Sous ce titre, quelque peu ambitieux à
vrai dire (il
faudrait un ouvrage complet pour traiter de ce sujet plus
complètement),
j'examinerai brièvement les principales régions
productrices de l'hexagone et
de la Corse, à l'exception de la Bourgogne qui est
traitée par les articles de
F. d'Epenoux et R. Perrier dans le présent volume. Il ne s'agit
pas d'un
inventaire exhaustif de toutes les carrières actives, car bien
qu'ayant eu
l'opportunité de visiter bon nombre de carrières
françaises en activité, en sommeil
ou abandonnées, il est possible que certaines productions
m'aient échappé
; je demande donc à ces producteurs
de
bien vouloir m'en excuser, et de me faire connaître leurs
carrières en activité
pour mise à jour ultérieure.
Par roches calcaires, j'entends toutes les
catégories
de calcaires sédimentaires et métamorphiques extraites
comme pierres dimensionnelles pour la
construction, la décoration, parfois pour les monuments
funéraires. Pour être
plus complet, il faudrait parler de roches carbonatées, qui
incluent les
dolomies, mais celles-ci ne sont pas exploitées comme pierres
dimensionnelles
en France à ma connaissance. Je ne reviendrai pas sur
l'éternelle question
terminologique entre marbriers et géologues sur le sens de
marbre (voir
Gadille, 1968), qui autrefois couvrait pour les premiers toutes les
roches
polissables, incluant les granits (1) et les serpentinites, et se
restreint
maintenant aux roches calcaires polissables, comprenant les marbres
vrais
(métamorphiques) et les "pierres marbrières",
catégorie de calcaires
mal définie ayant les mêmes applications que les marbres.
Il me semble
préférable de parler de calcaires
pour l'ensemble des calcaires poreux,
de calcaires marbriers (2) pour les
calcaires compacts utilisables sous forme de tranches minces polies, et
de marbres s. str. pour les calcaires
métamorphisés (recristallisation, disparition des
fossiles et des figures
sédimentaires, apparition éventuelle de minéraux
de métamorphisme).
Divers inventaires des pierres
françaises ont été
effectués par le passé, depuis celui ordonné par
Colbert en 1678, portant sur la
région parisienne, les travaux de
Héricart de Thury pendant la Révolution et l'Empire, le Répertoire de 1889 (Durand-Claye et
Debray, 1890), le
recensement très détaillé de Noël (1970)
portant sur les seules carrières de
pierre de taille, enfin la Nomenclature du Mausolée (1976) : ce
dernier travail
mentionne quelque 799 carrières en France, dont 91 de marbres et
480 de pierres
calcaires et calcaires marbriers. Une bonne partie d'entre elles est
abandonnée, ce que l'on peut vérifier par une visite sur
place : ce déclin est
attribuable aux changements intervenus dans les techniques du
bâtiment au cours
de ce siècle, avec le remplacement de la pierre de taille par
des matériaux
meilleur marché (aux dépends de l'esthétique
malheureusement), et l'incapacité
de beaucoup de carrières à fournir des blocs de grande
taille pour le sciage de
produits minces. L'annuaire de la CATED (1991) signale environ 137 carrières en activité.
Mais c'est l'arrivée des grecs
phocéens à
Marseille qui permet aux gaulois de maîtriser la taille de la
pierre, avec
l'ouverture de carrières au Cap Couronne (aujourd'hui en partie
submergées)
pour la construction du port et des remparts de Marseille, et à
Glanum au IIe
siècle avant J.C. Puis les romains conquièrent la
Gaule transalpine
(fig. 1), établissant la province
de
Narbonnaise et construisant sa capitale Narbonne en -117 ; à
partir de là,
César et ses lieutenants pacifient toute la Gaule (-58 à
-51). C'est alors une
période faste pour le bâtiment et les travaux publics. Des
villes apparaissent
partout, là où n'existaient que des cabanes de torchis,
avec toutes les
commodités que les gaulois n'avaient jamais imaginé :
palais, théâtres,
cirques, hippodromes, aqueducs, réseau routier... Les
gallo-romains exploitent
toutes les ressources en pierres de qualité disponibles à
proximité : Nîmes est
construite avec les pierres de Roquemaillères, Barutel, Lens,
l'aqueduc du Pont
du Gard avec la pierre de Vers. A Lutèce sont ouvertes des
carrières à ciel
ouvert sur les affleurements de calcaires lutétiens de la
vallée de la Bièvre.
La construction de Lyon, capitale des Gaules,
pose d'autres problèmes : on commence avec les gneiss et
granites
extraits localement, puis on fait venir des pierres calcaires beaucoup
plus
lointaines : du Sud, les pierres de Saint Paul Trois Châteaux,
Lens et Glanum,
du Nord le choin de Villebois, le choin de Fay, des pierres du
Mâconnais, le
calcaire marbrier de Rocheret, le calcaire tendre de Franclens (belles
carrières souterraines dans les falaises du Rhône en aval
du barrage de
Génissiat, fig 2). Toutes ces pierres voyageaient sans doute par
voie fluviale.
Des carrières de pierre de taille
étaient ouvertes à
Saint Leu d'Esserent, à Savonnières (carrières
souterraines dans lesquelles une
monnaie de Néron a été trouvée), pierre
blanche de Marquise et dans beaucoup
d'autres localités (voir Bedon, 1984). Mais aussi les romains
ont prospecté, en
Gaule comme dans leurs autres possessions du pourtour de la
Méditerranée, les
roches plus particulièrement ornementales :
marbres des Pyrénées ( Sarrancolin, Campan,
Aubert, Saint Béat...),
marbre de Savoie (Villette, près d'Aime), porphyre bleu de
l'Esterel... Mais à
la différence des marbres de Grèce, de Turquie, de
Tunisie et des roches
d'Egypte, les marbres gallo-romains ne semblent pas avoir
été beaucoup exportés
: leurs emplois sont restés localisés essentiellement en
Gaule, bien que des
marbres des Pyrénées (Estours, Campan, Saint Béat)
aient été retrouvés en
Espagne, en Grande Bretagne et même à Rome.
Au IIIe siècle, une nouvelle industrie
se développe,
la fabrication de sarcophages, implantée dans les
carrières de calcaires
tendres (Seyssel, Saint-Leu-d'Esserent, St Pierre-de-Mayé..)
mais aussi de
marbres et de calcaires marbriers
(marbres de Saint Béat, marbre de Valsénestre dans
l'Isère...),
emplacements signalés sur la carte de la figure 1. En somme, les
romains
avaient découvert presque toutes les ressources en roches
calcaires de la
France. Leur exploitation cessa vraisemblablement à
l'époque des invasions
barbares, les monuments publics et les stèles funéraires
furent alors
réemployés à la construction de remparts.
Au Moyen-Age des carrières de pierres
calcaires sont réouvertes
localement pour la
construction des monastères, châteaux et
cathédrales ; la maîtrise de la taille
de ces pierres est à nouveau retrouvée, comme en
témoignent les splendides
monuments médiévaux dont la France regorge. Notre Dame de
Paris est construite
en calcaires lutétiens, à partir de carrières
devenues souterraines au XIIe
siècle ; on fait aussi appel au Lutétien de Saint Leu, et
à la craie de Vernon
pour la Sainte Chapelle et la cathédrale de Rouen. Amiens
emploie la craie de
Picardie, Chartres le calcaire de Beauce (les sculptures sont en liais
de
Paris), Saintes utilise la pierre des Charentes.
Un nouvel essor de la construction se
manifeste à la
Renaissance, avec l'emploi du tuffeau de Touraine pour les
châteaux de la Loire
; la pierre de Saint Leu, apportée par voie fluviale, sert
à la construction de
Saint Eustache.
Louis XIV fait rechercher
systématiquement les pierres
de qualité et les marbres ornementaux pour la construction de
Versailles, on
ouvre à nouveau les carrières de Saint Béat, et
l'on importe des marbres rouges
de Philippeville (Belgique) et des produits italiens.
Au XIXe siècle, le
développement des transports
ferroviaires permet d'approvisionner Paris avec les pierres de Bourgogne, de Meuse, du Poitou, mais
facilite aussi les importations de marbres d'Italie. Cependant Charles
Garnier,
pour la construction de l'Opéra de Paris en 1878, fait
réouvrir les carrières
de Sarrancolin, dont sont extraites les trente colonnes monolithes du
Grand
Escalier. Une grande activité règne dans les
carrières de pierre de taille de
la fin du XIXe siècle ; des centaines de carriers s'occupent
à abattre et
tailler les blocs, l'énergie de la vapeur permet d'actionner
treuils,
cabestans, grues et locomotives.
Une sévère récession
fait suite à la première guerre
mondiale, les bâtiments en pierre de taille deviennent moins
nombreux, le béton
et les parpaings de ciment commencent à remplacer la pierre, les
carrières
restent peu mécanisées : dans certaines carrières
souterraines de l'Aisne
l'abattage se poursuit encore manuellement avec les antiques
méthodes de la lance
et du pic en 1970 ( P. Noël).
Par contre, les années suivant la
seconde guerre sont
une période florissante pour la construction, jusqu' à la
crise de 1969-1976,
quand les emplois de la pierre tendre massive s'amenuisent. Outre les
carrières
artisanales qui survivent tant bien que mal avec des marchés
locaux, de grands
groupes se constituent, avec les moyens suffisants pour
mécaniser
l'exploitation des carrières, pour ne pas parler de la
transformation. Des
marchés sont trouvés à l'étranger, dans les
pays du Golfe et aux Etats Unis
principalement, pour les revêtements de façades.

