Dans le cadre de l'étude
systématique de la géologie
des roches ornementales (ou pierres
dimensionnelles) des principaux pays producteurs du monde, nous avons
visité en mai-juin 1991
les carrières de granits, marbres, calcaires et ardoises de la péninsule
ibérique. Nous les
avons d'abord localisées approximativement à l'aide des
beaux catalogues publiés par l’Instituto
Tecnologico Geominero de España (Granitos de
España, Marmoles españoles, Pizzaras
de España) et de cartes géologiques, puis nous les avons recherchées
sur le terrain.
S'il n'est pas difficile de trouver les
grandes
carrières de Porriño, Macael ou Pinoso, nous
avons du chercher plus longuement certaines carrières, qui se
trouvent parfois à 10 ou 20
km de
la localité citée, ou sont abandonnées depuis des
années ; pour cela nous avons
fait largement appel aux
renseignements obtenus sur place, dans les commerces de boissons ou auprès
des assemblées de
vieillards qui se tiennent en permanence sur les places publiques.
La visite des carrières, et des usines
souvent
attenantes, a de nombreux avantages sur la
consultation de catalogues et de documents commerciaux. Elle permet
tout d'abord de juger du
niveau de production et des prix de vente pratiqués sur place :
les dirigeants
refusent rarement de fournir ces
renseignements, surtout si leur activité est en croissance. On
trouve ainsi d'anciennes régions
productrices qui doivent être rayées de la carte, comme
les marbres d'Alconera et de Viñaroz, les
calcaires de Sevilla (qui venaient en fait d' Estepa, à 100 km
de là), les calcaires rouges de
Carcabuey, les roches appelés Falsa Agata (mais qui sont de
vrais onyx calcaires) ou comme les
granites de Mondariz : là, il n'y a plus de carrières
depuis longtemps, mais certains granites de
Porriño ont repris abusivement ce nom.
Ensuite les problèmes de synonymie, si
fréquents dans
le commerce des roches ornementales,
sont aisément résolus : on se rend compte par exemple que
le Marfil crema de Pinoso est très semblable au
Crema de Sierra Puerta, que le granite Perla et le Dorado perla d'Albuquerque
proviennent des
mêmes carrières (seul le degré d'altération
diffère). Le Lorca crème ne vient pas de Lorca,
où il n'y a aucune carrière, mais de Zarcilla de Ramos,
distant de 26 km, des mêmes carrières
que le Zarzi rosa. De même le Valencia crema et le Buixcarro peuvent
être regroupés
puisqu'ils viennent de la même formation, dans des
carrières proches de Barqueta.

Fig. 1 - Maison récente à Rellinars (Barcelona) recouverte d'un échantillonnage de roches ornementales
La visite des carrières permet en
outre d'évaluer les
méthodes d'extraction employées et
leur
adaptation à la roche, le matériel et l'organisation de
la carrière, d'estimer
le degré de fracturation (qui conditionne
la taille des blocs), les variations de couleur et leurs causes (enclaves,
schlieren,
remplissages de cavités, oxydo-réduction...), le type et
l'épaisseur de l'altération de surface (qui
donne des indications sur la résistance de la roche aux
intempéries (arénisation, taches
ferrugineuses, décoloration, gélifraction...).
Les questions d'orthographe sont plus
rapidement
résolues : en dehors de la Castille, d'innombrables
nationalistes périphériques s'emploient à
transformer les
noms de lieux officiels selon
la prononciation dans les dialectes locaux, et à barbouiller les
panneaux
routiers : sans être linguiste,
on reconnaît sans trop de peine Marquina dans Markina, El Barco
dans 0 Barco, Barqueta dans Barxeta,
Castellon dans Castello, etc. Sans vouloir heurter des particularismes estimables,
nous retiendrons
ici, dans un but de simplification, les seuls noms espagnols
1- Historique
Sans remonter jusqu'aux mégalithes
néolithiques,
courants comme partout en Europe occidentale, les premiers utilisateurs de
roches ornementales furent les
colons grecs de Rhodes et de
Phocée, qui fondèrent sur la côte catalane les
cités de Rosas (Rhoda) et
d'Ampurias (Emporion).; des statues et
des mosaïques ont été découvertes, mais elles
pourraient avoir été
importées.
Des exploitation plus certaines datent de
l'époque romaine : la Brocatelle jaune ou violacée de
Tortosa, aujourd'hui
encore extraite à échelle réduite, a
été exportée jusqu'à Rome. De nombreuses
autres
roches étaient extraites en Espagne pour les besoins locaux,
spécialement au
premier et au second siècle après J.C., avant de
décliner au troisième siècle
(Cisneros Cunchillo, 1989) : calcaires urgoniens de Deva et
Ereño au pays
basque, de Ulldecona et Chert dans la province de Castellon, granites
de
Porriño, grès de Monjuich, dolomie brune de Buñol,
calcaires de La Romana,
travertin d'Albox, marbres blancs ou jaunes de Macael, calcaires rouges
de
Cabra, marbres d'Alconera, etc., sans que ces produits aient
été exportés au
delà de la péninsule ibérique.
L'épisode wisigoth (456-713) a
laissé peu de traces
dignes d'intérêt en dehors de bijoux et de chapiteaux
grossiers, mais après la
conquête arabe, la construction de mosquées et des
somptueux palais andalous a
fait largement appel au marbre, et à celui de Macael en
particulier : en 936 le
calife Abderraman III ordonne l'exploitation du marbre blanc de Macael,
alors
appelé "al malouki" (le royal) ; des carrières
sont ouvertes
entre La Puntilla et Los Horcajos, le marbre s'exporte dès lors
dans tout le
monde arabe sous forme de pierres tombales, on en aurait
retrouvé jusqu'au
Nigeria. Sans aller si loin, tous les marbres blancs de l'Alhambra de
Grenade
(XIII-XIVe siècles), en particulier les colonnes de la cour des
Lions et les
dallages de la salle des Deux Soeurs, proviennent de Macael.
Avec la chute du royaume de Grenade le 2
janvier
1492, la Reconquête de l'Espagne par les rois catholiques est
achevée. Le
marbre de Macael est encore employé dans la chapelle royale de
Grenade (1521),
et dans le monastère de l'Escorial (1581). Les carrières
déclinent ensuite,
pour reprendre au XIXe siècle, surtout après la
construction du chemin de fer.
Mais dans le Nord de l'Espagne, de la
Catalogue à la
Galice (qui avaient échappé en partie à la
domination musulmane), le Moyen-Age
voit la construction de remarquables cathédrales. En Catalogne,
les
constructions commencent par des édifices romans inspirés
de l'Italie du Nord,
tandis que vers l'Ouest les influences bourguignonnes, flamandes et
rhénanes
l'emportent, avec des cathédrales dont les plus remarquables
sont celles de
Saint Jacques de Compostelle, dont la construction a
débuté en 1074, les
cathédrales gothiques de Burgos et Tolède,
commencées au XIIIe siècle ; puis, quand
la Reconquista a libéré le Sud, celle de Séville
au XVe siècle.
Au XVIe siècle, période
d'apogée de la
richesse espagnole grâce aux richesses affluant des
Amériques, les
constructions sont nombreuses, dans des styles variés : la plus
monumentale est
sans doute le monastère de l'Escorial, sévère
quadrilatère de 208 x 162 m, dont
le granite gris a peu souffert de l'usure du temps.
Les siècles suivants, marqués
par une grave crise
financière pour la monarchie, voient la domination de l'Eglise
avec de nombreux
édifices religieux de style baroque, faisant largement appel aux
pierres
locales ; la provenance des pierres de tous ces monuments ne semble pas
avoir
été beaucoup étudiée.
L'un des principaux édifices de la
période
néoclassique est le Palais Royal de Madrid (1738-1864).
Signalons au passage
que le musée du Prado à Madrid contient une splendide
série de tables
florentines en marqueterie de pierre, peu signalée par les
guides.

