Les représentants du groupe
Interstone Press, auquel se rattache Le Mausolée, ont
été invités à visiter les
carrières et usines de granits de l'Etat de Ceará dans le
Nord-Est du Brésil.
Du 23 au 29 août, la Coditur
(Compagnie de Développement industriel et Touristique de l'Etat
de Ceará),
dirigée par M. Antonio de Matos Britos, nous a magnifiquement
reçus à
Fortaleza. M. Antonio Harildes de Oliveira Martins, Directeur de la
Géologie et
des mines à Coditur, nous a accompagné lors des visites
d'entreprises et des
nombreuses réceptions. Une mention spéciale est à
accorder à M. Antonio Pedroso
de Natural Resources à Lombard (Illinois) pour ses traductions
simultanées dans
presque toutes les langues européennes.

Fig. 1 -
Paysage typique de
l'intérieur du Ceara, maquis épineux sur reliefs
pénéplanés, d'où émergent des
collines abruptes et dénudées, les morros
Après le traité de
Tordesillas (1494) qui partage le Nouveau Monde entre Espagne et
Portugal, le
NE du Brésil est découvert en 1500 par P.A. Cabral, qui
cherchait surtout des
bois donnant des teintures rouges (bois brésil). La
première tentative de
colonisation du Ceará par Cardoso de Barros (1549) échoue
devant l'agressivité
des indiens. Coelho de Sousa, qui cherchait des mines, fonde Nova
Lisboa en
1603, mais doit se retirer à la suite d'une sécheresse.
Des Jésuites débarqués
en 1607 sont massacrés. De 1611 à 1631 Soares Moreno
établit le fort de Sao
Sebastiao à l'embouchure de la rivière Ceará ; des
pirates anglais, français et
flamands commercent avec les indiens, puis de 1637 à 1654 la
Compagnie Hollandaise
des Indes Occidentales s'établit pour exploiter le sel, l'ambre
et le bois de
violette. Après l'expulsion des hollandais, le portugais restent
maîtres du
pays et lancent la culture de la canne à sucre dans la zone
littorale. Les
indiens sont regroupés dans des camps militaires (aldeamentos)
et évangélisés; peu à peu l'élevage
progresse dans
l'intérieur, les bestiaux sont conduits jusqu'à Recife et
Salvador de Bahia,
avec de fortes pertes. Au XVIIIe siècle la pratique du
séchage de la viande au
soleil (carne de sol) facilite son
exportation, jusqu'à la grande sécheresse de 1790-1793
qui anéantit les
troupeaux. La culture du coton, déjà connue des indiens,
est développée au XIXe
siècle, tandis que le port de Mucuripe est équipé
; l'indépendance est proclamée
en 1822 et la capitale prend le nom de Fortaleza de Nova
Bragança, aujourd'hui
abrégé en Fortaleza.
La population, partiellement
alphabétisée (62,6 % en 1991), a un revenu moyen assez
faible (1387 $/an) et
une espérance de vie encore courte (54 ans).
Le climat de la zone côtière
est idéal pour le tourisme, avec une température moyenne
de l'air de 27°C, à
peu près invariable au cours de l'année, et une
température de l'eau de 25 à
28°C ; les pluies (1,4 m/an) tombent en été, la
côte est toujours ventée, sans
moustiques ni cyclones, et l'on compte 575 km de plages immenses,
souvent
bordées de dunes. Malgré ces attraits le tourisme est
encore très peu