Fig.
1 - Situation des carrières de la Gaule romaine

Fig. 2 -
Carrières souterraines de
Franclens (Haute Savoie)
On a reconnu en France trois grandes
périodes
orogéniques, pendant lesquelles se sont construites des
chaînes de montagnes ;
elles ont ensuite été complètement arasées,
à l'exception de la dernière
période, qui a laissé les Alpes et les
Pyrénées.
L'érosion fait disparaître les
reliefs de la chaîne
hercynienne au cours du Permien (fig. 3), tandis qu'un volcanisme se
développe
dans l'Esterel et en Corse.

Fig. 3 -
Discordance du Dogger sur le
Grès Armoricain vertical à Villedieu-les-Bailleul (Orne),
témoignage de l'orogenèse hercynienne
C - Mésozoïque et Tertiaire
Dans le bassins de Paris
la sédimentation continue avec de faibles
épaisseurs pendant
l'Eocène et l'Oligocène, dans celui d'Aquitaine elle dure
jusqu'au Miocène
supérieur.
Autour des Alpes, l'Oligocène est
marqué par la
formation de fossés continentaux, et par des failles
d'extension, puis un golfe
marin peu profond envahit la basse Provence, le Languedoc et la
vallée du
Rhône, déposant la pierre du Midi. Le plissement final des
Alpes et du Jura
survient à la fin du Miocène, la phase compressive
correspondante affecte tout
le Sud-Est.

Fig. 4 -
Situation des carrières
actuelles de roches calcaires
3
- Roches calcaires du Paléozoïque
Dans le Boulonnais, le Dévonien
discordant du massif
de Ferques contient des calcaires
récifaux, autrefois utilisés comme marbres et pierres de
taille.
Le Dévonien
des Vosges est peu développé, on y a extrait le marbre de Russ dans la vallée de la Bruche, dans des lentilles de calcaires
récifaux du
Dévonien moyen intercalées dans des grès
conglomératiques.
Les marbres dévoniens de la Montagne
Noire et des
Pyrénées ont une autre importance. Dans la Montagne Noire
se trouvent deux
niveaux producteurs de marbres, le
Dévonien moyen et le Dévonien supérieur. Dans
l'Eiffeilien, les carrières de
Caunes-en-Minervois produisent le Rouge
du Languedoc, caractérisé par un fond rouge à
écarlate et de nombreux stromatactis blancs. Le
marbre rouge de
Saint-Nazaire-de-Ladares (fig. 5), ou Rouge
Incarnat, qui comprend des passées bleutées (turquin)
est similaire, il est
extrait à l'explosif sur un sommet montagneux, de couches
à fort pendage (35°)
et fortement fracturées, l'abattage
se
faisant vers l'aval-pendage, non sans danger.
Le marbre noir
de Laurens (Givétien, c'est à dire partie
supérieure du Dévonien
moyen) est un calcaire bleu à bleu
sombre, agrémenté de nombreuses fractures remplies de
calcite blanche, et
parfois de groupes de grands Gastéropodes : deux
carrières extraient les bancs,
peu épais, avec un pendage de 50-60°. La carrière de
Faugères, qui produisait
un marbre similaire, est arrêtée depuis longtemps.
Le Dévonien supérieur contient
des calcaires noduleux
rouges, en petits bancs, parfois roses ou violacés et même
verdâtres, appelés
familièrement griottes. Le Rouge Antique
était extrait à Cessenon, d'une profonde tranchée
qui suivait les couches
verticales (fig. 6) ; après un éboulement cette
carrière fut abandonnée, et
cette variété provient maintenant du flanc du Pic de
Vissous, sur la commune de
Mourèze. L'exploitation de Saint-Pons-de-Thomière est
également ralentie.