Fig.
2 - Production de roches ornementales de 1985 à 1990 (en
millions de tonnes)

Fig. 3 - Balance
du commerce de roches ornementales
A - Les granits
La production de granits a doublé
depuis 1985,
atteignant 1058000 t en 1990. Elle est complétée par des
importations non
négligeables (184000 t en 1990), surtout sous forme de blocs
provenant
d’Afrique du Sud (19,6 %), de Finlande (16,8 %), du Brésil (15,8
%) et même du
Maroc (12,9 %).
Les exportation sont en nette croissance
(572000 t
en 1990), dirigées surtout vers
l'Italie 50,9 %) et Taiwan (13,7 %), principalement sous forme de blocs
bruts.
La consommation est élevée
(670000 t), laissant
cependant un large marge pour l'exportation.
B - Les marbres
Les importations sont cependant aussi en
forte
croissance (x 2,9 en 4 ans), sous forme de produits
élaborés en majorité,
provenant d'Italie et du Portugal.
Les exportations montrent une croissance
modérée (x 1,5 en 4 ans), plus faible que celle des
importations. Les
principaux clients sont la France (27,2 %), l'Italie (26,1 %) et les
Etats Unis
(15,8 %) : l'Italie achète surtout des blocs, tandis que la
France et les Etats
Unis importent plutôt des produits élaborés.
Un fait remarquable est la croissance
considérable
de la consommation locale (x 3,75 en 4 ans) et son niveau très
élevé (2314000 t
en 1990) ; de ce fait, les quantités disponibles pour
l'exportation sont
réduites, et le commerce extérieur de marbres enregistre
un déficit depuis
plusieurs années.
Cette consommation considérable de
marbres
est liée au boom de la construction, qui ne semble pas
s'arrêter.
C - Les ardoises
Ses principaux clients sont
précisément les anciens
pays producteurs : France (59 % des exportations espagnoles), Allemagne
(21,6
%) et Grande Bretagne (6,8 %).
La partie de la production consommée
sur place (20
%) correspond surtout aux qualités inférieures, celles
contenant par exemple de
la pyrrhotite.
L'industrie de transformation,
localisée surtout
dans la province d'Alicante autour de Novelda, dans la
région de Vigo en
Galicie, et à Macael dans la province d'Almeria, est en
plein essor ;
d'importants investissements ont été effectués ces
dernières années, grâce, il
faut le dire, à des incitations gouvernementales à faire
pâlir les italiens du
Sud (Marmomacchine n° 94).
3 - Aperçu géologique
Le massif hercynien affleure largement dans
tout
l'Ouest de la péninsule, et se retrouve en affleurements
discontinus dans la
Chaîne Ibérique et en Catalogne. Il forme le substratum
des hauts plateaux de
la meseta, avec des reliefs particulièrement
élevés dans la Cordillère Centrale
(2592 m à la Sierra de Gredos) et dans la Cordillère
Cantabrique (2648 m aux
Picos de Europa).
Les chaînes récentes ont des
reliefs encore plus
élevés : 3404 m au Pic d'Aneto dans les
Pyrénées, et 3482 m dans la Sierra
Nevada.
La chaîne hercynienne, ou varisque, est
formée de
terrains anciens, en partie métamorphiques et intrudés de
granites, dans
lesquels les géologues ont pu définir cinq zones : une
zone axiale (zone
centro-ibérique) fortement métamorphique et
granitisée lors d'une phase précoce
(Dévonien supérieur), et deux zones externes de chaque
côté, plus faiblement
métamorphiques, et affectées par une orogenèse
plus tardive, au cours du
Carbonifère (Westphalien).

