à nulle, et que les taux des banques
soient élevés.
Il n'existe qu'un entreprise marbrière nationalisée, qui
fonctionne mal.
- La disponibilité de beaux
matériaux,
surtout de marbres et calcaires marbriers, accessoirement
d'ophicalcites (les
granites ne sont pas encore exploités). La présence d'un
important réseau
routier, développé depuis quelques décennies, et
de nombreux ports jamais très
éloignés, permettent l'exploitation de carrières
même dans l'intérieur du pays.
- L'existence d'un marché
intérieur actif, lié à
l'essor étonnant de la construction urbaine : il a
été à l'origine du
développement de l'industrie marbrière, puisqu'
actuellement encore il absorbe
environ 90 % de la production. Malgré un revenu par tête
assez faible (3974 $,
soit 36 % de celui du français), le grec consomme 80 kg de
marbre par an,
autant que l'italien et le belge, n'étant dépassé
que par l'arabe saoudien ou
koweitien (le français ne consomme que 24 kg/an).
3 - Notions sur la géologie
La Grèce est un segment de la
chaîne alpine,
plissée surtout au cours du Tertiaire, constituant un arc
incurvé autour du
noyau ancien du Massif du Rhodope. Sa structure est très
complexe et encore
incomplètement comprise par les géologues. On a cependant
identifié dans cet
arc un grand nombre de zones, caractérisées chacune par
une histoire
sédimentaire et tectonique particulière, entre le Rhodope
au coeur de l'arc et
la zone de Paxos sur la périphérie, cette dernière
représentant la bordure du
bloc des Pouilles (zone apulienne), aujourd'hui effondré sous la
mer ionienne.

Fig. 4 - Carte
structurale
schématique de la Grèce
Ces zones formaient au cours de l'ère
secondaire une succession de bassins marins profonds et de plateformes
moins
profondes à sédimentation surtout calcaire. L'un des
bassins profonds, celui de
l'Almopias (partie de la zone de l'Axios), était en expansion au
Trias et au
Jurassique, son fond était formé de roches ultrabasiques
(basaltes,
péridotites) : vers la fin du Jurassique le rapprochement des
continents
voisins le fit disparaître dans les profondeurs du manteau, une
partie des
roches ultrabasiques fut expulsée vers le Sud par dessus la zone
pélagonienne,
formant une nappe d'ophiolites : ces roches sont exploitées
comme ophicalcites
dans la région de Naoussa et à Tinos. Par contre la
brèche verte de Thessalie
(Vert Antique) correspond au remaniement par la mer des roches de la
nappe
ophiolitique au cours de la transgression du Crétacé
supérieur.
Pendant le Tertiaire, plusieurs phases
tectoniques ont violemment compressé les séries des
diverses zones, causant
leur charriage les unes sur les autres, en direction du Sud dans
l'ensemble. En
outre les zones internes et certains secteurs des zones externes furent
soumis
à de hautes températures et pressions
(métamorphisme), qui transformèrent les
calcaires en marbres. En mer Egée la zone pélagonienne
fut en plus injectée par
des granites à une date relativement récente
(Miocène moyen-supérieur).
Des effondrements se produisirent ensuite en
mer
Egée, qui lui donnent sa morphologie en damier de horsts et
grabens, tandis que
les phases compressives se poursuivent au Pliocène sur la
périphérie de l'arc.
Actuellement la compression se manifeste en
mer sur
toute la périphérie de l'arc, les séismes
(très actifs comme on le sait) se
groupant sur un plan de Bénioff plongeant vers le Nord.
De cette histoire très
mouvementée, dont nous ne
pouvons donner qu'un aperçu très schématique,
résulte une grande variété de
roches ornementales, pour la plupart des calcaires très compacts
(sans
porosité) et des marbres.
4 - Les bassins de production
A - Macédoine
La zone actuellement productrice,
centrée sur le
port de Kavala, s'étend des environs de Drama à
l'île de Thasos. Sa production,
de l'ordre de 150 000 m3/an, en fait la plus importante de
Grèce.
