La construction en pierre
massive, initiée par les Egyptiens, a été
poursuivie par les Crétois et les
Mycéniens : les palais minoens (1900 à 1400
av. J.C.) ont employés
des calcaires disponibles sur place, mais aussi le gypse qui a
été employé à
Phaistos pour les murs, les escaliers, les dallages et des mobiliers. Mycènes
et Tirynthe (XV au XIe siècles av. JC) sont connues
pour leurs
constructions cyclopéennes, en gros blocs polygonaux pouvant
peser 13 t.
La perfection dans la
construction et la statuaire ont été atteintes par la Grèce
classique,
grâce à la disponibilité de marbres blancs des
carrières du Pentélique, à 17 km
de l’Acropole, et dans les Iles de l’Egée, Thasos et Paros en
particulier. Les
cités grecques d’Asie Mineure ont exploité des marbres
locaux, celles du
Péloponnèse et de Sicile ouvrirent des carrières
dans des calcaires moins
prestigieux trouvés sur place.
Les Etrusques furent
de grands amateurs d’albâtre, qu’ils trouvaient sous forme de
boules dans des
couches de gypse de la région de Volterra, dans lesquelles ils
sculptèrent de
nombreux sarcophages très réalistes et des urnes
funéraires.
On doit créditer les Romains
d’un énorme travail de prospection des roches ornementales dans
leur immense
empire qui entourait toute la Méditerranée (fig. 1), et
spécialement des roches
de couleur. En Asie mineure ils exploitèrent les marbres du
Proconnèse
(Marmara), le granite de Troie, le calcaire à Rudiste dit Sangarius,
les
marbre d’Afyon et d’Aphrodisias, les brèches colorées de
Téos et de Skyros, le
cipolin rouge de Iasos. En Thessalie
ils ouvrirent des carrières dans la serpentinite de Larissa en
Thessalie (Vert
antique), en Eubée dans le cipolin vert de Karistos, à
Chio dans le calcaire
rouge pâle appelé Portasanta. Dans le
Péloponnèse ce furent le porphyre vert de
Crocée près de Sparte, le marbre rouge antique du
Taygète, le noir du Magne. En
Italie d’importantes carrières furent ouvertes à Luni
(marbre de Carrare) et
à Tivoli (travertin romain), en
plus du
rouge de Vérone, des calcaires blancs de Botticino et
d’Aurisina, et des
granites de Giglio, d’Elbe et de Sardaigne (Capo Testa).
En France ils découvrirent
les marbres blancs de St Béat, les griottes de Campan et
d’Estours, la brèche
antique d’Aubert, les rouges de Saint Nazaire-de-Ladarès et de
Vimines, qui
étaient acheminées pour l’ornementation de Rome, ainsi
que de nombreux
calcaires dont l’emploi resta local. Sans parler des marbres jaunes de
Simittus
(Chemtou en Tunisie) ni des onyx du Constantinois et de l’Oranais, ils
exploitèrent aussi les calcaires rouges et noirs de Belgique,
les calcaires de
Portland et Purbeck en Angleterre. Les transports vers Ostie se
faisaient par
des bateaux de 30 à 40 m, de nombreuses épaves ont
été trouvées en
Méditerranée. La construction massive, du style
Colisée, fut progressivement
remplacée par des maçonneries grossières
revêtues de plaques minces.

Fig.
1 - Principales carrières de l'Empire Romain

Fig. 2 -
Escalier en gypse à Phaistos (Crète)

Fig. 3 - Dallage en gypse
à Phaistos

Fig. 4 - Murs
cyclopéens de Mycènes (Péloponnèse)

Fig. 5 - Carrière
antique de Spilia sur le Mont Pentélique (Attique),avec la piste
dallée servant à descendre les blocs

Fig. 6 - Autre vue de la
carrière de Spilia

Fig. 7 - Boule
d'albâtre de 1 m de diamètre dans une
carrière de Volterra (Toscane)

Fig. 8 - Sarcophage
étrusque en albâtre, Volterra

Fig. 9 - Marbre Sangarius
(Asie Mineure)

Fig. 10 - Marbre de Teos
(Asie Mineure)