Fig.4
- Esquisse structurale de la chaîne hercynienne en Europe (Matte,
1991)
On a remarqué depuis longtemps que les
deux zones
externes du Nord dessinent une courbe accentuée, appelée
arc cantabrique,
pouvant se raccorder à la chaîne hercynienne de Bretagne.
Les données de la
tectonique des plaques permettent de situer cet arc, avant le
déplacement de
l'Ibérie vers le SE au cours du Crétacé
supérieur, entre les Appalaches et
Mauritanides d'une part, et la Chaîne Armoricaine de l'autre.
Les continents qui encadraient la
chaîne hercynienne
étaient au Nord le bouclier américain et le bouclier
balte (soudés par
l'orogenèse calédonienne à la fin du Silurien) et
au Sud le bouclier africain :
ce dernier se manifeste dans la zone cantabrique, mais son raccord avec
l'Afrique actuelle est masqué par la Méditerranée.
Les roches ultrabasiques (ophiolites) ne sont
pas
très abondantes dans la chaîne hercynienne, on les
rencontre dans les nappes de
Galice et la région de Beja. On a montré ces
dernières années, que ces deux
massifs montraient une succession de roches caractéristiques de
la croûte
océanique, et que leur mise en place par chevauchement sur la
croûte
continentale se place au Silurien-Dévonien (Matte, 1991). Ces
deux zones
d'affleurements correspondent donc à la trace d'océans
anciens
(Cambrien-Ordovicien ?), maintenant disparus. Les ophiolites des nappes
de
Galice proviendraient d'une suture majeure entre la zone
centro-ibérique et la
zone de l'Ossa Morena), et se poursuivant en Bretagne du Sud, le massif
de Beja
se trouve à la limite entre la zone de l'Ossa Morena et la zone
sud-portugaise.
Après la fermeture de ces deux
océans, la
compression hercynienne s'est poursuivie par collision continentale
dans les
zones internes, pendant toute la durée du Carbonifère.
Du NE au SE les caractéristiques des
zones
hercyniennes de la péninsule ibérique peuvent être
caractérisées comme suit :
a - Zone cantabrique : la
série du Cambrien
au Dévonien est peu épaisse, représentant la
bordure de la plateforme
africaine. Au Carbonifère la subsidence s'accentue, avec
formation d'un sillon
de Westphalien épais de 5000 m (avec charbon), puis survient une
phase
compressive vers la fin du Westphalien, qui génère des
nappes déversées vers
l'Est, décollées au niveau du Cambrien.
b - Zone des Asturies occidentales et
du Leon
: sur des noyaux précambriens de porphyres et de schistes, la
sédimentation
cambro-ordovicienne est puissante, incluant en particulier les schistes
de
Luarca (épais de 500 à 1000 m), et les schistes noirs du
Silurien, puis la
sédimentation se ralentit au Dévonien et au
Carbonifère. Après une phase
orogénique accompagnée de métamorphisme et de
magmatisme modérés (mais
augmentant à l'approche de la zone suivante), le
Stéphanien se dépose en
discordance.
c - Zone centro-ibérique : sur
le Précambrien
très métamorphique (incluant des roches basiques)
viennent des calcaires du
Cambrien inférieur, puis des schistes épais (flysch
déposé dans le bassin axial
de l'orogène ?). Après un plissement qui provoque des
plis coffrés,
l'Ordovicien vient en discordance, avec des grès de type
armoricain, il est
suivi de schistes, de grès accompagnés de volcanisme, de
schistes siluriens à
Graptolites et finalement d'un flysch du Carbonifère
inférieur. Après la phase
majeure westphalienne, accompagnée de métamorphisme
Dans la partie Nord de la zone, où le
métamorphisme
est plus intense, la zone centro-ibérique est recouverte par un
complexe de
nappes métamorphiques ; ces nappes incluent des ophiolites puis
des terrains à
haut degré de métamorphisme (granulites et même
éclogites) : ces derniers sont
appelés "massifs catazonaux de Galice" ou "allochtone de haut
grade". Ils correspondent selon Matte à un arc insulaire
obducté par
dessus la croûte océanique des ophiolites. Les racines de
ces nappes sont à
rechercher dans le prolongement en mer du grand décrochement
ductile
Coimbra-Cordoue, dont le déplacement sénestre atteindrait
200 km.
d - Zone de l'Ossa Morena :
discordant sur le
Précambrien, le Cambrien est épais (plus de 2500 m), il
commence par des
calcaires à Archaeocyathus, des récifs à algues et
des dolomies de plateforme
(marbres des régions d'Estremoz, d'Aroches et d'Alconera), qui
sont suivis de
séries argileuses de l'Ordovicien et du Silurien, contenant des
intercalations
volcaniques. Le Dévonien inférieur de plateforme est
recouvert d'un flysch
Dévonien supérieur et Carbonifère
inférieur. Vient ensuite une série à charbons
du Namurien-Westphalien ; après la phase hercynienne la molasse
stéphanienne
vient en discordance.
Entre cette zone et la suivante s'intercale le complexe ophiolitique de Beja, représentant une croûte océanique ; il est surmonté par un massif de gabbro, qui selon Matte serait le reste d'un arc insulaire.
e - Zone sud-portugaise : le
Paléozoïque
ancien n'affleure pas, la série connue débute avec le
flysch du Dévonien
supérieur, qui provient de l'érosion des zones internes
déjà tectonisées. Elle
se continue par une séquence volcano-sédimentaire
contenant des couches de
pyrite et des radiolarites à manganèse (c'est la
"ceinture de
pyrite", avec les mines de Rio Tinto et Aljustrel entre autres),
déposée
dans un bassin profond avec émanations de fluides hydrothermaux.
Dans le SW les
faciès paraissent moins profonds, annonçant la bordure du
bassin (qui n'est pas
connue). Puis vient un flysch carbonifère (Culm). La phase
tectonique
intra-westphalienne génère un métamorphisme qui
s'atténue du NE (Schistes
Verts) au SW (anchimétamorphisme), et des chevauchements
dirigés vers le SW..
Le magmatisme hercynien
Les intrusions granitiques ont été très nombreuses dans les zones internes de la chaîne hercynienne (partie occidentale de la zone Ouest Asturies-Leon, zone centro-ibérique, zone de l'Ossa Morena), couvrant environ un tiers des affleurements. De nombreux essais de classements des granites hercyniens ont été entrepris par divers géologues, à partir de la forme des massifs, de leurs relations avec les terrains encaissants, de la composition chimique... Mais faute d'un nombre suffisant de datations absolues, il faut reconnaître que les résultats sont encore assez confus.
Nous mentionnerons cependant que sur le plan
de la
composition, on distingue en gros
- des granites alcalins (granites à
deux micas ou
leucogranites), passant parfois à des migmatites : on les
attribue à une fusion
de la partie moyenne de la croûte, en présence d'eau.
- des granites calcoalcalins (plus riches en
calcium), comprenant des enclaves basiques, associés à
des diorites et des
gabbros ; ils proviendraient de la base de la croûte et du
manteau.
Mais si les premiers sont précoces,
formés
pendant la métamorphisme général, les seconds
peuvent être soit précoces, soit
tardifs. En outre de hautes teneurs en alumine, provenant de fusion
d'anciens
sédiments argileux et provoquant entre autres la présence
de cordiérite sont
reconnues en Extremadura et en Castille, entre Arpalhao et Siete
Iglesias : ils
sont disposés selon une bande transverse par rapport à la
zonation hercynienne.
Les datations ont donné deux groupes
d'âge (Lopez
Plaza, 1986) :
- granites précoces (330-300 Ma, c'est
à dire
Namurien-Westphalien), mis en place pendant la compression hercynienne
majeure,
- granites tardifs (290-280 Ma, c'est
à dire à la
limite Stéphanien-Permien), de structure homogène,
indépendants des structures
hercyniennes. Mais les relations entre la composition et l'âge ne
sont pas
établies.
La transgression mésozoïque vient
recouvrir en partie la chaîne
hercynienne à peu près complètement
pénéplanée : la partie occidentale de
l'Ibérie ne sera jamais recouverte. Au Portugal un fossé
N-S commence à se
former au Trias, qui sera envahi au Lias par un bras de mer, qui
dès lors
commence à séparer l'Ibérie de l'Amérique
du Nord.
B - Les chaînes alpines
Le Paléozoïque est connu dans la zone axiale des Pyrénées et dans les zones internes de la chaîne bétique, mais ayant été repris par les orogenèses alpines, sa position dans les zones hercyniennes est difficile à débrouiller.
a - Les Pyrénées
Sur les plis hercyniens arasés, le Trias discordant comporte des grès puis une série évaporitique, le Jurassique représente des dépôts marins de plateforme ; jusque là rien n'indique encore la future chaîne des Pyrénées. Vers la fin du Jurassique (Kimméridgien), mais surtout au cours du Crétacé inférieur, une phase d'extension cause la formation de fossés Est-Ouest, avec des dépôts très épais, continentaux ou marins, et l'émersion de certaines zones comme le massif paléozoïque du Pays Basque : sur la périphérie de ce massif les cartes montrent bien la présence de Jurassique dans la partie Ouest, et sa disparition vers l'Est à partir de la longitude de San Sebastian.
Pendant l'Aptien et l'Albien
inférieur, des
plateformes récifales s'installent sur les reliefs entre zones
effondrées,
selon trois alignements SE-NW, recoupés par des passes
transverses. Les
calcaires récifaux, souvent à grands Rudistes, sont
épais de 200 à plus de 1000
m. Entre les plateformes se trouvent des fosses, qui se remplissent de
séries
détritiques. Sur le plan régional la zone des
récifs urgoniens du Pays Basque
se situe entre une zone à faciès continentaux au Sud, et
une zone marine au
Nord. La subsidence se poursuit au Crétacé
supérieur, les fosses se remplissent
alors de flysch.
Une première phase compressive se
produit
dans la partie orientale de la zone axiale au Crétacé
supérieur, elle provoque
un métamorphisme haute pression - basse température, et
un magmatisme limité,
dans une zone étroite située le long de l'accident Nord
Pyrénéen : elle
pourrait être la conséquence de la rotation de
l'Ibérie suivant l'accident
Nord-Pyrénéen jouant en décrochement
sénestre, accompagnée d'un chevauchement
de la plaque continentale ibérique sur la plaque
européenne.
Un sillon marin se forme à
l'Eocène au Sud de
la chaîne (bassin de l'Ebre), puis la phase compressive majeure
survient à
l'Eocène supérieur dans la zone axiale, elle
entraîne des glissements
gravitaires vers le Nord et vers le Sud, avec décollement au
niveau du Trias
évaporitique. La destruction de la chaîne se traduit par
le dépôt d'épais
conglomérats oligocènes. Un dernier plissement se produit
à l'Oligocène, qui
affecte le Sud des Pyrénées, mais surtout la chaîne ibérique.
La formation de la chaîne peut donc se
résumer par des effondrements au
cours du Crétacé, avec formation de sillons ouverts vers
l'Atlantique, et
séparant quelque peu la croûte continentale
ibérique de celle de l'Europe, sans
qu'il y ait eu ouverture et formation de croûte océanique
(d'où l'absence
d'ophiolites dans les Pyrénées). La collision entre la
croûte ibérique et
l'Europe a débuté à la fin du
Crétacé dans la zone axiale de l'Est des
Pyrénées, et s'est poursuivie pendant l'Eocène et
l'Oligocène, ses conséquences
se manifestant de plus en plus loin vers le Sud (migration de
l'orogénie depuis
la zone axiale jusqu'à la chaîne ibérique).
La
chaîne bétique couvre le Sud de l'Espagne de l'Andalousie
à Alicante
; elle se raccorde par l’arc de Gibraltar aux chaînes d’Afrique
du Nord, dans
des conditions encore très discutées ; vers l’Est
elle se poursuit dans
les îles Baléares, puis on ignore ce qu’elle devient sous
la Méditerranée. On
la subdivise en plusieurs zones, toutes chevauchantes vers le NW.
Elle comprend une série jurassique et
crétacée plissée ou chevauchante
sur le recouvrement autochtone de la Meseta : la série comprend
un Trias
gréseux, puis évaporitique (au niveau duquel la
série est décollée), et ensuite
des carbonates de plateforme du Lias et du Dogger (dolomies puis
calcaires
oolitiques) ; la mer s'approfondit au Malm, avec des calcaires à
Protoglobigérines oxfordiens et des marnes à Ammonites
kimméridgiennes. La
série est moins profonde à la fin du Jurassique et
pendant tout le Crétacé.
L'Eocène n'est présent que dans la partie interne de la
zone, le plissement a
lieu Miocène moyen et supérieur.
2 - Zone sub-bétique
La plateforme carbonatée du Lias
s'effondre au Lias
supérieur, elle se fragmente alors en blocs basculés, et
une sédimentation
marine profonde se poursuit jusqu'à l'Oligocène :
calcaires à filaments ou
Ammonites du Jurassique, calcaires à foraminifères
planctoniques et turbidites
du Crétacé, etc., qui fournissent de nombreuses roches
ornementales. La zone a
été plissée et chevauchée vers le NW au
Miocène inférieur et moyen : elle forme
des nappes au dessus de la zone pré-bétique, et fournit
des olistrostromes
(énormes paquets glissés) interstratifiés dans le
Miocène du bassin du
Guadalquivir.
3 - Zones internes
Ce sont des nappes d'origine plus lointaine,
comportant des terrains hercyniens et un Trias marin de type alpin.
Diverses
unités sont distinguées, dont les principales sont :
- Nevado-Filabrides : cette unité
apparaît en
fenêtre dans la Sierra Nevada et la Sierra de los Filabres, sous
l'unité
suivante. Elle comprend des schistes graphiteux (Carbonifère?),
des brèches
gypseuses, des micaschistes avec divers niveaux de marbres (Macael),
correspondant sans doute au Trias alpin métamorphique. Cette
série aurait subi
deux phases métamorphiques : la première dans le grade
des Schistes Verts au
Crétacé supérieur, la seconde dans le grade des
Amphibolites à
l'Eocène-Oligocène.
- Alpujarrides : nommée d'après
une région située au Sud de la Sierra
Nevada, cette zone comprend un Paléozoïque possible, un
Trias alpin
caractérisé, et des roches ultrabasiques dans la Sierra
de Ronda, peut-être
témoignant d'une ouverture océanique au Jurassique.
- Malaguides : série encore moins
métamorphique,
comprenant du Paléozoïque fossilifère, du
Permo-Trias détritique, puis une
série pélagique de faible épaisseur allant du
Jurassique au Miocène inférieur.
- Flysch de Gibraltar (Crétacé
inférieur à Miocène
inférieur), flottant sur les autres unités, et de
provenance encore inconnue.
Ainsi les zones internes ont subi une phase
métamorphique au Crétacé, puis se sont mis en
place au cours de
l'Oligocène-Miocène inférieur, tandis que les
zones externes se sont déformées
plus tardivement (Miocène supérieur dans la zone
Pré-bétique).
Dans l'intérieur de la
péninsule, le
Tertiaire est généralement continental, par exemple dans
les bassins de la
Vieille Castille et de la Nouvelle Castille, séparés par
la Cordillère Centrale
.
Des bassins néogènes marins se
sont formés dans la
vallée du Guadalquivir en avant des chaînes
bétiques et dans la basse vallée du
Tage.

