PERRIER R., Mines et
Carrières, vol. 79, novembre 1997, p.47-55
A la limite entre plateaux jurassiques et
fossé oligocène de
Bresse, la Côte des Pierres fait affleurer des barres de
calcaires du
Jurassique moyen et Callovien ; les carrières, ouvertes depuis
l'Antiquité
romaine et le Moyen Age, ont permis la constitution du riche patrimoine
architectural de la Bourgogne.
La Côte, de direction NE à N, est un relief de faille créé par les effondrements oligocènes. Elle correspond au domaine d'extension des vignobles prestigieux de la Côte de Nuits et de la Côte de Beaune, situés sur les pentes à exposition Est, recouvertes par les produits d'érosion des reliefs jurassiques. Les limites Nord et Sud de la Côte des Pierres sont moins bien définies que celles des grands vignobles, les principales carrières sont actuellement localisées entre Nuits-Saint-Georges et Chassagne (département de la Côte d'Or) ; nous ajouterons quelques lignes sur Buxy en Saône et Loire.

Fig. 1
- Schéma
géologique et situation des carrières
Il s'agit de calcaires
compacts, appelés marbres par les exploitants, résistants
aux intempéries pour
la plupart ; leur diffusion, limitée à l'origine à
la Bourgogne et au Lyonnais
quand les transporteurs ne disposaient que de la voie fluviale de la
Saône,
s'est largement étendue à partir de la construction du
réseau ferroviaire au
XIXème siècle, puis du développement des
transports routiers, si bien que leur
réputation est maintenant mondiale.
Dans un article précédent
(Perrier, 1993) nous avions exposé les grandes lignes de la
géologie régionale
et les propriétés des calcaires exploités sur
l'ensemble de la Bourgogne; nous
décrirons ici surtout l'état actuel (avril 1997) de la
production de roches
ornementales, plusieurs changements parmi les exploitants de
carrières étant
intervenus depuis le dernier article.
Les carrières antiques
identifiées ne sont pas très nombreuses. La
pierre d'Asnières les Dijon
(Kimméridgien), fine et apte à la statuaire, aurait
été extraite de galeries
dès l'époque gallo-romaine. Le calcaire rose de Nuits Saint Georges a servi à la construction du
temple de Mithra
aux Bolards près de Nuits. Mais c'est surtout la
proximité de Lyon, capitale
des Gaules, et la facilité de transport offerte par la descente
de la Saône,
qui ont motivé l'implantation des carrières les plus
méridionales, comme celle
de pierre blanche de Germolles près
de Châlon. Une grande carrière a été
étudiée
par les archéologues à Saint-Boil
à 7 km au Sud de Buxy (voir Bedon, 1984):
des tranchées larges de 10-12 cm et profondes de 45-80 cm
permettaient
de détacher de petits blocs, qui
étaient ensuite déplacés sur des rouleaux de bois
; on a trouvé des marques de
carriers tracées au charbon de bois, et les restes d'un atelier
de taille
(sculptures, stèles, sarcophages, colonnes). Des esquisses se
sculptures ont
été dessinées au charbon de bois sur des parois,
des traces de sciage manuel
indiquent que des dalles étaient fabriquées sur place ;
grâce à des tessons de
céramique, cette activité est datée du IIe
siècle. Les autres carrières
antiques connues sont celles de Tournus
(calcaire oolitique blanc) qui a fourni des stèles à
Lyon, et celle de Flacé près de Macon
(calcaire rouge
granité). Les édifices du Moyen-Age à Dijon
proviennent de carrières
aujourd'hui en zone urbanisée (voir
P.
Rat, in Terroirs et monuments de
France, p. 52), le calcaire de Dijon est aujourd'hui
corrélé avec la pierre de Corton.
Le Répertoire de 1889
mentionne en Côte d'Or les carrières de Nuits et
Villars-Fontaine, de Comblanchien (dont la couverture n'était
alors que de 3 à
7 m) et de Meursault : elles étaient exploitées alors au
moyen de pinces
(grands leviers) et de coins, parfois avec l'aide de mines. En
Saône et Loire
sont citées des carrières plus nombreuses qu'aujourd'hui
: Puley, St
Martin-Belleroche (alors appelé St Martin de Senozan),
Seunecé-les-Macon,
Farges, Lacrost et la Croix-Léonard.
P. Noël a décrit en grand détail les
carrières actives en 1970. La carrière
souterraine de rose de Premeaux était alors abandonnée
depuis 4 ans ; elle
avait été exploitée par ouverture au
marteau-piqueur d'une galerie de toit (1,2
m de haut), puis sciage au fil hélicoïdal. Les
carrières de Comblanchien (qui
produisaient depuis 1840), celle de
Corgoloin (depuis 1893) et celle des Rocherons, étaient
exploitées par grandes
coupes au fil hélicoïdal, l'ensemble fournissait 13000 m3/an, auxquels on devait
ajouter une petite
production à Premeaux et Nuits-Saint-Georges. La
découverture du banc de
Comblanchien atteignait 20 à 30 m dans les carrières
communales, alors au
nombre de 7, certaines exploitaient une partie de la couverture sous le
nom de
"granités".
La pierre de Corton n'est
pas mentionnée par P. Noël. La
carrière
de Chassagne (inconnue en 1889) fournissait alors 1300 m3/an,
par
découpage des blocs au marteau perforateur, puis levage aux
coins.
En Saône et Loire sont
signalées les carrières de Fontaines dans l'Oxfordien (Carrières Rouges et Carrières
Blanches, exploitées au fil, 250 m3/an),
Le Puley (1000 m3/an) par marteau perforateur et fil
hélicoïdal,
Saint-Martin-Belleroche (Bajocien, 350-500 m3/an) et Buxy
(carrière
de Cruchaud,1000 m3/an, et
du Goulot ,150 m3/an, toutes deux exploitées
uniquement aux coins).

