Gisements de roches ornementales de l'Europe méditerranéenne

(Grèce, Italie, France, Espagne)


       1 - Introduction

On entend par roches ornementales toutes les roches utilisées pour leur aspect décoratif, et laissées apparentes, aussi bien en pierres de construction massive qu’en revêtements minces employés sur les façades, les dallages et la décoration. Bien qu’on puisse le regretter, les revêtements minces sciés sous forme de tranches par l’industrie de la pierre, représentent la plus grande partie de la production marbrière actuelle.

La construction en pierre massive, initiée par les Egyptiens, a été poursuivie par les Crétois et les Mycéniens : les palais minoens (1900 à 1400 av. J.C.) ont employés des calcaires disponibles sur place, mais aussi le gypse qui a été employé à Phaistos pour les murs, les escaliers, les dallages et des mobiliers. Mycènes et Tirynthe (XV au XIe siècles av. JC) sont connues pour leurs constructions cyclopéennes, en gros blocs polygonaux pouvant peser 13 t.

La perfection dans la construction et la statuaire ont été atteintes par la Grèce classique, grâce à la disponibilité de marbres blancs des carrières du Pentélique, à 17 km de l’Acropole, et dans les Iles de l’Egée, Thasos et Paros en particulier. Les cités grecques d’Asie Mineure ont exploité des marbres locaux, celles du Péloponnèse et de Sicile ouvrirent des carrières dans des calcaires moins prestigieux trouvés sur place.

Les Etrusques furent de grands amateurs d’albâtre, qu’ils trouvaient sous forme de boules dans des couches de gypse de la région de Volterra, dans lesquelles ils sculptèrent de nombreux sarcophages très réalistes et des urnes funéraires.

On doit créditer les Romains d’un énorme travail de prospection des roches ornementales dans leur immense empire qui entourait toute la Méditerranée (fig. 1), et spécialement des roches de couleur. En Asie mineure ils exploitèrent les marbres du Proconnèse (Marmara), le granite de Troie, le calcaire à Rudiste dit Sangarius, les marbre d’Afyon et d’Aphrodisias, les brèches colorées de Téos et de Skyros, le cipolin  rouge de Iasos. En Thessalie ils ouvrirent des carrières dans la serpentinite de Larissa en Thessalie (Vert antique), en Eubée dans le cipolin vert de Karistos, à Chio dans le calcaire rouge pâle appelé Portasanta. Dans le Péloponnèse ce furent le porphyre vert de Crocée près de Sparte, le marbre rouge antique du Taygète, le noir du Magne. En Italie d’importantes carrières furent ouvertes à Luni (marbre de Carrare) et à  Tivoli (travertin romain), en plus du rouge de Vérone, des calcaires blancs de Botticino et d’Aurisina, et des granites de Giglio, d’Elbe et de Sardaigne (Capo Testa).

En France ils découvrirent les marbres blancs de St Béat, les griottes de Campan et d’Estours, la brèche antique d’Aubert, les rouges de Saint Nazaire-de-Ladarès et de Vimines, qui étaient acheminées pour l’ornementation de Rome, ainsi que de nombreux calcaires dont l’emploi resta local. Sans parler des marbres jaunes de Simittus (Chemtou en Tunisie) ni des onyx du Constantinois et de l’Oranais, ils exploitèrent aussi les calcaires rouges et noirs de Belgique, les calcaires de Portland et Purbeck en Angleterre. Les transports vers Ostie se faisaient par des bateaux de 30 à 40 m, de nombreuses épaves ont été trouvées en Méditerranée. La construction massive, du style Colisée, fut progressivement remplacée par des maçonneries grossières revêtues de plaques minces.