Fig. 5
- Situation des carrières
a - Les schistes du
Paléozoïque ancien
Dans la zone des Asturies occidentales-Leon,
les
niveaux producteurs d'ardoises se rencontrent dans le Cambrien
(Mondoñedo),
mais surtout dans l'Ordovicien.
Les ardoises vertes du Cambrien
inférieur
proviennent de la région de Mondoñedo (province de Lugo),
d’où leur nom de Verde
Lugo. Leur belle couleur verte est due à de la chlorite,
mais elles
comportent des sulfures et des carbonates (1 %), et se
décolorent rapidement
sous l'effet de pluies acides.
Les ardoises ordoviciennes se trouvent dans
la
formation appelée pizzaras de Luarca, appartenant
à l'Ordovicien moyen
(LIandeilo-Llanvirn). C'est une série de schistes ardoisiers
épais de 500 à
1000 m, reposant sur les quartzites "armoricains" (Arenig), et suivie
par d'épaisses turbidites. La série est plissée en
larges structures
chevauchant vers le Nord-Est. Les exploitations se situent dans un
vaste
synclinal comprenant jusqu'à du Silurien, dans un secteur qui
n'a subi qu'une
seule phase de schistosité : si plusieurs schistosités se
superposaient, ces
schistes ne se cliveraient pas de manière
régulière.
Les carrières ont été
ouvertes à la fin du
siècle dernier, leur expansion date d'une vingtaine
d'années. Elles se trouvent
dans la cordillère cantabrique, aux confins des provinces de
Lugo, Orense et
Leon, dans les montagnes dominant trois centres :
- au NE de Quiroga, dans la Sierra
del
Courel,
- dans la vallée de Casaio au SE d'El
Barco, région aussi appelée Valdeorras,
- un peu plus à l'Est, à
Benoza, Cabrera,
Puente de Domingo Flores.

Fig.
6 - Vue d'ensemble des ardoisières de Quiroga (prov. de Lugo)

Fig.
7 - Abattage des ardoises de Quiroga par rangées de tirs
espacés

Fig. 8 - Pli couché
parallèle à la schistosité dans les ardoises d'El
Barco (Orense)
Sur le plancher de la carrière les
masses abattues
sont triées à la pelle mécanique ; un premier
clivage produit des blocs de 20 à
50 cm d'épaisseur, qui sont transportés à
l'atelier voisin. Il existe aussi
quelques scies diamantées montées sur pelle
mécanique, qui assurent un premier
débitage.
Un autre avantage de ces carrières, en
plus
du fait qu'elles sont à ciel ouvert, est que les rejets (70
à 80 % des masses
abattues) sont simplement poussés dans la pente.
A l'atelier, souvent voisin des
carrières,
les blocs sont entassés dans l'allée centrale, puis
repris par le pont roulant
pour être déposés sur une table à rouleaux
qui les conduit sous les débiteuses
à disque diamanté : celles-ci produisent des blocs
rectangulaires, ou
losangiques, qui sont clivés manuellement. Les formes rondes
sont obtenues par
une cisaille à mâchoires semi-circulaires. On prend grand
soin d'humidifier les
blocs au cours du processus, depuis la carrière jusqu'au clivage.
Le rendement final, entre le volume
d'ardoises
finies et le volume de roche en place dans la carrière, est de 3
à 5 %.
Les ardoises de cette région ont une
teinte
gris-bleu sombre, parfois verte. Leurs propriétés
physiques, mesurées selon les
normes espagnoles UNE, indiquent une teneur nulle en carbonates, une
résistance
à la flexion de 300 à 500 kg/cm2 (ce qui est
une très bonne valeur),
et une bonne résistance aux acides et aux changements thermiques.
Cependant la teneur en sulfures n'est pas mesurée ; on trouve fréquemment des cubes de pyrite, pouvant atteindre 5 mm de côté, et des agrégats microcristallins de pyrrhotite, forme beaucoup plus oxydable du sulfure de fer ; la qualité dépend finalement du soin apporté à la sélection, les ardoises contenant des sulfures étant triées et vendues sur le marché local, moins exigeant.
Au total, les ardoisières de Quiroga,
El Barco et
Cabrera sont de loin les plus importantes de l'Espagne, et fourniraient
98 % de
la production du pays, devenu premier producteur mondial en ce domaine.
- les carrières de Los Bernardos
au Nord de
Ségovie : ouvertes au moment de la construction de l'Escorial,
elles ont été
exploitées par une compagnie anglaise au début du
siècle. Vu leur surface
rugueuse, de couleur gris verdâtre, et leur teneur en quartz,
elles se placent
plutôt dans les quartzites. Leur âge serait
Précambrien supérieur ou Cambrien.
Elles ont une excellente tenue aux intempéries et une
résistance à la flexion
élevée (400 à 500 kg/cm2).
- à Cuiña et Ortiguera
(province de La
Coruña) des ardoises noires sont extraites de schistes
épais de 200 m, (d'âge
ordovicien?), reposant sur le gneiss appelé Olho de Sapo.
- à Aliste, à l'Ouest
de Zamora, se trouvent
des ardoises grises rugueuses, datant de l'Ordovicien moyen, peu
résistantes à
la pollution.
Enfin la zone d'Ossa Morena produit quelques
ardoises noires à grain fin à Villar del Rey.
Le Carbonifère des Asturies produit,
en très petites
quantités, du jais, variété de charbon
noir très brillant, qui est bien
une roche ornementale puisqu'il a servi à la sculpture dans les
siècles passés
(musée lapidaire de l'église Santo Domingo à
Pontevedra). De petites sculptures
sur jais sont encore vendues à St Jacques de Compostelle.
b - Les granites hercyniens
1 - Zone des Asturies Occidentales-Leon
Quelques exploitations artisanales sont
réparties
autour de Lugo. A l'Ouest, se trouve un pluton hercynien
précoce, composé de
granites à deux micas, qui est exploité dans de petites
carrières. A Parga et
Friol, est extrait un granite gris appelé San Roman ; il
est très
fracturé et friable, avec feldspaths altérés et
biotites provoquant des taches
de rouille.