Fig. 2 - La
série du
Dogger-Callovien de la Côte des Pierres
1 - Région de Nuits
Saint Georges
En face, les Carrières
Marbrières de Côte d'Or
(Daniel Thibaut) ont racheté en 1980 l'ancienne carrière
Fèvre exploitant
les couches de Comblanchien ; celles-ci portent le nom de pierre de
Villars,
car elles se trouvent sur la commune de Villars-Fontaine. Les couches inférieures (4-6 m) sont
appelées
Ronsard. Sous 20 m de calcaires fracturés qui ont
été détruit par minage, non
sans dommages pour le gisement (fig. 3), l'extraction vient de
recommencer avec
une machine à câble diamanté : on procède
à l'ouverture d'un couloir, le sciage
se fera par le haut avec une machine Pellegrini (fig. 4), les tranches
seront
basculées dans le couloir à l'aide de coussins d'air
(fig. 5). Les coupes ont
une hauteur de 14 m, seuls les 5 ou 6 m de base (bancs de Comblanchien)
seront
utilisables. L'exploitant espère une récupération
bien supérieure à celle de
Comblanchien, et une production de 3000 m3/an de blocs
commerciaux,
les blocs seront commercialisés sans transformation. Les bancs de Ronsard
seront exploités par la suite, ils ont déjà servi
à la restauration de la
cathédrale de Lausanne. Le matériel comporte, outre la
machine à câble, une pelle
mécanique, un chargeur de 15 t,
prochainement une chargeuse de 24 t. Une installation de concassage
sera
bientôt active dans la carrière.

