Les roches ornementales de Bourgogne

PERRIER R., Mines et Carrières, Les Techniques, vol.75, La Pierre en France, p. 72-83

La région Bourgogne est le plus important bassin producteur de roches ornementales de France. Sur un total de 395100 m3 de blocs extraits en France en 1990, chiffre incluant les granits, les pierres et marbres, et les grès (documents UNICEM), la part de la Bourgogne représente 84000 m3, soit 32% de la production de pierres et marbres, et 21,2 % de l'ensemble des roches. La grande majorité des carrières est située dans les départements de l'Yonne, de la Côte d'Or et de la Saône et Loire.

Géologiquement, la zone productrice s'étend sur la partie orientale du Bassin de Paris, avec les côtes du Barrois (Portlandien) et du Châtillonnais (Oxfordien), sur le Seuil de Bourgogne d'autre part, avec une série similaire à celle du Bassin de Paris mais reposant sur un socle à faible profondeur dans le prolongement du Morvan et des Vosges, et enfin sur les panneaux effondrés du Mâconnais en bordure du fossé de la Saône.

La Bourgogne fournit une large gamme de calcaires, situés pour la plupart dans le Jurassique moyen (Dogger), allant de pierres marbrières aussi compactes que le marbre jusqu'à des pierres tendres et poreuses convenant pour la construction. Les couleurs sont le plus souvent le blanc et le beige ou l'ocre clair, il existe aussi des pierres roses.

L'exploitation des carrières remonte à la période romaine dans le Mâconnais (Bedon, 1984), quand furent édifiées les villes de Lyon et d'Autun ; les carrières de calcaires connues de cette époque sont assez nombreuses dans le Mâconais, mais aussi autour d'Autun (calcaires et grès). On connaît également une carrière souterraine à Asnières-les-Dijon, et quelques carrières entre la Loire et la Cure, dont celle d'Arcy-sur-Cure où les Mérovingiens installèrent un important atelier de taille de sarcophages. Par contre on ne connaît peu de vestiges de carrières antiques dans les vallées de l'Armançon et de la haute Seine.

Fig. 1 - Carte géologique simplifiée de la Bourgogne

1 - La série stratigraphique

Les séries sédimentaires du Trias et du Jurassique forment une large transgression recouvrant la chaîne hercynienne arasée, qui affleure dans le Morvan et les Vosges.

La stratigraphie du Jurassique est basée traditionnellement sur les Ammonites ; cependant dans les formations de calcaires de plateforme, qui sont précisément ceux qui fournissent les roches ornementales, ces fossiles sont rares ou remaniés, et la tendance récente est le calage par le biais des surfaces de discontinuité (surfaces durcies et perforées, souvent couvertes d'huîtres, et terminant les séquences,), que l'on parvient à corréler sur de vastes distances, et à caler grâce aux Ammonites épisodiques, ou à défaut par des Brachiopodes. En effet ces surfaces semblent liées aux mouvements eustatiques des océans, élévations et abaissements du niveau marin, qui ont une extension mondiale selon les idées en vigueur.

A - Le Lias

Epais de 120 à 140 m, le Lias repose sur un Trias réduit ou directement sur le socle des bordures du bassin. Les séries du Lias, principalement argileuses, ont été déposées dans un bras de mer qui reliait la mer alpine à l'Atlantique en voie de formation, traversant tout le Bassin de Paris.

Les seuls calcaires dignes d'attention sont des bancs peu épais de calcaires à huîtres (Gryphées), qui furent exploités autrefois à Semur.

B - Les Calcaires à Entroques du Bajocien

Cette barre calcaire proéminente est connue de tous puisqu'elle forme la Roche de Solutré près de Mâcon, célèbre à bien des égards. Elle comprend des calcaires à Entroques (ou encrines, fragments de Crinoïdes), mais aussi des faciès variés comme les calcaires à Nubecularia (foraminifères encroûtants), et des récifs à Polypiers, dont le plus notoire constitue la falaise sommitale de la Roche de Solutré (photo 1). Elle se termine par une surface perforée de grande extension.

L'âge des calcaires à Entroques varie quelque peu selon les régions, puisqu'ils débutent dans l'Aalénien et le Bajocien inférieur dans l'Ouest, mais sont attribués essentiellement au Bajocien moyen à l'Est de l'Armançon. A noter qu'une lacune assez générale à la base couvre le Toarcien supérieur et l'Aalénien inférieur.

