Les roches calcaires de France

PERRIER R., Mines et Carrières, Les Techniques, vol. 75, La Pierre en France, p. 54-69

Sous ce titre, quelque peu ambitieux à vrai dire (il faudrait un ouvrage complet pour traiter de ce sujet plus complètement), j'examinerai brièvement les principales régions productrices de l'hexagone et de la Corse, à l'exception de la Bourgogne qui est traitée par les articles de F. d'Epenoux et R. Perrier dans le présent volume. Il ne s'agit pas d'un inventaire exhaustif de toutes les carrières actives, car bien qu'ayant eu l'opportunité de visiter bon nombre de carrières françaises en activité, en sommeil ou abandonnées, il est possible que certaines productions m'aient échappé ;  je demande donc à ces producteurs de bien vouloir m'en excuser, et de me faire connaître leurs carrières en activité pour mise à jour ultérieure.

Par roches calcaires, j'entends toutes les catégories de calcaires sédimentaires et métamorphiques extraites comme pierres dimensionnelles pour la construction, la décoration, parfois pour les monuments funéraires. Pour être plus complet, il faudrait parler de roches carbonatées, qui incluent les dolomies, mais celles-ci ne sont pas exploitées comme pierres dimensionnelles en France à ma connaissance. Je ne reviendrai pas sur l'éternelle question terminologique entre marbriers et géologues sur le sens de marbre (voir Gadille, 1968), qui autrefois couvrait pour les premiers toutes les roches polissables, incluant les granits (1) et les serpentinites, et se restreint maintenant aux roches calcaires polissables, comprenant les marbres vrais (métamorphiques) et les "pierres marbrières", catégorie de calcaires mal définie ayant les mêmes applications que les marbres. Il me semble préférable de parler de calcaires pour l'ensemble des  calcaires poreux, de calcaires marbriers (2) pour les calcaires compacts utilisables sous forme de tranches minces polies, et de marbres s. str. pour les calcaires métamorphisés (recristallisation, disparition des fossiles et des figures sédimentaires, apparition éventuelle de minéraux de métamorphisme).

Divers inventaires des pierres françaises ont été effectués par le passé, depuis celui ordonné par Colbert en 1678, portant  sur la région parisienne, les travaux de Héricart de Thury pendant la Révolution et l'Empire,  le Répertoire de 1889 (Durand-Claye et Debray, 1890), le recensement très détaillé de Noël (1970) portant sur les seules carrières de pierre de taille, enfin la Nomenclature du Mausolée (1976) : ce dernier travail mentionne quelque 799 carrières en France, dont 91 de marbres et 480 de pierres calcaires et calcaires marbriers. Une bonne partie d'entre elles est abandonnée, ce que l'on peut vérifier par une visite sur place : ce déclin est attribuable aux changements intervenus dans les techniques du bâtiment au cours de ce siècle, avec le remplacement de la pierre de taille par des matériaux meilleur marché (aux dépends de l'esthétique malheureusement), et l'incapacité de beaucoup de carrières à fournir des blocs de grande taille pour le sciage de produits minces. L'annuaire de la CATED (1991) signale environ 137  carrières en activité.

1 - Rappel historique

Les premiers emplois des calcaires paraissent liée à la civilisation mégalithique (-5500 à -3000) : la construction de vastes tombeaux, pratiquée à grande échelle en Europe occidentale, a fait appel surtout aux roches granitiques là où elles étaient disponibles, et parfois à des calcaires, comme ceux du Callovien de Bougon dans les Deux-Sèvres : les monolithes étaient façonnés par le choc de percuteurs en silex, qui écrasaient  peu à peu la roche. Les remparts gaulois, comme en témoigne César, étaient construits en terre entremêlée de troncs d'arbres (déjà un matériau composite), et revêtus de blocs de pierre plus ou moins taillés. Quelques blocs calcaires ont aussi servi à la sculpture gauloise.

Mais c'est l'arrivée des grecs phocéens à Marseille qui permet aux gaulois de maîtriser la taille de la pierre, avec l'ouverture de carrières au Cap Couronne (aujourd'hui en partie submergées) pour la construction du port et des remparts de Marseille, et à Glanum au IIe siècle avant J.C. Puis les romains conquièrent la Gaule transalpine (fig. 1),  établissant la province de Narbonnaise et construisant sa capitale Narbonne en -117 ; à partir de là, César et ses lieutenants pacifient toute la Gaule (-58 à -51). C'est alors une période faste pour le bâtiment et les travaux publics. Des villes apparaissent partout, là où n'existaient que des cabanes de torchis, avec toutes les commodités que les gaulois n'avaient jamais imaginé : palais, théâtres, cirques, hippodromes, aqueducs, réseau routier... Les gallo-romains exploitent toutes les ressources en pierres de qualité disponibles à proximité : Nîmes est construite avec les pierres de Roquemaillères, Barutel, Lens, l'aqueduc du Pont du Gard avec la pierre de Vers. A Lutèce sont ouvertes des carrières à ciel ouvert sur les affleurements de calcaires lutétiens de la vallée de la Bièvre. La construction de Lyon, capitale des Gaules,  pose d'autres problèmes : on commence avec les gneiss et granites extraits localement, puis on fait venir des pierres calcaires beaucoup plus lointaines : du Sud, les pierres de Saint Paul Trois Châteaux, Lens et Glanum, du Nord le choin de Villebois, le choin de Fay, des pierres du Mâconnais, le calcaire marbrier de Rocheret, le calcaire tendre de Franclens (belles carrières souterraines dans les falaises du Rhône en aval du barrage de Génissiat, fig 2). Toutes ces pierres voyageaient sans doute par voie fluviale.

Des carrières de pierre de taille étaient ouvertes à Saint Leu d'Esserent, à Savonnières (carrières souterraines dans lesquelles une monnaie de Néron a été trouvée), pierre blanche de Marquise et dans beaucoup d'autres localités (voir Bedon, 1984). Mais aussi les romains ont prospecté, en Gaule comme dans leurs autres possessions du pourtour de la Méditerranée, les roches plus particulièrement ornementales :  marbres des Pyrénées ( Sarrancolin, Campan, Aubert, Saint Béat...), marbre de Savoie (Villette, près d'Aime), porphyre bleu de l'Esterel... Mais à la différence des marbres de Grèce, de Turquie, de Tunisie et des roches d'Egypte, les marbres gallo-romains ne semblent pas avoir été beaucoup exportés : leurs emplois sont restés localisés essentiellement en Gaule, bien que des marbres des Pyrénées (Estours, Campan, Saint Béat) aient été retrouvés en Espagne, en Grande Bretagne et même à Rome.

Au IIIe siècle, une nouvelle industrie se développe, la fabrication de sarcophages, implantée dans les carrières de calcaires tendres (Seyssel, Saint-Leu-d'Esserent, St Pierre-de-Mayé..) mais aussi de marbres et de calcaires marbriers  (marbres de Saint Béat, marbre de Valsénestre dans l'Isère...), emplacements signalés sur la carte de la figure 1. En somme, les romains avaient découvert presque toutes les ressources en roches calcaires de la France. Leur exploitation cessa vraisemblablement à l'époque des invasions barbares, les monuments publics et les stèles funéraires furent alors réemployés à la construction de remparts.