Fig. 5 -
Carrière de
Saint-Nazaire-de Ladarez (Hérault)

Fig. 6 -
Carrière à demi
éboulée de Cessenon (Hérault), qui exploitait le
Rouge Antique
Du côté français des
Ardennes, les calcaires bleus de
l'Avesnois, qui présentent des similarités avec le Petit
Granit, ont été produits
dans le canton d'Avesnes.
Deux importantes carrières de la
région de Marquise extraient
les marbres du Boulonnais,
qui se trouvent dans le Viséen (correspondant donc aux
pierres de Meuse) et se trouvent juste sous la série
houillère. La situation
tectonique n'est pas simple (fig. 7), car les couches viséennes
appartiennent à
une unité chevauchante (Haut Banc) recouvrant l'autochtone de
Ferques (Dévonien
discordant sur la massif ancien Brabant-Londres) ; elles sont elles
même
recouvertes par une autre unité (Hydrequent), avant la faille du
Midi qui
représente le chevauchement majeur des Ardennes sur le massif
Brabant-Londres.
Les unités du Haut Banc et d'Hydrequent correspondent donc au
domaine
parautochtone de la couverture du massif Brabant-Londres. Les couches
exploitées appartiennent à une série calcaire
d'une centaine de mètres d'épaisseur,
comportant de bas en haut les calcaires
Lunel (60 m), les calcaires Napoléon
(23 m) et les calcaires Joinville (plus de 20 m). Ce
sont des
calcaires de teinte claire, stylolitisés, avec des faciès
très variés : brèches
du Napoléon grand mélange, calcaires rubanés
(Napoléon rubané ou Notre Dame),
calcaires à algues buissonnantes ou
en
"pattes d'alouettes" (Corydopodium)
du Napoléon tigré, algues massives en forme de massue ou
"bouffées de
pipe", etc. Ces calcaires sont caractérisés par des propriétés remarquables :
porosité très faible (0,1 à 0,8 %),
résistance à la compression 1200 à 1500 bars,
grande résistance à l'usure comme
en témoignent les escaliers et dallages de gares parisiennes
(Gare St Lazare,
Gare de l'Est, Gare du Nord).
Dans le Massif Armoricain plusieurs
exploitations
anciennes, qui ont laissé des cavités importantes, ont
tiré parti des calcaires
dinantiens. La carrière de Bois-Jourdan (Mayenne, fig. 8), qui
ne produit plus
que de la pierre à chaux, était un bel exemple
d'exploitation au fil hélicoïdal
, dans des calcaires gris ou roses à Crinoïdes, Bryozoaires
et stromatactis. Celles de Louverné
(aujourd'hui noyées) et celle de Sablé
(transformée en dépôt de camions)
donnaient un calcaire gris noir. La
carrière de Saint Berthevin, était située beaucoup
plus bas, dans le Silurien,
produisant un calcaire fin de couleur lie de vin.
Le calcaire carbonifère de la Montagne
Noire et des
Pyrénées, d'épaisseur très réduite,
n'a jamais fourni de pierres ornementales.