Dans une grande partie de la Bourgogne, entre l'Aube et la Seine, l'épaisseur des Calcaires à Entroques est de l'ordre de 35 à 45 m ; mais elle diminue vers l'Ouest, avec 15-20 m sur le Serein et moins de 10 m à l'Ouest de cette rivière. Déposés par des courants marins sur des plateformes de faible profondeur, ils montrent fréquemment de grandes stratifications obliques.

Au dessus, vient une série de marnes et calcaires argileux, représentant le Bajocien supérieur et le Bathonien inférieur ; localement, entre Serein et Armançon, se développe dans la partie supérieure une masse calcaire de 10 à 20 m, les calcaires de Nod.

C - L'Oolite Blanche

L'Oolite Blanche est une formation de plateforme, constituée d'oolites calcaires et de fragments d'organismes roulés (bioclastes) : les stratifications obliques témoignent d'un milieu marin agité, de faible profondeur, sur le fond duquel les courants déplaçaient des dunes sous-marines. La plateforme sur laquelle se déposait l'Oolite, ou plateforme bourguignonne, s'étendait du Jura au centre du Bassin de Paris : elle était bordée au NE et au SW par des bras de mer plus profonds, dans lesquels se déposaient des marnes. Ses limites semblent conditionnées par deux failles profondes dans le socle, la faille de Seine-Loire et celle de Vittel.

L'épaisseur de l'Oolite est de 30-40 m à l'E de Recey-sur-Ource, 50-60 m dans la vallée de la haute Seine, et jusqu'à 70 m le long de l'Armançon. Par contre dans le SE elle n'est que d'une vingtaine de mètres.

D - Le Comblanchien

Le Comblanchien sensu stricto est un groupe de bancs de 5 à 6 m d'épaisseur totale, exploité à Comblanchien près de Beaune ; mais à la suite des travaux de Purser (1975) ce nom a été étendu à tous les calcaires micritiques qui font suite à l'Oolite Blanche, comme la pierre de Châtillon, on les appelle aussi "comblanchoïdes".

Ce sont des calcaires fins, rarement aussi compacts qu'à Comblanchien, contenant des nodules algaires (oncolithes) bien visibles, des stromatolites, de nombreux terriers à remplissage rose dolomitisé ; parfois des fissures de retrait et des niveaux à characées témoignent d'émersions et d'invasions d'eaux douces. Purser a montré que ces faciès se sont déposés dans un milieu calme et très peu profond, considéré comme un lagon occupant le centre de la plateforme bourguignonne, et séparé de la mer ouverte par une barrière oolithique.

L'épaisseur de la formation est de 50 à 60 m dans l'Est de la Bourgogne, 25 m dans l'Ouest, moins de 10 m dans les vallées de l'Armançon et du Serein, pour disparaître plus à l'Ouest (sillon marneux). Elle se termine par une belle surface durcie (D1) avec encroûtement d'huîtres perforées, qui est reconnue de l'Yonne à la Meuse.

L'âge bathonien du Comblanchien, qui ne contient pas d'Ammonites, est indiqué par un foraminifère caractéristique du Bathonien supérieur, Meyendorffina (Kilianina) bathonica (fig.5).

Pour Purser, Oolite Blanche et Comblanchien sont deux faciès contemporains, passant latéralement de l'un à l'autre, l'Oolite formant la barrière entourant le lagon du Comblanchien. Toutefois cette vision est contestée par certains, qui voient les deux formations superposées et séparées par une discontinuité ; cette hypothèse demande à être appuyée par de nouveaux travaux, et il reste à trouver la barrière protégeant le lagon comblanchien.

E - La Dalle Nacrée

Sur le seuil de Bourgogne la surface durcie D1 terminant le Comblanchien est surmontée de 6-7 m de Calcaire Grenu (ou Calcaire Bicolore, équivalent de la pierre de Corton) attribué au Bathonien supérieur, se terminant par une surface durcie appelée D2. Ensuite commence un nouveau cycle, appartenant au Callovien inférieur, avec 4-5 m de marnes à Digonelles, puis 15-20 m de calcaires bioclastiques et oolithiques qui montrent d'importantes variations de faciès : vers le NE ils passent à partir de Liffol à des marnes micacées, représentant un chenal marin plus profond. Le long du Serein se trouvent des calcaires fins à Rhynchonelles, avec localement de petits développements récifaux à Algues et Polypiers comme à Etrochey. Plus à l'Ouest on trouve des calcaires bioclastiques, et finalement des marnes plus profondes.