Fig. 5 - Le
port de Kavala
Fig. 6 - L'une des
carrières de marbre blanc de Thasos
Fig. 7 - Carrière de
Volakas
Fig. 8 - Echantillon de marbre
Volakas
Elle appartient entièrement à la zone du Rhodope, constituée de roches métamorphiques (micaschistes, gneiss, marbres) et de granites intrusifs. Longtemps considérée comme un massif de roches très anciennes (Paléozoïque ou Précambrien), ces formations difficilement datables sont maintenant supposées plus récentes : au dessus des gneiss (Paléozoïque?) la série des marbres pourrait appartenir au Mésozoïque (Trias- Jurassique), le métamorphisme (faciès des Schistes Verts) serait d'âge Oligo-Miocène selon les datations absolues par le potassium-argon.
Les marbres exploités sont presque tous dolomitiques : on peut distinguer selon leur granulométrie :
- les demi-blancs du Pangée (Ajax
et
Rodolivos) et du Mont Falakro (Volakas), à grain fin et
à marbrures
grises ou beiges,
- les demi-blancs de Drama
(carrières
de Piges, Kokkinoyia), d'un grain de 0,5 à 1 mm, avec des zones
grises d'aspect
fluidal et des microfractures entrecroisées.
- le blanc de Thasos, avec un grain
de
0,6 à 2 mm, l'un des marbres les plus blancs du monde (blanc
neige), présente
diverses taches translucides, et de petites cavités
(géodes) de taille
millimétrique.
- marbres gris à gros grain comme
celui de Panorama,
assez sombre, de grain de 2 à 3 mm, ou celui de Khalkero
(Astir), à grain très
gros (3-5 mm) mais de teinte plus claire et plus calcaire.
Parmi les marbres calcaires nous
mentionnerons :
- les marbres blanc-laiteux de Nestos,
à
grain fin, produits depuis peu d'années dans la commune de
Kekhrokambos sur la
rive droite du fleuve Nestos.
- les demi-blancs de Kavala
(carrières
d'Ayios Kosmas, Disvato et Stenopos à une vingtaine au NE de
Kavala), à grain
moyen (1-2 mm), avec petites taches gris-sombre s'étalant en
forme de comète,
quelques gros grains globuleux transparents, et des fractures à
remplissage
blanc porcelané.
Plusieurs usines importantes se trouvent
à Drama,
Kavala et Thasos, équipées des matériels les plus
récents. Les carrières, en
butte ou en fosse, exploitent des masses épaisses,
homogènes et peu facturées,
le plus souvent au câble diamanté.
B - Région de Véria-Kozani
Dans la vallée du fleuve Aliakmon et
sur les
pentes septentrionales de l'Olympe (provinces de Piérie,
d'Himathie et de
Kozani), des carrières assez importantes exploitent des marbres
blancs ou
demi-blancs encore peu connus sur le marché français,
attribués au
Trias-Jurassique de la zone pélagonienne, ainsi que les
ophicalcites vertes. La
production est évaluée à 40 000 m3/an.
Des marbres blancs proviennent du flanc Nord
de
l'Olympe, sur la commune de Fotina, dans une nappe pélagonienne
chevauchant la
fenêtre de l'Olympe où affleure une zone beaucoup plus
externe (Gavrovo). Ces
marbres sont fins, translucides, ils ont parfois des taches grises,
violettes
ou translucides.
Près de Kastania, au SW de Véria, des marbres dolomitiques blancs à grain très fin (< 0,1 mm) sont produits à Georgiani.
Ceux de Koumaria, à l'Ouest de
Véria,
sont blancs à demi-blancs, calcitiques, à grain fin, avec
parfois des zones grisâtres.
A Tranovaltos, au Sud de Kozani, le
marbre
est calcitique, à grain assez fin (0,1-0,5 mm), avec quelques
taches gris-bleu
allongées.
Dans l'ensemble, cette région est
assez fracturée et
les carriers ne peuvent extraire de blocs de très grande
dimension.