Fig.
9 - Carrière de granite de Friol (Lugo), les blocs sont encore
soulevés par une antique chèvre en bois
Dans le pluton oriental, plus tardif, la
carrière de
Marron Estrella, qui se trouvait à Aday, a
été arrêtée l'année dernière.
Il en est de même pour le Rosa Delta de Benade, qui
était cependant un
beau granité porphyrique rosé ; la carrière
entamait une énorme boule de 30 m
de diamètre.
2 - Zone centro-ibérique
Cette zone est de loin la plus riche en
granites,
les deux principaux centre de production espagnols s'y trouvent : la
région de
Vigo en Galice, et la Castille.
Les principaux granites de Galice proviennent
de
plutons tardifs, qui recoupent nettement les structures hercyniennes,
comme on
le voit clairement sur les cartes géologiques : ce sont les
plutons de Porriño,
Caldas de Reyes, Pedra Corneira, Toen et Padrenda.
A 18 km du port de Vigo (province de
Pontevedra) et
au Sud de Porriño se trouve la colline appelée
Monte de Atios, qui est
sans doute le plus important centre d'extraction de granite au monde.
On
dénombre une cinquantaine de carrières en pleine
activité, sur une surface de
moins de 10 km2.
Les granites rosés ou gris rosé, qu'il n'est point besoin de décrire aux professionnels de la pierre, appartiennent à un pluton nettement circonscrit ; les foliations magmatiques, qui traduisent l'écoulement du magma visqueux, montrent une structure cylindrique, avec évasement vers le haut.
Le granite de Porriño proprement dit
se trouve le
long d'une ceinture de 3 km de large, en bordure Ouest de l'intrusion.
C'est un
granite vrai (parfois appelé adamellite, mais il vaut mieux
oublier ce terme),
à faciès porphyrique. Il comporte 49 % de microcline, 19
% de plagioclase, 25 %
de quartz et 5 % de biotite. Les cristaux rosés de microcline
sont de grande
taille (2 à 3 cm), ils montrent souvent une zonation ou une
enveloppe externe,
ou de petites veinules blanches d'albite (formant alors une perthite).
Les
plagioclases blancs sont représentés par de l'oligoclase,
avec fréquemment une
enveloppe plus transparente. Le quartz, se trouve sous forme de plages
de plus
petits cristaux, de couleur gris fumée. On ne trouve ni
muscovite ni
amphiboles.

Fig.10
- Relief granitique appelé Faro de Budiño ; les piquets de vigne au premier plan
sont en granite

Fig.
11 - Ensemble des carrières de Porriño

Fig.
12 - Coupe à la flamme dans une carrière de Porriño ; on remarque des fractures verticales
assez abondantes, et un joint de relaxation formant un plan
incliné, sur lequel les masses primaires sont abattues

Fig.
13 - Découpe de piquets de plusieurs mètres de long
à Meis (Pontevedra)
Dans la partie
centrale du
pluton, le grain est moins gros, les plagioclases (34,3 %) sont plus
abondants
que le microcline (27,3 %), la couleur d'ensemble est donc moins rose.
Diverses
variétés y sont exploitées,comme le Rosa Dante,
provenant des carrières
de l'Est, de couleur rose pâle et de grain plus variable. Le Mondariz,
le Salvatierra sont des variétés grises à
rosées, plus hétérogènes.
L'Albero, dont les carrières
sont proches de
Tuy, est un granite à deux micas, syncinématique (c'est
à dire mis en place
pendant les plissements hercyniens) : très fracturé et
contenant des sulfures,
il est mieux adapté à la fabrication de piquets de vigne
et de moellons qu'au
sciage de tranches.
Au Nord de Porriño, le pluton de
Caldas de Reyes,
analogue à celui de Porriño, mais sans ceinture
porphyrique, produit dans les
carrières de Meis le granite Gris Perla, à gros
grain, avec de grandes
enclaves grises. Il est assez fracturé et recouvert d'une
épaisse couche
arénisée. A Santa Eugenia de Ribeira le même pluton
fournit l'Austral red.
On a aussi cherché en Galice à
produire des roches
noires, mais sans succès jusqu'ici, à cause des fractures
et de la présence de
sulfures (Gonzalo Corral et Garcia Carbonero, 1987) ; la
carrière de Moana par
exemple, en face de Vigo, qui a produit une monzonite noire à
hypersthène sous
le nom de Negro Esmeralda, est arrêtée.
Dans la province d'Orense des granits roses ou gris sont produits :
- à Peña Corneira, dans un beau
champ de boules au
sommet d'une montagne ; plusieurs carrières extraient à
l'explosif le granite
gris Grissal, et sortent de beaux blocs, mais avec de
nombreuses inclusions
noires.

Fig. 14 - La Pedra Corneira, qui domine les carrières de Peña Corneira (Orense) est un énorme bloc faisant partie d'un chaos granitique. La forme prismatique témoigne des directions de fractures originales
- à Padrenda, une carrière
extrait le Rosavel,
une granodiorite rose porphyrique, avec des feldspaths roses
zonés atteignant 5
cm.
Une seule carrière est active dans la
province de Zamora,
à Mezquita (granite gris clair) dans les montagnes
à proximité de la
frontière du Portugal.
Dans la province d'Avila, il reste deux
exploitations de granites gris à biotite à notre
connaissance :
- à Villacastin : Villa gris,
- à Martinez : Avila gris,
légèrement altéré.
La province de Madrid est autrement plus
importante,
avec de belles carrières de granites "blancs", ou plus
exactement
gris clairs, en bordure de la Cordillère Centrale :
- Cadalso de los Vidrios à l'Ouest de
Madrid,
produit le Blanco Cristal, leucogranite à grain fin,
avec biotite,
muscovite et tourmaline,
- la pluton de La Cabrera, au Nord de Madrid,
fournit plusieurs variétés de granites clairs : le Blanco
Castilla et le
Berrocal à Bustarviejo, la Blanco perla à
Valdemanco, le Blanco Aurora,
légèrement rosé, à Siete Iglesias. Les
fractures verticales sont peu
nombreuses, les joints subhorizontaux ou levantes (joints de
relaxation
des contraintes probablement) bien disposés pour favoriser
l'extraction, les
enclaves sont pratiquement absentes dans plusieurs carrières ;
de ce fait on en
sort de beaux blocs de 3 à 8 m3.

Fig.15
- Granite blanc de La Cabrera (Madrid) découpé au
câble diamanté. Ce gisement est favorisé par une
fracturation verticale remarquablement faible

Fig. 16 - Découpe à la
flamme à Siete Iglesias (Madrid)
La carrière de Las Ventas produit dans la province de Toledo le Toledo gris. Cette région est très fracturée et les granites pleins de défauts selon les auteurs espagnols précités.
Dans la province de Caceres, se trouvent des
granites à deux micas, tardifs, contenant de la pyrite et de la
cordiérite. La
carrière de Piornal semble disparue, celles de Garovillas
donne des
granites porphyriques gris ou beiges, à cordiérite, la
variété beige étant sans
doute un faciès d'altération d'un granite gris. Le Trujillo
violeta est
un granite à gros grain, à quartz transparents, de
couleur fumée légèrement
violacée.
Enfin la province de Badajoz possède
diverses
carrières de granites, avec aussi des problèmes de pyrite
ou de cordiérite.
Dans le pluton d'Albuquerque se trouve le Gris
Perla, granite porphyrique à cordiérite, de teinte
rosée, et le Dorado
Perla, qui représente la couche d'altération du
précédent, épaisse de 0 à
12 m. A Villar del Rey un granite porphyrique rosé
contient des
feldspaths pouvant atteindre 10 cm de long, ils sont orientés
selon les flux
magmatiques ; les carrières exploitent de grosses boules.
La granodiorite à biotite de Quintana
de la
Serena est une intrusion tardive, dans le prolongement du grand
batholithe de
Los Pedroches. Cette localité est le principal centre de
production
d'Extremadura, traditionnellement consacré aux monuments
funéraires. On y
compte un très grand nombre de petites exploitations, qui
produisent aussi pour
le bâtiment, mais ce granite comporte de nombreuses inclusions.
Le granite de Campanario
provient du même pluton.
3 -Zone de l'Ossa Morena
On y retrouve le prolongement des marbres
cambriens
du Portugal (anticlinal d'Estremoz-Vilaviçosa, et Viana do
Alentejo). En
Espagne ces marbres forment une série de 200 à plus de
400 m d'épaisseur,
fortement plissée. On a trouvé dans le marbre des algues,
des Stromatolites,
des Archaeocyathus, et aussi des Trilobites dans la série
argileuse qui les recouvre
: les marbres ont ainsi pu être datés du Cambrien
inférieur.
A Alconera se trouvaient de
nombreuses
carrières, toutes étaient fermées lors de notre
passage en juin 1991. Ces
marbres, voisins de l'intrusion granitique de Burguillos del Cerro,
étaient de
couleurs très variées, allant du blanc verdâtre
à des gris veinés et même des
rouges veinés (appelés "serrancolin"). Ils contiennent du
quartz, de
la muscovite et des minéraux opaques.
Plus au Sud, le marbre d'Aroche, est
encore
en activité , c'est un marbre calcaire similaire à celui
d'Alconera : marbre
verdâtre veiné, à minéraux
(pyroxènes, amphiboles, plagioclases), ou de couleur
blanc à grisâtre ; la variété Alga Verde a
disparu. Deux petites exploitations
existeraient aussi à Aracena.
Les granites hercyniens de cette zone sont
répartis
sur les provinces de Badajoz et de Huelva.
Dans la première, les exploitations de
Jerez de los
Caballeros (Azul Ocean) sont fermées, mais il reste en
activité :
- la carrière d'Azul claro
de Taliga,
granite cataclasé contenant de la pyrite,
- la carrière de diorite grise de
Burguillos
del Cerro (Negro Ochavo), où le gisement en boules est
recouvert d'une
épaisse zone arénisée,
- la diorite grise, à grain plus fin,
appelée Ochavo
especial, produite à Valencia del Ventoso.
Dans la province de Huelva, nous noterons :
- le gneiss oeillé de Guadajira,
à feldspaths
roses étirés, provenant de la région de Villalba
de los Barros ; le gisement se
situe dans la zone de décrochement sénestre de Badajoz
à Cordoba,
- les granites gris (tonalites) de Santa
Olalia
et El Pedroso, qui sont des gisements en boules sur des
intrusions de la
Sierra Morena.
B - Les Pyrénées
La seule production actuelle de la zone axiale des Pyrénées est le granite Aran Azul, extrait à Les dans le Val d'Aran : c'est une pegmatite à gros feldspaths bleu clair, formant un filon subvertical dans des schistes cambro-ordoviciens.
Au Pays Basque, l’Urgonien récifal
(Aptien et Albien
inférieur), plissé en grandes structures, fournit
plusieurs calcaires marbriers
noirs, gris ou rouges, selon les conditions
paléogéographiques, qui sont très
variables du fait des mouvements d’effondrements contemporains de la
sédimentation.
C'est dans l'Ouest, à Marquina,
que se
trouvent les plus importantes carrières : elles donnent le
fameux Negro
Marquina, calcaire micritique noir, contenant des fragments de
Rudistes, ou des
Rudistes entiers à paroi mince. On y remarque des fissures
d'extension,
remplies de calcite blanche, qui sont souvent disposées en
échelons conjugués.
Les variétés les plus noires sont les plus
appréciées.
A Iciar se trouve un calcaire similaire, mais
de
couleur grise, ou rosée (Deva) ; les deux
carrières qui l'exploitent
travaillent encore au fil hélicoïdal et au sable.

