La Finlande
n'est pas un pays scandinave comme certains le croient, elle
établit la liaison
entre la Péninsule Scandinave et la Russie.
Ses côtes sont baignées par la Mer Baltique, dans
laquelle elle s'étend
en un promontoire séparant le golfe de Botnie du golfe de
Finlande. Mais elle a
perdu l'accès à la Mer de Barentz qu'elle avait, avant la
dernière guerre, à
Petsamo .
Le quart de
sa surface totale de 337000
km2 est
occupé par lacs
peu profonds (on dit qu'il y en a 50 000), et 71 % de la surface
restante est
couverte de forêts de sapins et bouleaux.
Les reliefs
sont faibles, ne dépassant
pas 200 m dans la plus grande partie du pays, atteignant environ 700 m
dans le
Nord en Laponie. Dans le NW un étroit couloir s'étend
vers la Chaîne
Scandinave, où se trouve le point culminant à 1324 m.
Seulement 7 %
de la surface du pays est
cultivé, surtout dans le Sud, avec un climat plutôt froid
et sec : sa latitude,
entre 60 et 70° N, correspond à celle de l'Alaska. Les
températures moyennes
sont de -7° en février et +17°C en juillet dans le SW,
de -19 et +14°C en
Laponie.
En
conséquence, la majorité des 5
millions d'habitants vit dans le Sud, sur un tiers de la surface. Une
grande
partie parle finnois, langue d'origine incertaine, proche de
l'estonien, du
hongrois et de quelques dialectes locaux de Russie et de Sibérie
occidentale.
Environ 10% des habitants, sur la côte Ouest, parle
suédois, survivance de la
longue occupation du pays par la Suède du XIIe siècle
à 1808 (à l'exception
d'une première occupation russe de 1709 à 1743). De
nombreuses villes possèdent
ainsi un double nom, comme Helsinki ou Helsingfors. En Laponie il ne se
trouve
que 2900 lapons, dont la langue aurait une origine commune lointaine
avec le
finnois.
La religion
dominante est le
Luthérianisme ; des minorités orthodoxes se trouvent dans
l'Est, avec un centre
principal à Kuopio, où sont conservés les reliques
des monastères de Valamo
(île du lac Ladoga) et de Petsamo (aujourd'hui Petchenga), qui
ont été repliées
quand la Finlande dut céder ces provinces à l'Union
Soviétique.
En 1808 la
Finlande fut rattachée à la
Russie, et ne devint indépendante qu'en 1917, grâce
à l'aide allemande, et sans
doute à la suite d'une promesse de Lénine, qui s'y
était réfugié auparavant.
Neutre entre
les deux guerres, elle fut
envahie par les soviétiques en 1939 ; ayant
réclamé malencontreusement l'aide
de l'Allemagne en 1944, elle fut obligée au moment de
l'Armistice de remettre à
l'URSS l'équivalent de 300 M$, en biens industriels et produits
du bois ; en
plus elle perdait la province de Carélie au SE et la
région de Petsamo au Nord.
Pour payer sa
dette de guerre à l'URSS
elle fut contrainte de créer une industrie moderne
(sidérurgie, construction
mécanique et navale, cellulose...). Finalement, quand les
dommages de guerre
eurent été payés, il restait un bon outil
industriel, dont la guerre de Corée
assura le développement. La Finlande profita aussi de sa
sujétion partielle à
l'URSS (la "finlandisation") pour devenir un fournisseur
privilégié
de l'Union soviétique et du Comecon.
Ses
principales productions sont la
cellulose et le papier, le cuivre et le nickel, la sidérurgie et
la
construction navale. La Finlande est particulièrement
renommée pour ses
architectes, ses designers industriels et son artisanat. Le niveau de
vie est
élevé, comparable à celui des pays scandinaves.
1
- Histoire de la pierre
Après la conquête de la Finlande par le roi de Suède Saint Erik en 1155, la christianisation de la Finlande, à la fin du XIIe et au XIIIe siècle, s'accompagne de l'érection des premières églises : elles sont construites de blocs erratiques de granits, assemblés au mortier de chaux, comme le château de Turku.