Fig. 11 - Marbre de Iasos
(Asie Mineure)
2 - La Grèce
Même si les très anciennes
statuettes de Cyclades (3200 à 2000 av. J.C. environ)
témoignent de la maîtrise
du marbre dans les îles de l’Egée, si les œuvres des
sculpteurs et bâtisseurs
de la période classique ont directement inspiré les
Romains, et si l’on doit à
un certain Byzès en 353 av. J.C. l’invention des
revêtements minces sciés avec
l’émeri de Naxos, la longue décadence Byzantine et
l’occupation ottomane firent
oublier les techniques de l’Antiquité. Au XIXe
siècle des compagnies
anglaises, renseignées par les textes antiques, remirent en
exploitation
plusieurs carrières comme le Vert de Thessalie, le marbre blanc
de Paros et le
rouge du Taygète.
Depuis 1960 des compagnies
grecques ont activement recherché des gisements et sont
parvenues à bâtir une
industrie d’échelle internationale, vendant leur production en
Allemagne et aux
USA bien plus qu’en France. Les principaux centres de production et
transformation sont les suivants :
- la région de Kavala est la
plus importante production du pays avec des marbres dolomitiques
beiges ou
gris, le marbre blanc de Thasos, et de nombreuses usines de
transformation.
- en Grèce continentale, des
marbres blancs se rencontrent autour de l’Olympe, mais nous
mentionnerons
spécialement les beaux marbres roses de la péninsule du
Pilion. Le cipolin de
Karistos et le calcaire rouge
bréchique
d’Eretria sont encore extraits en Eubée. En Attique l’extraction
du blanc du
Pentélique a été interdite à la suite
d’excès dans l’emploi des explosifs, les
marbres blancs ou nuageux de Dionysos
et d’Ayia Marina rencontrent des problèmes avec les
écologistes, et ne
sauraient remplacer le Pentélique.
- en Epire se trouve une
production artisanale de calcaire beiges dans les environs de Ioannina.
- en mer Egée les
principales productions viennent de Naxos (marbre blanc translucide
à gros
grain) et de Tinos (serpentinite verte)
- dans le Péloponnèse,
malgré l’existence de nombreux calcaires et marbres de couleur,
se trouvent peu
de carrières importantes à part celles du calcaire beige
à stromatolites de
Karnazeiko, de la brèche à ciment rouge de Kandia et des
marbres gris à noir
d’Ayios Petros sur le mont Parnon. Le Porphyre vert de Crocée et
le marbre
Rouge Antique du Taygète n’ont pas été repris. En
Crète existent quelques
exploitations de marbres gris des Talea Ori, et d’onyx calcaire dans
les
fissures karstiques des massifs calcaires.