Le long de la vallée de la Saône (fig. 4) on a décrit également de Dijon à Beaune deux cycles superposés :

- la pierre de Dijon-Corton (20 m), équivalent du Calcaire Grenu, terminée par la discontinuité D2,

- la pierre de Ladoix (23 m), comprenant des récifs à Spongiaires puis des dunes oolithiques et bioclastiques, dans lesquelles les stratifications obliques montrent une progradation du Sud vers le Nord. Ces dunes forment des corps d'environ 500 m d'extension. Elles sont couronnées par la discontinuité D3, avec une surface d'érosion à huîtres, correspondant à une lacune s'étendant du Callovien moyen à l'Oxfordien moyen.

Quand on se dirige vers le Sud, ces deux séquences carbonatées passent au niveau de Chagny, exactement entre Ladoix et Jugy, à une série marneuse beaucoup plus complète.

L'épaisseur totale du Dogger (Bajocien à Callovien) se réduit à 140 m sur le Seuil de Bourgogne ; elle augmente fortement vers le bassin de Paris, atteignant 400 m sous la Champagne.

F- Les calcaires oxfordiens

L'Oxfordien est largement marno-calcaire à l'exception d'un ensemble calcaire d'une quarantaine de mètres à la base de l'Oxfordien supérieur, qui forme les reliefs du Châtillonnais. On rencontre dans cet intervalle des faciès récifaux dans le NE, avec les récifs de Gland et les encrinites d'Euville ; allant vers le SW, on passe à des marnes et calcaires fins entre Marne et Aube, à des faciès à Spongiaires entre Aube et Seine, et finalement à de nouveaux récifs dans l'Yonne (rochers du Saussois).

G - Les calcaires du Kimméridgien inférieur

Localement, dans la région de Tonnerre, le Kimméridgien à prédominance marneuse laisse la place à des calcaires crayeux tendres, comprenant de petits récifs à Algues et Polypiers.

H - Les calcaires du Portlandien inférieur

Ils forment les reliefs du Barrois, qui incluent quelques calcaires tendres exploitables, comme ceux de Savonnières-Brauvilliers (Meuse). Ils se terminent par une surface de régression, marquée par des dissolutions karstiques, avant la transgression des sables crétacés.

2 - Etude structurale

La structure de la Bourgogne est assez simple, la série secondaire du Bassin de Paris remonte en s'amincissant vers le Seuil de Bourgogne, puis s'abaisse par une succession de panneaux faillés sous le bassin tertiaire de la Bresse. La faille majeure traverse Dijon ; vers le Sud elle suit le pied de la Côte d'Or, où elle n'est pas visible directement, puis se raccorde au sillon houiller de Blanzy-Le Creusot. On suspecte que les failles hercyniennes, connues dans le Morvan et les Vosges, on conditionné l'emplacement de certains accidents SW-NE du grand champ de failles du Seuil de Bourgogne. Au Nord par contre, la faille de Vittel, qui présente une grande extension sinon un grand rejet, a une direction E-W, et serait également superposée à un grand accident hercynien.

Dans le Mâconnais, le socle hercynien et sa couverture secondaire sont hachés en plusieurs panneaux, avec plusieurs axes cristallins, principalement le horst de Mont Saint Vincent et celui de Sennecy (qui se prolonge sous la Bresse vers le pointement du massif de La Serre dans les Avant-Monts du Jura) : au dessus, le Jurassique est découpé en panneaux basculés tantôt vers l'Ouest, tantôt vers l'Est, à pendage relativement fort.

Fig. 2 - Carrière de Saint-Martin-Belleroche ; pendage accentué des calcaires à Entroques, dans le champ de failles de la Saône


F
ig. 3 - Stries horizontales de décrochement le long d'un accident N-S, Saint-Martin-Belleroche

La succession des phases tectoniques ayant provoqué ces failles, est à peu près reconstituée (Bergerat, 1985) :

- failles décrochantes "tardi-hercyniennes" au cours du Permien. Pendant le Jurassique leurs légers rejeux auraient pu influencer l'épaisseur des dépôts et les changements de faciès, mais dans l'ensemble toute l'Ere Secondaire est une période très calme.