développé, seuls les italiens commencent à venir.
Dans l'intérieur par contre
le climat devient semi-désertique, bien que la latitude soit
analogue à celle
de l'Amazonie : c'est le sertao, avec
sa chaleur éprouvante et son maquis épineux (caatinga)
où errent des bovidés, plus quelques chèvres ou
moutons.
Les cultures ne sont possibles qu'en aval des petits barrages. Les
précipitations sont en moyenne de 500 à 700 mm/an, mais
il existe des années
sans pluie : lors des sécheresses les troupeaux sont
décimés, les paysans
abandonnent leurs terres pour se réfugier dans les villes. Au
dessus des
reliefs mous du sertao, où les roches cristallines sont assez
altérées,
s'élèvent quelques collines à flancs abrupts,
appelés morros par les habitants et inselbergs
par les géomorphologistes, très favorables à
l'implantation de carrières. De
rares massifs plus élevés (1145 m au point culminant du
Pico da Serra Branca)
ont des précipitations abondantes, avec un climat
agréable et une végétation
tropicale, comme le massif de Meruoca que nous avons visité, et
plusieurs
stations balnéaires.
Les principales productions
agricoles du Ceara sont la canne à sucre, le manioc, les
oranges, la noix de
coco, les noix de cajou, les langoustes, les volailles... La cire de
Carnauba,
qui recouvre les feuilles d'un palmier bien adapté à
l'aridité (Copernicia cerifera), était
une
spécialité du Ceará, mais ses emplois sont
concurrencés par les cires
synthétiques. De grands travaux sont en projets, tel ce canal de
2000 km qui
doit amener l'eau du fleuve Sao Francisco, favoriser l'agriculture et
assurer
l'alimentation en eau des villes même pendant les années
de sécheresse.
L'artisanat (cuirs, travaux de crochet, paille de Carnauba,
liqueurs...) est en
développement et pourrait compléter le tourisme. La
principale industrie est
celle de la confection, qui s'est développée
malgré l'anéantissement de la culture
du coton par une épidémie. Le tourisme de plage et
activités annexes (voile,
dune-boogies sur dunes...) possède un énorme potentiel,
à condition que des
lignes aériennes directes soient ouvertes depuis l'Europe et les
Etats-Unis, et
que la pratique des langues étrangères soit
développée ; on notera que
l'insécurité dans la rue, si obsédante à
Rio de Janeiro, est inconnue à
Fortaleza.
La recherche de l'or et des
diamants a été infructueuse, mais les filons de
pegmatites produisent quelques
gemmes (émeraude, citrine, améthyste, tourmaline,
aigue-marine...), qui sont
taillées dans des coopératives implantées pour
fixer les populations rurales.
Le Ceará produit aussi du sel et des diatomites dans la zone
côtière, des
calcaires et de la magnésite dans l'intérieur, du gypse
dans l'Araripe, mais
surtout une mine d'uranium et de phosphore (colophanite ou phosphate
d'uranium)
de taille mondiale a été ouverte à Itataia.
Enfin la production de
granites bruts et travaillés, qui s'est extraordinairement
développée en
quelques années, devrait contribuer à l'expansion de
cette contrée sympathique.
2 - Notions sur la géologie