Fig. 3 -
Exemple de dégâts
causés par la découverture à l'explosif, noter la
discordance interne dans le banc de Comblanchien

Fig. 4 -
Ouverture d'une entrée par coupe arrière au cordeau détonant et coupes latérales au câble diamanté, carrière Thibaut à Villars-Fontaine

Fig. 5 - Basculement d'une tranche par traction d'un engin, carrière Thibaut
M. Loichet s'intéresse
aussi, grâce à sa technique de carrières
souterraines, aux carrière de craie de
Vernon : après fermeture de la carrière Tsouchima, il va
rouvrir la carrière Notre
Dame, jusqu'ici utilisée comme champignonnière. De plus,
il ouvre une nouvelle
carrière à Villaines-en-Duesmois dans le
Châtillonnais.
L'atelier comporte un
châssis à 25 lames, deux monolames, un polissoir à
bande, un atelier de taille
avec fabrication de cheminées, traitant les pierres de Nuits et
de Corton ; une
partie de la production est vendue sous forme de blocs. Au total 18
personnes
travaillent dans l'entreprise.

Fig. 6 -
Relevé de fractures sur le plancher d'une ancienne
carrière à Premeaux
Les carrières
communales de
Comblanchien sont, depuis le Second Empire, les plus importantes
de la
région. Elles produisent dans le Banc de Comblanchien (6 m)
plusieurs variétés:
le Comblanchien Clair ou Uni est un
calcaire micritique beige à
taches rosées, à cassure conchoïdale, très
compact (porosité 0,5%). Les
variétés Moucheté et
Légèrement Moucheté (LM) comportent
plus ou moins de traces fossiles : encroûtements algaires
appelés oncholithes,
gastéropodes, fragments de polypiers, terriers à
remplissage dolomitique rose.
Le Banc de Comblanchien se subdivise en plusieurs niveaux par des
joints
stylolitiques, variables selon les carrières, un niveau
oolitique (banc
"vert") servant de repère. Au dessus du Banc de Comblanchien
vient
le Banc de 6 mètres, peu
exploitable,
puis une série de calcaires graveleux (25 m), fortement
fracturés et inexploitables
sauf dans la carrière Gauthier (niveaux des Granités).
Les fractures s'arrêtent au toit de la formation, à la
base du banc de Corton
(fig. 7), ici peu épais et inexploité ; elles traduisent
la fragilité du
Comblanchien, dont la résistance au choc est faible en
dépit de sa dureté,
comme dans tous les calcaires micritiques. Cette hypothèse nous
semble
confirmée par les mesures de dureté à la rayure et
de vitesse du son, qui sont
plus élevées dans les Granités que dans le
Comblanchien s.str.
Les blocs sont vendus en
Suisse et en Allemagne, ou traités dans l'atelier. Ce dernier
est équipé d'un
châssis à 25 lames, de deux monolames et d'une
chaîne de polissage pour les
dallages. L'atelier produit aussi des monuments funéraires. Les
coloris sont
les Granités ou Rocherons, et dans le Comblanchien les
variétés Clair, Clair
uni, Clair rosé et LM (légèrement moucheté).
La carrière suivante est
celle des Carrières et Marbreries de
Comblanchien, dont la visite nous a été
refusée dans des délais
raisonnables. Selon la rumeur publique, le propriétaire actuel
(Bernard) a été
racheté par les Marbres du Boulonnais.
La carrière la plus
septentrionale, abandonnée par Rocamat, est en voie de
comblement.
Les quantités
considérables de calcaires provenant
de la découverture sont concassés dans l'enceinte des
carrières communales par
l'entreprise Vigot (groupe des Ciments Lafarge).