Calcaires et
marbres, utiles pour la
construction et la fabrication de la chaux, sont peu abondants en
Finlande : on
les rencontre sous forme de couches ou lentilles de forme complexe,
incluses
dans les terrains métamorphiques précambriens, ou encore
sous forme de blocs
erratiques de calcaires paléozoïques. De longue date on a
su les reconnaître et
les exploiter pour la construction d'églises et de
châteaux, des pierres
calcaires ont même été importées de
l'île de Gotland. Si les statues sont le
plus souvent en bois, quelques unes ont été
sculptées en pierre.
Du XVIIe
au XIXe siècle des carrières de marbre sont ouvertes, comme à Wästlax,
Forby, Louhi et surtout Ruskeala ; les blocs et tranches produits sont
envoyés
en Russie, principalement au moment de la construction de Saint
Petersbourg au
XVIIe siècle.
Cette
époque voit aussi s'ouvrir les
premières carrières de granites
rapakivis : à Pyterlahti en particulier, près de
Virolahti, 3000 ouvriers,
surtout des bagnards, oeuvrent sous la surveillance de fonctionnaires
russes.
Des monolithes énormes sont extraits, comme la colonne de 25 m
de haut et de
3,5 m de diamètre qui sert de socle à la statue
d'Alexandre I.
La
première compagnie locale, Ab Granit
Oy, extrait des pavés à Kuru en 1865, puis le granite
rose de Hanko dans l'île
de Märaskar.
Vers 1890 la stéatite de Nunnanlahti, qui traditionnellement
servait à la
construction de poêles, commence à être
expédiée en Russie.
La fondation
de Finska remonte à 1900,
avec des carrières de granite gris à Uusikaupunki
(appelé Birkhall grey), puis de granite rouge
à Vehmaa (le fameux Balmoral) : des noms
anglais avaient été
retenus car la production était alors envoyée en Ecosse.
Une fois
l'indépendance acquise, de
nombreuses compagnies nouvelles apparaissent, les principales sont
alors :
-
Osakeyhtiö, avec 350 employés, qui
outre le Balmoral produit le Mahogany red
de Myrskyla, et le marbre
de Ruskeala,
- Finska,
avec 267 employés : Balmoral rouge, Birkhall
gris, Botnia red
(île de Kökar), rose d'Espoo, noir Finnish
black (diabase de Vapaisjärvi),
- Lehdon
Kivihita, avec 268 employés :
gris de Birkhall, rose de Lojo, Ebony
black (gabbro noir d'Hyvinkaa),
rouge de Kotka (ou Eagle red).
Après
la guerre, les exportations de
roches ornementales ne sont plus que 10% de ce qu'elles étaient
auparavant.
Faute de moyens mécaniques la production reprend difficilement ;
à l'époque, le
rouge Balmoral représente 95 % des granites exportés.
Cependant de
1973 à 1983 les exportations
croissent de 28000 à 196000 t, la Finlande devient le premier
exportateur
européen de blocs de granites ; dès 1979 sa production
dépasse celles de la
Suède et de la Norvège réunies, et atteint 277 000
t en 1985.
Les
exportations sont de 228 000 t en
1989, représentant 85 à 90 % de la production totale.
Elles se font surtout
sous forme de blocs bruts. Les principaux clients sont l'Italie
(45,3%),
l'Espagne (16,8%), la France (10,4%) et le Japon (9,1%). Les
chargements de
blocs vers le Japon ont la particularité de servir de lest pour
les navires,
remplis de produits du bois de faible densité. Par contre les
envois à
destination de l'Amérique sont obérés par le prix
du fret.
La production
de marbre, provenant de
Laponie, est faible (16420 t en 1988) et peu exportée.
L'industrie
de la pierre emploie 580
personnes pour l'extraction et 610 dans la transformation. Cette
dernière
activité est encore peu importante, et consacrée surtout
au funéraire. Mais des
investissement ont été faits ces dernières
années à Kurpi, dans l'île de
Skolds, à Vinkkilä, Tervola. A Imatra, une firme s'est
spécialisée dans le
découpage au jet d'eau automatisé de tables de salles de
bains et de cuisine,
pour les hôtels et les grands ensembles.
2
- Aperçu géologique

Fig.