Fig.
2 - Schéma structural et carrières
Une transgression marine au
Silurien dépose les conglomérats de la Serra Grande
à l'Ouest, série qui se
développe surtout dans le Maranhao, tandis que le Jurassique et
le Crétacé
inférieur sont continentaux. A l'Albien débute la
transgression marine du
Crétacé supérieur, avec la série de la
Chapada (plateau) d'Araripe au Sud
(célèbres gisements de poissons fossiles de la formation
Santana, dont
l'extraction est théoriquement interdite), et culmine avec les
calcaires de la
Chapada de Apodi dans l'Est. Au Tertiaire le Paléogène
est absent, tandis que
le Néogène est fluviatile. On trouvera dans Molina (1988)
une carte des
raccords entre Brésil et Afrique, avant l'ouverture de
l'Atlantique, qui s'est
réalisée à partir du Crétacé
supérieur.
En plus des gisements
précédemment connus, cette étude a suscité
de nombreuses demandes de
prospection et d'exploitation (au nombre de 846), pour des
granitoïdes et des
migmatites du Précambrien, mais aussi des calcaires
crétacés des plateaux
d'Apodi et d'Araripe. Les autorisations de recherches et d'exploitation
accordées sont reportées sur le tableau 1. Les roches
commercialisées sont déjà
au nombre d'une cinquantaine ; il n'existe pas encore de catalogue
imprimé,
mais un catalogue informatique est envisagé. Des
caractéristiques physiques ont
été mesurées sur 21 roches, les principales sont
reprises dans le tableau 2.
Selon la loi minière
actuelle, les formalités commencent par le dépôt au
DNPM (Departamento Nacional da Produçao Mineral)
d'une demande
d'exploration comportant le programme d'exploration envisagé et
les preuves de
la capacité financière du demandeur ; celui-ci ne peut
être dans les conditions
actuelles qu'une compagnie à majorité de capitaux
brésiliens (51 % au moins),
mais il se pourrait que cette restriction soit levée
après les élections
d'octobre prochain. La surface de chaque demande est au maximum de 1000
hectares (ce qui est très vaste).
Le DNPM vérifie si la
surface est libre et analyse le projet de recherche. L'autorisation
d'exploration (alvara de pesquiza)
accordée, le demandeur dispose dès lors de trois ans pour effectuer les recherches et produire un
rapport avec une
évaluation des réserves et de la faisabilité
technique et économique du projet
; après étude du DNPM, l'approbation du rapport de
recherche est publiée au
journal officiel fédéral. Le demandeur dispose alors d'un
an pour présenter son
projet d'exploitation. S'il est approuvé, l'autorisation
d'exploitation (portaria de lavra) lui permet de
commencer la production. Cependant un permis pour une exploitation
pilote (titulo precario de lavra) peut être
obtenu dans l'attente de l'autorisation définitive. Celle-ci n'a
aucune limite
de durée.
A Caridade (San Gerardo),
près de la fazenda (ferme) Salve Maria,
affleure un granite blanc très folié, avec des grenats
ferrifères ; une
concession a déjà été demandée. On
nous a signalé qu'à Troia, une
exploitation doit commencer prochainement sur un
gisement de granite blanc chromifère, qui sera appelé
Casablanca. Entre Sobral
et Santa Quiteria, on observe le long de la route près de la
localité de Taperuaba des affleurements de
granite
porphyrique rose clair, avec feldspaths alcalins de 2 à 3 cm ;
dans d'autres affleurements
voisins, la teinte tend vers le gris.
Dans le massif de Meruoca,
intrusion post-tectonique de
25 x 21 km, sont produits des granites de diverses couleurs (gris,
rose, rouge,
jaune, vert) : nous avons visité une petite carrière
ouverte par M. Helder
Souza en 1992. Ancien journaliste à Sao Paulo, il a pris sa
retraite sur ses
terres et a courageusement entrepris l'exploitation de masses et de
boules au
milieu des cultures ; la carrière actuelle entaille sur 4 m de
haut une masse
de granite gris, large de 20 m, à l'aide de forages verticaux et
horizontaux au
marteau perforateur, et de poudre noire. Une vingtaine
d'employés découpent des
blocs de quelques mètres cubes, qui sont halés à
l'aide d'un treuil et de
poulies de renvoi ; en outre on découpe de petits cubes de 35 cm
d'arête, qui
sont transformés en plaquettes dans un atelier voisin.