Fig. 7 -
Coupe du Boulonnais

Fig. 8 - Anciennes
carrières de Bois-Jourdan dans le calcaire Carbonifère :
au premier plan puits creusé par carottage à la
grenaille, d'un mètre de diamètre
4 -
Calcaires du Jurassique inférieur
En Tarentaise le marbre
blanc bleuté et gris bleuté de Savoie
est produit à Villette , près d'Aime, dans une barre de
60 m de calcaires du
Lias inférieur-moyen à fort pendage, appartenant à
la nappe des brèches de
Tarentaise (zone valaisane) ; il s'agit
d'un demi-marbre, incomplètement recristallisé, dans
lequel on observe des
stylolites et de nombreuses entroques.
En Maurienne la carrière du Châtel, près de
Sollières-Sardières, fournit des dalles clivées
à
partir des calcschistes phylliteux et siliceux du Lias de la zone
briançonnaise. Les Alpes dauphinoises ont eu quelques
productions de calcaires
gris à huîtres du Lias à Laffrey, et de calcaires
noirs à Corps et Sainte Luce.
En Corse alpine, les marbres de Corte
sont des calcaires liasiques, gris sombre à noir,
rubanés, se
délitant en plaquettes du fait d'interlits phylliteux ; la
série, épaisse de
500 m, inclue des niveaux siliceux et bréchiques remaniant des
roches diverses.
L'exploitation semble avoir cessé.
Dans les Deux-Sèvres, la
carrière d'Airvault comporte quelques de bancs
très riches en Ammonites et Bélemnites, qui ont servi
à fabriquer des coffrets,
des tables et de petits objets de décoration ; cependant les
bancs étaient de
faible épaisseur, et sans doute fracturés par
l'exploitation de pierre à ciment
qui se faisait juste au dessus, l'entreprise a cessé ses
activités.
5 -
Calcaires du Jurassique moyen
Cependant la sédimentation n'est pas
uniforme : les
variations de dépôts sont rapides, on passe en quelques
kilomètres d'une zone
marine, avec des marnes à Ammonites ou des calcaires à
silex, à une barrière
oolitique pouvant contenir des polypiers, puis à des lagons
contenant des
concrétions algaires (onchoïdes) et des dolomies ou des sédiments fins
bioturbés (genre Comblanchien). Il s'y ajoute des bassins
profonds comme la mer
alpine du bassin du Sud-Est, et aussi des chenaux plus profonds
à travers les
plateforme, tel le sillon marneux qui
traverse le bassin parisien du Morvan à la basse Seine,
établissant une liaison
entre la mer alpine et l'Atlantique (fig. 9). Les zones de
faciès semblent
indépendantes de la présence du Massif Central, il est
probable que celui-ci
était en grande partie recouvert par la mer, et que les vrais
rivages se
trouvaient dans les Ardennes et dans le Massif Armoricain.
Il en résulte pratiquement que les
qualités de pierres
que l'on rencontre dans l'ensemble des calcaires du Dogger sont
très variables,
depuis des oolites très friables jusqu'à de
véritables calcaires marbriers.
Dans le Nord de la France
plusieurs petites exploitations ont tiré parti des
calcaires
oolitiques du bassin parisien, comme à Marquise
où les 8 m d'oolite bathonienne discordante, ont fourni
des
pierres de taille (gélives) au cours de l'Antiquité et du
Moyen-Age. La carrière de
Hannogne-Saint Martin
(Ardennes) exploitait aussi l'oolite du
Dogger. La carrière de Rumelange (5),
celle de Grand Court dans le Sud
de la Belgique (pierre gaumaise) et celle de
Roncourt (pierre de Jaumont)
dans la Moselle, produisent des calcaires jaunes, à fragments de
coquilles et
oolites, contenant parfois du quartz, et dont la résistance
à la compression
est variable (314 bars à Rumelange, 180-200 à Roncourt,
42-48 à Grand Court).
En Normandie, la pierre blanche de Caen a été célèbre au
Moyen-Age, ayant
servi à la construction d'innombrables édifices
régionaux, et jusqu'en
Angleterre. C'est une pierre crayeuse, avec de la pyrite à la
base et des
accidents siliceux au sommet, gélive et facilement
altérée par les algues ;
elle était extraite de carrières à ciel ouvert, et
de carrières souterraines
nombreuses sous la ville de Caen. Il existe un projet de
réouverture d'une
carrière en vue de la restauration. Actuellement il reste une
carrière à Creuilly, avec une
variété tendre et
une autre plus dure, de couleurs jaunes, qui appartient comme la pierre
de Caen
au Bathonien, mais dans un niveau plus élevé.
Pour la Bourgogne, première
région productrice de
pierres calcaires en France, on se référera aux articles
de d'Epenoux et de
Perrier dans ce volume.
Dans le Jura, le Bajocien produisait à
Sampans une
pierre froide, grise à taches roses, très
fracturée et abandonnée pour cela
depuis une vingtaine d'années. Les calcaires à entroques
bajociens produisent à
Revigny, au dessus de Lons le
Saulnier, une pierre gris bleutée en gros bancs, autrefois
appelée "pierre
du Jura" et maintenant "pierre de Revigny".
L'Ile Crémieu, avec les environs de Montalieu (Isère) et de Villebois
(Ain) sur l'autre rive du
Rhône, a été un important centre carrier à
l'époque gallo-romaine, et surtout
de 1840 à 1914, quand 2500 à 3500 ouvriers extrayaient le
"choin de
Villebois" pour la construction de Lyon, dans une cinquantaine de
carrières. Le plateau de Villebois-Montalieu, traversé en
cluse par le Rhône,
représente l'avant-pays du Jura, avec la même série
stratigraphique, mais en
structure monoclinale, avec quelques failles NNE (effondrement vers le
fossé de
la Saône) et SE.
Le Bajocien est épais, avec 200 m de
calcaires
oolitiques et à entroques, comportant des lentilles
récifales). Les oolites
sont gélives, mais le Bajocien fournit à Annoisin
de grandes dalles de calcaire lumachellique grenu rose, à
nombreux
stylolites rouges ou jaunes qui facilitent le délitage : ces
dalles, ou lauzes,
ont servi de couverture à d'anciennes constructions et,
dressées verticalement,
à former des murs de clôtures caractéristiques de
la région. Actuellement,
elles fournissent des dallages et des pierres de murettes. Les
lentilles de
calcaire récifal du Bajocien ont
autrefois fourni au Val d'Amby un
calcaire appelé "petit granit" .
Le Bathonien
comprend 45 m de calcaires fins
à silex, dont les 6 m supérieurs forment le "choin
de Villebois", sous le Callovien marneux. Il s'agit de
calcaires fins, assez compacts (porosité 0,7 à 1,6% ), de
couleur gris brun,
fortement bioturbé (probablement des traces de crustacés
fouisseurs), en bancs
séparés par des stylolites de grande taille, se
retrouvant souvent tous les 10
à 20 cm. Malgré ces délits, on a pu en extraire
quelques grands monolithes,
comme celui dressé sur la place de
Villebois en 1890 "à la gloire de la Révolution
Française". Trois
carrières de choin restent en exploitation dans les environs de
Montalieu
(celles de Villebois sont arrêtées depuis longtemps) ; la
région est restée un
important centre de transformation pour la région lyonnaise,
auquel vient de
s'ajouter une usine toute récente. En outre, un centre de
formation a été
ouvert par l'UNICEM pour la formation de tailleurs de pierre, de
marbriers et
de graveurs.
Au Nord du Massif central, la région
de Nevers a
produit des pierres calcaires à Pont Saint Ours,
Apremont, Dejointes, Charly, Ambrault, Saint Gaultier,
Ambrault...
La région Poitou-Charentes est un
autre centre
important de pierres dans le Dogger. La production vient du Bathonien
et du
Callovien. Le Bathonien produit à Chauvigny
(Artiges, Peuron, Brétigny, fig11) une oolite
"miliaire" (grain millimétrique) très blanche,
épaisse de 40 à
60 m, qui doit sa solidité à un ciment de calcite
sparitique, malgré une
porosité de 14 à 24 % ; on y rencontre quelques grosses
colonies de polypiers.
L'oolite de la carrière Normandoux
à Tercé a fourni des calcaires pour la
statuaire. La pierre de Vilhonneur
(18 m) est beaucoup plus
bioclastique, avec des stratifications obliques, elle contient une
faune de
polypiers, lamellibranches et oursins. Des faciès plus fins et
de couleur beige
sont produits à Combe Brune (33 m)
au sommet du Bathonien et à Beaulieu.
Vers l'Ouest les faciès de
barrière de
Chauvigny et Vilhonneur se réduisent et passent à des
calcaires à silex (20 m
dans les environs de Poitiers), puis à des calcaires marneux
à ammonites encore
plus à l'Ouest.
Le Callovien du Poitou produit
des calcaires oolitiques plus fins que ceux du Bathonien,
assez poreux (20-30 %) dans les vastes carrières souterraines de
Migné les Lourdines et Bonnillet (pierre
appelée Tervoux)(6),
et aussi dans la carrière à ciel ouvert de Lavoux, qui
a été un important centre carrier au début
du siècle, avec trois à
quatre cent ouvriers.