Au Moyen-Age des carrières de pierres calcaires  sont réouvertes localement pour la construction des monastères, châteaux et cathédrales ; la maîtrise de la taille de ces pierres est à nouveau retrouvée, comme en témoignent les splendides monuments médiévaux dont la France regorge. Notre Dame de Paris est construite en calcaires lutétiens, à partir de carrières devenues souterraines au XIIe siècle ; on fait aussi appel au Lutétien de Saint Leu, et à la craie de Vernon pour la Sainte Chapelle et la cathédrale de Rouen. Amiens emploie la craie de Picardie, Chartres le calcaire de Beauce (les sculptures sont en liais de Paris), Saintes utilise la pierre des Charentes.

Un nouvel essor de la construction se manifeste à la Renaissance, avec l'emploi du tuffeau de Touraine pour les châteaux de la Loire ; la pierre de Saint Leu, apportée par voie fluviale, sert à la construction de Saint Eustache.

Louis XIV fait rechercher systématiquement les pierres de qualité et les marbres ornementaux pour la construction de Versailles, on ouvre à nouveau les carrières de Saint Béat, et l'on importe des marbres rouges de Philippeville (Belgique) et des produits italiens.

Au XIXe siècle, le développement des transports ferroviaires permet d'approvisionner Paris avec les pierres de  Bourgogne, de Meuse, du Poitou, mais facilite aussi les importations de marbres d'Italie. Cependant Charles Garnier, pour la construction de l'Opéra de Paris en 1878, fait réouvrir les carrières de Sarrancolin, dont sont extraites les trente colonnes monolithes du Grand Escalier. Une grande activité règne dans les carrières de pierre de taille de la fin du XIXe siècle ; des centaines de carriers s'occupent à abattre et tailler les blocs, l'énergie de la vapeur permet d'actionner treuils, cabestans, grues et locomotives.

Une sévère récession fait suite à la première guerre mondiale, les bâtiments en pierre de taille deviennent moins nombreux, le béton et les parpaings de ciment commencent à remplacer la pierre, les carrières restent peu mécanisées : dans certaines carrières souterraines de l'Aisne l'abattage se poursuit encore manuellement avec les antiques méthodes de la lance et du pic en 1970 ( P. Noël).

Par contre, les années suivant la seconde guerre sont une période florissante pour la construction, jusqu' à la crise de 1969-1976, quand les emplois de la pierre tendre massive s'amenuisent. Outre les carrières artisanales qui survivent tant bien que mal avec des marchés locaux, de grands groupes se constituent, avec les moyens suffisants pour mécaniser l'exploitation des carrières, pour ne pas parler de la transformation. Des marchés sont trouvés à l'étranger, dans les pays du Golfe et aux Etats Unis principalement, pour les revêtements de façades.

Fig. 1 - Situation des carrières de la Gaule romaine


Fig. 2 - Carrières souterraines de Franclens (Haute Savoie)

2 - Rappel sur l'histoire géologique de la France

Ne seront évoqués ici que les grands traits de l'histoire géologique, le lecteur intéressé trouvera dans plusieurs ouvrages , comme celui de Debelmas (1974) et dans le Congrès Géologique de Paris (1980), des données plus détaillées.

On a reconnu en France trois grandes périodes orogéniques, pendant lesquelles se sont construites des chaînes de montagnes ; elles ont ensuite été complètement arasées, à l'exception de la dernière période, qui a laissé les Alpes et les Pyrénées.

A - Précambrien

Les terrains les plus anciens sont les gneiss pentévriens (2000 millions d'années) du Nord du Cotentin et de la Bretagne. Le Précambrien terminal du Massif Armoricain comporte des roches moins métamorphiques, qui ont été plissés et intrudées par les granites cadomiens (datant de 585-600 Ma), qui sont exploités par exemple à  Vire et Louvigné du Désert.

B - Paléozoïque

Après l'orogénèse cadomienne, le Paléozoïque repose en discordance sur le socle précambrien, il s'étend sans doute sous tout le pays, et comprend toute une série sédimentaire, incluant des calcaires principalement dans le Dévonien et le Carbonifère inférieur. Ces séries ont été fortement plissées par l'orogénèse hercynienne (ou varisque), dont la zone axiale, la plus métamorphique, traverse le Sud du Massif Armoricain, le Massif Central et le Sud des Vosges : les déversements de plis et les chevauchements se font vers le Nord dans les Ardennes, vers le Sud dans la Montagne Noire. Il s'agit donc, comme dans beaucoup de chaînes montagneuses, d'une chaîne à double déversement. De nombreux granites accompagnent la phase hercynienne, qui se situe vers la fin du Carbonifère, ils fournissent les principaux gisements du Massif Armoricain, du Massif Central et des Vosges.

L'érosion fait disparaître les reliefs de la chaîne hercynienne au cours du Permien (fig. 3), tandis qu'un volcanisme se développe dans l'Esterel et en Corse.

Fig. 3 - Discordance du Dogger sur le Grès Armoricain vertical à Villedieu-les-Bailleul (Orne), témoignage de l'orogenèse hercynienne

C - Mésozoïque et Tertiaire

Plusieurs grands bassins sédimentaires s'installent dans des zones déprimées de la chaîne hercynienne arasée, bassin de Paris, Bassin Aquitain et bassin du Sud-Est (qui inclue les Alpes) : après les grès et les évaporites du Trias, la sédimentation calcaire et argileuse se poursuit calmement pendant de longues périodes. Les zones les plus favorables aux exploitations de calcaires sont les plateformes à faible profondeur en bordure des bassins : c'est le cas surtout du Jurassique moyen (ou Dogger) du pourtour du Massif Central,  de l'Oxfordien de l'Est du bassin parisien,  du Crétacé moyen (Aptien-Barrémien, ou Urgonien) du bassin du Sud-Est et des Pyrénées, du Turonien des Charentes et du Périgord. Pourtant l'orogénèse alpine se prépare, avec un sillon profond  dans les Alpes internes (zone piémontaise) au Lias et Dogger, accompagné d'une ouverture océanique, et de sillons dans l'Albien du Nord des Pyrénées. Au Crétacé moyen ou supérieur les zones internes des futures chaînes sont fortement comprimées, et métamorphisées, tandis que se mettent en place les nappes ophiolitiques des Alpes. Le  plissement alpin majeur se produit à l'Eocène supérieur dans les Pyrénées et la Provence,  le Nord du bassin aquitain et le bassin parisien sont peu plissés mais nettement fracturés pendant cette phase.

Dans le bassins de Paris  la sédimentation continue avec de faibles épaisseurs pendant l'Eocène et l'Oligocène, dans celui d'Aquitaine elle dure jusqu'au Miocène supérieur.

Autour des Alpes, l'Oligocène est marqué par la formation de fossés continentaux, et par des failles d'extension, puis un golfe marin peu profond envahit la basse Provence, le Languedoc et la vallée du Rhône, déposant la pierre du Midi. Le plissement final des Alpes et du Jura survient à la fin du Miocène, la phase compressive correspondante affecte tout le Sud-Est.

Fig. 4 - Situation des carrières actuelles de roches calcaires

 3 - Roches calcaires du Paléozoïque

A - Cambrien

Les calcaires du Cambrien ne sont bien développés que dans les nappes de la Montagne Noire,  où ils auraient fait l'objet de prospections. On y rencontre une centaine de mètres de calcaires dolomitiques massifs, de couleur grise, contenant des Archaeocyathus, des Algues et des oncholites (Cambrien inférieur), puis au dessus de 300 m de dolomies sombres, 10 à 20 m de "calcaires marmoréens" (Cambrien moyen), parfois dolomitisés, devenant roses et rouges au sommet, avant de devenir noduleux et passer à des schistes.