1 - Carte géologique simplifiée et situation des
carrières

Fig. 2 - Schéma de l'histoire
précambrienne du Bouclier Baltique
La Finlande
est exclusivement constituée
de terrains précambriens appartenant au Bouclier
Baltique, qui s'étend en Suède, en URSS
jusqu'à la péninsule de Kola ; il
se prolonge sous la mer baltique, où il forme le substratum de
la série
sédimentaire paléozoïque. Il n'y a donc presque pas
de terrains sédimentaires
en Finlande, à part les dépôts glaciaires qui
recouvrent une grande partie des
affleurements précambriens.
La formation
de ce bouclier précambrien
commence à être mieux comprise depuis qu'on dispose de
nombreuses datations
absolues, mais de nombreuses discussions persistent entre
spécialistes, souvent
résultant de questions de terminologie. Pour simplifier, nous
résumerons ici
l'une des interprétations les plus récentes, due à
Gaal et Gorbatschev (1987).
Le Nord du
pays fait partie d'un noyau
archéen très ancien, tandis que le centre et le sud
(ainsi qu'une large partie
de la Suède) sont regroupés en une zone
svéco-fennienne, de formation plus
récente (on a abandonné la notion de zone
"svéco-carélienne" depuis
que l'on s'est aperçu que la Carélie comportait des
roches nettement plus
anciennes que la Suède et le SW de la Finlande). Rappelons que
le Précambrien
(fig. 2) est divisé en Archéen (plus de 2500 millions
d'années) et
Protérozoïque (2500 à 570 Ma).
Les roches
les plus anciennes, ou
provinces archéennes, se trouvent dans le Nord (Péninsule
de Kola et province
Biélomoride), et dans l'Est (Carélie). Le centre et le
Sud de la Finlande appartiennent
à la province svéco-fennienne (2000 à 1750 Ma).
Une zone tectonique complexe,
appelée zone de Botnie-Ladoga, ou zone des schistes
kaléviens, sépare ces deux
ensembles.
a - Provinces
archéennes
On distingue
du Nord au Sud trois
provinces : Kola, Bielomoride et Carélienne ; elles sont
formées de granites
très anciens, consolidés pendant
l'orogénèse saamienne (3100-2900 Ma).
Les gneiss de
Kola et de Biélomoride (Mer
Blanche) leur succèdent, qui seraient d'anciens sédiments
océaniques. Par
contre en Carélie on trouve les greenstone
belts, qui comprennent des sédiments intercalés de
laves spéciales,
basaltes tholéïtiques et komatiites,
interprétés comme des arcs océaniques et
des mers marginales ; rappelons que les komatiites sont des laves
ultrabasiques,
très riches en MgO, avec une structure caractéristique
dite spinifex,
résultant de coulées à très haute
température suivies d'un refroidissement
rapide ; elles sont particulières au Précambrien.
Pendant
l'orogénèse lopienne, les
sédiments des provinces de Kola et des biélomorides
sont subductés vers le SW sous la zone carélienne, et
soumis à un métamorphisme
de haute pression.
A la fin de
l'Archéen la Carélie est
devenue un continent, qui est fragmenté de fossés, dans
lesquels se déposent
des sédiments clastiques et des volcaniques, le groupe
de Laponie (2500-2300 Ma).
En
Carélie un autre cycle
volcano-sédimentaire lui fait suite, avec les
dépôts jatuliens (2300-2100 Ma), qui pour
la première fois incluent des
dolomies.
b - Province
svéco-fennienne (2000-1750
Ma)
Au NE, le
long de la zone archéenne, se
trouve une zone de plus de 100 km de large où prédominent
des schistes. Cette
série dite zone des schistes kaléviens,
débute en fait par des dépôts de plateforme
(dolomies, minerais de fer), puis
continue avec des turbidites, dans lesquelles se trouvent des
écailles
d'ophiolites. Ces dernières sont altérées en
serpentine et en stéatite (mélange
de talc et de magnésite). On y rencontre aussi d'importants
dépôts de sulfures
(minerais de cuivre, zinc, nickel...), qui sont exploités dans
la région
d'Outokumpu. On considère que cette zone représente la
marge passive au SW du
continent archéen, passant à un océan vers le SW.
Pendant ce temps le continent
se fracture, avec des intrusions de dykes de dolérites ("granits
noirs"). Durant l'orogénèse svéco-fennienne, les
schistes kaléviens
chevauchent vers le NE sur le continent carélien.