Fig. 1 - Principales carrières de l'Empire Romain


Fig. 2 - Escalier en gypse à Phaistos (Crète)



Fig. 3 - Dallage en gypse à Phaistos


Fig. 4 - Murs cyclopéens de Mycènes (Péloponnèse)


Fig. 5 - Carrière antique de Spilia sur le Mont Pentélique (Attique),avec la piste dallée servant à descendre les blocs


Fig. 6 - Autre vue de la carrière de Spilia


Fig. 7 - Boule d'albâtre de 1 m  de diamètre dans une carrière de Volterra (Toscane)


Fig. 8 - Sarcophage étrusque en albâtre, Volterra


Fig. 9 - Marbre Sangarius (Asie Mineure)


Fig. 10 - Marbre de Teos (Asie Mineure)

Fig. 11 - Marbre de Iasos (Asie Mineure)

    2 - La Grèce

Même si les très anciennes statuettes de Cyclades (3200 à 2000 av. J.C. environ) témoignent de la maîtrise du marbre dans les îles de l’Egée, si les œuvres des sculpteurs et bâtisseurs de la période classique ont directement inspiré les Romains, et si l’on doit à un certain Byzès en 353 av. J.C. l’invention des revêtements minces sciés avec l’émeri de Naxos, la longue décadence Byzantine et l’occupation ottomane firent oublier les techniques de l’Antiquité. Au XIXe siècle des compagnies anglaises, renseignées par les textes antiques, remirent en exploitation plusieurs carrières comme le Vert de Thessalie, le marbre blanc de Paros et le rouge du Taygète.

Depuis 1960 des compagnies grecques ont activement recherché des gisements et sont parvenues à bâtir une industrie d’échelle internationale, vendant leur production en Allemagne et aux USA bien plus qu’en France. Les principaux centres de production et transformation sont les suivants :

- la région de Kavala est la plus importante production du pays avec des marbres dolomitiques beiges ou gris, le marbre blanc de Thasos, et de nombreuses usines de transformation.

- en Grèce continentale, des marbres blancs se rencontrent autour de l’Olympe, mais nous mentionnerons spécialement les beaux marbres roses de la péninsule du Pilion. Le cipolin de Karistos  et le calcaire rouge bréchique d’Eretria sont encore extraits en Eubée. En Attique l’extraction du blanc du Pentélique a été interdite à la suite d’excès dans l’emploi des explosifs, les marbres blancs ou nuageux de  Dionysos et d’Ayia Marina rencontrent des problèmes avec les écologistes, et ne sauraient remplacer le Pentélique.

- en Epire se trouve une production artisanale de calcaire beiges dans les environs de Ioannina.

- en mer Egée les principales productions viennent de Naxos (marbre blanc translucide à gros grain) et de Tinos (serpentinite verte)

- dans le Péloponnèse, malgré l’existence de nombreux calcaires et marbres de couleur, se trouvent peu de carrières importantes à part celles du calcaire beige à stromatolites de Karnazeiko, de la brèche à ciment rouge de Kandia et des marbres gris à noir d’Ayios Petros sur le mont Parnon. Le Porphyre vert de Crocée et le marbre Rouge Antique du Taygète n’ont pas été repris. En Crète existent quelques exploitations de marbres gris des Talea Ori, et d’onyx calcaire dans les fissures karstiques des massifs calcaires.

Fig. 12 - Principaux gisements de Grèce

   Fig. 13 - Idoles en marbre des Cyclades

   Fig. 14 - Carrière à Thasos

   Fig. 15 - Marbre rose du Pilion


 

Fig. 16 - Carrière de Cipolin de Karistos (Eubée)

   

Fig. 17 - Carrière de marbre blanc à Naxos (Cyclades)

   

Fig. 18 - Echantillon de Porphyre Vert Antique (Péloponnèse)

   

Fig. 19 - Ancienne carrière de marbre Rouge Antique du Taygète (Péloponnèse)

        3 - L’Italie

Le principal centre de production est toujours Carrare, où les Alpes Apuanes sont couvertes de carrières vertigineuses ; outre le marbre blanc, quelques carrières produisent des cipolins rouges ou verts à haute valeur décorative. Malgré les associations, les autorités ne peuvent se permettre d’arrêter l’exploitation, vu son importance vitale pour le pays. Carrare est aussi le plus important centre de transformation du monde, avec le sciage et le polissage de roches ornementales provenant de toutes les parties de la Terre, grâce au port spécialement aménagé de Marina di Carrara.

Vérone est le second centre italien, qui chaque année présente une foire spécialisée, concurrente de celle de Carrare. Sa production initiale est celle de calcaires rouges appelés Rosso Verona par les marbriers et Ammonitico Rosso par les géologues. Mais ses usines importent aussi des blocs de toutes origines, et traitent la production d’autres provinces.