Fig.
12 - Principaux gisements de Grèce
Fig.
13 - Idoles en marbre des Cyclades
Fig. 14 - Carrière
à Thasos
Fig. 15 - Marbre rose du
Pilion
Fig. 16 - Carrière
de Cipolin de Karistos (Eubée)
Fig. 17 - Carrière
de marbre blanc à Naxos (Cyclades)
Fig. 18 - Echantillon de
Porphyre Vert Antique (Péloponnèse)
Fig. 19 - Ancienne
carrière de marbre Rouge Antique du Taygète
(Péloponnèse)
3 - L’Italie
Le principal centre de
production est toujours Carrare, où les Alpes Apuanes
sont couvertes de
carrières vertigineuses ; outre le marbre blanc, quelques
carrières
produisent des cipolins rouges ou verts à haute valeur
décorative. Malgré les
associations, les autorités ne peuvent se permettre
d’arrêter l’exploitation,
vu son importance vitale pour le pays. Carrare est aussi le plus
important
centre de transformation du monde, avec le sciage et le polissage de
roches
ornementales provenant de toutes les parties de la Terre, grâce
au port
spécialement aménagé de Marina di Carrara.
Vérone est le second centre
italien, qui chaque année présente une foire
spécialisée, concurrente de celle
de Carrare. Sa production initiale est celle de calcaires rouges
appelés Rosso
Verona par les marbriers et Ammonitico Rosso par les géologues.
Mais ses usines
importent aussi des blocs de toutes origines, et traitent la production
d’autres provinces.
Les montagnes du Karst, à la
frontière de Slovénie, produisent des calcaires à
rudistes à Aurisina. Près
de Brescia les grandes carrières de Botticino
extraient un calcaire beige clair compact, et un calcaire à
Nummulites se
trouve à Chiampo. Par contre les carrières de Trachyte
de Vo ont
été pratiquement fermées
pour raisons
écologiques.
Les environs de Trente sont
un grand centre d’extraction de Porphyre
vert ou rouge, qui est découpé par des presses en dalles
et pavés, que l’on
retrouve dans presque toutes les villes d’Europe.
Le Val d’Aoste est le
principal centre mondial de production de « marbre vert
des
Alpes », en fait une serpentinite bréchique (ou
ophicalcite), qui
rencontre des problèmes écologiques et de fracturation.
Au Piémont sont exploités les marbres dolomitiques du Val d’Ossola, les gneiss appelés Serizzo et Beola, la syénite de Balma et le quartzite de Barge, ce dernier pour dallages.
En Ligurie les anciennes
production de serpentinite ont cessé leur activité,
à l’exception de la
serpentinite rouge et verte nommée Rosso Levanto, et
d’une faible
activité dans les ardoisières de Lavagna et Fontanabuona.
En Toscane l’albâtre de
Volterra n’est pratiquement plus produit, il reste une activité
artisanale de
sculpture d’objets de décoration. La production de grès
verdâtres appelé Pietra
serena, qui a servi à construire Florence, se poursuit dans
quelques carrières.
En Italie
centrale le travertin de Tivoli, qui a servi à la
construction de Rome, est encore en pleine activité, il est
principalement scié
en tranches et s’exporte bien. D’autres travertins sont produits
à Rapolano et
Montemerano.
Plus au sud les massifs
calcaires des Apennins fournissent des calcaires blancs
ou crème à onchoïdes comme le Perlato de
Cassino.
Dans les Pouilles se sont développées de nombreuses carrières de calcaires à stylolites, en petits bancs, servant à faire des plaquettes.
La principale activité de la
Sardaigne était la production de
granites blancs, ou roses (Ghiandone), mais elle se trouve en
récession
du fait des importations plus compétitives, par contre le
calcaire marbrier
blanc à algues dénommé Perlato Sardegna est en
pleine activité.
En Sicile l’extraction est
réduite, avec les calcaire rouge à Ammonites de Trapani
et le calcaire gris de
Billiemi près de Palerme. Les jaspes de Sicile occidentale,
autrefois utilisés
par la marqueterie florentine, sont abandonnés, de même
que l’albâtre et le
gypse.
Fig.
20 - Principaux gisements d'Italie
Fig.
21 - Les Alpes Apuanes, carrières des marbres de Carrare
Fig. 22 - Calcaire
marbrier Rouge de Vérone
Fig. 23 -
Carrières de Botticino
Fig. 24 -
Carrières de porphyre de Trente

Fig. 25 - Carrière
de serpentinite bréchique de Saint Denis (Val d'Aoste)
Fig. 26 - Serpentinite
Rosso Levanto (Ligurie)

Fig. 27 - Basculement
d'une tranche de travertin à Tivoli
Fig. 28 -
Carrière de granite blanc en Sardaigne