B -Dévonien

Dans les Ardennes belges, les calcaires gris (biostromes) du Dévonien moyen étaient connus sous le nom de Notre Dame (3) ; on exploite encore en carrière souterraine le calcaire noir de Golzinne (Frasnien, Dévonien supérieur), mais c'est surtout les calcaires récifaux rouges et gris (mud mounds) du Frasnien de Rance et Philippeville qui ont connu la célébrité. Sur le territoire français, on a exploité à Hon Hergies le Noir Français, d'un noir profond à amandes blanches.

Dans le Boulonnais, le Dévonien discordant du massif de Ferques contient  des calcaires récifaux, autrefois utilisés comme marbres et pierres de taille.

Le Dévonien  des Vosges est peu développé, on y a extrait le marbre de Russ dans la vallée de la Bruche,  dans des lentilles de calcaires récifaux du Dévonien moyen intercalées dans des grès conglomératiques.

Les marbres dévoniens de la Montagne Noire et des Pyrénées ont une autre importance. Dans la Montagne Noire se trouvent deux niveaux producteurs de marbres,  le Dévonien moyen et le Dévonien supérieur. Dans l'Eiffeilien, les carrières de Caunes-en-Minervois produisent le Rouge du Languedoc, caractérisé par un fond rouge à écarlate et de nombreux stromatactis blancs. Le marbre rouge de Saint-Nazaire-de-Ladares (fig. 5), ou Rouge Incarnat, qui comprend des passées bleutées (turquin) est similaire, il est extrait à l'explosif sur un sommet montagneux, de couches à fort pendage (35°) et  fortement fracturées, l'abattage se faisant vers l'aval-pendage, non sans danger.

Le marbre noir de Laurens (Givétien, c'est à dire partie supérieure du Dévonien moyen)  est un calcaire bleu à bleu sombre, agrémenté de nombreuses fractures remplies de calcite blanche, et parfois de groupes de grands Gastéropodes : deux carrières extraient les bancs, peu épais, avec un pendage de 50-60°. La carrière de Faugères, qui produisait un marbre similaire, est arrêtée depuis longtemps.

Le Dévonien supérieur contient des calcaires noduleux rouges, en petits bancs, parfois roses ou violacés et même verdâtres, appelés familièrement griottes. Le Rouge Antique était extrait à Cessenon, d'une profonde tranchée qui suivait les couches verticales (fig. 6) ; après un éboulement cette carrière fut abandonnée, et cette variété provient maintenant du flanc du Pic de Vissous, sur la commune de Mourèze. L'exploitation de Saint-Pons-de-Thomière est également ralentie.

Dans les Pyrénées les marbres griottes du Dévonien supérieur ont une large extension dans le Nord de la chaîne, avec une épaisseur de 20 à 80 m ; ils contiennent des nodules ou amandes (qui sont souvent des Goniatites), des Tentaculites, et aussi des Conodontes (non visibles à l'oeil) qui permettent leur datation. Comme les griottes de la Montagne Noire, ils traduisent un approfondissement de la plateforme carbonatée du Dévonien moyen, et passent vers le haut à des roches siliceuses (lydiennes) et phosphatées. Les anciennes carrières sont nombreuses, comme Esplas de Serous (Rose vif des Pyrénées). L'inconvénient des griottes est l'abondance de délits argileux ou ferrugineux qui compromettent la résistance de ces roches à l'extérieur ; ce sont donc essentiellement les faciès métamorphiques recristallisés et déformés que l'on exploite aujourd'hui, avec le Vert d'Estours (coloré par de la chlorite) et les Campan ou Payolle, provenant du col d'Aspin (commune de Sainte Marie de Campan ), de couleur rose à verte.

Fig. 5 - Carrière de Saint-Nazaire-de Ladarez (Hérault)

Fig. 6 - Carrière à demi éboulée de Cessenon (Hérault), qui exploitait le Rouge Antique

C - Carbonifère

La calcaire Carbonifère, ou  Dinantien, représente la fin de la sédimentation de plateforme carbonatée avant le dépôt de séries détritiques : séries houillères ou flyschs. Le Tournaisien produit en Belgique le célèbre "Petit Granit" ou "Ecaussines" (calcaire bleu sombre à entroques), principalement dans les environs de Soignies sur le flanc Sud du massif du Brabant (trois grandes carrières), et dans quelques anciennes carrières des Ardennes entre Dinant et Sprimont, où l'épaisseur est voisine (30 m), mais avec des pendages très forts et d'importants découverts. Le Tournaisien fournit aussi un calcaire  noir à Denée,  la carrière d'Antoing produit quelques blocs de marbre noir de Tournai ; le Viséen,  qui fournissait les pierres de Meuse (grises), n'est plus guère exploité qu'à  Longpré et Vinalmont.

Du côté français des Ardennes, les calcaires bleus de l'Avesnois, qui présentent des similarités avec le Petit Granit,  ont été produits dans le canton d'Avesnes.

Deux importantes carrières de la région de Marquise extraient les marbres du  Boulonnais, qui se trouvent dans le Viséen (correspondant donc aux pierres de Meuse) et se trouvent juste sous la série houillère. La situation tectonique n'est pas simple (fig. 7), car les couches viséennes appartiennent à une unité chevauchante (Haut Banc) recouvrant l'autochtone de Ferques (Dévonien discordant sur la massif ancien Brabant-Londres) ; elles sont elles même recouvertes par une autre unité (Hydrequent), avant la faille du Midi qui représente le chevauchement majeur des Ardennes sur le massif Brabant-Londres. Les unités du Haut Banc et d'Hydrequent correspondent donc au domaine parautochtone de la couverture du massif Brabant-Londres. Les couches exploitées appartiennent à une série calcaire d'une centaine de mètres d'épaisseur, comportant de bas en haut  les calcaires Lunel (60 m), les calcaires Napoléon (23 m) et les calcaires Joinville (plus de 20 m). Ce sont des calcaires de teinte claire, stylolitisés, avec des faciès très variés : brèches du Napoléon grand mélange, calcaires rubanés (Napoléon rubané ou Notre Dame), calcaires à algues buissonnantes  ou en "pattes d'alouettes" (Corydopodium) du Napoléon tigré, algues massives en forme de massue ou "bouffées de pipe", etc. Ces calcaires sont caractérisés par  des propriétés remarquables : porosité très faible (0,1 à 0,8 %), résistance à la compression 1200 à 1500 bars, grande résistance à l'usure comme en témoignent les escaliers et dallages de gares parisiennes (Gare St Lazare, Gare de l'Est, Gare du Nord).

Dans le Massif Armoricain plusieurs exploitations anciennes, qui ont laissé des cavités importantes, ont tiré parti des calcaires dinantiens. La carrière de Bois-Jourdan (Mayenne, fig. 8), qui ne produit plus que de la pierre à chaux, était un bel exemple d'exploitation au fil hélicoïdal , dans des calcaires gris ou roses à Crinoïdes, Bryozoaires et stromatactis. Celles de Louverné (aujourd'hui noyées) et celle de Sablé (transformée en dépôt de camions) donnaient un calcaire gris noir.  La carrière de Saint Berthevin, était située beaucoup plus bas, dans le Silurien, produisant un calcaire fin de couleur lie de vin.

Le calcaire carbonifère de la Montagne Noire et des Pyrénées, d'épaisseur très réduite, n'a jamais fourni de pierres ornementales.