Au NW de Véria une ophicalcite verte
était exploitée à Naoussa ;
la carrière est maintenant arrêtée, mais une
nouvelle a été ouverte sur la rive
droite de l'Aliakmon (Vergina), sur une pente assez impressionnante :
il s'agit
d'une brèche ophiolitique, comportant des éléments
de serpentine et des blocs
calcaires, formant de grosses boules intercalées dans des
schistes écrasés. Par
la méthode des forages et des coins des blocs de 3 à 4 m3
sont
découpés, la production est encore limitée.
C - Région de Volos
L'exploitation de la fameuse brèche
verte de
Thessalie (carrières de Hassanbali ou Omorfokhori au NE de
Larissa) ont été
abandonnées depuis 1975, ce que l'on peut regretter vu la
qualité esthétique de
la roche et les réserves restantes.
Dans le massif du Pilion qui domine Volos
(province de Magnésie), les carrières de Kanalia ont
été délaissées (marbres
demi-blancs à rayures), par contre de petites exploitations de
marbres blancs
ont été ouvertes, toujours dans les carbonates
pélagoniens, à Veneto
(beau marbre blanc laiteux à grain fin), à Kerasia
(blanc à zones
gris-bleu) et à Elafos.
Mais surtout les dernières
années ont vu la
découverte du remarquable marbre rose clair ou gris clair
nuageux appelé Pilion
rosé ou Pilion nuageux, dont l'exploitation est maintenant
intensive et qui est
présenté sous des noms variés par les producteurs
(Zasteni, Volos cloudy pink,
Alexandra, Egeo, Elafos...).
Au Sud de Volos, les carrières de Sourpi
et Pteleos fournissent un marbre rose à structure
bréchique (grands
éléments), comparable au marbre rose du Cambrien du
Portugal.
Fig. 9 -
Carrière de Pteleos
Fig. 10 - Echantillon de marbre
Pteleos
D - Epire
Passant maintenant à l'Ouest du pays,
nous
trouvons dans les environs de Ioannina les nombreuses
exploitations de
calcaires beiges, produisant 70 000 m3/an. Les
carrières se trouvent
aux environs des villages de Marmara (où la production a
débuté en 1958), mais
surtout de Petralona et de Klimatia. On se trouve là dans la
zone ionienne, qui
n'a subi ici aucun métamorphisme. Les bancs calcaires sont des
turbidites du
Sénonien supérieur : il s'agit de fragments d'organismes
calcaires (Rudistes
surtout, mais aussi Orbitolines, Milioles, Cunéolines, Algues),
qui vivaient
sur des plateformes peu profondes situées à l'Est
(Gavrovo), et furent
entraînés par des courants de gravité dans la fosse
ionienne. Ces couches
montrent souvent un granoclassement, les fragments les plus gros se
trouvent à
la base des bancs (par exemple dans la variété Ioannina
Spécial). Entre ces
couches grossières se trouvent des calcaires à grain fin,
contenant des
foraminifères planctoniques (Globotruncana) comme dans la
variété appelée
"Tsini".
Les différents bancs ont reçu
des noms particuliers
(Special, Kormos, Vrakhos, Trani, Tsini, etc.), l'épaisseur des
bancs les plus
importants atteint 1 à 8 m. La couleur d'ensemble est beige, les
variétés les
plus homogènes au point de vue couleur sont le Special et le
Kormos.
La production a surtout été
absorbée jusqu'ici par
le marché grec, en dalles de 2 cm. Plusieurs usines ont
commencé à produire des
plaques de 10 mm pour l'exportation (30,5 x 30,5 cm), leurs prix
peuvent
concurrencer les productions similaires d'Italie (Botticino, Trani) et
d'Espagne (Marfil).
Par ailleurs on trouve dans l'Eocène
de la
zone ionienne externe à Riziani près
d'Igoumenitsa, des calcaires à
grain fin (sublithographique) d'une belle couleur rose, en bancs d'une
vingtaine de centimètres, dans lesquels sont taillées des
dalles et même des
tables de bonne taille.