Fig. 29 - Marqueterie de
pierre, palais du Hofburg, Vienne
4 - La France
Les Romains avaient déjà localisé les principales roches ornementales, comme en témoignent des traces de carrières et des restes archéologiques à Rome et dans l‘Empire ; bien plus tard, le premier inventaire systématique fut ordonné par Colbert, en vue de trouver des roches décoratives pour les palais de Louis XIV. Depuis quelques années les Schéma Départementaux des Carrières délimitent les secteurs où l’extraction restera possible.
Les marbres vrais sont en
nombre restreint et faible production : jaune violacé
de St
Pons-de-Thomières, rose et vert de Campan, blanc-bleuté
de Villette en Savoie.
St Béat ne produit que des concassés.
La production de calcaires
est beaucoup plus importante, répartie dans plusieurs bassins.
En Bourgogne, la « côte
des pierres » entre Nuits-St-Georges et St
Martin-Belleroche, produit
dans les environs de Comblanchien et Chassagne des calcaires marbriers
beiges
très compacts, un calcaire rose à Premeaux, et plus au
Sud des calcaires grenus
à entroques comme à Buxy. Sur les plateaux entre
Châtillon-sur-Seine et
Massangis de nombreuses carrières extraient activement une
pierre plus tendre.
Dans le Lutétien de l’Oise
est produit le calcaire verdâtre tendre à Nummulites,
analogue à celle des
anciennes carrières souterraines de Paris,
dans des carrières à ciel ouvert comme à St
Maximin, ou plus souvent en
souterrain ; la pierre est tendre à l’exception du banc
nommé Liais.
La région de Boulogne
fournit dans deux carrières un calcaire marbrier à algues
du Carbonifère, très
résistant à l’usure. En Lorraine se trouvent à
Euville des calcaires à
entroques, poreux mais résistant au gel, avec de faibles
réserves.
Dans les environs de
Montalieu quelques carrières extraient un calcaire marbrier
à stylolites et
bioturbations, le « choin de Villebois ».
En Poitou-Charentes
trois centres de production de pierres tendres sont actifs :
Chauvigny
avec des oolites blanches et des pierres tendres (souvent en
carrières
souterraines), Vilhonneur et ses calcaires oolitiques, en fin les
calcaires
tendres du Cénomanien-Turonien des Charentes.
Le bassin de la Pierre du
Midi s’étend de Montpellier au Lubéron, avec des
calcarénites miocènes
exploitées dans de grandes carrières par des haveuses,
notamment à Beaulieu,
Pondres, Vers-Pont-du-Gard, Fontvieille, Estaillades et Espeil.
Dans le Languedoc ce sont
des calcaires marbriers comme les calcaires rouges à
stromatactis de
Caunes-Minervois, les griottes de Félines et Mourèze, le
calcaire noir de
Laurens.
Les
Pyrénées possèdent
des roches très variées, quoique peu d’entre elles soient
exploitées, comme le
noir de Cihigue, le marbre de Campan, les brèches de Sarrancolin
et du Cap
Romarin.
Dans le domaine des
granites, le Sidobre est devenu le centre le plus actif de
France, il
s’est développé depuis 1918 quand il fallut construire de
nombreux monuments
aux morts, exploitant des boules de surface, et plus récemment
la roche
massive ; il s’est spécialisé dans la fabrication
des monuments
funéraires.
La Bretagne a
longtemps été la première région
productrice de granites, mais a été
distancée ; les principales carrières se trouvent
à Perros-Guirec (granite
rose de La Clarté), Lanhélin et Louvigné
(gris-bleu) et Languedias
(gris) ; l’activité de sciage a diminué face
à la concurrence italienne
bénéficiant de châssis plus modernes.
Citons encore les Vosges
(granite gris des Crêtes, granite rose et rouge de Senones) et le
Massif
Central (granites, basaltes), avec quelques carrières
artisanales.
Des grès sont extraits dans les Vosges (Permien et du Trias au nord de Saverne), trouvant des emplois locaux, et aussi dans la montagne de la Rhune au sud de Biarritz.
La Corse dispose
de beaucoup de possibilités avec le granite rouge de Porto, et
le granite rose
de l’Ospedale, l’activité y est faible. Il existe d’autres
roches non
exploitées comme le gabbro vert d’Orezza, la serpentinite Verde
stella , la
diorite orbiculaire de Santa Lucia de Tallano…
Au total la
France est
exportatrice principalement de calcaires blancs ouvrés vers les
USA et
l’Arabie, mais doit importer de nombreux marbres et roches granitiques.

Fig.
30 - Principaux gisements de France
Fig.
31 - Carrière romaine de Lens (Gard)
Fig.
32 - Marbre de Saint Pons (Hérault)

Fig.
33 - Carrières de Comblanchien (Côte d'Or)
Fig.
34 - Calcaire marbrier dit Marbre du Boulonnais

Fig. 35 - Carrière
de "choin" à Montalieu (Isère)
Fig. 36 - Carrière
à Vilhonneur (Charente)

Fig. 37 - Carrière
de Pierre du Midi, Les Estaillades (Vaucluse)

Fig. 38 - Calcaire
marbrier à stromatactis de Caunes-Minervois
Fig. 39 - Carrière
de granite du Sidobre