La province
svéco-fennienne proprement
dite est subdivisée en trois zones. Celle du Nord et celle du
Sud montrent une
prédominance volcanique, avec des séries calcoalcalines
de rhyolites et
dacites, puis des basaltes tholéïtiques. On y trouve aussi
des intercalations
sédimentaires, surtout des carbonates. La zone centrale montre
une prédominance
de sédiments gréso-argileux très épais
(10000 m), et représente sans doute un
bassin marin, le bassin botnien.
Les
intrusions granitiques sont très
abondantes dans la zone svéco-fennienne. On reconnaît une
première série
d'intrusions (1900-1870 Ma), une brève période de calme
marquée par des injections
de filons de dolérites, puis les intrusions reprennent entre
1830 et 1770 Ma :
ces dernières proviennent de la fusion de la croûte, et
s'accompagnent d'une
intense migmatisation (fusion partielle de roches de haut grade
métamorphique,
qui produit des migmatites ornementales). Dans l'ensemble, la seconde
phase
svéco-fennienne semble résulter d'une compression W-E.
De vastes
massifs de granites post-orogéniques se mettent
en place dans le continent
svéco-fennien entre 1700 et 1540 Ma (période
appelée gothienne en Suède). Ils
constituent en particulier le massif de granite rapakivi de Vyborg, et
le
massif de granite rouge de Taivassalo (Balmoral).
L'histoire
précambrienne s'achève en
Finlande avec la formation de fossés dans lesquels s'accumulent
les sédiments
rouges continentaux du jotnien
(1400-1300 Ma) : ils n'ont pas été
métamorphisés, alors que des orogenèses plus
récentes ont affecté le SW de la Suède.
Ainsi,
à partir de 1300 Ma la Finlande
est définitivement consolidée en craton. La transgression
paléozoïque a
peut-être couvert une partie du continent, mais ses
dépôts ont été complètement
érodés.
Les glaciers
quaternaires ont totalement
envahi la Finlande et les pays voisins, sous forme d'un inlandsis
très épais
(calotte glaciaire). Il reste de la période glaciaire un
couverture de moraines
et autres dépôts, d'où émergent de basses
collines couvertes de stries
produites par les pierres englobées dans la glace. De ce fait
l'exploitation
des carrières est facilitée sur les collines, car il n'y
a pratiquement pas de
zone altérée, sauf sur quelques roches plus
altérables comme les rapakivis.
Depuis la
fusion de la calotte glaciaire,
il y a environ 6000 ans, la Finlande se soulève lentement par
réajustement
isostatique, au rythme d'un centimètre par an dans le Golfe de
Botnie.
3
- Les roches ornementales
a -
Archéen
Les gneiss,
granulites et granites du
Nord de la Laponie ne font l'objet d'aucune exploitation.
Dans la zone
carélienne, le seul granite
archéen exploité à notre connaissance est le
granite gris à grain fin de Ristijärvi, en
bordure du massif de
Carélie, connu aussi sous le nom de Kajaani.
Une pyroxénite noire appelée Lapponia
black provient de Keninmaa près de Kemijärvi, à
proximité du massif du
Lapland.
Les
séries métamorphiques de la zone
carélienne (Jatulien et Laponien) fournissent diverses roches
ornementales dans
le Nord et l'Est de la Finlande :
- le marbre
le plus connu est le Vert de Laponie ou Lappia
green (fig. 3), extrait à Kittilä non
loin du cercle arctique : c'est un marbre dolomitique,
dont la couleur provient de minéraux contenant du chrome comme
le diopside
(pyroxène) et la fuchsite (mica). D'autres marbres dolomitiques,
bréchiques, de
couleur beige à brune, se trouvent dans la région de
Tervola (Loue, Rantamaa).
Tous ces marbres dolomitiques se situeraient à la partie
supérieure du
Jatulien.

Fig.
3 - Marbre vert à diopside de Laponie (Lappia green)
- des
schistes et des quartzites,
d'importance locale, à Lokka, Kaarestunturi, Puolanka,
Vinijärvi, Nilsiä.