Fig. 7 - Coupe du Boulonnais

Fig. 8 - Anciennes carrières de Bois-Jourdan dans le calcaire Carbonifère : au premier plan puits creusé par carottage à la grenaille, d'un mètre de diamètre

4 - Calcaires du Jurassique inférieur

Les calcaires du Lias n'ont jamais  fourni de roches ornementales importantes , tout au plus peut-on citer les calcaires gris bleu à Gryphées du Sinémurien de Semur qui ont donné des dalles, ainsi que ceux de Poleymieux  et Limonest près de Lyon, d'où étaient extraits des marches d'escalier, seuils et  appuis de fenêtres avant le XVIIIe siècle.

En Tarentaise le marbre blanc bleuté et gris bleuté de Savoie est produit à Villette , près d'Aime, dans une barre de 60 m de calcaires du Lias inférieur-moyen à fort pendage, appartenant à la nappe des brèches de Tarentaise (zone valaisane)  ; il s'agit d'un demi-marbre, incomplètement recristallisé, dans lequel on observe des stylolites et de nombreuses entroques.

En Maurienne la carrière du Châtel, près de Sollières-Sardières, fournit des dalles clivées à partir des calcschistes phylliteux et siliceux du Lias de la zone briançonnaise. Les Alpes dauphinoises ont eu quelques productions de calcaires gris à huîtres du Lias à Laffrey, et de calcaires noirs à Corps et Sainte Luce.

En Corse alpine, les marbres de Corte sont des calcaires liasiques, gris sombre à noir, rubanés, se délitant en plaquettes du fait d'interlits phylliteux ; la série, épaisse de 500 m, inclue des niveaux siliceux et bréchiques remaniant des roches diverses. L'exploitation semble avoir cessé.

Dans les Deux-Sèvres, la carrière d'Airvault comporte quelques de bancs très riches en Ammonites et Bélemnites, qui ont servi à fabriquer des coffrets, des tables et de petits objets de décoration ; cependant les bancs étaient de faible épaisseur, et sans doute fracturés par l'exploitation de pierre à ciment qui se faisait juste au dessus, l'entreprise a cessé ses activités.

5 - Calcaires du Jurassique moyen

Le Jurassique moyen, qui inclue les étages Bajocien, Bathonien et Callovien, fournit les plus importantes pierres calcaires de France. Cette période se marque par l'établissement de vastes plateformes carbonatées, de faible profondeur d'eau, dans une grande partie des trois bassins sédimentaires. Le forage de Droyes fournit un exemple d'une coupe complète du Dogger de Lorraine.

Cependant la sédimentation n'est pas uniforme : les variations de dépôts sont rapides, on passe en quelques kilomètres d'une zone marine, avec des marnes à Ammonites ou des calcaires à silex, à une barrière oolitique pouvant contenir des polypiers, puis à des lagons contenant des concrétions algaires (onchoïdes) et des dolomies ou  des sédiments  fins bioturbés (genre Comblanchien). Il s'y ajoute des bassins profonds comme la mer alpine du bassin du Sud-Est, et aussi des chenaux plus profonds à travers les plateforme, tel le sillon marneux qui traverse le bassin parisien du Morvan à la basse Seine, établissant une liaison entre la mer alpine et l'Atlantique (fig. 9). Les zones de faciès semblent indépendantes de la présence du Massif Central, il est probable que celui-ci était en grande partie recouvert par la mer, et que les vrais rivages se trouvaient dans les Ardennes et dans le Massif Armoricain.

Il en résulte pratiquement que les qualités de pierres que l'on rencontre dans l'ensemble des calcaires du Dogger sont très variables, depuis des oolites très friables jusqu'à de véritables calcaires marbriers.

Dans le Nord de la France  plusieurs petites exploitations ont tiré parti des calcaires oolitiques du bassin parisien, comme à Marquise  où les 8 m d'oolite bathonienne discordante, ont fourni des pierres de taille (gélives) au cours de l'Antiquité et du Moyen-Age.  La carrière de Hannogne-Saint Martin (Ardennes) exploitait  aussi l'oolite du Dogger. La carrière de Rumelange (5), celle de Grand Court dans le Sud de la Belgique (pierre gaumaise) et celle de  Roncourt (pierre de Jaumont) dans la Moselle, produisent des calcaires jaunes, à fragments de coquilles et oolites, contenant parfois du quartz, et dont la résistance à la compression est variable (314 bars à Rumelange, 180-200 à Roncourt, 42-48 à Grand Court).

En Normandie, la pierre blanche de Caen a été célèbre au Moyen-Age, ayant servi à la construction d'innombrables édifices régionaux, et jusqu'en Angleterre. C'est une pierre crayeuse, avec de la pyrite à la base et des accidents siliceux au sommet, gélive et facilement altérée par les algues ; elle était extraite de carrières à ciel ouvert, et de carrières souterraines nombreuses sous la ville de Caen. Il existe un projet de réouverture d'une carrière en vue de la restauration. Actuellement il reste une carrière à Creuilly, avec une variété tendre et une autre plus dure, de couleurs jaunes, qui appartient comme la pierre de Caen au Bathonien, mais dans un niveau plus élevé.

Pour la Bourgogne, première région productrice de pierres calcaires en France, on se référera aux articles de d'Epenoux et de Perrier dans ce volume.

Dans le Jura, le Bajocien produisait à Sampans une pierre froide, grise à taches roses, très fracturée et abandonnée pour cela depuis une vingtaine d'années. Les calcaires à entroques bajociens produisent à Revigny, au dessus de Lons le Saulnier, une pierre gris bleutée en gros bancs, autrefois appelée "pierre du Jura" et maintenant "pierre de Revigny".

L'Ile Crémieu, avec les environs de Montalieu (Isère) et de Villebois (Ain) sur l'autre rive du Rhône, a été un important centre carrier à l'époque gallo-romaine, et surtout de 1840 à 1914, quand 2500 à 3500 ouvriers extrayaient le "choin de Villebois" pour la construction de Lyon, dans une cinquantaine de carrières. Le plateau de Villebois-Montalieu, traversé en cluse par le Rhône, représente l'avant-pays du Jura, avec la même série stratigraphique, mais en structure monoclinale, avec quelques failles NNE (effondrement vers le fossé de la Saône) et SE.

Le Bajocien est épais, avec 200 m de calcaires oolitiques et à entroques, comportant des lentilles récifales). Les oolites sont gélives, mais le Bajocien fournit à Annoisin de grandes dalles de calcaire lumachellique grenu rose, à nombreux stylolites rouges ou jaunes qui facilitent le délitage : ces dalles, ou lauzes, ont servi de couverture à d'anciennes constructions et, dressées verticalement, à former des murs de clôtures caractéristiques de la région. Actuellement, elles fournissent des dallages et des pierres de murettes. Les lentilles de calcaire récifal du Bajocien  ont autrefois fourni au Val d'Amby  un calcaire appelé "petit granit" .

Le Bathonien  comprend  45 m de calcaires fins à silex, dont les 6 m supérieurs forment le "choin de Villebois", sous le Callovien marneux. Il s'agit de calcaires fins, assez compacts (porosité 0,7 à 1,6% ), de couleur gris brun, fortement bioturbé (probablement des traces de crustacés fouisseurs), en bancs séparés par des stylolites de grande taille, se retrouvant souvent tous les 10 à 20 cm. Malgré ces délits, on a pu en extraire quelques grands monolithes, comme celui  dressé sur la place de Villebois en 1890 "à la gloire de la Révolution Française". Trois carrières de choin restent en exploitation dans les environs de Montalieu (celles de Villebois sont arrêtées depuis longtemps) ; la région est restée un important centre de transformation pour la région lyonnaise, auquel vient de s'ajouter une usine toute récente. En outre, un centre de formation a été ouvert par l'UNICEM pour la formation de tailleurs de pierre, de marbriers et de graveurs.