Fig. 11 - L'une
des carrières de
Ioannina, à Karitsa

Fig. 12 - Echantillon de
calcaire marbrier Ioannina Special
E - Attique et Eubée
Sur une production totale de 20 000 m3/an,
le massif du Pentélique (1109 m) produit naturellement
la plus grosse
part. Cependant, vu sa situation proche d'Athènes, l'opposition
écologique est
parvenue à faire passer en 1976 une loi interdisant
l'exploitation du flanc Sud
de la montagne ; son résultat fut une baisse de la production
(60 %) et de la
qualité du marbre (zones grises au jaunâtres
micacées au lieu d'un blanc pur).
L'âge du marbre du Pentélique,
qui se trouve en
fenêtre tectonique sous la nappe néohellénique
(unités de Stira et d'Okhi), est
encore discuté : selon les uns il date du Dévonien comme
les marbres des mines
d'argent du Laurion, pour d'autres il serait mésozoïque. Il
s'agit d'un marbre
calcitique à grain fin (0,3-0,8 mm), de couleur laiteuse,
parfois à zones
colorées par de la chlorite ou des micas, il se range dans le
faciès
métamorphique des Schistes Verts selon les minéraux
accessoires et les schistes
encaissants. Une faible teneur en limonite (hydroxyde de fer) lui
procure à
l'extérieur une patine dorée et chaude, par exemple sur
l'Acropole.
Des marbres demi-blancs ont été
exploités dans
l'Antiquité sur le Mont Hymette et dans le cap Sounion.
Au NE de Marathon, sur un cap faisant face
à
l'Eubée, les trois carrières d'Ayia Marina
produisent un marbre
gris-bleu clair (Celestino) à petites zones onduleuses (aspect
nuageux par
découpe en passe). Contenant un peu de pyrite, son emploi
extérieur est
déconseillé. La formation a 200 m d'épaisseur et
plonge vers la mer, elle
contiendrait des Rudistes, ce qui implique un âge
Crétacé supérieur ; elle se
poursuit de l'autre côté du détroit avec les
marbres d'Almiropotamos (Crétacé
supérieur et Eocène), encore peu exploités.
En Eubée du Sud, le cipolin de Karistos,
célèbre dans le monde romain pour les colonnes de plus de
13 m qu'on en tirait
(marmor carystium), est encore produit à une
échelle modeste : d'un banc
de 25 m on extrait par découpe au câble diamanté
des blocs destinés au sciage
de tranches et de dalles, avec des zones alternées blanches et
vertes (la
coloration est due à de la chlorite et de l'épidote). Les
bandes colorées
proviennent du métamorphisme de niveaux initialement argileux,
évoquant des
varves lacustres affectées de glissements
syn-sédimentaires épisodiques (slumps),
dans ce cas on observe de belles marbrures contournées sur les
tranches polies.
Le cipolin appartient à l'unité de Styra de la nappe
néohellénique, qui
chevauche le massif d'Almiropotamos et d'Ayia Marina, son âge est
inconnu.
En Eubée centrale des marbres
calcaires gris,
mylonitiques, à grain assez gros (1-3 mm) sont exploités
à Aliveri, ils
seraient l'équivalent des marbres d'Almiropotamos.
A Eretria
un
calcaire bréchique, rouge à violacé avec des
veines de calcite blanche, était
connu des romains et des byzantins sous le nom de Fleur de
Pêcher, Rouge de
Byzance ou encore Marbre de Chalcis. Il renferme des Goniatites
écrasées
(sortes d'ammonites du Carbonifère), et se rattache à la
zone pélagonienne. Il
a été exporté par les Romains jusqu'en Libye, en
Tunisie et en Algérie, sans
compter la Sicile et l'Italie, sous forme de colonnes et de plaques. De
nos
jours, l'exploitation se poursuit à une petite échelle.
Une roche similaire se
retrouve à Ritsona, au Nord de Tanagra, elle est moins
fracturée et
attribuée au Trias.
Fig.