Les montagnes du Karst, à la frontière de Slovénie, produisent des calcaires à rudistes à Aurisina.  Près de Brescia les grandes carrières de Botticino extraient un calcaire beige clair compact, et un calcaire à Nummulites se trouve à Chiampo. Par contre les carrières de Trachyte de Vo ont été pratiquement  fermées pour raisons écologiques.

Les environs de Trente sont un grand centre d’extraction  de Porphyre vert ou rouge, qui est découpé par des presses en dalles et pavés, que l’on retrouve dans presque toutes les villes d’Europe.

Le Val d’Aoste est le principal centre mondial de production de « marbre vert des Alpes », en fait une serpentinite bréchique (ou ophicalcite), qui rencontre des problèmes écologiques et de fracturation.

Au Piémont sont exploités les marbres dolomitiques du Val d’Ossola, les gneiss appelés Serizzo et Beola, la syénite de Balma et le quartzite de Barge, ce dernier pour dallages.

En Ligurie les anciennes production de serpentinite ont cessé leur activité, à l’exception de la serpentinite rouge et verte nommée Rosso Levanto, et d’une faible activité dans les ardoisières de Lavagna et Fontanabuona.

En Toscane l’albâtre de Volterra n’est pratiquement plus produit, il reste une activité artisanale de sculpture d’objets de décoration. La production de grès verdâtres appelé Pietra serena, qui a servi à construire Florence, se poursuit dans quelques carrières.

 En Italie centrale le travertin de Tivoli, qui a servi à la construction de Rome, est encore en pleine activité, il est principalement scié en tranches et s’exporte bien. D’autres travertins sont produits à Rapolano et Montemerano.

Plus au sud les massifs calcaires des Apennins fournissent des calcaires  blancs ou crème à onchoïdes comme le Perlato de Cassino.

Dans les Pouilles se sont développées de nombreuses carrières de calcaires à stylolites, en petits bancs, servant à faire des plaquettes.

La principale activité de la Sardaigne était la production de  granites blancs, ou roses (Ghiandone), mais elle se trouve en récession du fait des importations plus compétitives, par contre le calcaire marbrier blanc à algues dénommé Perlato Sardegna est en pleine activité.

En Sicile l’extraction est réduite, avec les calcaire rouge à Ammonites de Trapani et le calcaire gris de Billiemi près de Palerme. Les jaspes de Sicile occidentale, autrefois utilisés par la marqueterie florentine, sont abandonnés, de même que l’albâtre et le gypse.

   Fig. 20 - Principaux gisements d'Italie

   

Fig. 21 - Les Alpes Apuanes, carrières des marbres de Carrare

   Fig. 22 - Calcaire marbrier Rouge de Vérone

   Fig. 23 - Carrières de Botticino

   Fig. 24 - Carrières de porphyre de Trente

Fig. 25 - Carrière de serpentinite bréchique de Saint Denis (Val d'Aoste)

   Fig. 26 - Serpentinite Rosso Levanto (Ligurie)

Fig. 27 - Basculement d'une tranche de travertin à Tivoli

   

Fig. 28 - Carrière de granite blanc en Sardaigne


Fig. 29 - Marqueterie de pierre, palais du Hofburg, Vienne
  
         4 - La France

Les Romains avaient déjà localisé les principales roches ornementales, comme en témoignent des traces de carrières et des restes archéologiques à Rome et dans l‘Empire ; bien plus tard, le premier inventaire systématique fut ordonné par Colbert, en vue de trouver des roches décoratives pour les palais de Louis XIV.  Depuis quelques années les Schéma Départementaux des Carrières délimitent les secteurs où l’extraction restera possible.

Les marbres vrais sont en nombre restreint et faible production : jaune violacé de St Pons-de-Thomières, rose et vert de Campan, blanc-bleuté de Villette en Savoie. St Béat ne produit que des concassés.

La production de calcaires est beaucoup plus importante, répartie dans plusieurs bassins.