- compression N-S à l'Eocène supérieur, contemporaine de la surrection des Pyrénées et des chaînes provençales : dans le Mâconnais et la Bourgogne elle se traduit par des failles décrochantes sénestres SW-NE, et quelques unes dextres, de direction SSE-NNW.

- au cours de l'Oligocène, pendant la subsidence du bassin de la Bresse, on note des failles normales d'extension sur la Côte d'Or et dans le fossé de la Loire.

- vers la fin du Miocène, lors du plissement et du chevauchement du Jura (et des Alpes), le Morvan et le Seuil de Bourgogne se surélèvent à leur altitude actuelle, et l'on note dans les rejeux de failles des signes de compression WNW-ESE.

Les mesures de contraintes actuelles effectuées dans les carrières (Paquin et al. 1978) démontrent qu'une compression NW-SE est toujours en cours, avec des contraintes horizontales de 11 à 24,5 bars. L'existence de telles contraintes, dans des zones tabulaires à grande distance des chaînes orogéniques, est une explication possible des diaclases qui partout affectent les bancs ; ces contraintes pourraient aussi avoir certaines incidences sur l'exploitation des carrières.

Dans plusieurs carrières de roches massives nous avons remarqué des fractures subhorizontales irrégulières, qui s'expliqueraient par le relâchement des contraintes au cours de l'érosion et du modelé du relief.

Nous retiendrons que dans l'ensemble les failles sont les plus nombreuses tout au long de la vallée de la Saône, où se trouve nombre d'exploitations importantes. Les carrières ont rencontré divers accidents à rejet plus ou moins fort : mais comme le montrent la photo 90-44 prise à Saint-Martin-Belleroche et les beaux miroirs de faille des anciennes carrières de Dijon-Talant, ces accidents sont surtout des décrochements à stries horizontales, donc sans rejet vertical conséquent : par contre ils ont un effet considérable sur la fracturation à leur voisinage. Sans doute des raisons historiques ont présidé au choix de l'emplacement de ces carrières, aujourd'hui on ferait appel à des géologues structuralistes pour mieux les implanter.

Sur les plateaux du Seuil de Bourgogne, les failles portées sur les cartes géologiques sont moins nombreuses (noter que certaines feuilles anciennes ont été levées par des géologues ignorant les failles), elles sont d'orientation surtout N15 à N35°E, quelques unes N80°E, ou N90°E (faille de Vittel). Certaines s'étendent sur des dizaines de kilomètres. Le simple examen des cartes géologiques montre que certaines carrières sont implantées juste sur des failles (Magny, sur une faille régionale d'au moins 35 km de long) ; une tentative d'ouverture de carrière a été faite, sans lendemain, exactement sur la faille de Vittel.

Même sur les plateaux dépourvus de failles, la fracturation est omniprésente, résultant sans doute des compressions tertiaires pendant la formation des Pyrénées et des Alpes. A notre connaissance aucune implantation nouvelle n'a encore été basée sur une étude structurale détaillée, prenant en compte l'interprétation des photos aériennes et des photos satellite.

3 - Pétrographie

Les pierres calcaires qui sont exploitées (ou l'ont été) en Bourgogne sont essentiellement constituées de calcite, souvent très pure. On peut sommairement distinguer les constituants suivants :

- les éléments figurés, comprenant

                  - les oolites, à structure fibro-radiée ou concentrique,

                 - les bioclastes, fragments de fossiles plus ou moins arrondis. Parmi eux les encrines sont clairement visibles à l'oeil nu : on les reconnaît à leur cassure brillante, car elles sont formées d'un seul cristal de calcite, et à leur canal central. Les pierres d'Euville et de Pouillenay en sont presque entièrement formées.

                 - les fossiles : Polypiers, Brachiopodes, Algues calcaires, foraminifères encroûtants (Nubéculaires, autrefois appelées "oolites cannabines"), Bryozoaires, Eponges calcaires, etc. Certains fossiles n'ont laissé que leurs traces de passage ou leurs terriers, comme dans le milieu protégé du Comblanchien.

                   - la micrite : grains de calcite microscopique, dont la provenance est indiscernable au microscope. Elle est abondante à la périphérie des récifs et dans les lagons, provenant sans doute de la trituration des récifs et des barrières par les vagues, suivie d'un dépôt dans les zones calmes.