Fig. 7 -
Contact de la pierre de Corton
sur la formation de Comblanchien, carrière de Ladoix ; les
nombreuses fractures du sommet du Comblanchien s'arrêtent
à la base de la pierre de Corton, de grain beaucoup plus gros

Fig. 8 -
Carrière Les Pierres Bourguignonnes à Comblanchien,
exploitation des "granités" par petits gradins

Fig. 9 -
Haveuse Perrier effectuant une coupe arrière, carrière
"Les Pierres Bourguignonnes"
Le front
inférieur, de près de 10 m, comporte une partie
rebutée
de 3,5 m (équivalent du banc de 6 m) et le Banc de Comblanchien
à la base, qui
est appelé ici Musancy.
Après sciages verticaux des
fronts de grande hauteur, les coupes de base sont faites au cordeau
détonant,
car les délits naturels sont mal individualisés, puis les
tranches (ou quilles)
basculées sur des tas de déblais par des coussins en
caoutchouc gonflés à
l'air. La carrière emploi 6 à 10 personnes et produit 2000 à 2500 m3 par an.

Fig. 10 -
Vue d'ensemble de la
carrière des Rocherons, abattage de tranches de grande hauteur

Fig. 11 - Coupe de base au cordeau
détonant en trous bourrés, les Rocherons

Fig. 12 -
Découpe d'une tranche au marterau-perforateur sur chariot, les
Rocherons
La société Rocamat a
construit à Corgoloin une grande usine, employant une
cinquantaine de
personnes, avec trois châssis et deux lignes de polissage (0,4 m
et 1,2 m de
largeur). A Comblanchien, elle a ouvert le long de la route nationale
une salle
d'exposition et un magasin de vente directe au public, qui attirent beaucoup de visites.

Fig. 13 -
Exemple de dégâts
attribués à l'explosif : à Corgoloin, une
fracturation intense s'est développés à partir
d'une fracture naturelle ouverte
La société Marbres
et Dalles de Bourgogne sise à
Magny-les-Villers, a été fondée en 1968 par
René Michaud ; il débuta avec une
carrière de laves, reprit une carrière de pierre de
Corton en 1987, et créa une
usine en 1989. Depuis son décès en octobre 1995, sa
succession a été assurée par
Madame Josiane Michaud (fig. 14). La société emploie 30
personnes ; un local
d'exposition bien aménagé présente les
variétés de pierre de Corton avec leurs
traitements de surface, les diverses dimensions de laves, les
pavés à l'ancienne (à
angles arrondis), des
travaux de marbrerie comme tables, bacs à douche en pierre
massive, les
réalisations de façades et devantures de magasins, et
jusqu'aux concassés de
laves employés à la préparation d'enduits
rustiques. Elle dispose de trois
carrières, dont les terrains sont en pleine
propriété (sauf celle des Buis) :
a - la carrière du Chêne,
située sous l'usine, produit la pierre de Corton (fig. 15): c'est une ancienne
carrière Fèvre,
passée ensuite à la société belge SBC
(Société Bourguignonne de Corton), qui n'a
pas su assurer une promotion convenable de la pierre. On y distingue
quatre
bancs, répartis en deux fronts de hauteur modérée
: de haut en bas le banc 1
(0,9 m) beige ou coquillé, le banc 2 (2,6 m) beige LM et beige
rosé (coloris le
plus demandé), le banc 3 (0,8 m) coquillé rose, le banc 4
(3-3,5 m) avec les
coloris ramagé, violine, beige et beige-bleu.
Les sciages verticaux sont
réalisés au câble diamanté, les tranches
basculées par des coussins d'air, la
découpe secondaire faite par forages et coins.
La couverture de 15 m est évacuée vers un vallon
dont la municipalité a
autorisé le comblement en
vue d'y tracer une promenade. La production, entièrement
transformée par l'usine,
est de 2000 m3/an, dont 60 % part à l'exportation.
L'installation
comprend deux châssis (Caspari-Menotti) à 30 et 80 lames),
un grand pont
roulant, deux monolames, deux taille-blocs, diverses débiteuses,
une chaîne de
polissage à 9 têtes sur 50 cm de largeur, une flammeuse.
b - la carrière des Buis,
était exploitée sur la commune de
Ladoix-Serrigny par la Société Bourguignonne de Corton,
jusqu'à son dépôt de
bilan. Une autorisation a été demandée pour sa
réouverture. Sous une vingtaine
de mètres de couverture, la pierre
de
Corton, est épaisse de 8 m ; de couleur beige-ocre avec taches
roses, elle
présente de nombreux stylolites, et de petits récifs
à polypiers au sommet.
c - la
carrière de la Tourelle
s'étend sur 8 hectares et
produit les "laves de Bourgogne" (fig. 16 et 17), calcarénites
de
couleur ocre se délitant en bancs centimétriques, n'ayant
aucun point commun
avec les laves au sens géologique. Leur nom proviendrait du fait
que les
ouvriers "levaient" les lauzes pour les décoller. Il y eut
jusqu'à 26
carrières artisanales en 1779 , extrayant des tuiles pour les
toitures locales.
Abandonnées au début du siècle, elles furent
réouvertes pour restaurer l'église
de Magny-les-Villers, ce qui entraîna un certain succès
puisque sept
exploitants travaillaient dans les années 75-80 : de nouveaux
emplois étaient
apparus pour les cheminées, les plaquettes de revêtements
muraux, les murettes
et dallages de jardin. Actuellement les Marbres et Dalles de Bourgogne
produisent pour les Cheminées Philippe, et fournissent des
tuiles de couverture
pour les monuments historiques ; les lauzes sont vendues brutes, puis
recoupées
et mises en place par des maîtres-laviers. Ainsi les
Halles de Crémieu dans l'Isère ont
été recouvertes de laves de
Bourgogne, la production locale de l'Ile Crémieu se
révélant insuffisante.
Le gisement a une épaisseur
de 4 à 5 m, et montre des stratifications obliques
dirigées en prédominance
vers le Nord. L'abattage se fait par tirs de cordeau détonant
à 1,5 m du front,
dans des trous espacés de 40 cm. La masse
démantelée est reprise à la pelle, et
disposée en rangées, ce qui facilite le tri. Les laves
son empilées sur des
palettes selon leur épaisseur et leur taille : une partie est
envoyée à l'usine
pour le sciage de moellons pour cheminées, le reste directement
expédié. Les
principales variétés sont les tuiles (4-6 cm), qui sont
testés au choc et
doivent rendre un son clair, les murets (6-8 cm), les pierres mureuses
(8-12
cm). La production est d'environ 3500 à 4000 m3/an,
la société a
pour politique le respect de la qualité et des délais.