Fig.
9 - Répartition des faciès du Bathonien du Bassin
Parisien (d'après Cavelier et Lorenz, fig. 10)

Fig. 10 - Stratifications
obliques du calcaire à Entroques de Buxy

Fig. 11 -
Gélifraction sur plusieurs mètres dans l'oolite de
Chauvigny (carrière des Grippes)
6 -
Calcaires du Jurassique supérieur
Dans le Portlandien,
la pierre de Savonnières,
exploitée à Brauvilliers et Savonnières, est un
calcaire oolitique à passées
lumachelliques, dont les oolites ont été vidées de
leur centre par la
dissolution.
Dans le Nivernais, les calcaires oolitiques
et
bioclastiques de La Charité sur Loire (50 m) furent extraits
près de cette
ville, aussi à Bulcy et Narcy. Deux carrières restent en
activité : l'une à Malvaux (pierres de
Malvaux et de
Garchy), l'autre à Verger (calcaire
bicolore finement oolitique, avec une faune intéressante
d'Encrines, polypiers,
ammonites, os de reptiles et empreintes de plantes)(fig. 14).
A Drom, le
Kimméridgien supérieur-Porttlandien, fournit sur 4 m
d'épaisseur la pierre du
Revermont, ou Chandolin, ou Rose du Bugey ; c'est un calcaire
beige-jaune à
gravelles blanches, avec des bioturbations à remplissage rose,
et des géodes
incomplètement remplies.
Le Portlandien du Bec de l'Echaillon,
dans le Nord du Vercors, a fourni de 1848 à 1939, dans
des carrières souterraines, un
calcaire
blanc récifal, rose et plus dur vers le sommet, dans lequel des
sculptures ont
été réalisées pour l'Opéra de Paris.
Dans les Alpes de Savoie, tout près de
la frontière
italienne, le cipolin du Montcenis a
été exploité jusqu'à ces dernières
années dans une petite carrière ; c'est un
marbre blanc cristallin à délits micacés et
ferrugineux, à structure fluidale,
avec de nombreux éléments bréchiques de calcaires
plus sombres, appartenant à
la couverture mésozoïque métamorphique du Massif
d'Ambin.
Dans l'Ardèche, la couverture du
Massif Central a
produit dans le Portlandien inférieur des calcaires compacts,
gris ou
bicolores, bioturbés, en bancs de 1 à 2 m, à
Chomérac et à Labaume près de
Ruoms.
Sur la côte languedocienne, les
carrières entre Port
la Nouvelle et Lapalme, produisent une brèche polygénique
sous le nom de Saint
Jean fleuri ou marbre du Cap Romarin;
ces niveaux bréchiques, à éléments de
Jurassique moyen et supérieur, sont
intercalés dans les calcaires du Portlandien, ils contiennent un
ciment rouge
témoin d'une karstification. Au dessus de Monaco la
carrière de La Turbie
exploite un calcaire très fin blanc à brun clair en
petits bancs, attribué à
l'Oxfordien (Noël).
Les Pyrénées contiennent
également des niveaux de
brèches dans le Jurassique supérieur, la brèche
Médous (éléments anguleux
sombres sur fond jaune beige), qui a été exploitée
jusque dans les années
soixante à Asté (Hautes Pyrénées), et la
Brèche Romaine de La Pène Saint Martin
près de Saint Béat, calcaire marmoréen noir.
En Corse, les marbres de la Restonica sont des cipolins
rubanés blancs et gris à gros cristaux, discordants sur
le socle, et surmontés
de niveaux bréchiques ; ils sont rattachés au Jurassique
supérieur depuis une
découverte de polypiers, leur exploitation semble
arrêtée.

Fig. 12 -
Anciennes carrières
souterraines d'Euville

Fig. 13 - Ancienne carrière d'Euville montrant la forme lenticulaire du calcaire à Entroques oxfordien

Fig. 14 - Encrine assez
complète de la carrière de Verger (Nièvre)

Fig. 15 - Entrée de
l'ancienne carrière souterraine de Molinges : deux galeries
étaient creusées au toit pour installer le câble
hélicoïdal