Des dolérites
noires en filons E-W se trouvent à Vapaisjärvi. D'un
âge de 2000 à 2250 Ma,
elles résulteraient des mouvements d'extension pendant
l'effondrement de la
bordure du continent carélien quand s'est formé le bassin
Kalévien.
b -
Kalévien
Les
grès turbiditiques du Kalévien sont
intercalés de roches ultrabasiques (1960 Ma),
représentant sans doute des
éléments de nappes ophiolitiques : on y trouve les
exploitations de stéatite grise à
magnésite de Nunnanlahti. Grâce à
l'exceptionnelle
résistance à la chaleur de la stéatite
(ramollissement à plus de 1420°C, fusion
à 1630°C), qui est liée à une haute teneur en
MgO (30%), on l'emploie depuis
longtemps à la construction de poêles, et plus
récemment de cheminées, de
plaques de cuisson, de récipients pour les saunas, etc. Mais
c'est une roche
tendre, car riche en talc, et son usage en revêtements de sols
n'est pas
recommandable.
Près
de Savonranta une stéatite noire serpentineuse
et chloriteuse porte le
nom d'Ice Flower, elle contient de
grands cristaux bleus ou verts, on en fait de petits objets et des
dallages.
c - Zone
svéco-fennienne
Le marbre
blanc de Förby (Snöwit) a eu
sa
célébrité en Allemagne avant la guerre de 14 ;
c'est un marbre très blanc à
grands cristaux, qui se trouve dans une petite île du Sud du pays
: le gisement
se présente comme une couche d'une vingtaine de mètres,
avec un pendage de 60°.
La couche est lenticulaire, s'étendant sur moins de 2 km de
long. Exploitée
autrefois en tranchée à ciel ouvert jusqu'à 40 m
de profondeur (la carrière est
en voie de remblaiement), elle ne fournit plus que des concassés
dans une
carrière souterraine, qui sont employés en partie dans la
fabrication de
marbres reconstitués. D'autres petites carrières de
marbre se trouvent au Nord
de Mikkeli (Ankele et Virtasalmi).
Plusieurs migmatites sont extraites dans les provinces du Sud, ce
sont des
variétés particulières de gneiss comportant des
couches claires riches en
quartz et feldspaths, souvent plissotées. A Lieto
près de Turku il s'agit d'une roche à grain fin, à
feldspaths
rouge-brun, quartz et biotite, sans veinage ondulé bien
marqué. La migmatite de
Mäntsäla près d'Helsinki, est
similaire, avec plus de minéraux noirs : elle prend les noms de Multicolor, Scanflame ou Aurora. Celle
d'Oripää (fig. 4), qui produisait le
Romantico, était abandonnée à
notre
passage en 1990, de même que la migmatite rose (Mystic)
d'Imatra.

Fig. 4 - Carrière de migmatite d'Oripäa

Fig. 5 - Charnockite
Karelian green

Fig. 6 -
Syénite brune d'Oulainen (Fox brown)
Les granites
syntectoniques de cette zone
forment de vastes massifs dans le centre du pays, mais peu d'entre eux
sont
exploités. Le granite gris-bleu de Toivaka
(monzonite) dans le massif de Finlande Centrale, est en début
d'extraction. Les
seules productions actuellement importantes proviennent de Kuru,
dans la péninsule au SE de la ville : de nombreuses
carrières
produisent un granite gris clair à grain fin, dont la
résistance est
particulièrement élevée. Non loin au SE, Orivesi
produit un granite porphyrique rose (Cardinal
red) et un granite gris similaire à celui de Kuru (Origrey). Au Sud de Kiuruvesi
se trouve la carrière de granite vert à
hypersthène (charnockite), appelé Karelian
green (fig. 5).
Des
syénites brunes sont extraites dans
les environs d'Oulainen (fig. 6),
sous le nom de Magic brown ou Fox brown
(variété brun sombre) et Forest pearl
(variété à reflets bleus,
qui a reçu de nombreux autres noms de fantaisie comme Nantu, Perla grigio, Perla di selva, Perla Finlandia).
Les filons
doléritiques, assez nombreux
mais de faibles dimensions, fournissent des granits noirs à
Viitasaari,
Kivijärvi, Oulainen, Nakkila, etc., sans production d'importance
industrielle.
Les variétés contenant de la hornblende sont moins dures
que celles qui
contiennent des orthopyroxènes (norites), elles se rayent
à la pointe d'acier.
Mentionnons
enfin les schistes, produits
en petites quantité ; les schistes sériciteux de
Virkamaki à l'Est de
Pihtipudas sont intéressants par leurs gros cristaux de
cordiérite formant
relief.