Fig. 3 - La
ferme Salve Maria repose sur
un affleurement de granite blanc, où doit être ouverte une
carrière

Fig. 4 - Treuil d'une
carrière de granite gris du massif de Meruoca
La carrière de l'entreprise
Grandon sur la commune de Santa Quiteria est de taille industrielle, et
produit
un granite blanc qui devrait devenir célèbre, l'Asa branca. Sur une surface de 500 ha s'activent 73
ouvriers,
incluant les mécaniciens et cuisiniers, car vu
l'éloignement, les ouvriers sont
logés sur place pendant toute la semaine. Cette carrière
a été ouverte il y a 5
ans dans un massif granitique formant de faibles reliefs, avec de bons
affleurements (peu de découverture). Sur cette vaste surface, on
ouvre
successivement des fosses de faible profondeur (4-5 m) ; les
premières coupes
sont faites à la flamme (3 chalumeaux au gasoil-oxygène),
puis les masses sont
abattues et découpées par forage et poudre noire (25
marteaux pneumatiques, 2
guides de forage) ; on évite les coupes de base en tirant partie
de joints à
faible pendage (fractures de décompression). La production est
de 500 m3/mois de blocs d'environ 5 m3. Un
Caterpilar de 40 t de
capacité transporte les blocs jusqu'au parc, deux autres engins
plus petits
assurent le mouvement des déblais. Des camions transportent les
blocs à
Fortaleza, distante de 250 km.

Fig. 5 -
Carrière de granite blanc
Asa Branca

Fig. 6 - Carrière d'Asa
Branca, ouverture d'une saignée à la flamme

Fig. 7 - Carrière
d'Asa Branca, refente aux coins d'une masse détachée
à l'explosif
Actuellement on recense 44
châssis, surtout pour granits (dont 10 chez Granos, 10 chez
Inbrasma, 6 chez
Cigrama), et 19 taille-blocs, qui assurent une capacité de
147300 m2 par mois.
Nous avons visité plusieurs
installations industrielles, celles du groupe IMARF, de Cigrama et de
Fujita,
mais aussi des ateliers artisanaux destinés à fixer la
main-d'oeuvre dans
l'intérieur (Coopérative de Nova Russas et
Mineraçao Meruoca).
Le groupe IMARF est le plus
puissant du Ceará,
avec 370 employés et 35 M$ de chiffre d'affaires ; il regroupe 7
compagnies,
possède 12 carrières et traite 18 granits. Il a
déposé 250 demandes de permis
sur les Etats de Ceará, Rio Grande do Norte et Minas Gerais. Sa
capacité est de
18000 m2/mois de tranches, 14000 m2/mois
de produits finis ; il exporte
seulement 5 % de sa production de blocs, mais 40 % de ses produits
finis. Les
destinataires sont les USA (avec un centre de distribution à
Houston),
l'Allemagne, la zone Pacifique ; son président, M. Mendes
Aragao, affirme qu'il
n'y a aucun problème de commercialisation, seulement un retard
de production,
et annonce une association avec un groupe allemand pour la
commercialisation en
Europe. Trois de ses usines nous ont été
présentées : l'usine Inbrasma à Sobral
est dédiée au sciage des granits, avec 10 châssis
à grenaille Bernardini (de
construction brésilienne), et un stock de beaux blocs (Asa
branca, Prata cinza,
Messi rosa, Meruoca verde, Pantanal verde, Icarai, etc.). Près
de Fortaleza,
l'usine Imarf est spécialisée dans le polissage, avec une
chaîne Zonato à 17
têtes, travaillant sur deux mètres de largeur, suivie
d'une chaîne de débitage
(capacité 8000 m2/mois). Outre la production de dalles,
l'usine comprend un atelier de
marbrerie. Egalement près de Fortaleza, l'usine Granos comporte
10 châssis GM
Mecanicas de Sao Paulo, et une chaîne de polissage en petite
largeur à 17 têtes
de marque Levi-Breton.