Fig. 16 - Brocatelle de
Molinges, montrant de nombreuses sections de Rudistes
La carrière de Rocheret,
à Nattages (Ain) se trouve à peu près au
même niveau du Valanginien; c'est un
calcaire marbrier crème, riche en débris de bryozoaires,
lamellibranches et
échinodermes, en bancs de 0,4 à 1 m, avec un lit à
Rudistes. Il existerait
quelques carrières de calcaires néocomiens sur le flanc
SE du Crêt de la Neige,
près de Gex et de Thoiry.
Au SW de Saint Claude, le Barrémien
récifal de
Chassal, d'une dizaine de mètres d'épaisseur,
produit la brocatelle de Molinges
(fig. 15 et 16), calcaire
marbrier microcristallin jaune, à stylolites jaunes et zones
violacées, avec
niveaux riches en sections de Rudistes ; elle rappelle la brocatelle de
Tortosa
en Espagne, qui est également un calcaire à Rudistes (et
non une brèche). Les
anciennes carrières souterraines exploitées au fil
hélicoïdal sont abandonnées,
mais une petite exploitation aérienne a été
ouverte au voisinage.
Rappelons les anciennes carrières
souterraines de
Franclens, qui exploitaient un faciès crayeux de l'Urgonien dans
la gorge du
Rhône en aval de Génissiat. L'Urgonien des chaînes
subalpines est extrait à
Grésy sur-Aix près d'Aix les Bains (calcaire graveleux
gris mal classé, à
cristaux de pyrite), où une carrière dédiée
surtout au concassage a entrepris
de récupérer les blocs sains pour les commercialiser sous
le nom de pierre de Grésy (pierre de taille,
dallages).
Dans l'Urgonien du Vercors des calcaires blancs à Rudistes ont
été exploités à
Sassenage, et d'autres, de couleur jaune, au Lignet près de
Rovon.
Au SE du Massif Central, les calcaires
valanginiens de
Pompignan et de Saint Hippolyte, calcaires blancs ou gris en petits
bancs, ne
semblent plus extraits. Le Valanginien de Brignoles
est un calcaire compact jaune, rose ou violet. Près de
Nîmes l'antique carrière
de Roquemaillères est toujours
active : les calcaires de l'Hauterivien supérieur ont une
couleur grise, avec
des auréoles colorées en brun ou rouge par l'oxydation ;
un des bancs les plus
épais (1,5 m) produit des blocs pour dallages et
revêtements de façades.
Dans le Barrémien inférieur les
calcaires argileux
gris à patine blanche, en petits bancs, de Barutel ne sont plus
extraits que
pour la restauration. La pierre de Tavel,
calcaire fin et siliceux (plus de 14 % de silice), blanc rosé,
crème ou gris
bleu, appartient aussi au Barrémien. Parmi les roches
exploitées dans cette
région dans l'Urgonien, mentionnons la pierre de Brouzet-les-Alès,
calcaire gréseux beige-rosé exploité jadis en
carrières à ciel ouvert et maintenant en galeries, et la
pierre de Lens (Barrémien supérieur),
calcaire
oolitique très blanc, d'aspect crayeux, convenant à la
taille de pierre et à la
statuaire. Aux environs de Toulon les calcaires jaunes et roses
à fragments de
Rudistes d'Evenos (aussi appelés
Sainte Anne), et les calcaires graveleux blanc crème de Touris ne produisent plus de roches ornementales depuis
des années.
Le calcaire fin et dur, gris bleu ou crème de la carrière
de Banon appartient
au Barrémien.
Dans les Pyrénées occidentales,
l'Aptien supérieur
fournit les calcaires marbriers gris d'Arudy et de Cihigue; Arudy
a été un centre marbrier
important, avec de nombreuses carrières produisant le Sainte
Anne des Pyrénées,
le Paloma, l'Izeste, le Saint Michel, dans un gros anticlinal
chevauchant vers
le Nord, accidenté de divers replis. Il reste deux
carrières d'activité
limitée, produisant le Saint Anne et le Paloma. Cihigue
produit aussi un calcaire noir à Rudistes (Polyconites,
Toucasia, Radiolites) avec
algues, polypiers et orbitolines. On n'a pas trouvé en France
l'équivalent des
beaux marbres rouges à grands rudistes blancs de Zugarramurdi.
Dans les Pyrénées centrales, de
nombreuses carrières
ont extrait l'Urgonien de couleur
sombre à Rudistes et Orbitolines : Grand Antique d'Aubert, Noir
de Montégut,
Petit Antique de Hèches... Le cas des marbres de Saint
Béat et Sost est moins
certain : il s'agit de vrais marbres, gris blanc, dolomitiques,
à odeur fétide,
qui a ont été affectés par le métamorphisme
haute température-basse pression du
Crétacé moyen; ils forment une grosse barre traversant la
vallée de la Garonne
et seraient d'âge barrémo-albien. Le site ne produit plus
que des concassés.
Dans les Pyrénées orientales la
brèche romaine ou
brèche orientale de Baixas (fig.
17), était une brèche
polygénique à éléments anguleux bleu
sombre, blancs ou gris-bruns, d'une taille
de quelques centimètres à un mètre, elle ne
fournit plus que des concassés
depuis 25 ans.

Fig.
17 - Ancienne carrière de Baixas, qui produisait la
"Brèche Romaine" ; noter le puits taillé à la main
pour le passage du câble hélicoïdal
Le tuffeau de
Touraine a été beaucoup exploité en
carrières souterraines depuis le Moyen-Age
sur les bords de la Loire et du Cher (Martinet et Macaire, in Lorenz et
Benoit,
1991): c'est une craie argileuse, glauconieuse, avec un fort
pourcentage de
silice (environ 40%, sous forme de petits grains de quartz ou de
sphérules
d'opale), et par endroits des concrétions de pyrite. Le tuffeau
est d'âge
turonien, et se subdivise en 40 m de tuffeau blanc à la base,
surmonté de 25-30
m de tuffeau jaune. Ces roches sont tendres et faciles à tailler
(résistance à
la compression 51-92 bars, porosité 31-46,6%), mais très
altérables comme le
montrent la cathédrale de Tours et les châteaux de la
Loire. Une seule
exploitation subsiste, à Saint-Cyr-en-Bourg.
A Sireuil
le calcaire cénomanien est produit
dans
une grande carrière souterraine, où se trouve
également l'usine de
transformation ; c'est un calcaire biodétritique et oolitique,
de grain assez
gros, très poreux (33-38%), mais résistant au gel selon
l'expérience séculaire.
Une autre exploitation souterraine se
trouve à Pombreton.
Le Turonien supérieur des Charentes,
formant la
bordure Nord du bassin aquitain, a été beaucoup extrait
des immenses carrières
souterraines de Saint Même (sur 40 m d'épaisseur, en
plusieurs niveaux),
maintenant arrêtées et noyées , et en de nombreuses
localités entre Cognac et Sainte
Catherine. Il ne subsiste plus qu'une petite exploitation près
de Saint Même,
une exploitation de calcaire beige finement oolitique à nodules
pyriteux à Pons
(pierre de Richemont) et une à Thénac.
Le gisement se poursuit sur la
bordure nord-aquitaine en Dordogne , avec une épaisseur de 4
à 6 m, et des
exploitations souvent souterraines, de La Rochebeaucourt à
Peaussac et Saint
Vivien, Mauzens-Miremont et Les
Eyzies-Tayac. Ces pierres ont une résistance de 50 à 230
bars, une porosité de
27 à 36%.
Dans les Pyrénées la splendide brèche de Sarrancolin a été remise en
exploitation par deux carrières : elle
se trouve dans des calcaires à Caprina
adversa et Préalvéolines du Cénomanien
moyen-supérieur, en contact anormal
ou discordant contre le Trias. C'est une brèche
polygénique à éléments
paléozoïques et mésozoïques, allongés,
très stylolitisés, de taille
centimétrique à décimétrique. Entre eux se
trouvent des remplissages de
matériel ferrugineux rouge, et aussi d'onyx. Leur origine est
encore mal assurée.
Le flysch du Sénonien inférieur
(Coniacien) de Bidache comprend des calcaires siliceux
gris, avec des bandes et nodules de silex, qui fournissent des bancs de
20-30
cm.
De nos jours
elles se trouvent reportées loin de Paris dans les
départements de l'Oise et de
l'Aisne, de Saint Leu-d'Esserent à Courville. La masse
exploitée est
essentiellement un calcaire à Milioles, avec de nombreuses
variétés dépendant
de la dureté et de la présence de moules de fossiles
(Cérithes...). La
résistance à la compression varie entre 50 et 150 bars
(porosité 34 à 43 %), mais
il existe quelques bancs
durs, de faible épaisseur cependant, atteignant de meilleures
caractéristiques
(450-950 bars dans le liais dur de Saint Maximin).