     - le ciment : dans les calcaires oolithiques et bioclastiques, les pores d'assez grande taille sont plus ou moins remplis de calcite secondaire, qui a pu se déposer en plusieurs épisodes, que l'on est capable d'identifier au microscope, par exemple les ciments précoces formés lors des émersions ou ceux apparus pendant la compaction. Le degré de cimentation est capital pour les propriétés physiques des pierres.

La dolomite n'est pas très fréquente, on en a déterminé cependant en petites quantités dans les calcaires de Comblanchien, de Premeaux et de Ladoix, et dans les calcaires à entroques de Pouillenay. Une dolomie a autrefois été exploitée à Sampot.

La silice, dont l'existence est bien établie dans la pierre de Premeaux, n'a pas été recherchée dans les autres roches, bien que sa présence puisse être gênante lors du sciage.

La présence de pyrite est probable dans toutes les pierres qui prennent une couleur beige ou rouille par altération, tels les "calcaires bicolores" ; ce minéral pouvant se trouver finement divisé, passe souvent inaperçu (il faut une analyse chimique ou par rayons X pour le reconnaître), bien qu'il ait une importance considérable dans l'altération des pierres.

On rencontre aussi dans l'Oolite blanche, des traînées ferrugineuses, correspondant à de la limonite déposée dans les pores ; elles sont alignées selon les stratifications obliques et les lits de coquilles, ou sont disposées en zones concentriques (Beaunotte rubané), résultant sans doute de circulations phréatiques.

4 - Propriétés physiques

Les mesures physiques habituellement effectuées en France sont disponibles pour la plupart des roches : on trouvera d'importantes listes de résultats dans P. Noël (1970) et dans l'ouvrage de la CATED (1980). Outre la résistance simple à la compression, le paramètre qui nous semble le plus important pour caractériser une roche, est la porosité, dont dépendent la plupart des autres propriétés. En réalité il faudrait connaître la répartition de la taille des pores, ou spectre de porosité, qui se mesure par injection de mercure, mais ce type d'essai est très rare.

I l'on considère les valeurs minimales, maximales et la moyenne de la porosité et de la résistance à la compression, on constate que pour la plupart des roches la dispersion n'est pas excessive, bien que dans la pierre de Ravières par exemple les valeurs de résistance s'étalent entre 181 et 630 kg/cm2 ; mais dans une même carrière les propriétés varient considérablement selon les niveaux (voir les Larrys de Cry et Ravières, dont la porosité peut varier de 2,7 à 23 %).

Une seule roche est vraiment compacte, avec une porosité inférieure à 1 %, le Comblanchien s. str.. Ensuite viennent les calcaires à Entroques de Buxy et de Saint-Martin-Belleroche (1 à 2 %), qui ont aussi les mêmes emplois que le marbre, et prennent le poli.

Toutes les autres pierres ont des porosités plus élevées : entre 2 et 7,7 % (valeur correspondant à une densité de 2,50, limite entre les pierres marbrières et les calcaires selon la CATED) nous trouvons les pierres de Chassagne, Pouillenay, Larrys dur, Les Abrots, et Etrochey. Elles ne prennent pas le poli brillant, seulement l'adouci. Pour les calcaires de porosité supérieure, pouvant atteindre 22 %, l'emploi en extérieur demande des précautions.

Concernant la gélivité, peu de mesures ont été faites (résistance à 25 cycles pour le Beauvillon rubané de Beaunotte, Etrochey, Nuits-Saint-Georges et Saint-Martin-Belleroche, 46 pour Farges). On sait que même des roches compactes comme le Comblanchien sont sensibles au gel quand ils viennent d'être extraits, et donc saturés par l'eau de carrière ; autrefois l'extraction des blocs était arrêtée pendant l'hiver, aujourd'hui on les protège par un manteau de déblais. Par contre, une fois entièrement séchées, elles ne se saturent plus intégralement, et ne craignent plus le gel. Dans les roches plus poreuses, la sensibilité au gel dépend de la taille des pores : lorsqu'ils sont de grande taille, ils ne se remplissent plus d'eau, et laissent un espace libre pour la dilatation de la glace. Par contre dans les roches microporeuses, la saturation par capillarité peut approcher de 100 %.