Fig.
17 - Coupe de base faite à la haveuse à Marquina ;
remarquer les fentes de tension remplies de calcite blanche,
disposées en échelons conjugués

Fig. 18 - Les carrières de Deva gris à Iciar (San Sebastian) sont encore exploitées au fil hélicoïdal. Dans une tranchée large de plusieurs mètres est placé le rail de guidage de la poulie maitresse. L'autre poulie se trouve dans une autre tranchée à plus de 50 m de distance

Fig. 19 - Rudistes vus en coupe sur
un plancher scié au fil hélicoïdal, dans la
carrière abandonnée d'Aldaz (Pamplona) qui produisait le
Rosa Duquesa
Vers l'Est l'Urgonien prend des couleurs nettement plus rouges. Dans la localité d'Ereño, qui produisait un beau calcaire avec de grands Rudistes blancs se détachant sur un fond rouge, nous n'avons pas trouvé d'exploitations actives. Ce type de calcaire, appelé Ereño Rojo ou Rojo Bilbao, provient maintenant des carrières de Zugaramurti, près de la frontière française, où l'Urgonien est directement discordant sur le Trias, source sans doute du pigment hématitique.
La carrière d'Aldaz, qui produisait le
Rosa
Duquesa, est arrêtée, de même que celles
d'Erasun et d'Almandoz. Elle
mérite cependant la visite des amateurs de géologie, car
c'est un bel exemple
de récif à Rudistes et Polypiers, se terminant par un
karst fossile.
C - De la Catalogne à Valence
La seule zone productrice de Catalogne est San
Vicente de Castellet : un banc de calcaire, de 6 m
d'épaisseur et presque
horizontal, est intercalé dans une série marneuse de
l'Eocène moyen-supérieur.
Ce calcaire brun est formé d'une accumulation de Nummulites,
petites et
grandes. Un système de diaclases verticales très proches
les unes des autres (1
à 2 m) permet de dérocher la masse directement à
la pelle mécanique, sans
utiliser beaucoup d'explosif. La couleur brune que l'on trouve au coeur
des
blocs, se transforme par altération en beige vers la
périphérie : c'est le
phénomène du "bicolorisme", qui amène a rejeter
une partie de la
production.
En visitant le Monastère du
Montserrat, on
remarque des colonnes, des dallages et des revêtements de murs
provenant des
conglomérats éocènes qui forment d'impressionnants
reliefs. Cette roche ne
semble plus employée à l'heure actuelle.

Fig.
20 - Banc de calcaire éocène à Nummulites de San
Vicente de Castellet (Barcelona) ; épais de 6 m, le banc est
découpé par de nombreuses fractures verticales
rapprochées. Au fond, le massif de conglomértats du
Montserrat

Fig. 21 - Colonnes en
conglomérats éocènes au monastère du
Montserrat
Dans la province de Castellon, divers
faciès des
calcaires aptiens, ou urgoniens, livrent aussi des roches
intéressantes, dans
les grands plis SW-NE du Maestrazgo, parallèles à la
côte:
- au dessus de Chert, au sommet de la
montagne de La
Mola (806 m), se trouve une belle carrière produisant le Crema
Jaspe,
dans une barre horizontale d'une trentaine de mètres
d'épaisseur : c'est un
calcaire beige crème, très riche en grands Rudistes (Toucasia).

Fig. 22 - La carrière de Crema Jaspe (calcaire jaune à grands Rudistes de l'Urgonien) au dessus de Chert (Castillon)
- près de Borriol, sur le rebord de la
montagne, derrière le terrain de golf, se trouve un calcaire
à grands Rudistes
sur fond bleu-vert sombre, appelé Fantasia.
- à Zucaina, le spectaculaire
faciès à
grandes Nérinées sur fond brun (nommé Fosil),
est actuellement
abandonné, les couches n'avaient que 80 cm d'épaisseur.
Dans la province de Valencia, de grandes
carrières
anciennes se trouvent dans les pentes au NW de Buñol ;
deux
exploitations produisent encore une dolomie brun clair
bréchique, dénommée
Marmol Imperator. Cette roche contient de nombreuses géodes
incomplètement
remplies ; malgré l'abondance de fractures, l'extraction se fait
à l'explosif.
D - Chaîne bétique
a - Zone pré-bétique
A 50 km au Sud de Valencia, près des villages de Barqueta et Los Corales, en bordure d'un diapir de Trias, se trouvent deux carrières produisant la même roche, de couleur crème ou rosé, mais sous des noms différents : Valencia et Buixcarro. C'est un calcaire micritique d'âge Maestrichtien, assez fracturé, avec de nombreux stylolites entrecroisés. Les réserves sont faibles, du fait de l'épaisseur du recouvrement et de la fracturation : ces carrières sont manifestement mal emplacées.
A Yecla, la dolomie bréchique
dénommée Marron
Impérial, se place sans doute dans le Crétacé
supérieur.
Les calcaires éocènes de la
zone pré-bétique sont
exploités intensivement en deux localités, sous le nom de
Marfil (c'est
à dire ivoire) :
- à quelques kilomètres au SE de Pinoso, sur le flanc SE d'une colline anticlinale appelée El Coto, d'impressionnantes carrières produisent le Crema Marfil Coto, qui est un calcaire bioclastique blanc crème, à stylolites rouge-brun, riche en grands foraminifères (Nummulites, Alvéolines). La masse exploitée a une quarantaine de mètres d'épaisseur, avec un pendage de 30°; en surface elle est profondément karstifiée, avec des fracture ouvertes partiellement remplies d'onyx calcaire.
- dans la longue crête appelée Sierra
de la Puerta au Nord de
Cehegin, plusieurs importantes carrières fournissent une roche
similaire, le
Crema Marfil Puerta, à fragments d'algues et Milioles, mais peu
de grands
foraminifères, et des stylolites discrets. La barre calcaire a
une vingtaine de
mètres d'épaisseur, avec un pendage de 50°.
L'appartenance de ce calcaire à la
zone sub-bétique, ou à la zone pré-bétique,
est discutable.
En tout cas les deux variétés
de Marfil prennent
bien le poli, leur porosité étant respectivement de 1,3
et 1 %.