Au Nord du Massif central, la région de Nevers a produit des pierres calcaires à Pont Saint Ours,  Apremont, Dejointes, Charly, Ambrault, Saint Gaultier, Ambrault...

La région Poitou-Charentes est un autre centre important de pierres dans le Dogger. La production vient du Bathonien et du Callovien. Le Bathonien produit à Chauvigny (Artiges, Peuron, Brétigny, fig11) une oolite  "miliaire" (grain millimétrique) très blanche, épaisse de 40 à 60 m, qui doit sa solidité à un ciment de calcite sparitique, malgré une porosité de 14 à 24 % ; on y rencontre quelques grosses colonies de polypiers. L'oolite de la carrière  Normandoux à Tercé a fourni des calcaires pour la statuaire.  La pierre de Vilhonneur (18 m) est beaucoup plus bioclastique, avec des stratifications obliques, elle contient une faune de polypiers, lamellibranches et oursins. Des faciès plus fins et de couleur beige sont produits à Combe Brune (33 m) au sommet du Bathonien et à Beaulieu. Vers l'Ouest  les faciès de barrière de Chauvigny et Vilhonneur se réduisent et passent à des calcaires à silex (20 m dans les environs de Poitiers), puis à des calcaires marneux à ammonites encore plus à l'Ouest.

Le Callovien du Poitou  produit des calcaires oolitiques plus fins que ceux du Bathonien, assez poreux (20-30 %) dans les vastes carrières souterraines de Migné les Lourdines et Bonnillet (pierre appelée Tervoux)(6), et aussi dans la carrière à ciel ouvert de Lavoux,  qui  a été un important centre carrier au début du siècle, avec trois à quatre cent ouvriers.

Fig. 9 - Répartition des faciès du Bathonien du Bassin Parisien (d'après Cavelier et Lorenz, fig. 10)


Fig. 10 - Stratifications obliques du calcaire à Entroques de Buxy


Fig. 11 - Gélifraction sur plusieurs mètres dans l'oolite de Chauvigny (carrière des Grippes)

6 - Calcaires du Jurassique supérieur

L'Oxfordien de Lorraine, sur la bordure orientale du bassin parisien, est bien connu par sa production de calcaires à Entroques, active à Euville et Lerouville (Moulin à Vent) dans la région de Commercy (fig. 12 et 13). Les calcaires à entroques forment des lentilles de 10 à 20 m d'épaisseur sur les flancs de récifs oxfordiens répartis entre Void et Verdun.

Dans le Portlandien,  la pierre de Savonnières, exploitée à Brauvilliers et Savonnières, est un calcaire oolitique à passées lumachelliques, dont les oolites ont été vidées de leur centre par la dissolution.

Dans le Nivernais, les calcaires oolitiques et bioclastiques de La Charité sur Loire (50 m) furent extraits près de cette ville, aussi à Bulcy et Narcy. Deux carrières restent en activité : l'une à Malvaux (pierres de Malvaux et de Garchy), l'autre à Verger (calcaire bicolore finement oolitique, avec une faune intéressante d'Encrines, polypiers, ammonites, os de reptiles et empreintes de plantes)(fig. 14).

Dans le Jura méridional, les calcaires lithographiques de Cérin (Kimméridgien supérieur) sont des calcaires lithographiques à grain très fin, en bancs de 5-25 cm (épaisseur 10 m), ils ont été exploités au XIXe siècle, de même qu'à Morestel, en substitution du calcaire de Solnhofen. Ils sont aussi célèbres par la découverte d'une importante faune et flore tropicales (reptiles, poissons,  végétaux, exposés dans le petit musée local). Le choin de Fay dans l'Ain, est un calcaire dur à grain très fin, brun à patine blanche, qui a été employé surtout à l'époque romaine.

A Drom, le Kimméridgien supérieur-Porttlandien, fournit sur 4 m d'épaisseur la pierre du Revermont, ou Chandolin, ou Rose du Bugey ; c'est un calcaire beige-jaune à gravelles blanches, avec des bioturbations à remplissage rose, et des géodes incomplètement remplies.

Le Portlandien du Bec de l'Echaillon, dans le Nord du Vercors, a fourni de 1848 à 1939, dans des  carrières souterraines, un calcaire blanc récifal, rose et plus dur vers le sommet, dans lequel des sculptures ont été réalisées pour l'Opéra de Paris.

Dans les Alpes de Savoie, tout près de la frontière italienne, le cipolin du Montcenis a été exploité jusqu'à ces dernières années dans une petite carrière ; c'est un marbre blanc cristallin à délits micacés et ferrugineux, à structure fluidale, avec de nombreux éléments bréchiques de calcaires plus sombres, appartenant à la couverture mésozoïque métamorphique du Massif d'Ambin.

Dans l'Ardèche, la couverture du Massif Central a produit dans le Portlandien inférieur des calcaires compacts, gris ou bicolores, bioturbés, en bancs de 1 à 2 m, à Chomérac et à Labaume près de Ruoms.

Sur la côte languedocienne, les carrières entre Port la Nouvelle et Lapalme, produisent une brèche polygénique sous le nom de Saint Jean fleuri ou marbre du Cap Romarin; ces niveaux bréchiques, à éléments de Jurassique moyen et supérieur, sont intercalés dans les calcaires du Portlandien, ils contiennent un ciment rouge témoin d'une karstification. Au dessus de Monaco la carrière de La Turbie exploite un calcaire très fin blanc à brun clair en petits bancs, attribué à l'Oxfordien (Noël).

Les Pyrénées contiennent également des niveaux de brèches dans le Jurassique supérieur, la brèche Médous (éléments anguleux sombres sur fond jaune beige), qui a été exploitée jusque dans les années soixante à Asté (Hautes Pyrénées), et la Brèche Romaine de La Pène Saint Martin près de Saint Béat, calcaire marmoréen noir.

En Corse, les marbres de la Restonica  sont des cipolins rubanés blancs et gris à gros cristaux, discordants sur le socle, et surmontés de niveaux bréchiques ; ils sont rattachés au Jurassique supérieur depuis une découverte de polypiers, leur exploitation semble arrêtée.

Fig. 12 - Anciennes carrières souterraines d'Euville

Fig. 13 - Ancienne carrière d'Euville montrant la forme lenticulaire du calcaire à Entroques oxfordien

Fig. 14 - Encrine assez complète de la carrière de Verger (Nièvre)


Fig. 15 - Entrée de l'ancienne carrière souterraine de Molinges : deux galeries étaient creusées au toit pour installer le câble hélicoïdal


Fig. 16 - Brocatelle de Molinges, montrant de nombreuses sections de Rudistes

   7 - Calcaires du Crétacé inférieur

Plusieurs exploitations de calcaires marbriers du Néocomien sont actives dans le Jura méridional, avec tout d'abord la région d'Hauteville-Lompnès : le Valanginien supérieur du plateau d'Hauteville comporte une quinzaine de mètres de calcaire biodétritique bien cimenté, en gros bancs, de couleur claire jaune, bleue ou rosée, contenant de grands fossiles (Nérinées, oursins, algues) : les deux carrières d'Hauteville extraient le Choin, et le Perlé qui se trouve au dessus, une autre  produit le Champdoré sur la commune de Champdor. A Grand-Corent et Romanèche, le Jaune de Valore est un calcaire graveleux beige, compact, à stylolites espacés, appartenant aussi au Valanginien.