En Bourgogne, la « côte des pierres » entre Nuits-St-Georges et St Martin-Belleroche, produit dans les environs de Comblanchien et Chassagne des calcaires marbriers beiges très compacts, un calcaire rose à Premeaux, et plus au Sud des calcaires grenus à entroques comme à Buxy. Sur les plateaux entre Châtillon-sur-Seine et Massangis de nombreuses carrières extraient activement une pierre plus tendre.

Dans le Lutétien de l’Oise est produit le calcaire verdâtre tendre à Nummulites, analogue à celle des anciennes carrières souterraines de Paris,  dans des carrières à ciel ouvert comme à St Maximin, ou plus souvent en souterrain ; la pierre est tendre à l’exception du banc nommé Liais.

La région de Boulogne fournit dans deux carrières un calcaire marbrier à algues du Carbonifère, très résistant à l’usure. En Lorraine se trouvent à Euville des calcaires à entroques, poreux mais résistant au gel, avec de faibles réserves.

Dans les environs de Montalieu quelques carrières extraient un calcaire marbrier à stylolites et bioturbations, le « choin de Villebois ».

En Poitou-Charentes  trois centres de production de pierres tendres sont actifs : Chauvigny avec des oolites blanches et des pierres tendres (souvent en carrières souterraines), Vilhonneur et ses calcaires oolitiques, en fin les calcaires tendres du Cénomanien-Turonien des Charentes.

Le bassin de la Pierre du Midi s’étend de Montpellier au Lubéron, avec des calcarénites miocènes exploitées dans de grandes carrières par des haveuses, notamment à Beaulieu, Pondres, Vers-Pont-du-Gard, Fontvieille, Estaillades et Espeil.

Dans le Languedoc ce sont des calcaires marbriers comme les calcaires rouges à stromatactis de Caunes-Minervois, les griottes de Félines et Mourèze, le calcaire noir de Laurens.

Les Pyrénées possèdent des roches très variées, quoique peu d’entre elles soient exploitées, comme le noir de Cihigue, le marbre de Campan, les brèches de Sarrancolin et du Cap Romarin.

Dans le domaine des granites, le Sidobre est devenu le centre le plus actif de France, il s’est développé depuis 1918 quand il fallut construire de nombreux monuments aux morts, exploitant des boules de surface, et plus récemment la roche massive ; il s’est spécialisé dans la fabrication des monuments funéraires.

La Bretagne a longtemps été la première région productrice de granites, mais a été distancée ; les principales carrières se trouvent à Perros-Guirec (granite rose de La Clarté), Lanhélin et Louvigné (gris-bleu) et Languedias (gris) ; l’activité de sciage a diminué face à la concurrence italienne bénéficiant de châssis plus modernes.

Citons encore les Vosges (granite gris des Crêtes, granite rose et rouge de Senones) et le Massif Central (granites, basaltes), avec quelques carrières artisanales.

Des grès sont extraits dans les Vosges (Permien et du Trias au nord de Saverne), trouvant des emplois locaux, et aussi dans la montagne de la Rhune au sud de Biarritz.

La Corse dispose de beaucoup de possibilités avec le granite rouge de Porto, et le granite rose de l’Ospedale, l’activité y est faible. Il existe d’autres roches non exploitées comme le gabbro vert d’Orezza, la serpentinite Verde stella , la diorite orbiculaire de Santa Lucia de Tallano…

Au total la France est exportatrice principalement de calcaires blancs ouvrés vers les USA et l’Arabie, mais doit importer de nombreux marbres et roches granitiques.

Fig. 30 - Principaux gisements de France


   Fig. 31 - Carrière romaine de Lens (Gard)

   Fig. 32 - Marbre de Saint Pons (Hérault)


Fig. 33 - Carrières de Comblanchien (Côte d'Or)

   Fig. 34 - Calcaire marbrier dit Marbre du Boulonnais

Fig. 35 - Carrière de "choin" à Montalieu (Isère)

   Fig. 36 - Carrière à Vilhonneur (Charente)


   Fig. 37 - Carrière de Pierre du Midi, Les Estaillades (Vaucluse)

Fig. 38 - Calcaire marbrier à stromatactis de Caunes-Minervois

   Fig. 39 - Carrière de granite du Sidobre

Fig. 40 - Carrière en fossede granite rose de La Clarté (Côtes du Nord)


       5 - L’Espagne

La Galice est devenue sans doute le plus important centre mondial d’extraction et de transformation du granite, avec le granite rose de Porriño et quelques autres variétés ; le port de Vigo s’est spécialisé dans l’exportation.