Fig.
23 - Les grandes carrières d'El Coto près de Pinoso
(Alicante), vues d'Algueña, elles produisent le Crema
Marfil El Coto

Fig.
24 - Détail d'une carrière de Pinoso, montrant des coupes
au câble diamanté de grande hauteur, et une karstification
importante, avec des fractures partiellement remplis d'onyx calcaire

Fig. 25 - L'une des carrières
de Crema Marfil de Sierra de la Puerta près de Cehegin,
abandonnée après un grand éboulement. La masse
rocheuse, à fort pendage, était attaquée à
la base, et a glissé sur un petit niveau marneux. Malgré
ce danger, l'exploitation se poursuit dans des carrières voisines
Les faciès de plateforme marine du
Lias inférieur
produisent des dolomies et des calcaires :
- la dolomie de Bullas (Serpiente Beij),
est une microbrèche à
éléments bruns très anguleux dans une matrice
beige rosé, il s'agit apparemment
d'une mylonite bien cimentée, à proximité de la
base d'un chevauchement. En
effet les dolomies sont généralement des roches
très sensibles aux fractures ;
ici au contraire la roche, très massive, permet des coupes de
grande hauteur au
câble diamanté (11 m).

Fig.
26 - A Bullas (Murcia) la carrière de Beij Serpiente (dolomie
mylonitique du Lias inférieur) montre un front de 11 m
dépourvu de fractures
- le calcaire de Sierra Elvira est
extrait au sommet d'un piton
au dessus d'Atarfe, région de grandes carrières de
concassés. C'est un calcaire
légèrement dolomitique, en bancs formés
d'accumulations de gravelles, incluant
des lits riches en entroques. On y remarque de petites inclusions
vertes de
malachite (carbonate de cuivre), et des stylolites à enduit vert.
- le calcaire de Loja a
été beaucoup exploité
jadis si l'on en juge par le nombre de carrières
abandonnées dans le vaste
massif calcaire au Sud de la ville. Les carrières restantes
produisent un
calcaire beige clair à grain fin, esquilleux, et un calcaire
à ooïdes
indistincts, dans une masse très fracturée.
Au Lias supérieur, la plateforme
s'effondre sous les eaux ; des faciès
rouges à grain fin de type Ammonitico Rosso se déposent,
peu riches cependant
en Ammonites.
Le Rojo Alicante provient de trois
carrières
principales, situées dans une petite vallée synclinale
à l'Ouest de La Romaneta
; c'est un calcaire rouge-orangé caractérisé par
de nombreux
"filaments", en fait des sections de lamellibranches pélagiques
de
type Posidonomya. La couleur est assez homogène dans ces
carrières, mais dans des
carrières annexes elle vire au jaune-orangé le long des
discontinuités (par
oxydation de l'hématite). Les seuls défauts sont de gros
stylolites
stratiformes (parallèles aux couches), à remplissage
brun-ocre, qui créent des
discontinuités mécaniques.

Fig.
27 - Vue d'ensemble des carrières de La Romanetta, où est
produit le Rouge Alicante. Les calcaires rouges à filaments sont
superposés aux calcaires blancs du Lias inférieur, qui
forment l'arrière plan
Ailleurs, le Lias supérieur
présente un
faciès micritique à Radiolaires, à filaments
beaucoup moins abondants : ces
calcaires sont fréquemment très bréchiques, ce qui
s'explique sans doute par
des éboulements sur les pentes de reliefs sous-marins. Les
éléments bréchiques
ne sont pas toujours parfaitement cimentés, ce qui
nécessite le masticage de
certaines roches. Leur couleur est beaucoup plus variable qu'à
La Romaneta (qui
constitue une exception paléogéographique remarquable),
avec des rosés, des
gris et des verts :
- rouge clair d'El Canton (Rojo Coralito),
très bréchique,
- rosé avec abondants stylolites
d'Antequera,
- gris verdâtre ou rosé de
Quipar et Peña
Rubia,
- rosé et gris de Caravaca, avec
abondant ciment
sparitique entre les éléments,
- grands éléments rouge-brun
à El Burete.
Ces trois derniers types proviennent des
environs de
Cehegin. D'autres carrières produisant des roches
similaires ont été
abandonnées, par exemple Salar (Vaquero) et Carcabuey.

Fig.
28 - Cehegin (Murcia) et la colline de la Peña Rubia, dans laquelle on voit des
plissements accentués. Sur le sommet de la colline se trouvent
les carrières de Peñarosa et de Peñaclara

Fig.
29 - L'une des carrières de Zarcilla de Ramos, produisant le
Lorca creme et le Rosa Zarci
Au Dogger des calcaires oolithiques ou
à
fragments d'organismes se déposent localement :
- au SW de Zarcilla de Ramos, de grandes
carrières ont été ouvertes dans le
défilé de la Pedra del Almirez, qui traverse
la chaîne de la Sierra del Pericay ; le massif de calcaires
jurassiques forme
une nappe flottant sur le Crétacé supérieur. Ces
carrières produisent deux
variétés : le Lorca crema (Dogger), calcaire
graveleux-oolitique
nettement poreux, et le Rosa Zarci (Malm), calcaire bioclastique
à ciment rose
pâle.
- à Gilena se trouvent, outre
des carrières
de concassés, quelques petites carrières de calcaire
oolitique, avec des ooïdes
sans doute d'origine algaire de 10 mm de diamètre, dans un
ciment beige foncé.
La porosité est élevée (5,7 %). Les
carrières similaires situées à Estepa sont
fermées, mais au NE de cette localité est produit un
calcaire bréchique jaune
brun appelé Marmol Imperial. Il se trouve en couches
verticales entre
des calcaires à gros ooïdes rappelant ceux de Gilena.
- sur la commune de Cabra, le long de la
route
montant à l'Ermita Nuestra Señora de la Sierra (1217 m)
de nombreuses carrières
extraient le calcaire oolitique blanc beige appelé Capri
crema. Ce
calcaire assez poreux (7,62 %) n'accepte pas le poli brillant ; il a
connu
cependant un beau succès en revêtement muraux, mais son
avenir est menacé par
un décret du Gouvernement d'Andalousie qui a créé
dans cette région une immense
réserve naturelle.

Fig.
30 - Les carrières de Cabra (Cordoba) d'où est extrait le
calcaire Crema Capri, vues de la chapelle de l'Ermita Nuestra Señora de la Sierra. Leur exploitation risque
de cesser après la création d'un parc naturel
régional
La pierre de Bateig, provenant de
carrières au Nord de Novelda, est exploitée depuis le
début du siècle ; c'est
une calcarénite fine, gréseuse et glauconieuse, sans
doute assez poreuse (pas
de mesure disponible), d'âge Miocène moyen ou
supérieur. Sa couleur varie du
gris bleu au jaune ocre depuis le centre des blocs vers la
périphérie, c'est
donc une roche bicolore.
Parmi les sédiments post-tectoniques,
nous avons
visité les carrières suivantes :
- A Yechar près de Mula, un
récif à algues du
Tortonien-Messinien, en forme de dos de baleine, a produit le calcaire
appelé
Levante crema, ainsi que des blocs d'onyx calcaire très
translucide, se trouvant
en remplissage dans des cavités du récif.