Fig.
18 - Coupe du Lutétien (Paris et Oise)
Les pierre de Souppes
et de Château-Landon appartiennent à l'Eocène
supérieur lacustre, elles
contiennent de l'argile (smectites), localement des stromatolites et
des
characées. Ce sont des pierres assez résistantes
(400-1500 bars), à grain fin,
grises, avec de nombreux petits trous (porosité 2-10%).
Les calcaires lacustres de l'Oligocène
du bassin
parisien (calcaire de Beauce, Aquitanien-Stampien) ont
été extraits à
Berchères-les-Pierres sur 2 à 3 m pour la construction de
la cathédrale de
Chartres, et le sont toujours à Prasville
: une bonne partie de la roche est concassée, mais on
récupère un banc de 0,8
m pour la fabrication de cheminées,
de
bornes et même de carreaux. C'est un calcaire gris avec de
nombreuses cavités
et géodes (moules de gastéropodes), des stromatolites et
des brèches
intraformationnelles.
Le Miocène de Doué la Fontaine
(Maine et Loire) est la
seule localité où les faluns (calcarénites peu
consolidées à Bryozoaires) ont
pu être exploités, en carrières souterraines,
pour la fabrication de sarcophages mérovingiens pendant
le Haut
Moyen-Age et pour la construction jusqu'au début de ce
siècle (Cousin, 1990).
En Savoie, la commune de Vimines
a longtemps fourni un conglomérat rouge, provenant de la
carrière de Pierre Rouge, dans un niveau
de la base de l'Oligocène lacustre, discordant sur
l'Hauterivien du Mont
du Chat ; les éléments calcaires blancs, plus ou moins
arrondis, sont englobés
dans un ciment calcaréo-ferrugineux rouge. L'activité a
cessé en 1952, il
subsiste dans la région de nombreux dessus de commodes et de
cheminées en
"marbre de Vimines" .
La molasse
miocène du sillon subalpin a produit pendant les siècles
passés d'importantes
quantités de pierre tendre, argileuse et gréseuse, par
exemple dans les
carrières souterraines de Voreppe ; elle était
prisée pour les cheminées et les
fours, du fait de sa résistance au feu, mais aussi pour la
construction de murs
d'élévation, d'encadrements de portes et fenêtres,
où son emploi a été
désastreux : cette roche pompe l'humidité comme un
buvard, elle est vite
détruite par le salpêtre. Des études faites en
Suisse ont montré qu'elle se
dilate lorsqu'elle est envahie par l'eau (dilatation hydrique,
liée aux
argiles).
La transgression marine du Miocène a
déposé dans le
Languedoc et la basse Provence des molasses calcaires (calcaires
bioclastiques
tendres), ou pierre du Midi, dans
un golfe partant de la Méditerranée et
remontant jusqu'à Montélimar et Digne (Philippe, 1985).
Des roches plus ou
moins dures se trouvent dans cette formation, dont l'âge varie du
Burdigalien
au Tortonien selon les lieux. Les carrières ont
été très nombreuses (fig. 19),
certaines ont été industrialisées dès le
milieu du XIXe siècle, comme à Saint
Paul Trois Châteaux, quand l'ouverture de voies ferrées
abaissa les coûts de
transport. Actuellement la zone la plus active à notre
connaissance se trouve
dans le département du Gard, à Vers et Castillon-du-Gard
(calcaire
lumachellique grossier, jaune foncé, à nombreux Pectens),
où de grandes
carrières en fosse avec rampes d'accès sont
exploitées par havage. Deux autres
carrières se trouvent près de Castries.