Fig. 40 - Carrière
en fossede granite rose de La Clarté (Côtes du Nord)
5 - L’Espagne
La Galice est devenue sans
doute le plus important centre mondial d’extraction et de
transformation du granite,
avec le granite rose de Porriño et quelques autres
variétés ; le port
de Vigo s’est spécialisé dans l’exportation.
Au second rang viennent les
granites blancs de Castille, favorisés par une faible
fracturation, avec
les centres de Cadalso de los Vidrios (Blanco cristal) et Cabrera
(Blanco
Castilla, Blanco perla, Blanco aurora).
D’autres granites (gris à
noirs) se trouvent dans l’ouest du pays, tels ceux d’Extremadura, qui
ont
surtout des usages funéraires, ainsi que le beau gneiss
oeillé de Guadajira.
Dans le domaine des calcaires
les provinces d’Alicante et Murcie ont maintenant une importance
significative
avec les calcaires rouges d‘Alicante (La Romana), et surtout les
calcaires
blancs Crema Capri (provenant de Cabra) et Crema marfil (environs de
Pinoso et
Sierra de la Puerta), avec de grandes carrières modernes. Ces
produits ont une
grande diffusion, et sont traités par le centre de
transformation de Novelda.
Les ardoises de la
chaîne Cantabrique en pleine activité, avec les centres de
Quiroga, El Barco et
Cabrera, ont pratiquement éliminé les productions
d’Angleterre, d’Allemagne et
de France ; l’Espagne est ainsi devenue le premier producteur
mondial
d’ardoises. Les carrières sont à ciel ouvert, et les
déchets sont simplement
poussés dans les pentes.
D’autres roches sont produites en moindre quantité dans les diverses provinces. Le beau calcaire urgonien rouge à Rudistes d’Ereño et le calcaire noir à veines blanches de Marquina au Pays Basque. La brocatelle jaune de Tortosa, également urgonienne, était connue des Romains, mais a presque disparu, tandis que l’Urgonien de Chert dans la province de Viñaroz fournit le Crema Jaspe. Signalons aussi la belle dolomie brune bréchique appelée Marmol Imperator de Buñol (province de Valencia).
Les albâtre Aragon ont
été beaucoup extraits depuis une trentaine
d’années de Fuentes de Ebro à La
Puebla de Hijar, remplaçant la production de Volterra ;
aujourd’hui ne
restent que trois carrières actives, travaillant dans des
conditions
difficiles, car il faut dégager une couverture d’une trentaine
de mètres pour
atteindre la couche qui n’a qu’un mètre d’épaisseur.
Les marbres de Macael dans
la Sierra de los Filabres (province d’Almeria), connus des Romains, ont
été
remis en exploitation par le calife Abderraman III en 936 pour
construire
mosquées et palais de Grenade. De nos jours plusieurs
variétés de marbre blanc,
gris, blanc à veines jaunes, et marbre dolomitique brun clair
sont encore
extraits, mais du fait des complications tectoniques et de
l’épaisseur du
recouvrement, la production reste modeste.

Fig.
41 - Principaux gisements d'Espagne

Fig.
42 - Carrière de granite rose de Porriño (Galice)
Fig.
43 - Granite blanc de Castille
Fig.
44 - Calcaire de Marfil
Fig. 45 - Ardoisières de Quiroga

Fig. 46 -
Carrières d'albâtre de Quinto de Ebro (Aragon)
Fig. 47 - Dolomie Bunol
Emperador