Fig. 8 - Parc
à tranches et
conteneurs de l'usine Granos

Fig. 9 - Hall avec 10
châssis Bernardini à l'usine Inbrasma

Fig. 10 - Polisseuse Levi
Breton à l'usine Granos

Fig. 11 - Tranches de
migmatite Aurora Tropical à l'usine Granos

Fig. 12 - Emballage des
carreaux en caissettes de bois à l'usine Granos

Fig. 13 - Atelier de
marbrerie de l'usine Imarf

Fig. 14 -
Polisseuse Simec à
l'usine Cigrama
La société Fujita
granitos extrait de ses propres
carrières, situées dans le Ceará et les
états voisins, une large variété de
produits : granits Fuji vermelho, Juparana real, Aracaioba preto,
Massape
amarelo, Paradise brown, Kinawa gold, Itapipoca verde, Vison, Nova
Russas
cinza, conglomérat Cocktail brown, et deux calcaires : le Marfin
real et la
Pietra dourada, calcaire beige à Nérinées
(Sénonien de la Chapada do Apodi).
Son usine d' Aquiraz, à 22 km de Fortaleza, n'a pas de
châssis, mais un grand
disque de 3,5 m de diamètre, une refendeuse à 15 lames en
ligne et une chaîne
de polissage et débitage, de fabrication allemande (Hensel). Il
fabrique des
dalles de 2 cm, emballées par 10 pièces avec des cartons
d'angles et cerclage,
l'installation est aussi capable de scier en 5 mm d'épaisseur.
Il construit à
côté une nouvelle usine (Fujigran). Dans les environs
immédiats est en
construction l'usine de la société NDM,
équipée de trois équarrisseuses, 5
taille-blocs, une polisseuse à 10 têtes, qui doit produire
des plaquettes d'ici
six mois.