La carrière de Rocheret, à Nattages (Ain) se trouve à peu près au même niveau du Valanginien; c'est un calcaire marbrier crème, riche en débris de bryozoaires, lamellibranches et échinodermes, en bancs de 0,4 à 1 m, avec un lit à Rudistes. Il existerait quelques carrières de calcaires néocomiens sur le flanc SE du Crêt de la Neige, près de Gex et de Thoiry.

Au SW de Saint Claude, le Barrémien récifal de Chassal, d'une dizaine de mètres d'épaisseur,  produit la brocatelle de Molinges (fig. 15 et 16), calcaire marbrier microcristallin jaune, à stylolites jaunes et zones violacées, avec niveaux riches en sections de Rudistes ; elle rappelle la brocatelle de Tortosa en Espagne, qui est également un calcaire à Rudistes (et non une brèche). Les anciennes carrières souterraines exploitées au fil hélicoïdal sont abandonnées, mais une petite exploitation aérienne a été ouverte au voisinage.

Rappelons les anciennes carrières souterraines de Franclens, qui exploitaient un faciès crayeux de l'Urgonien dans la gorge du Rhône en aval de Génissiat. L'Urgonien des chaînes subalpines est extrait à Grésy sur-Aix près d'Aix les Bains (calcaire graveleux gris mal classé, à cristaux de pyrite), où une carrière dédiée surtout au concassage a entrepris de récupérer les blocs sains pour les commercialiser sous le nom de pierre de Grésy (pierre de taille, dallages). Dans l'Urgonien du Vercors des calcaires blancs à Rudistes ont été exploités à Sassenage, et d'autres, de couleur jaune, au Lignet près de Rovon.

Au SE du Massif Central, les calcaires valanginiens de Pompignan et de Saint Hippolyte, calcaires blancs ou gris en petits bancs, ne semblent plus extraits. Le Valanginien de Brignoles est un calcaire compact jaune, rose ou violet. Près de Nîmes l'antique carrière de Roquemaillères est toujours active : les calcaires de l'Hauterivien supérieur ont une couleur grise, avec des auréoles colorées en brun ou rouge par l'oxydation ; un des bancs les plus épais (1,5 m) produit des blocs pour dallages et revêtements de façades.

Dans le Barrémien inférieur les calcaires argileux gris à patine blanche, en petits bancs, de Barutel ne sont plus extraits que pour la restauration. La pierre de Tavel, calcaire fin et siliceux (plus de 14 % de silice), blanc rosé, crème ou gris bleu, appartient aussi au Barrémien. Parmi les roches exploitées dans cette région dans l'Urgonien, mentionnons la pierre de Brouzet-les-Alès, calcaire gréseux beige-rosé exploité jadis en carrières à ciel ouvert et maintenant en galeries, et la pierre de Lens (Barrémien supérieur), calcaire oolitique très blanc, d'aspect crayeux, convenant à la taille de pierre et à la statuaire. Aux environs de Toulon les calcaires jaunes et roses à fragments de Rudistes d'Evenos (aussi appelés Sainte Anne), et les calcaires graveleux blanc crème de Touris ne produisent plus de roches ornementales depuis des années. Le calcaire fin et dur, gris bleu ou crème de la carrière de Banon appartient au Barrémien.

L'Urgonien  des Pyrénées comprend des barres calcaires qui commencent dans le Barrémien, se développent à l'Aptien et persistent à l'Albien, avec des variations importantes d'épaisseur. Schématiquement, ces bancs calcaires sont répartis sur des plateformes plus ou moins étroites, de part et d'autre d'un sillon marin axial (qui ensuite deviendra à l'Albien la fosse du flysch ardoisier, métamorphisée avant le Cénomanien), entre le continent toulousain, prolongement du Massif Central, et le continent de l'Ebre.

Dans les Pyrénées occidentales, l'Aptien supérieur fournit les calcaires marbriers gris d'Arudy et de Cihigue; Arudy a été un centre marbrier important, avec de nombreuses carrières produisant le Sainte Anne des Pyrénées, le Paloma, l'Izeste, le Saint Michel, dans un gros anticlinal chevauchant vers le Nord, accidenté de divers replis. Il reste deux carrières d'activité limitée, produisant le Saint Anne et le Paloma. Cihigue produit aussi un calcaire noir à Rudistes (Polyconites, Toucasia, Radiolites) avec algues, polypiers et orbitolines. On n'a pas trouvé en France l'équivalent des beaux marbres rouges à grands rudistes blancs de Zugarramurdi.

Dans les Pyrénées centrales, de nombreuses carrières ont extrait l'Urgonien  de couleur sombre à Rudistes et Orbitolines : Grand Antique d'Aubert, Noir de Montégut, Petit Antique de Hèches... Le cas des marbres de Saint Béat et Sost est moins certain : il s'agit de vrais marbres, gris blanc, dolomitiques, à odeur fétide, qui a ont été affectés par le métamorphisme haute température-basse pression du Crétacé moyen; ils forment une grosse barre traversant la vallée de la Garonne et seraient d'âge barrémo-albien. Le site ne produit plus que des concassés.

Dans les Pyrénées orientales la brèche romaine ou brèche orientale de Baixas (fig. 17), était une brèche polygénique à éléments anguleux bleu sombre, blancs ou gris-bruns, d'une taille de quelques centimètres à un mètre, elle ne fournit plus que des concassés depuis 25 ans.

Fig. 17 - Ancienne carrière de Baixas, qui produisait la "Brèche Romaine" ; noter le puits taillé à la main pour le passage du câble hélicoïdal

8 - Calcaires du Crétacé supérieur

 La craie à silex du Crétacé supérieur du bassin parisien  est généralement trop poreuse et friable pour être employée en construction ; cependant des carrières ont extrait jadis la craie sénonienne à silex dans la région de Rouen pour construire entre autres la cathédrale, et des carrières souterraines importantes se trouvaient à Vernon, exploitant une couche de 4,4 m contenant des silex dans sa partie moyenne, la dernière ayant cessé récemment son extraction . Selon A. Blanc (in Lorenz et Benoit, 1991), la résistance particulière de cette craie serait due à une dolomitisation (montrée par des fantômes de rhomboèdres) suivie d'une dédolomitisation et  d'une cimentation par la calcite.

Le tuffeau de Touraine a été beaucoup exploité en carrières souterraines depuis le Moyen-Age sur les bords de la Loire et du Cher (Martinet et Macaire, in Lorenz et Benoit, 1991): c'est une craie argileuse, glauconieuse, avec un fort pourcentage de silice (environ 40%, sous forme de petits grains de quartz ou de sphérules d'opale), et par endroits des concrétions de pyrite. Le tuffeau est d'âge turonien, et se subdivise en 40 m de tuffeau blanc à la base, surmonté de 25-30 m de tuffeau jaune. Ces roches sont tendres et faciles à tailler (résistance à la compression 51-92 bars, porosité 31-46,6%), mais très altérables comme le montrent la cathédrale de Tours et les châteaux de la Loire. Une seule exploitation subsiste, à Saint-Cyr-en-Bourg.

A Sireuil le calcaire cénomanien  est produit dans une grande carrière souterraine, où se trouve également l'usine de transformation ; c'est un calcaire biodétritique et oolitique, de grain assez gros, très poreux (33-38%), mais résistant au gel selon l'expérience séculaire. Une autre exploitation  souterraine se trouve à Pombreton.