Fig. 48 -
Carrières de marbre de Macael (Andalousie)
6 - Conclusions
Il est difficile d’établir des statistiques de production, car le secret est maintenu par les producteurs et les statistiques douanières n’indiquent que les mouvements au travers des frontières, ne donnant pas d’indications sur la consommation intérieure
Un classement des pays méditerranéens, selon la production de blocs commerciaux, est proposé d’après des données italiennes (pas toujours concordantes), qui n’a qu’une valeur indicative :
Italie : 9 millions de tonnes (derrière la Chine avec 10 à 13 Mt)
Espagne : 6 Mt
Grèce et Portugal : 2 Mt
France : 1,2 Mt
A titre de comparaison l’Inde fournit 5,2 Mt et le Brésil 2.25 Mt, et la production mondiale en 2000 était de 60 Mt.
Une évaluation de la consommation par habitant et par an a été donnée par Montani (2001) : Grèce 1,5 m2, Suisse 1,49 m2, Espagne 1,09 m2, Belgique 1,08 m2, Italie 1,03 m2, et loin derrière, la France avec 0,45 m2. Ces chiffres traduisent le pouvoir d’achat (Suisse), mais aussi les traditions méditerranéennes ; les pays nordiques, bien que producteurs de granites, les transforment peu et les utilisent en faible quantité, les USA ne consomment que 0,17 m2.
On aura remarqué que
certains matériaux manquent en Europe
méditerranéenne, comme les granites
noirs, les syénites bleues ou brunes, les migmatites
(« granites
veinés »), les onyx calcaires (tous abandonnés
sauf petites exploitations
en Crète)
Certains gisements,
exploités au départ à partie de la surface, se
trouvent maintenant recouverts
de morts-terrains d’épaisseur excessive, nous l’avons vu
à Comblanchien, à
Macael, en Aragon. Souvent c’est l’extension de l’urbanisation, la
délimitation
de parcs naturels ou de zones sensibles qui handicape la production
européenne
Mais c’est surtout l’action des associations écologistes depuis une vingtaine d’années, qui est parvenu à limiter l’extension et l’ouverture des carrières, jusqu’à pratiquement les supprimer comme en Allemagne. Sans aller jusque là, la France et l’Italie ont multiplié des règlements de plus en plus contraignants. Si le nombre de carrières a décru drastiquement dans ces deux pays depuis le XIXe siècle, ce n’est pas seulement par le fait de la réglementation, mais d’un changement des besoins des marbriers. Beaucoup de ces anciennes carrières produisaient principalement des blocs de petite taille pour la construction en pierre massive, des gisements à faible hauteur de bancs ou fracturés suffisaient ; après la guerre de 14-18 et le développement du béton, elles ont du fournir des blocs de plusieurs mètres cubes pour le sciage de tranches de revêtement, la taille optimale étant maintenant de 8 à 10 m3 pour alimenter les châssis géants. Beaucoup de ces carrières ont en conséquence fermé leur portail.
Pour ce qui est de l’avenir,
il est probable que la concurrence mondiale s’accroîtra, et que
les carrières
seront de plus en plus délocalisées. On voit mal l’Europe
établir des droits de
douane élevés sur les importations, le nombre d’heures
travaillées augmenter ou
le coût de la main d’œuvre baisser, la seule possibilité
de maintien pour
l’industrie de la pierre est la simplification des règlements
par les
Parlements.
La consommation de
revêtements minces est surtout orientée vers le
marché des façades extérieures
et des décorations intérieures d’immeubles de prestige
comme sièges de
sociétés, banques et administrations ; plusieurs cas
sont connus de
revêtements de façades qui ont dû être
changés après quelques années à la suite
de mauvais choix des matériaux. Les particuliers emploient
encore trop peu de
roches décoratives, plus coûteuses que moquettes et
plastiques, sauf en Grèce
où le marbre est bon marché.
Quant au retour à la pierre massive, tout de même plus esthétique que les monotones plaques des façades, il pourrait se développer sous forme de revêtements épais en doublage des immeubles de béton, ou de pierre armée, qui permettent des ornementations et des sculptures. N’oublions pas que les centres historiques des villes doivent leur attrait et leur fréquentation touristiques à leurs constructions de pierre.
Pour les particuliers
pourquoi ne pas envisager une renaissance de la construction de
pavillons en
pierre, à la place des tristes moellons de ciment ; c’est
aux entreprises
produisant de la pierre tendre et aux architectes qu’il revient de
convaincre
cette clientèle des possibilités actuelles de fabrication
automatisée à des
prix compétitifs, de recommander ses qualités
esthétiques, sa durabilité, son
isolation thermique et le faible entretien qu’elle demande. Enfin les
sculpteurs, tout au moins les plus célèbres, devraient un
jour revenir aux produits
traditionnels et abandonner les matériaux douteux qu’a
utilisé l’Art Moderne du
XXe siècle.
Note de terminologie: nous appelons marbres
les
calcaires ou dolomies métamorphiques, calcaires marbriers les
calcaires
compacts prenant le poli, granites les roches plutoniques grenues
à quartz et
feldspaths alcalins (les granitiers appellent granits sans
« e »
toutes sortes de roches siliceuses), serpentinites les
« marbres
verts » et ophicalcites, onyx les seuls onyx calcaires
(appelés albâtres
par les archéologues), et albâtre l’albâtre gypseux.