Au second rang viennent les granites blancs de Castille, favorisés par une faible fracturation, avec les centres de Cadalso de los Vidrios (Blanco cristal) et Cabrera (Blanco Castilla, Blanco perla, Blanco aurora).

D’autres granites (gris à noirs) se trouvent dans l’ouest du pays, tels ceux d’Extremadura, qui ont surtout des usages funéraires, ainsi que le beau gneiss oeillé de Guadajira.

Dans le domaine des calcaires les provinces d’Alicante et Murcie ont maintenant une importance significative avec les calcaires rouges d‘Alicante (La Romana), et surtout les calcaires blancs Crema Capri (provenant de Cabra) et Crema marfil (environs de Pinoso et Sierra de la Puerta), avec de grandes carrières modernes. Ces produits ont une grande diffusion, et sont traités par le centre de transformation de Novelda.

Les ardoises de la chaîne Cantabrique en pleine activité, avec les centres de Quiroga, El Barco et Cabrera, ont pratiquement éliminé les productions d’Angleterre, d’Allemagne et de France ; l’Espagne est ainsi devenue le premier producteur mondial d’ardoises. Les carrières sont à ciel ouvert, et les déchets sont simplement poussés dans les pentes.

D’autres  roches sont produites en moindre quantité dans les diverses provinces. Le beau calcaire urgonien rouge à Rudistes d’Ereño et le calcaire noir à veines blanches de Marquina au Pays Basque. La brocatelle jaune de Tortosa, également urgonienne, était connue des Romains, mais a presque disparu, tandis que l’Urgonien  de Chert dans la province de Viñaroz fournit le Crema Jaspe. Signalons aussi la belle dolomie brune bréchique appelée Marmol Imperator de Buñol (province de Valencia).

Les albâtre Aragon  ont été beaucoup extraits depuis une trentaine d’années de Fuentes de Ebro à La Puebla de Hijar, remplaçant la production de Volterra ; aujourd’hui ne restent que trois carrières actives, travaillant dans des conditions difficiles, car il faut dégager une couverture d’une trentaine de mètres pour atteindre la couche qui n’a qu’un mètre d’épaisseur.

Les marbres de Macael dans la Sierra de los Filabres (province d’Almeria), connus des Romains, ont été remis en exploitation par le calife Abderraman III en 936 pour construire mosquées et palais de Grenade. De nos jours plusieurs variétés de marbre blanc, gris, blanc à veines jaunes, et marbre dolomitique brun clair sont encore extraits, mais du fait des complications tectoniques et de l’épaisseur du recouvrement, la production reste modeste.

Fig. 41 - Principaux gisements d'Espagne

Fig. 42 - Carrière de granite rose de Porriño (Galice)

   Fig. 43 - Granite blanc de Castille

   Fig. 44 - Calcaire de Marfil


   Fig. 45 - Ardoisières de Quiroga

Fig. 46 - Carrières d'albâtre de Quinto de Ebro (Aragon)

   Fig. 47 - Dolomie Bunol Emperador



Fig. 48 - Carrières de marbre de Macael (Andalousie)

    6 - Conclusions

Il est difficile d’établir des statistiques de production, car le secret est maintenu par les producteurs et les statistiques douanières n’indiquent que les mouvements au travers des frontières, ne donnant pas d’indications sur la consommation intérieure

Un classement des pays méditerranéens, selon la production de blocs commerciaux, est proposé d’après des données italiennes (pas toujours concordantes), qui n’a qu’une valeur indicative :

Italie : 9 millions de tonnes (derrière la Chine avec 10 à 13 Mt)

Espagne : 6 Mt

Grèce et Portugal : 2 Mt

France : 1,2 Mt

A titre de comparaison l’Inde fournit 5,2 Mt et le Brésil 2.25 Mt, et la production mondiale en 2000 était de 60 Mt.