Fig.
31 - Encroûtements d'onyx calcaire dans le récif tortonien
karstifié de Mula (Murcia)
- à Albox, deux carrières extraient un travertin jaune brun, qui forme deux couches de 3 à 4 m intercalées dans des conglomérats fluviatiles de couleur violacée. Ces bancs dessinent un petit anticlinal, avec des pendages pouvant atteindre 20°, la série est attribuée au Pliocène supérieur par les cartes.
- au dessus d'Illora, sur les sommets de la
Sierra
de Parapanda, le massif de calcaires jurassiques est traversé
par des grandes
failles verticales, revêtues d'onyx calcaire. Cette roche a
été extraite sous
le nom de Falsa Agata, dans des tranchées profondes
d'une trentaine de
mètres, fort dangereuses, et larges de 3 à 4 m. Il s'agit
évidemment de
remplissages de cavernes (spéléothèmes), ils n'ont
rien à voir avec les agates.
Il n'y a plus d'activité dans ces carrières, sans doute
à cause de la
fracturation, car les failles ont rejoué à une
époque récente.
La Sierra de los Filabres, qui domine Macael,
est
une fenêtre de roches fortement métamorphiques, ouverte
à travers la zone
alpujarride. Elle contient des couches de marbres assez peu
épaisses, fortement
replissées et étirées, d'âge probablement
triasique. Les couleurs, liées à la
présence de minéraux de métamorphisme, sont
très variées, sans doute trop
variées. On rencontre dans les carrières de Macael,
Cobdar et Lijar les
variétés suivantes :
- marbre calcaire blanc, translucide,
à
grains millimétriques, se prêtant à la sculpture,
mais devenant rare,
- blancs veinés de gris,
- gris sombre contenant du quartz (4 %) et de
la
muscovite (gris Cañailla, gris Caracanto)
- Anasol, à veines parallèles
régulières de couleur
jaune verdâtre, avec 8 % de muscovite, parfois appelé
cipolin,
- Amarillo Rio, qui est une dolomie
brun-clair
("capucin"), finement litée, à dendrites d'oxyde de
manganèse. Elle
se trouve en corps de contour irrégulier dans les marbres
calcaires, comme on
le voit dans les carrières au sommet du piton vertigineux de
Cobdar, résultant
sans doute d'une dolomitisation secondaire.
D'autres carrières se trouvent
à l'Est du massif à
Zurgena (blanco Los Trancos) et au SE à El Chive (Blanco San
Marino et Agua
Marina).
Les conditions d'extraction sont difficiles,
du fait
des complications tectoniques (replis, boudinage, fracturation) et de
l'épaisseur
du recouvrement de micaschistes dans certaines carrières. Il en
résulte non
seulement un coût d'extraction très élevé,
mais aussi la difficulté d'obtenir
des blocs de taille commerciale : les usines de Macael traitent
essentiellement
des blocs informes, et les transforment en dallages. Aussi les marbres
de
Macael, les seuls marbres vrais importants en Espagne, ne peuvent-ils
entrer en
compétition avec les produits importés et semblent
réservés au marché
intérieur.

Fig.
32 - Pli couché isoclinal à Macael (Almeria) ; le banc de
marbre, peu épais et localement étiré, est
intercalé dans des micaschistes de la Sierra de los Filabres.
Remarquer l'épaisseur des morts-terrains dans cette
carrière
5 - Les techniques de
carrières
Tout d'abord mentionnons le cas de
carrières mal
implantées, spécialement dans les régions à
tectonique complexe, ou à
propriétés morcelées. Les carriers ont sans doute
choisi l'affleurement le plus
facile d'accès, sans vérifier le contexte
géologique : cela peut conduire,
comme à Barqueta, Buixcarro ou Macael à des fronts
rapidement trop élevés, avec
des terrains de couverture d'épaisseur excessive, et des fosses
difficiles à
élargir.
La technique la plus simple, utilisable dans
les cas
de forte fracturation, consiste à démanteler directement
la masse à la pelle
mécanique, avec l'aide occasionnelle de quelques tirs de poudre
noire : c'est
le cas de San Vicente de Castellet et de certaines carrières de
Macael.
Le fil hélicoïdal est
encore employé au Pays
Basque dans quelques carrières, à Marquina et à
Iciar : deux tranchées de 2 m
de large et 2 ou 3 m de profondeur sont creusées sur le plancher
de la carrière,
souvent le long de zones plus fracturées, elles sont
espacées d'une
cinquantaine de mètres. On y place des rails pour le guidage des
deux poulies
principales, et le fil alimenté par le mélange d'eau et
de sable avance
progressivement à l'horizontale. Au fur et à mesure de
son avance, on découpe
des blocs par forage et tirs dans la roche en surplomb.
L'explosif est encore beaucoup en
usage dans
des carrières de taille petite à moyenne, et même
dans des roches fragiles
comme la Brocatelle de Tortosa, le calcaire de Loja, la dolomie de
Buñol, et
beaucoup de carrières de rouge de Cehegin. Dans les granites en
boule, comme à
Peña Cornera, la poudre noire donne des découpes bien
droites, selon deux
directions perpendiculaires. La bonne connaissance de la "feuille"
permet aux artisans de découper avec des coins des pièces
longues et étroites,
comme des poteaux de vigne de plusieurs mètres de long.
Les grandes carrières de granite de
Porriño
et de Castille découpent la
roche surtout à la flamme
(soplete);
la présence de joints subhorizontaux, ici appelés
levantes, permet de se
dispenser d'un coupe à la base. Cependant ces joints, qui suivent la
topographie, sont parfois loin de l'horizontale, ce qui rend
dangereuses
certaines carrières de Porriño quand l'attaque est faite vers
l'amont-pendage.
Le câble diamanté a
été introduit
dans quelques grandes carrières de granites, une d'elles
(La Cabrera) a
été complètement convertie au câble ;
l'alignement du trou horizontal qui
doit
intersecter le trou vertical, se fait avec une règle et deux
fils à plomb.
Dans les carrières de calcaires
marbriers,
le câble diamanté est généralement
combiné avec le travail d'une haveuse, qui effectue
la coupe de base : cette méthode a été
adoptée car le câble
diamanté est mal alimenté en eau dans les coupes
horizontales, et de plus elle
esquive le petit
problème géométrique de l'intersection de deux
trous perpendiculaires. Les
gradins ont une
hauteur de 6 à 8 m,
parfois 11 à 12 m dans les roches peu fissurées, la
masse primaire s’abat alors sans trop se rompre (Bullas, Castellon,
Pinoso). Les gradins sont taillés régulièrement en descendant
dans les carrières calcaires, même si le pendage est
élevé. Cependant quelques carrières
(Sierra Elvira, Sierra Puerta) ont attaqué à la base des
masses à pendage
élevé, et poursuivi
l'abattage vers l'amont pendage : dans le cas de Sierra Puerta, nous
avons
constate un éboulement
majeur, suite au glissement de la masse en surplomb le long d’une petite intercalation
argileuse. D'autre accidents de ce type pourraient advenir dans les
autres
carrières de
Sierra Puerta qui continuent selon ce schéma.
L'équarrissage des blocs
se fait souvent par une rangée de trous et fente par un éclateur
hydraulique (de fabrication portugaise), et dans beaucoup de
carrières à l’aide
de machines
supportant deux à cinq marteaux (pneumatiques ou hydrauliques),
montées sur une pelle
mécanique.
Le problème des rejets de
carrière
est résolu par le concassage, comme a Porriño,
ou sur une décharge commune à
plusieurs
carrières (Pinoso), mais plus souvent il se fait encore de manière
"sauvage", en les rejetant dans une pente ou bien en les
déposant en
tas sans aucun plan d'ensemble. Cette dernière technique
n'a pas posé
de problèmes quand les carrières sont localisées
dans des vallées reculées, mais
elle risque de conduire certaines carrières à la fermeture,
telles celles
de Cabra, qui se trouvent sur la route d'un pèlerinage
fréquente.
Le problème de la formation des
techniciens
est sérieusement envisagé à Novelda, qui doit
créer une école en s'inspirant des
réalisations de Carrare, Vérone et Bâle.
Il existe bien entendu
des problèmes liés à la nature des roches : la
fracturation est souvent
importante, même à Porriño,
tandis que la Castille est plus favorisée sur ce
plan. Les enclaves
sont fréquentes dans les granites gris, qui parfois contiennent
en outre des
sulfures ou de
la cordiérite. L'Espagne possède en abondance des
granites roses et des
granites blancs, mais les noirs sont à peu près
absents (toutes les
tentatives d'exploitation de ces roches ont échoué pour
des problèmes de fracturation, d'enclaves ou de sulfures), et
les granites
bleus sont beaucoup
plus gris que bleus. Les granites jaunes sont peu connus (Dorado Perla)
et de
toutes façon
limités en réserves, puisqu'il s'agit de niveaux
d'altération. L'altération est
aussi la cause des
changements de couleur entre l'intérieur et l'extérieur
des blocs de certains
calcaires, cause
importante de rebuts.
La législation des carrières
est en cours de
révision ; il arrive souvent que les concessions
soient de taille trop limitée,
créant des problèmes pour l'approfondissement en vue d'atteindre
des zones saines, et pour le rejet des déchets.
Ce dernier problème commence à
susciter
l'intérêt du public. Il est sur que des abus sont commis par certains carriers, qui
rejettent les déchets sans aucune considération des
dégâts à l'environnement :
dans les vallées éloignées où se trouvent
les ardoisières et certaines
carrières (Zarcilla, La Romana), ou dans les zones très
actives où l'extraction
de la pierre est l'activité économique dominante, ces
rejets sont tolérés, mais
il est probable que dans le futur ils seront plus
contrôlés : la région
d'Andalousie par exemple aurait décidé de placer le tiers
de son territoire en
parcs naturels.
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