Fig.
19 - Carte du golfe miocène de la Pierre du Midi

Fig. 20 -
Carrière de Vers-Pont-du-Gard, exploitée par haveuse
Un autre groupe de carrières, à
ciel ouvert ou
souterraines, se situe dans le bassin d'Apt au N du Lubéron,
entre Ménerbes et
la Roche-d'Espeil (Dallaire et Gargi, 1985). D'autres se trouvent dans
la
région des Baux de Provence (Sarragan et Fontvieille) au Sud
d'Avignon, on
trouve aussi des carrières dispersées à Rognes,
Saint Michel l'Observatoire
(Porchères), et jusque près de Carpentras (Le Beaucet,
Crillon). Les propriétés
mécaniques de ces pierres miocènes varient dans de larges
proportions :
porosité de 19 à 39 %, résistance à la
compression simple de 17 à 290 bars, la
pierre de Vers étant l'une des plus faibles (fig. 20).
Dans le bassin aquitain, le calcaire
à Astéries de l'Oligocène (Stampien) affleure
largement
entre la Dordogne et la Garonne. D'innombrables carrières
souterraines à chambres
et piliers ont été ouvertes dans un triangle
Bourg-Castillon la Bataille-Langon
pour la construction de Bordeaux, surtout aux XVIII et XIXe
siècles, quand
elles furent arrêtées après de nombreux accidents.
C'est un calcaire
bioclastique, sableux à grossier, peu cimenté, à
propriétés assez basses
(porosité 25 à 45%, résistance à
l'écrasement faible surtout quand la roche est
saturée d'eau), qui ont causé beaucoup de soucis pour la
restauration des
immeubles anciens. Une ou deux exploitations existent encore, à
ciel ouvert,
dans un niveau plus dur près de Frontenac et Juzagan.
Autour d'Agen, les calcaires lacustres
aquitaniens
(Mouline, 1991, in Lorenz et Benoit) sont répartis en deux
niveaux (calcaires
blancs à la base, calcaires gris au sommet)
séparés par une couche de marnes à
huîtres, le tout épais d'environ 35 m, et apparaissent
criblés de trous ; ils
ont servi à des constructions
locales,
jusqu'à Bordeaux et Toulouse.
Des calcaires marbriers existent dans le
Mésozoïque
(Lorraine, Bourgogne, Poitou), leur exploitation est plus difficile
à cause de
leur fragilité ou facilité de propagation des fractures
(fracturation
naturelle, fractures de surface, fractures causées par
l'explosif). l'Urgonien
des Pyrénées donne des calcaires marbriers noirs. Le
Paléozoïque contient deux
niveaux de calcaires marbriers ou marbres de couleur, le
Dévonien et le
Dinantien, qui ont subi l'orogénèse hercynienne et se
trouvent donc souvent en
couches redressées et fracturées : ils sont peu
exploités actuellement sauf
dans le Languedoc (noirs ou rouges du Dévonien) et le Boulonnais
(jaunes du
Dinantien). Pour palier ce déficit en calcaires marbriers, la
France importe
quantité de roches européennes(Travertin romain,
Botticino, Perlato, Trani,
Marfil, Vidraço...), roches d'un beige plus ou moins jaune. Les
marbres colorés
ou veinés sont peu en faveur actuellement, l'académisme
ayant été formellement
condamné.
Les marbres vrais sont mal
représentés, à part
certains marbres dévoniens des Pyrénées (Vert
d'Estours, Campan) ; le marbre
gris de Saint Béat est abandonné, le marbre de Savoie est
un semi-marbre, le
Sarrancolin est une brèche. On importe donc quantités de
marbres blancs-gris de
Carrare, des marbres blancs dolomitiques de Thasos et Sivec, etc.
On remarquera l'absence totale de production
de
serpentinites et ophicalcites, roches
qui existent dans les zones ophiolitiques des Alpes (elles ont
été extraites
autrefois en Savoie et dans le Queyras), et sont produites en
quantité dans le
Val d'Aoste.
Les difficultés rencontrées en
France par l'industrie
de la pierre calcaire résident d'abord dans le climat humide qui
cause une
épaisse zone d'altération : celle-ci masque souvent les
gisements, et la
prospection requiert des sondages carottés (encore peu nombreux)
et la mise au point de méthodes
géophysiques
appropriées. Peu de sociétés sont convaincues de
la nécessité d'investir en
exploration pour remplacer leurs réserves qui s'épuisent.
Il s'y ajoute les
difficultés et les longs délais pour ouvrir de nouvelles
carrières, et le coût
des engagements de réhabilitation qui sont imposés.
Le grand public retient une image
défavorable des
carrières, avec d'énormes bruits d'explosion et des
nuages de poussière : les
carriers encouragent peu la visite des carrières modernes de
roches
ornementales, qui n'emploient pas d'explosif et font peu de
poussière et de
bruit. Il en est de même pour les usines de transformation
récentes, beaucoup
de consommateurs ne connaissant que des ateliers poussiéreux de
marbrerie qui
ont peu évolué depuis le début du siècle.
Il n'existe pratiquement pas de promotion de
la pierre
à l'usage du grand public, et même des architectes et
prescripteurs ; très
individualistes, les firmes ne mettent naturellement en avant que leurs
propres
produits. Il n'existe aucune exposition permanente de la production
française,
pas plus que de foire spécialisée (il y en a trois en
Italie, deux en Espagne),
aucun catalogue des roches calcaires
(voir les catalogues du Portugal et de l'Italie), aucun ouvrage
récent sur le
sujet (9). En outre, la pierre a conservé pour le public une
réputation de
produit de luxe à prix élevé,
ce qui
est effectif quand la pose est prise en compte, et explique la faible
consommation de pierre dimensionnelle par habitant : 23,7 kg par
habitant par an (contre 172,7 pour la
Grèce, 118,7
pour l'Italie, 62,7 pour l'Espagne).
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NOTES
1 - J’emploie l'orthographe granit, comme les marbriers, pour l'ensemble des roches magmatiques et métamorphiques grenues et siliceuses, et l'orthographe granite pour les granites vrais des géologues, qui n'en sont qu'une partie (roches magmatiques grenues formées essentiellement de quartz, de feldspaths potassiques et d'un peu de plagioclases).
2 - On pourrait définir plus précisément les calcaires marbriers : calcaires à faible porosité (moins de 2%), résistance à la flexion supérieure à un certain seuil, degré de polissage mesuré par la réflectivité de la lumière.
3 - Terme qui a été imité en France, en Suisse et en Italie.
4 - Les stromatactis sont des cavités de forme irrégulière, tapissées de calcite grise et blanche, d'origine disputée (algues molles, cavités remplies de gaz de décompositions, éponges ?).
5 - Cette localité se trouve au Luxembourg, mais l'exploitation est en territoire français.
6 - La pierre de Bonnillet provenait de carrières de surface, au dessus des carrières souterraines actuelles de Bonnillet, c'était une pierre grise grenue, à stratifications entrecroisées, d'âge oxfordien,
7 - Calcaire fin à Milioles et petits quartz.
8 - Voir Blot et Paicheler (1991, in Lorenz et Benoit) pour les emplois historiques des travertins et tufs de Montigny, Meximieux, La Sône, Montouliers, etc. , dans la construction des églises, remparts et châteaux.
9 - Le livre de Cnudde et al., 1988, Pierres et marbres de Wallonie, serait un bon modèle.