Une évaluation de la consommation par habitant et par an a été donnée par Montani (2001) : Grèce 1,5 m2, Suisse 1,49 m2, Espagne 1,09 m2, Belgique 1,08 m2, Italie 1,03 m2, et loin derrière, la France avec 0,45 m2. Ces chiffres traduisent le pouvoir d’achat (Suisse), mais aussi les traditions méditerranéennes ; les pays nordiques, bien que producteurs de granites, les transforment peu et les utilisent en faible quantité, les USA ne consomment que 0,17 m2.

On aura remarqué que certains matériaux manquent en Europe méditerranéenne, comme les granites noirs, les syénites bleues ou brunes, les migmatites (« granites veinés »), les onyx calcaires (tous abandonnés sauf petites exploitations en Crète)

Certains gisements, exploités au départ à partie de la surface, se trouvent maintenant recouverts de morts-terrains d’épaisseur excessive, nous l’avons vu à Comblanchien, à Macael, en Aragon. Souvent c’est l’extension de l’urbanisation, la délimitation de parcs naturels ou de zones sensibles qui handicape la production européenne

Mais c’est surtout l’action des associations écologistes depuis une vingtaine d’années, qui est parvenu à limiter l’extension et l’ouverture des carrières, jusqu’à pratiquement les supprimer comme en Allemagne. Sans aller jusque là, la France et l’Italie ont multiplié des règlements de plus en plus contraignants. Si le nombre de carrières a décru drastiquement dans ces deux pays depuis le XIXe siècle, ce n’est pas seulement par le fait de la réglementation, mais d’un changement des besoins des marbriers. Beaucoup de ces anciennes carrières produisaient principalement des blocs de petite taille pour la construction en pierre massive, des gisements à faible hauteur de bancs ou fracturés suffisaient ; après la guerre de 14-18 et le développement du béton, elles ont du fournir des blocs de plusieurs mètres cubes pour le sciage de tranches de revêtement, la taille optimale étant maintenant de 8 à 10 m3 pour alimenter les châssis géants. Beaucoup de ces carrières ont en conséquence fermé leur portail.

Pour ce qui est de l’avenir, il est probable que la concurrence mondiale s’accroîtra, et que les carrières seront de plus en plus délocalisées. On voit mal l’Europe établir des droits de douane élevés sur les importations, le nombre d’heures travaillées augmenter ou le coût de la main d’œuvre baisser, la seule possibilité de maintien pour l’industrie de la pierre est la simplification des règlements par les Parlements.

La consommation de revêtements minces est surtout orientée vers le marché des façades extérieures et des décorations intérieures d’immeubles de prestige comme sièges de sociétés, banques et administrations ; plusieurs cas sont connus de revêtements de façades qui ont dû être changés après quelques années à la suite de mauvais choix des matériaux. Les particuliers emploient encore trop peu de roches décoratives, plus coûteuses que moquettes et plastiques, sauf en Grèce où le marbre est bon marché.

Quant au retour à la pierre massive, tout de même plus esthétique que les monotones plaques des façades, il pourrait se développer sous forme de revêtements épais en doublage des immeubles de béton, ou de pierre armée, qui permettent des ornementations et des sculptures. N’oublions pas que les centres historiques des villes doivent leur attrait et leur fréquentation touristiques à leurs constructions de pierre.

Pour les particuliers pourquoi ne pas envisager une renaissance de la construction de pavillons en pierre, à la place des tristes moellons de ciment ; c’est aux entreprises produisant de la pierre tendre et aux architectes qu’il revient de convaincre cette clientèle des possibilités actuelles de fabrication automatisée à des prix compétitifs, de recommander ses qualités esthétiques, sa durabilité, son isolation thermique et le faible entretien qu’elle demande. Enfin les sculpteurs, tout au moins les plus célèbres, devraient un jour revenir aux produits traditionnels et abandonner les matériaux douteux qu’a utilisé l’Art Moderne du XXe siècle.

Note de terminologie: nous appelons marbres les calcaires ou dolomies métamorphiques, calcaires marbriers les calcaires compacts prenant le poli, granites les roches plutoniques grenues à quartz et feldspaths alcalins (les granitiers appellent granits sans « e » toutes sortes de roches siliceuses), serpentinites les « marbres verts » et ophicalcites, onyx les seuls onyx calcaires (appelés albâtres par les archéologues), et albâtre l’albâtre gypseux.