A défaut de valeurs mesurées en laboratoire, l'observation des anciens fronts de taille des carrières renseigne sur la gélivité des roches : on constatera avec les photos 2 et 3 l'effet du gel sur l'Oolite Blanche. Cette formation n'affleure d'ailleurs presque jamais naturellement, recouverte qu'elle est par des débris résultant de sa fragmentation pendant les périodes froides du Quaternaire ancien.

Fig. 4 - Effets du gel des périodes froides du Quaternaire sur l'Oolite Blanche à Cry-sur-Armançon

Outre les problèmes de fracturation déjà évoqués, qui diminuent dramatiquement le taux de récupération dans certaines parties des carrières, nous rappellerons que les stylolites, ici presque tous dans le plan de stratification, peuvent sérieusement gêner l'extraction : certains, de petite taille et sans enduit argileux, ne forment pas des délits limitant des bancs, et contribuent à l'ornementation de la roche. D'autres, de plus grande extension, sont revêtus d'un enduit argilo-ferrugineux ; ils s'ouvrent au moment de l'exploitation, formant alors des délits naturels, parfois trop nombreux pour que l'on puisse obtenir de blocs de bonne épaisseur. Ou bien ils s'ouvrent plus tard sous l'effet du gel ou de produits d'entretien comme l'eau de Javel. Par contre, dans le cas des exploitations de "laves" (dalles), la présence de stylolites rapprochés facilite le délitage en petits bancs.

La plupart des roches exploitées de nos jours sont d'anciens sables calcaires, formés de débris de fossiles ou d'oolites, de taille millimétrique. Ils ne doivent leur cohésion actuelle qu'à la cimentation par de la calcite, phénomène extrêmement variable, et difficilement prévisible ; les quelques études faites sur le Comblanchien (Purser), montrent qu'il y a eu une cimentation précoce, sans doute par suite d' émersions, entraînant un lessivage de l'aragonite initiale et une cristallisation de calcite. Puis d'autres cimentations se sont produites pendant la compaction, sous l'effet de la pile de sédiments s'accumulant au dessus, par dissolution aux contacts entre grains, conduisant finalement à la formation des stylolites, et précipitation de la calcite au voisinage. Des dissolutions et précipitations ont pu enfin se produire au moment de l'érosion, dans les nappes aquifères en circulation ; c'est sans doute lors de cette ultime phase que se sont formées les auréoles d'oxydes de fer que l'on observe par exemple dans le Beauvillon rubané et le Buxy rubané.

5 - Les pierres exploitées

Au cours des années, nombre de carrières mentionnées par P. Noël (1970), le répertoire du Mausolée (1976) et par Beasley (1981) ont été abandonnées, et nous dresserons ici l'état d'activité des carrières tel que nous l'avons observé en mai 1992.

A - Lias

Les calcaires à Gryphées du Sinémurien, qui se délitent en bancs décimétriques ont autrefois été largement utilisés comme moellons pour les besoins locaux de construction, en particulier à Semur, mais incapables de fournir des blocs ou des dalles de grande taille, et contenant de plus un certain pourcentage d'argile, ils sont totalement abandonnés. L'un de leurs derniers emplois a été le socle de la statue de Napoléon à Fixin.

B - Bajocien

Les calcaires à entroques sont encore activement exploités dans la Saône-et-Loire à Saint-Martin-Belleroche et à Buxy.

A Saint-Martin-Belleroche, la carrière Masson (fig. 3 et 4), proche d'une exploitation de concassés, entaille des bancs d'une douzaine de mètres, à stratifications obliques, un avec  pendage de 11° vers la plaine. C'est un calcaire bioclastique, comprenant des articles de Crinoïdes, de couleur beige foncé. Les stylolites, de couleur rouge brun, sont nombreux et forment souvent des délits. De plus la fracturation est abondante, surtout sous forme de décrochements Nord-Sud. La récupération est probablement faible, d'autant plus que l'exploitation se fait à l'explosif. L'entreprise transforme entièrement sa production de blocs, pour tous les usages du bâtiment ; le flammage, qui transforme la limonite jaune en hématite rouge, donne des couleurs intéressantes.