La Finlande
est aussi connue parmi les
géologues par ses granites orbiculaires
(fig. 7), qui comprennent un noyau entouré d'enveloppes
colorées, les unes de
couleur claire (quartz et plagioclases), les autres sombres
(minéraux
ferromagnésiens). Le diamètre des orbicules varie de
quelques centimètres à 30
cm. Les affleurements sont de petite taille, larges de quelques
mètres ; ces
roches ne sont pas exploitées, bien que très
décoratives. Sederholm mentionne
une demi-douzaine d'occurrences en Finlande, Leveson (1966) quatorze
pour la
Finlande, 18 aux USA et 18 au Japon. L'origine des granites
orbiculaires est
expliquée (Moore et Lockwood, 1973) par un écoulement
rapide de fluides riches
en eau, plus mobile que le magma en cours de cristallisation, et
remontant le
long des bordures du pluton granitique ; ces fluides seraient ainsi
capables de
maintenir en suspension des fragments de roche, qui se trouvent
enveloppés par
des couches cristallisées successivement.

Fig.
7 - Granite orbiculaire, avec orbicules atteignant 25 cm, Musée
Géologique d'Otaniemi

Fig. 8 - Granite rapakivi Baltic
brown, avec un ovoïde d'orthose de 3 cm et une enveloppe verte de
plagioclase
d - Les
granites rapakivis
Comme
indiqué plus haut, les granites
rapakivis ont été intrudés dans la zone
svéco-fennienne bien après l'orogénèse
de cette zone, ce sont des granites post- ou anorogéniques. Ils
forment des
massifs circonscrits ou de vastes batholites, principalement dans le
Sud de la
Finlande, où ils fournissent les principales production du pays.
Rappelons
d'abord ce qu'est un granite
rapakivi : le nom vient de rapa =
friable et kivi = pierre en finnois.
Effectivement ils sont plus altérables que les autres granites,
les
affleurements sont recouverts, en dépit de l'érosion
glaciaire, par une arène
de plusieurs mètres d'épaisseur, contenant de nombreux
nodules de feldspaths.
Ce sont ces nodules ovoïdes, comprenant un gros noyau central
formé d'orthose rose,
et une enveloppe blanche ou verte de plagioclase, qui
caractérisent la
structure rapakivi (fig. 8).
Le plus
typique et le plus célèbre massif
de granites rapakivis est le batholite
de Vyborg, du nom de la ville située sur le bord oriental du
massif, actuellement
en Russie.
Le batholite
de Vyborg s'étend sur
environ 75000 km2,
près de la moitié de la surface se trouvant sous les eaux
du Golfe de Finlande.
Son épaisseur est évaluée entre 5 et 8 km. Il
s'agit de granites alcalins,
riches en potassium, mis en place à 800°C environ ; ils
provoquent dans les
terrains encaissants (schistes, gneiss et migmatites de la zone
svéco-fennienne) une auréole de métamorphisme
basse pression pouvant atteindre
5 km de large, dans laquelle les feldspaths microclines sont
transformés en
orthose.
Dans le
faciès le plus typique appelé vyborgite,
qui forme 76 % des
affleurements, les nodules ovoïdes d'orthose rose,
généralement de 3 à 4 cm de
grand axe (mais pouvant atteindre 10 cm), sont entourés d'une
enveloppe blanche
ou verdâtre de plagioclase (oligoclase-andésine),
épaisse de 1 ou 2 mm. Ce
faciès est exploité à grande échelle dans
l'Est sous le nom de Baltic brown ou Karelian
brown, à Husu, Parkola et Savitaipale, dans des
carrières
très modernes. Une variété verte contient des
ovoïdes moins nombreux (Karelian green).
Dans un autre
faciès appelé pyterlite, extrait
à Virolahti (près du
village de Pyterlahti) sous le nom de Carmen
red, les gros feldspaths rouges n'ont pas d'enveloppe de
plagioclase,
souvent ils sont interpénétrés avec les cristaux
de biotite noire. Des granites
similaires sont produits plus à l'Ouest à Kotka et
Sippola ; le Karelian red d'Anjalankoski est
intermédiaire entre vyborgite et pyterlite, contenant quelques
ovoïdes à
enveloppe.
On rencontre
également dans le massif des
variétés porphyriques, à feldspaths
rectangulaires, qui ne sont pas exploitées.