Fig. 14 -
Mme Michaud, directrice de
Marbres et Dalles de Bourgogne

Fig. 15
- Carrière Michaud de Pierre de Corton

Fig. 16 -
Préparation de palettes de laves à la carrière de
la Tourelle

Fig. 17 -
Tuiles prêtes pour l'expédition, carrière de laves
Morot
La Société des Carrières de Corton (P. Loichet) a repris en 1984 la carrière des Gréchons sur la commune de Ladoix-Serrigny après le dépôt de bilan de la SBC. La découverture est actuellement de 18 m, et augmente vers l'Ouest ; aussi l'exploitant envisage une extension vers le Nord. Les couches de pierre de Corton ont une épaisseur totale de 8 m, on note un niveau coquillier de 0,4 m avec géodes. Une faille antithétique de 3,5 m traverse la carrière (fig. 18). La coupe est pratiquée au câble diamanté sur toute la hauteur ; les tranches sont basculées avec des coussins d'acier gonflés à l'eau, avec l'assistance d'une pelle mécanique. La découpe secondaire se fait au câble diamanté. La pierre a une couleur bleue, mais prend une teinte rouille au voisinage des fractures (fig. 19) ; les stylolites sont abondants. L'outillage comprend actuellement un chargeur de 22 t, un élévateur de 30 t, deux machines à câble diamanté. Les variétés produites sont le Clair uni, le Beige et rose, le Violine, le Coquillé. Comme références majeures en Corton flammé, nous citerons le hall d'entrée de l'hôpital central de New York, et six villas à Hong Kong.