Fig.
15 - Refendeuse Hensel chez Fujita

Fig. 16 - Panneau de
présentation des granits et marbres de l'entreprise Fujita

Fig. 17 -
Coopérative artisanale de
Nova Russas, parc à blocs et ateliers

Fig. 18 - Equarrisseuse
manuelle, Nova Russas

Fig. 19 - Polisseuse manuelle de
plaquettes, Nova Russas
Déjà deux unités
fonctionnent dans les environs de Nova Russas : un projet pilote,
installé dans
une ancienne ferme, et une seconde unité dans un bâtiment
neuf, mieux adapté.
Au total 24 unités sont prévues, employant 750 personnes,
la Coopérative de
Nova Russas assurant la commercialisation. Sur des modèles
voisins, des
coopératives ont été créées pour la
taille des gemmes et les travaux de
crochet.
Nous avons également visité
dans le massif granitique de Meruoca, qui domine la ville de Sobral, un
atelier
similaire, appartenant à Mineraçao Meruoca : M. Helder
Souza a installé près de
sa carrière un atelier fabriquant des plaquettes avec la
même technique, et
employant 24 personnes.
Le port de Mucuripe, situé
tout près de la capitale, assure les exportations : il comprend
un chenal de 10
m de profondeur, et 400 m de quais avec 10 m d'eau, ce qui lui permet
d'accueillir les navires de 12000 à 15000 tonnes de port en
lourd. Cependant
ces quais ne sont desservis que par trois grues de 3 à 10 t :
pour les charges
plus lourdes, les navires doivent donc posséder leurs propres
mâts de
chargement.
L'aide de l'Etat est
importante au stade initial de l'exploration des roches ornementales,
en
localisant les principaux gisements : ce recensement est
facilité par la
qualité des affleurements (surtout sur les reliefs ou morros
émergeant des
pénéplaines), où l'on observe facilement les
réseaux de fractures et les
inclusions. L'obtention de concessions est actuellement limitée
aux sociétés
brésiliennes (ou aux groupes à majorité de
capitaux brésiliens), et demande une
procédure assez longue ; 846 demandes ont été
déposées, dont 44 approuvées.
Mais les concessions ont une très grande surface (10 km2), une
durée illimitée, et
peu de contraintes d'environnement. Une société
étrangère recherchant un
approvisionnement en granits a donc intérêt à
s'associer à une société locale
ayant déjà demandé ou obtenu des permis, et
attendant une aide technique et
financière. Les produits se trouvant sur le marché sont
à peu près recensés,
bien qu'aucun catalogue n'ait encore été
édité, les granites blancs
apparaissant comme les plus prometteurs. Par contre la connaissance des
autres
ressources du Ceará, établies par l'inventaire
gouvernemental, n'est pas
disponible pour les sociétés étrangères.
Les carrières visitées sont
caractérisées par leur faible profondeur et l'emploi de
techniques d'abattage
traditionnelles par forage au marteau perforateur manuel et tirs de
poudre
noire ; le groupe IMARF effectue des essais de câble
diamanté. Les carrières
exploitent des niveaux soumis à l'altération, sans
chercher à atteindre les
masses en profondeur, et du fait de l'étendue des terrains, ne
se préoccupent
pas de rationaliser l'organisation de l'espace.
Les usines de transformation
sont très récentes, avec du matériel moderne
surtout italien ou allemand, seuls
les châssis à grenaille sont fabriqués au
Brésil ; diverses usines sont en
construction, la récession semble inconnue. Les entrepreneurs
sont privés et
obtiennent leurs capitaux au taux de 8 %, maintenant que la monnaie est
stabilisée : depuis le 1 juillet, la nouvelle monnaie est le
real, dont la
parité est supérieure au dollar (1,13 $), on
espère que l'inflation énorme des
dernières années (jusqu'à 49 % par mois) n'est
plus qu'un souvenir.
Le Gouvernement n'intervient
qu'au niveau de l'aide préalable, financée par la Banque
de l'Etat de Ceará et
la Banque du Nordeste du Brésil. Il a la volonté de faire
de l'industrie des
roches ornementales, tant au plan de l'extraction que de la
transformation, une
activité motrice pour le développement régional.
Les machines récentes
bénéficient de droits réduits à
l'importation (15 à 30 % m'a-t-on dit), le
salaire minimum est très bas (70 $ par mois, 150 avec les
charges sociales).
Le marché intérieur du
Brésil intéresse peu les industriels du Ceará,
mais beaucoup plus les
entreprises artisanales : il représente 1,2 Mt (1993), avec une
consommation
par habitant encore faible (8 kg/an/hab.). Rappelons que le
Brésil, avec 2 Mt
produits et 0,8 Mt exportées en 1993 est la quatrième
exportateur de granits
bruts après la Chine, l'Inde et l'Afrique du Sud, et vise 10 %
du marché mondial
dans les cinq ans à venir.
Les industriels ont pour
principal objectif l'exportation de produits finis : sur 2,83 M$ de
granits
exportés du Ceará en 1993, 71 % étaient des
produits finis, envoyés en
Belgique, aux USA, en Autriche..., la France ne représentait que
1,45 % de la
valeur des exportations. Les blocs (29 %) sont tous partis vers
l'Italie, au
prix moyen de 437 $/m3. La commercialisation en Europe des granits
du Ceará est encore
embryonnaire : le groupe IMARF envisage de la confier à un
groupe allemand
(dont le nom n'est pas révélé), les autres
industriels n'ont pas encore de
réseaux de diffusion.

Fig. 20 -
Principales
caractéristiques des granits du Ceara
Références
Chiodi Filho C., 1994, Situaçao e perspectivas
brasileiras no mercado internacional de rochas ornamentais, Rochas de
Qualidade, n°118.
Ferreira de
Souza J., 1983, Mapa Geologico do Estado do Ceará, Departamento
Nacional da
Produçao Mineral, 10° Distrito Regional.
Germain C. et Le Boloch Y., 1978, Les nodules
à poissons de l'Araripe, Brésil, Minéraux et
Fossiles, n°41.
Molina P., 1988, Corrélation Afrique-Amérique
du Sud et provinces uranifères, J. of African Earth Sc., 7/2, p.
489-497.
Shobbenhaus C., Texeira de Queiros E. et Silva
Coelho E., 1991, Principais depositos minerais do Brasil, vol. IV,
parte A.,
Dep. Nacional da Produçao
Mineral, Brasilia.
Souza S.,
1994, Historia do Ceará, Fundaçao Democrito Rocha,
Fortaleza.