Le Turonien supérieur des Charentes, formant la bordure Nord du bassin aquitain, a été beaucoup extrait des immenses carrières souterraines de Saint Même (sur 40 m d'épaisseur, en plusieurs niveaux), maintenant arrêtées et noyées , et en de nombreuses localités entre Cognac et Sainte Catherine. Il ne subsiste plus qu'une petite exploitation près de Saint Même, une exploitation de calcaire beige finement oolitique à nodules pyriteux à Pons (pierre de Richemont) et une à Thénac. Le gisement se poursuit sur la bordure nord-aquitaine en Dordogne , avec une épaisseur de 4 à 6 m, et des exploitations souvent souterraines, de La Rochebeaucourt à Peaussac et Saint Vivien, Mauzens-Miremont et  Les Eyzies-Tayac. Ces pierres ont une résistance de 50 à 230 bars, une porosité de 27 à 36%.

 Dans les Pyrénées la splendide brèche de Sarrancolin a été remise en exploitation par deux carrières :  elle se trouve dans des calcaires à Caprina adversa et Préalvéolines du Cénomanien moyen-supérieur, en contact anormal ou discordant contre le Trias. C'est une brèche polygénique à éléments paléozoïques et mésozoïques, allongés, très stylolitisés, de taille centimétrique à décimétrique. Entre eux se trouvent des remplissages de matériel ferrugineux rouge, et aussi d'onyx. Leur origine est encore mal assurée.

Le flysch du Sénonien inférieur (Coniacien) de Bidache comprend des calcaires siliceux gris, avec des bandes et nodules de silex, qui fournissent des bancs de 20-30 cm.

En Corse, la série des Schistes Lustrés alpins, d'âge mal précisé ( peut-être Crétacé supérieur), fournissent plusieurs roches clivables, débitées en lauzes : les cipolins du Brando, en lits de 2 à 30 cm, ont des couleurs bleues, dues à des interlits de mica, chlorite et glaucophane, ou bien vertes (chlorite et micas), ou encore brun doré (altération des minéraux verts) ; les carrières fournissent des dalles sciées et de l'opus incertum. A Monte, deux entreprises produisent des chloritoschistes et des cipolins, une autre carrière s'est ouverte à Sisco.

    9 - Calcaires du Tertiaire

Le bassin de Paris fournit depuis l'Antiquité une importante production de calcaires d'âge lutétien (Eocène moyen)(fig. 18). Les premières carrières de Lutèce, ouvertes sur les rives de la Bièvre et de la Seine, ont été remplacées au Moyen-Age par des carrières souterraines, qui ont  envahi le sous-sol d'une grande partie de la moitié Sud de la ville ; on sait les problèmes que pose leur existence sur la stabilité des édifices. Le calcaire grossier, d'une épaisseur de 15-17 m , forme la base du Lutétien (30 m). Il était exploité en deux niveaux de galeries, les "lambourdes" dans l'étage inférieur, le "liais", le "clinquart" et les "bancs francs" dans l'étage supérieur. C'est surtout le liais (7), épais seulement de 10 à 50 cm, qui était recherché à cause de sa dureté (Blanc et al., in Lorenz et Benoit, 1991). Puis les exploitations se sont étendues en banlieue.

 De nos jours elles se trouvent reportées loin de Paris dans les départements de l'Oise et de l'Aisne, de Saint Leu-d'Esserent à Courville. La masse exploitée est essentiellement un calcaire à Milioles, avec de nombreuses variétés dépendant de la dureté et de la présence de moules de fossiles (Cérithes...). La résistance à la compression varie entre 50 et 150 bars (porosité  34 à 43 %), mais il existe quelques bancs durs, de faible épaisseur cependant, atteignant de meilleures caractéristiques (450-950 bars dans le liais dur de Saint Maximin).

Fig. 18 - Coupe du Lutétien (Paris et Oise)

Les pierre de Souppes et de Château-Landon appartiennent à l'Eocène supérieur lacustre, elles contiennent de l'argile (smectites), localement des stromatolites et des characées. Ce sont des pierres assez résistantes (400-1500 bars), à grain fin, grises, avec de nombreux petits trous (porosité 2-10%).

Les calcaires lacustres de l'Oligocène du bassin parisien (calcaire de Beauce, Aquitanien-Stampien) ont été extraits à Berchères-les-Pierres sur 2 à 3 m pour la construction de la cathédrale de Chartres, et le sont toujours à Prasville : une bonne partie de la roche est concassée, mais on récupère un banc de 0,8 m  pour la fabrication de cheminées, de bornes et même de carreaux. C'est un calcaire gris avec de nombreuses cavités et géodes (moules de gastéropodes), des stromatolites et des brèches intraformationnelles.

Le Miocène de Doué la Fontaine (Maine et Loire) est la seule localité où les faluns (calcarénites peu consolidées à Bryozoaires) ont pu être exploités, en carrières souterraines,  pour la fabrication de sarcophages mérovingiens pendant le Haut Moyen-Age et pour la construction jusqu'au début de ce siècle (Cousin, 1990).

En Savoie, la commune de Vimines a longtemps fourni un conglomérat rouge, provenant de la carrière de Pierre Rouge, dans un niveau  de la base de l'Oligocène lacustre, discordant sur l'Hauterivien du Mont du Chat ; les éléments calcaires blancs, plus ou moins arrondis, sont englobés dans un ciment calcaréo-ferrugineux rouge. L'activité a cessé en 1952, il subsiste dans la région de nombreux dessus de commodes et de cheminées en "marbre de Vimines" .

La molasse miocène du sillon subalpin a produit pendant les siècles passés d'importantes quantités de pierre tendre, argileuse et gréseuse, par exemple dans les carrières souterraines de Voreppe ; elle était prisée pour les cheminées et les fours, du fait de sa résistance au feu, mais aussi pour la construction de murs d'élévation, d'encadrements de portes et fenêtres, où son emploi a été désastreux : cette roche pompe l'humidité comme un buvard, elle est vite détruite par le salpêtre. Des études faites en Suisse ont montré qu'elle se dilate lorsqu'elle est envahie par l'eau (dilatation hydrique, liée aux argiles).

La transgression marine du Miocène a déposé dans le Languedoc et la basse Provence des molasses calcaires (calcaires bioclastiques tendres), ou pierre du Midi,  dans un golfe partant de la Méditerranée et remontant jusqu'à Montélimar et Digne (Philippe, 1985). Des roches plus ou moins dures se trouvent dans cette formation, dont l'âge varie du Burdigalien au Tortonien selon les lieux. Les carrières ont été très nombreuses (fig. 19), certaines ont été industrialisées dès le milieu du XIXe siècle, comme à Saint Paul Trois Châteaux, quand l'ouverture de voies ferrées abaissa les coûts de transport. Actuellement la zone la plus active à notre connaissance se trouve dans le département du Gard, à Vers et Castillon-du-Gard (calcaire lumachellique grossier, jaune foncé, à nombreux Pectens), où de grandes carrières en fosse avec rampes d'accès sont exploitées par havage. Deux autres carrières se trouvent près de Castries.

Fig. 19 - Carte du golfe miocène de la Pierre du Midi


 

Fig. 20 - Carrière de Vers-Pont-du-Gard, exploitée par haveuse


   Un autre groupe de carrières, à ciel ouvert ou souterraines, se situe dans le bassin d'Apt au N du Lubéron, entre Ménerbes et la Roche-d'Espeil (Dallaire et Gargi, 1985). D'autres se trouvent dans la région des Baux de Provence (Sarragan et Fontvieille) au Sud d'Avignon, on trouve aussi des carrières dispersées à Rognes, Saint Michel l'Observatoire (Porchères), et jusque près de Carpentras (Le Beaucet, Crillon). Les propriétés mécaniques de ces pierres miocènes varient dans de larges proportions : porosité de 19 à 39 %, résistance à la compression simple de 17 à 290 bars, la pierre de Vers étant l'une des plus faibles (fig. 20).