Fig. 18 -
Carrière Loichet de
Pierre de Corton, noter le décalage des bancs par une faille de
3,5 m

Fig. 19 -
Bloc de Pierre de Corton avec
noyau bleu
Sogepierre possède une assez grande
carrière offrant une coupe complète depuis
les bancs de Comblanchien (avec niveau à terriers roses,
variété appréciée
autrefois pour les cheminées), jusqu'à la pierre de
Corton. Elle se trouve
actuellement inactive, mais selon Mr Neuforge elle va être
reprise pour
exploiter l'équivalent des bancs de Comblanchien sous le nom de
pierre de
Ladoix (d'où une confusion possible avec la pierre de Ladoix des
géologues, qui
se trouve dans le Callovien), ainsi que la pierre de Corton, les
niveaux
intermédiaires devant être concassés par une
entreprise extérieure.
La pierre de Chassagne est
un calcaire bioclastique avec quelques oolites, bien cimenté, de
couleur beige
à rose. Il appartient à la partie inférieure de
l'Oolite Blanche, ici
subdivisée en deux parties par une intercalation de marnes
à Pholladomya bellona. La carrière (fig.
20) montre sous 25 m de calcaires argileux, 5 m de calcaires à
bioturbations,
non exploités et terminés par une surface durcie à
huîtres, puis deux fronts
successifs (15 m et 4,5 m) ; les principales nuances sont le beige (le
plus
recherché), le rose et le violine. Il semble que les couleurs
rose et violine
proviennent de migration de solutions contenant du manganèse le
long de
fractures anciennes, sans doute à partir de la surface durcie
supérieure. La
production est de 3000 à 4000 m3 par an. L'atelier
comporte un
châssis, des débiteuses et polisseuses, une installation
d'équarrissage des
blocs par câble est en cours d'installation. Environ 25 à
30 personnes
travaillent sur le site.

Fig. 20
- Carrière de
Chassagne

Fig.21 -
Carrière Gauthier à
Buxy, exploitée par petits gradins

Fig. 22 -
Forage vertical en diamètre 200 mm dans la carrière
Gauthier de Buxy
La carrière Rocamat de
Cruchaud est située sur le
même plateau de calcaires bajociens, avec une partie
supérieure délitée sur
quelques mètres. Sa profondeur est d'une vingtaine de
mètres, et les fronts
taillés au cordeau détonant montrent bien la couleur
bleue d'origine de la
roche, passant à des couleurs ocre à proximité des
fractures. La variété la
plus recherchée est le Buxy
Ambré. Exploitée par campagnes discontinues, cette
carrière fournit 700 à 1000
m3 par an. La traversée par minage d'une zone
fracturée est en cours