13 - Echantillon d'Eretria
Fig. 14 - Echantillon d'Ayia
Marina
F - Péloponnèse
Si l'on exclue le calcaire noir de Vitina
(calcaire à Rudistes de la zone de Tripolis, extrait d'une seule
carrière et
similaire au noir Marquina du Pays Basque espagnol), les marbres rouges
du
Ténare et le Porphyre Vert Antique de la région de Sparte
(non exploités),
l'essentiel de la production du Péloponnèse (80 000 m3/an)
provient
de la péninsule de l'Argolide et du Mont Parnon.
En Argolide il s'agit de calcaires marbriers du Trias supérieur-Lias de la zone pélagonienne, qui se présentent sous des faciès très variés :
- calcaires microcristallins beige sombre,
à
nombreux filonets rouges riches en hématite, produits à
Stavropodi, sous le nom
de Mikinon,
- calcaire noduleux rouge-orangé, avec
parfois des
ammonites (Ammonitico Rosso du Trias supérieur) extrait dans
quelques carrières
près du Théâtre d'Epidaure, et appelé Rouge
d'Epidaure ou de
l'Asklipion,
- calcaires beiges à stromatolites
(lamines
ondulées) de Karnezeika et de Didima : ceux de
Karnazeika sont
produits en larges quantités dans de grandes carrières
modernes,
- calcaires beiges oolithiques de Ligourion,
- brèches à grands
éléments à ciment
hématitique rouge, provenant de Kandia,
- calcaire microcristallin noduleux
rouge-brun (parfois verdâtre), à fragments de fossiles et
stylolites de Trizinia,
produit dans les carrières d'Ano Fanari. C'est un faciès
Ammonitico Rosso du
Jurassique, daté du Domérien au Dogger par des ammonites.
Fig. 15 -
Karnazeiko

Fig. 16 - Carrière
d'Ano Fanari, montrant des slumps dans l'Ammonitico Rosso
Fig. 17 - Ammonitico Rosso
d'Epidaure
Fig. 18 -
Carrière antique du Rouge du Taygète
Dans le massif du Parnon entre Nauplie et
Sparte,
des carrières antiques se trouvaient près de Doliana, le
marbre blanc à reflets
gris bleu ou jaune doré à été
employé dans les temples de Tégée et
d'Orchomène.
L'exploitation s'est déplacée vers les sommets du Parnon,
à partir du village
d'Ayios Petros (carrières à Platanos,
Sitaina, Kastanitsa). On y
extrait des blocs de marbres gris, et aussi de noir presque absolu. La
situation géologique n'est pas totalement éclaircie, il
pourrait s'agir de
calcaires métamorphisés appartenant à la zone
ionienne, apparaissant en fenêtre
sous la zone de Tripolis.
Nous n'aborderons pas ici les productions de
roches
ornementales moins importantes actuellement, telles qu'on les trouve
dans la
région de Messolonghi (calcarénites beiges ou
miel, à Nummulites, en
turbidites dans les couches de base du flysch ionien), les
calcarénites grises
du flysch de Demati entre Ioannina et Metsovo), les calcaires
de
l'Hélikon au Sud de Levadia (Kiriaki, Ayia Anna, Levadia), les
calcaires roses
de la région de Kastoria (Dendrokhori, Germas), etc.
La production des îles de
l'Egée, que nous n'avons
pas encore visitées, parait faible même si elle est
très variée : onyx calcaires
de Crète, marbres demi-blancs de Paros et Naxos (le marbre blanc
statuaire de
l'Antiquité est épuisé), les calcaires et marbres
de Rhodes, Samos, Ikaria,
Skyros, Lesvos...
Mais nous ajouterons que la Grèce
produit en
abondance, uniquement pour le marché intérieur jusqu'ici,
des plaques de
schistes de couleurs variées (vertes, bleues, brunes) : ce
sont des roches
métamorphiques de type gneiss, cipolins ou calcschistes, qui
sont produites en
Eubée, dans le Pilion, le Mont Pangée, et à
Ikaria. Sciées en plaques de
dimensions normalisées (largeurs de 5 en 5 cm, longueur libre)
elles sont
employées en revêtements de sols intérieurs et
extérieurs, et sur les murs.