Dans le bassin aquitain, le calcaire à Astéries de l'Oligocène (Stampien) affleure largement entre la Dordogne et la Garonne. D'innombrables carrières souterraines à chambres et piliers ont été ouvertes dans un triangle Bourg-Castillon la Bataille-Langon pour la construction de Bordeaux, surtout aux XVIII et XIXe siècles, quand elles furent arrêtées après de nombreux accidents. C'est un calcaire bioclastique, sableux à grossier, peu cimenté, à propriétés assez basses (porosité 25 à 45%, résistance à l'écrasement faible surtout quand la roche est saturée d'eau), qui ont causé beaucoup de soucis pour la restauration des immeubles anciens. Une ou deux exploitations existent encore, à ciel ouvert, dans un niveau plus dur près de Frontenac et Juzagan.

Autour d'Agen, les calcaires lacustres aquitaniens (Mouline, 1991, in Lorenz et Benoit) sont répartis en deux niveaux (calcaires blancs à la base, calcaires gris au sommet) séparés par une couche de marnes à huîtres, le tout épais d'environ 35 m, et apparaissent criblés de trous ; ils ont servi  à des constructions locales, jusqu'à Bordeaux et Toulouse.

Le Quaternaire a fourni  très peu de pierres utilisables en France  : les onyx calcaires des Pyrénées Orientales (onyx rose de Fontrabiouse, Montorgull) sont abandonnés de longue date,  les travertins de source font l'objet d'exploitations très limitées, comme ceux de La Burbanche dans le Jura méridional, qui permettent de restaurer d' anciens clochers (Val d'Isère) pour lesquels cette roche avait été choisie à cause de sa grande légèreté (8).

10 - Conclusions

La France possède d'abondantes ressources en pierres calcaires tendres à mi-dures, exploitées surtout par havage, ayant des couleurs claires : blanc, crème, gris clair, ocre clair. Elles se trouvent principalement dans le Dogger du bassin parisien et du Poitou, dans l'Oxfordien de l'Est du bassin de Paris, dans le Turonien du Nord du bassin aquitain et dans le Miocène du Languedoc et de la Provence. Ces pierres étaient traditionnellement employées à la construction de murs massifs, une tentative est faite de relancer cet emploi avec la pierre de l'Oise , tirant profit de la tendance au retour aux matériaux naturels. Seules certaines de ces pierres, qui ont des résistances au gel et aux attaches suffisantes, sont utilisables en revêtements de façades.

Des calcaires marbriers existent dans le Mésozoïque (Lorraine, Bourgogne, Poitou), leur exploitation est plus difficile à cause de leur fragilité ou facilité de propagation des fractures (fracturation naturelle, fractures de surface, fractures causées par l'explosif). l'Urgonien des Pyrénées donne des calcaires marbriers noirs. Le Paléozoïque contient deux niveaux de calcaires marbriers ou marbres de couleur, le Dévonien et le Dinantien, qui ont subi l'orogénèse hercynienne et se trouvent donc souvent en couches redressées et fracturées : ils sont peu exploités actuellement sauf dans le Languedoc (noirs ou rouges du Dévonien) et le Boulonnais (jaunes du Dinantien). Pour palier ce déficit en calcaires marbriers, la France importe quantité de roches européennes(Travertin romain, Botticino, Perlato, Trani, Marfil, Vidraço...), roches d'un beige plus ou moins jaune. Les marbres colorés ou veinés sont peu en faveur actuellement, l'académisme ayant été formellement condamné.

Les marbres vrais sont mal représentés, à part certains marbres dévoniens des Pyrénées (Vert d'Estours, Campan) ; le marbre gris de Saint Béat est abandonné, le marbre de Savoie est un semi-marbre, le Sarrancolin est une brèche. On importe donc quantités de marbres blancs-gris de Carrare, des marbres blancs dolomitiques de Thasos et Sivec, etc.

On remarquera l'absence totale de production de serpentinites et ophicalcites,  roches qui existent dans les zones ophiolitiques des Alpes (elles ont été extraites autrefois en Savoie et dans le Queyras), et sont produites en quantité dans le Val d'Aoste.

Les difficultés rencontrées en France par l'industrie de la pierre calcaire résident d'abord dans le climat humide qui cause une épaisse zone d'altération : celle-ci masque souvent les gisements, et la prospection requiert des sondages carottés (encore peu nombreux) et  la mise au point de méthodes géophysiques appropriées. Peu de sociétés sont convaincues de la nécessité d'investir en exploration pour remplacer leurs réserves qui s'épuisent. Il s'y ajoute les difficultés et les longs délais pour ouvrir de nouvelles carrières, et le coût des engagements de réhabilitation qui sont imposés.

Le grand public retient une image défavorable des carrières, avec d'énormes bruits d'explosion et des nuages de poussière : les carriers encouragent peu la visite des carrières modernes de roches ornementales, qui n'emploient pas d'explosif et font peu de poussière et de bruit. Il en est de même pour les usines de transformation récentes, beaucoup de consommateurs ne connaissant que des ateliers poussiéreux de marbrerie qui ont peu évolué depuis le début du siècle.

Il n'existe pratiquement pas de promotion de la pierre à l'usage du grand public, et même des architectes et prescripteurs ; très individualistes, les firmes ne mettent naturellement en avant que leurs propres produits. Il n'existe aucune exposition permanente de la production française, pas plus que de foire spécialisée (il y en a trois en Italie, deux en Espagne), aucun catalogue  des roches calcaires (voir les catalogues du Portugal et de l'Italie), aucun ouvrage récent sur le sujet (9). En outre, la pierre a conservé pour le public une réputation de produit de luxe à prix élevé,  ce qui est effectif quand la pose est prise en compte, et explique la faible consommation de pierre dimensionnelle par habitant : 23,7 kg par habitant  par an (contre 172,7 pour la Grèce, 118,7 pour l'Italie, 62,7 pour l'Espagne).

        Références

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NOTES

1 - J’emploie l'orthographe granit, comme les marbriers, pour l'ensemble des roches magmatiques et métamorphiques grenues et siliceuses, et l'orthographe granite pour les granites vrais des géologues, qui n'en sont qu'une partie (roches magmatiques grenues formées essentiellement de quartz, de feldspaths potassiques et d'un peu de plagioclases).

2 - On pourrait définir plus précisément les calcaires marbriers : calcaires à faible porosité (moins de 2%), résistance à la flexion supérieure à un certain seuil, degré de polissage mesuré par la réflectivité de la lumière.

3 - Terme qui a été imité en France, en Suisse et en Italie.

4 - Les stromatactis  sont des cavités de forme irrégulière, tapissées de calcite grise et blanche, d'origine disputée (algues molles, cavités remplies de gaz de décompositions, éponges ?).

5 - Cette localité se trouve au Luxembourg, mais l'exploitation est en territoire français.

6 - La pierre de Bonnillet provenait de carrières de surface, au dessus des carrières souterraines actuelles de Bonnillet, c'était une pierre grise grenue, à stratifications entrecroisées, d'âge oxfordien,

7 - Calcaire fin à Milioles et petits quartz.

8 - Voir Blot et Paicheler (1991, in Lorenz et Benoit) pour les emplois historiques des travertins et tufs de Montigny, Meximieux, La Sône, Montouliers, etc. , dans la construction des églises, remparts et châteaux.

9 - Le livre de  Cnudde et al., 1988, Pierres et marbres de Wallonie, serait un bon modèle.