Fig. 23 -
Principales
caractéristiques physiques
6 - Conclusion
L'occurrence de stylolites
stratiformes est assez
fréquente : les niveaux fortement stylolitisés servent de
délits aux carriers
pour séparer les bancs. Quand les stylolites sont nombreux, les
blocs doivent
être sciées en passe pour ne pas compromettre la
solidité des plaques ; noter
qu'en extérieur les stylolites peuvent se déliter par
altération, même ceux du
Comblanchien.
La double couleur bleue et
beige (que nous appelons bicolorisme) est bien
évidente pour les
calcaires de Corton et de Buxy : le phénomène est
généralement attribué à la
présence de pyrite très divisée s'oxydant en
hydroxydes de fer au voisinage des
fractures, d'où des tons beiges ou ocres du cortex des blocs.
La découverture des
gisements par l'explosif a posé dans plusieurs cas
d'importants problèmes, certains gisements ont été
fracturés à la suite du
manque de contrôle des sociétés de service : trous
trop profonds, non
parallèles ou trop chargés, absence de coupe de base ou
de couches de
protection suffisamment épaisses. On doit noter que les
calcaires de
Comblanchien dans leur sens large sont des roches dures mais
particulièrement
fragiles, c'est à dire à faible
résilience (ou résistance au choc).
Nous avons souligné que les
méthodes d'abattage font toujours
appel au câble diamanté (sauf dans l'une des
carrières de Buxy), mais avec
diverses variantes possibles. Les deux extrêmes sont :
- l'abattage de
fronts élevés (15 m) : à partir d'un front
rectiligne, la première opération est l'ouverture d'une
"entrée",
c'est à dire d'un couloir perpendiculaire au front, qui
permettra le forage de
trous horizontaux pour la coupe arrière. L'ouverture est faite
par deux sciages
latéraux, et une coupe arrière par cordeau
détonant. Les tranches (ou quilles)
sont ensuite sciées au câble et basculées de toute
leur hauteur sur un tas de
déblais. La coupe de base, effectuée au cordeau
détonant dans des trous espacés
de 20 cm et bourrés de déblais, n'est nécessaire
qu'en l'absence de délit bien
exprimé.
- fronts de faible hauteur :
la coupe arrière est faite à la haveuse, ce qui limite la
hauteur du front à la
longueur du bras de cette machine. Les coupes latérales se font
au câble, à
partir de trous verticaux et horizontaux, une coupe horizontale est
réalisée en
passant le câble dans la tranchée de la haveuse ; le
calage par des coins et
par coulée de plâtre évite le coincement du
câble. Dans ce cas la masse isolée
est découpée en blocs sans que le basculement soit
nécessaire.
Plusieurs méthodes de
basculement sont utilisées : traction avec le bras d'une pelle
mécanique,
coussins d'acier gonflés à l'eau, ou coussins de
caoutchouc gonflés à l'air,
chaque carrier trouvant des avantages à sa méthode
La phase suivante est la découpe
secondaire : les masses
primaires détachées du massif par l'une des
méthodes d'abattage sont ensuite
découpées en blocs commerciaux pouvant être
soulevés par un élévateur. La
méthode la plus employée est celle du forage de trous
verticaux par chariot de
forage (déplacé manuellement), puis découpage aux
coins coniques.
Les blocs irréguliers sont
ensuite équarris par forage et coins, ou bien de plus en plus
par câble
diamanté sur une plateforme équipée d'un portique
et de chariots: les blocs
découpés au câble sont plus nets, leur
qualité est plus facile à évaluer et
leur mise en place plus aisée sous les châssis pour le
sciage de tranches.
La question du rejet des
déblais calcaires de carrière est résolue le plus
souvent par concassage,
particulièrement dans la région de Comblanchien,
Villers-la-Faye et La Serrée,
où plusieurs installations de concassage sont installées,
et continuent à
s'implanter : la demande en calcaires purs semble encore importante.
Pour ce
qui est des déblais de calcaires marneux (partie
supérieure de la couverture)
des solutions locales ont été trouvées par le
comblement de ravins ou
d'anciennes carrières, mais certaines carrières sont
handicapées par le manque
d'espace de stockage pour de ces rejets.
Références
Bedon R., 1984, Les carrières et les carriers de la Gaule romaine, Picard, Paris.
Floquet M. et al., 1989, Les systèmes sédimentaires bourguignons d'âge bathonien terminal-*Callovien, Bull. Centre de Recherche Elf-Aquitaine, Pau.
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Noël P., 1970, Les carrières françaises de pierre de taille, Soc. de Diffusion des Techniques du Bâtiment et des Travaux Publics, Paris
Perrier R., 1993, Les roches ornementales de Bourgogne, Mines et Carrières, Les Techniques II-III/93, p.72-83.
Pomerol C., 1992, Terroirs et monuments de France, Ed. du BRGM.
Vigneaux M. et Leneuf N., 1980, Géologie et vins de France, Livret-Guide excursion 210c, 26ème Congrès Géologique International, Paris.