5 - Propriétés physiques
Les propriétés physiques
courantes ont été mesurées,
pour la plupart des marbres et calcaires marbriers, au laboratoire de
l'Institut Polytechnique ou à celui du Ministère de
l'Industrie, le plus
souvent en conformité avec les normes allemandes. Actuellement
l'IGSR (Institute
for Geology and Subsurface Research) prend de plus en plus en
charge ces
mesures, en même temps qu'il effectue des évaluations sur
les réserves.

Fig.
19 - Propriétés physiques des principaux marbres
Pour les mesures de densité,
d'absorption d'eau et
de résistance à la compression, les anciennes valeurs ne
prêtent pas à
commentaire.
Pour le "module de rupture", on suppose
que les mesures publiées sont faites par flexion, mais on sait
que si la
résistance à l'extension est mesurée par d'autres
méthodes, comme la traction
directe ou l'essai brésilien, les résultats
diffèrent largement.
La résistance à l'usure est
mesurée souvent
selon la norme DIN 52108, selon laquelle l'échantillon est
usé par de
l'alumine, sous une pression de 0,6 kg/cm2, sur un parcours
de 486
m. Dans les autres cas le parcours est indiqué sur 1000 m, mais
ni la pression
ni l'abrasif sont mentionnés. De ce fait les résultats ne
sont pas comparables
entre eux, ni avec la méthode française AFNOR (NB
10-508), qui emploie du sable
sec entraîné par la tranche d'un disque d'acier, sur un
parcours de 47,1 m et
sous une pression variable. Il faut espérer qu'un norme
européenne vendra
bientôt standardiser les mesures d'usure. En attendant, nous
avons procédé à
des essais selon la méthode AFNOR, dont nous donnons les
résultats à titre
provisoire.
On notera sur le tableau 1 que les valeurs de
la résistance à la compression et à la flexion se
comparent très honorablement
à celles des marbres italiens. En ce qui concerne les
coefficient d'absorption
d'eau, seuls quelques marbres dolomitiques (Thasos et Ajax) ont une
valeur
supérieure à 0,6, ce qui conduit à les
déconseiller pour les ambiances humides.
Exception faite des ophicalcites vertes (0,41 et 0,48), tous les autres
marbres
et calcaires absorbent très peu l'eau (moins de 0,3 %).
En ce qui concerne l'usure AFNOR, tous les
marbres et calcaires grecs ont une valeur meilleure que celle requise
pour les
passages intenses (32 mm). La plupart se comparent favorablement avec
le
Carrare blanc (22-24 mm), quelques uns seulement ont une valeur
légèrement plus
élevée, au maximum de 28,5 mm (Karistos).
6 - Conclusion
L'industrie grecque est dynamique, bien
équipée, et dispose de matériaux de
qualité, avec une gamme assez large qui se
complète chaque année, sauf dans le domaine des granites.
Ses possibilités sont encore peu
connues en
France, à l'exception des marbres blancs comme le Thasos et le
Pentélique, dont
les premières qualités sont en quantités
limitées et sont l'objet de quasi
monopoles.
En dehors de ces derniers produits, de
nouveaux marbres blancs sont recherchés activement et commencent
à être mis sur
le marché, par des entreprises moins importantes ne disposant
pas de réseaux
commerciaux à l'échelle internationale.
Les disponibilités en marbres gris, noirs et de couleur, sont considérables, mais ces produits ne sont pas très demandés actuellement par la clientèle, pour une question de mode essentiellement ; cependant nous pensons que les calcaires marbriers beiges, comme ceux de Ioannina et de Karnezeika, devraient trouver un marché appréciable en France dans le domaine des revêtements de sols et de murs, et peut-être aussi certains marbres demi-blancs.
NOTE
(1) Nous entendons par
calcaires marbriers les calcaires compacts et polissables.