Par contre on produit près de Lapeenranta sous le nom de Baltic green une roche à ovoïdes gris noirs
qui n'est sans doute
plus un granite.
En bordure
Ouest du batholite de Vyborg,
la syénite de Myrskyla forme un
petit massif inclus dans la vyborgite, elle est appelée Mahogany.
Une roche
très particulière se trouve en
petites inclusions dans le massif de Vyborg : c'est la spectrolite,
anorthosite à grands labradors (plagioclases
calciques) à reflets bleus chatoyants. L'emplacement des
carrières est en
principe confidentiel ; nous avons trouvé l'une d'entre elles
où des carriers
amateurs viennent extraire les plus beaux cristaux, qui sont vendus
comme pierre
semi-précieuse. Les carrières de Nuijama et autres lieux
fournissent des blocs
de petite taille.
Au Nord du
batholite de Vyborg, un petit
massif annexe est entouré d'une enveloppe d'anorthosite à
gros cristaux, de
couleur noire à gros grains; des carrières commencent
à l'extraire au Nord de Jalaa sous le nom de Karelian Ice Black ou Coffie Brown,
comme produit de
substitution de la spectrolite.
Le massif de
Vyborg est le second centre
de production en Finlande, juste derrière celui de Taivassalo.
Bien que les
carrières aient été exploitées pendant la
période russe pour la construction de
St Petersbourg (ex Leningrad), elles ont été
réactivées surtout depuis une
vingtaine d'années. Les principales productions sont le Baltic
brown et les
pyterlites rouges.
Au SW
d'Helsinki, le petit massif de
granites rapakivis d'Obbnäs, dans la péninsule de Porkkala, a la forme d'une ellipse de 6 x 15 km : on y
trouve un
beau granite à grands cristaux de microcline rose chair,
malheureusement assez
fracturé, appelé Porkkala
ou Finnish coral. La carrière était
arrêtée lors de ma visite en 1990.
Le plus
occidental des massifs de
granites "rapakivis" est celui de Taivassalo ; bien
que sa taille soit limitée, il produit en grandes
quantités les fameux granites rouges dits Balmoral,
exportés dès le début du siècle en Grande
Bretagne et en Russie. Il est
contemporain des granites de Vyborg, mais ne montre pas d'ovoïdes
de feldspaths
: au contraire les cristaux ont une forme déchiquetée.
Aujourd'hui
les carrières produisent
trois types de Balmoral, classés selon la taille moyenne des
grains: - Taivassalo
et Korpi : gros grain
(environ 10 mm),
- Jorpilo
(près de Korpi) : grain moyen,
- Uhlu
près de Vehmaa (ou Vinkkilä) :
grain fin (moins de 6 mm).
4
- L'exploitation des carrières
Elle est
facilitée par le travail de
décapage effectué par les glaciers quaternaires, enlevant
les zones altérées
qui avaient pu se former au cours de la longue émersion du
Paléozoïque au
Tertiaire. Cependant il existe quelques exceptions, et nous avons
noté des
zones altérées, formées sans doute pendant les
derniers 6000 ans, sur les
affleurements des granites Baltic brun, des syénites d'Oulainen
et sur les
dykes de dolérites. Mais le plus souvent des roches saines
affleurent dans les
collines émergeant des lacs ou des moraines, avec des blocs de
bonne qualité
dès la surface.
Presque
partout l'exploitation est faite
à l'explosif (soft blasting); elle
donne de bons résultats dans les granites, grâce à
l'expérience des carriers,
mais la récupération est faible dans les dolérites
fragiles. L'explosif est de
fabrication locale, produit essentiellement par la firme Forcit Oy ; il
consiste en tubes plastiques de 11 ou 17 mm de diamètre
extérieur, longs de 460
mm, et remplis de dynamite (nitroglycérine et diatomite). Des
centreurs sont
emplacés autour des tubes de manière à amortir
l'onde de choc et minimiser la
fracturation. Ces tubes sont amorcés par un cordeau
détonant fixé tout au long
de l'assemblage de tubes. Pour les tirs primaires on charge à 80
ou 150 g/m3, et
seulement entre 30 et 60 g/m3 pour le
découpage secondaire.
Les tirs
primaires (fig. 9) déplacent des
masses de 500 à 4000 m3,
qui sont déplacés de quelques décimètres.
Ensuite la masse primaire est
découpée en grandes tranches, qui tombent sur un lit de
sable, ou bien sont
démantelées par un chargeur (muni d'un grand bras avec un
crochet) dans le cas
de masses fracturées.

Fig. 9 - Tir primaire de 1350 m3 dans la carrière de Husu, en cours de subdivision à l'explosif
Le forage est
surtout pratiqué par des
marteaux hydrauliques, qui partout sont montés sur des engins
à pneus ou
chenilles, ou encore sur rails de guidage, les trous sont parfaitement
parallèles. Tout ce matériel est fabriqué par la
firme finlandaise Tamrock, qui
est connue bien au delà des limites du pays. Les marteaux
hydrauliques sont
sans doute plus coûteux que les marteaux pneumatiques, mais ils
peuvent
travailler jusqu'à -18°C. La vitesse de forage dans les
granites est d'environ
1,2 m/min. La distance entre trous est de 10 à 20 fois le
diamètre de forage
(qui est le plus souvent de 32 mm).
Dans beaucoup
de carrières de granites, par
exemple à Taivassalo et Kotka, la roche se trouve
découpée en bancs ou en
grosses lentilles (fig. 10) par des fractures subhorizontales, ou
parallèles à
la topographie quand il s'agit de collines. Ce phénomène
de sheeting, qui a été bien
étudié dans les
carrières de Nouvelle Angleterre (USA), peut être
attribué à la décompression
de la roche, soit par le fait de l'érosion opérant sur
des roches soumises à
une contrainte s1 horizontale,
soit par la décharge
résultant de la fusion de la calotte glaciaire. Quand ces joints
de
décompression font défaut, en particulier dans les
carrières profondes, on
pratique des forages horizontaux ; les carrières montrent alors
une très belle
organisation, avec des gradins réguliers de 5 à 8 m de
haut, tous accessibles
aux gros chargeurs (fig. 11). Le tracé des gradins ne tient
alors aucun compte
des fractures ; le facteur de récupération s'en ressent
sans doute, mais les
banquettes sont nettes et facilitent la circulation des engins.

Fig.
10 - Joints de décompression dans la carrière de Kurpi
(Balmoral red)
Fig. 11 - Carrière de
Hylamäa (Baltic brown), noter la parfaite organisation des gradins
Fig. 12 - Exemple de
carrière mal organisée (Forest pearl à Oulainen)
Fig. 13 - Machine
d'équarrissement sur rails, avec trois marteaux hydrauliques
L'équarrissement
se fait dans une partie
spécialisée de la carrière, par un wagon se
déplaçant sur rails et supportant
trois marteaux hydrauliques (fig. 13).
La
découpe à la flamme était employée
jusqu'à une date récente pour les premières
coupes, mais elle est en voie
d'abandon à cause du bruit et de la poussière.
Le
câble diamanté n'est pas employé dans
les carrières de granits, à cause de son coût, mais
il a trouvé des
applications dans les carrières de marbre de Laponie; quand le
froid n'est pas
trop vif, l'eau est chauffée ou protégée par de
l'antigel.
5
- Conclusion
La Finlande
est l'un des pays les plus
avancés dans l'extraction et l'exportation des granites rouges
et bruns,
provenant surtout des batholites de Taivassalo et de Vyborg. Les
investissements sont concentrés principalement sur ces
carrières. On y
rencontre les chantiers parmi les mieux organisés que nous
connaissions.
La
mécanisation est très avancée, avec
des matériels construits sur place (et exportés), ce qui
compense le prix élevé
de la main d'oeuvre et les difficultés climatiques. Avec ce
matériel,
l'extraction se poursuit toute l'année (sauf en Laponie), avec
un minimum de
personnel.
La gamme
exportée est donc limitée, les
finlandais sachant qu'ils ne peuvent lutter contre les pays en voie de
développement sur tous les produits, marbres et migmatites en
particulier.
La majeure
partie de la production est
exportée sous forme de blocs bruts, principalement vers
l'Italie, l'Espagne, la
France et le Japon, pratiquement pas aux USA.
Le marché local, à
l'exception du funéraire et du
revêtement de façades, est peu développé,
sans doute faute de traditions
comparables à celles des pays méditerranéens.
Néanmoins quelques usines de
transformation commencent à s'implanter.
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