A Buxy, deux carrières exploitent un calcaire similaire, sur une dizaine de mètres d'épaisseur ; les stylolites forment moins de délits (leur adhérence est plus grande qu'à Saint Martin), et les couleurs sont plus prononcées : on trouve une couleur grise en profondeur, et une couleur brun-rouille en auréoles concentriques dans les parties oxydées (fig. 5 et 6). La pénétration de l'altération est favorisée par un réseau dense de fractures Nord-Sud. Les exploitants commercialisent les blocs de couleur uniforme (gris ou brun-rouille), tandis que les blocs trop franchement bicolores sont rejetés.

Fig. 5 - Buxy : le front de taille montre la couleur bleue originale du calcaire, et les effets de l'oxydation pénétrant par les fractures verticales
 et les délits

Fig. 6 - Stratifications obliques des calcaires à Entroques à Buxy

Dans la Côte d'Or, les calcaires à entroques de Pouillenay sont connus depuis le XIIIe siècle : exploités dans une grande carrière au bord du plateau dominant le village au SE, ils ont servi en construction et en sculpture. Du fait de l'augmentation de la découverte, la carrière à même été étendue en souterrain au début du siècle ; cette méthode a dû être abandonnée à la suite d'effondrements du toit (fracturation trop rapprochée pour la largeur des chambres). L'exploitation en surface semble voir cessé en 1982. Ils contiennent un peu d'argile et de dolomite.

C - Bathonien

1 - Calcaire de Premeaux : ce niveau affleure en un seul point entre Nuits Saint Georges et Premeaux, au pied de la côte formée par l'Oolite Blanche et le Comblanchien. Connue depuis l'époque romaine, cette pierre rose est exploitée en carrière souterraine au SW de Nuits-Saint-Georges, sous le nom de Rosé de Bourgogne, par la Société des Carrières de Nuits Saint Georges(photo 8), qui a récemment modernisé l'exploitation : on commence par creuser à l'explosif une galerie plate au toit de la couche, à partir desquelles sont forés les trous destinés au passage du câble diamanté, qui effectue les coupes latérales. La coupe de base est faite au câble si l'on dispose d'un accès latéral, ou par forage et explosif. Le découpage secondaire des masses est faite par forages et cordeau détonant. Les galeries, de 10 à 12 mètres de large, et d'une centaine de mètres de profondeur, ont leur toit boulonné ; elles ont rencontré des cheminées karstiques verticales. Le niveau exploité, d'environ 8 m d'épaisseur, est subdivisé en 7 bancs, de couleur plus ou moins rose ou jaune ; c'est un calcaire micritique contenant de fins bioclastes (pelotes fécales, Milioles, Stomiosphères), avec des terriers à remplissage rose dolomitique. Il s'agit donc d'un dépôt en eaux calmes, comparable à celui du Comblanchien, mais situé au dessous de l'Oolite Blanche. Le tiers inférieur comporte plusieurs niveaux de silex, qui sont éliminés après sciage au moment de la sélection. La carrière de Premeaux, située juste à l'Ouest du village, qui produit une roche similaire sous le nom de Marbre de Premeaux ou Rose liseron, a une activité épisodique.

D - Oolite Blanche

a - Mâconnais

A Farges au Sud de Tournus, la grande carrière Guinet-Derriaz exploite sur un front de 7-8 m, sous une découverte d'épaisseur analogue, un calcaire oolithique et bioclastique beige, finement rubané, assez poreux (14,1 %). Le front est maintenant découpé au câble diamanté, puis les masses sont démantelées à la pelle mécanique (l'emploi de coussins d'air n'est pas pratique pour basculer les masses, à cause de la fracturation, qui est assez variable selon les parties de la carrière). La roche est assez massive, car les bancs de 20 à 60 cm (à stratifications internes obliques) sont assez soudés et ne se délitent pas. De grandes surfaces ont été découvertes pour préparer l'exploitation, cependant, ayant été dégagées à l'explosif par une entreprise de concassage, des dégâts ont été occasionnés par des trous de tir trop profonds.

A Chassagne l'Oolite Blanche, épaisse de 30 m sous une couverture de 15 à 20 m, est exploitée dans deux grande carrières (Lardet et Rocamat), par de grandes coupes au câble diamanté (fig. 7). Une faille N-S traversant la carrière donne une zone irrécupérable. La roche est un calcaire graveleux, parfois oolithique, jaune beige. Les teintes et le grain sont assez variables selon les niveaux, d'où un grand nombre de variétés, d'autant plus que ces calcaires peuvent être sciés en passe ou en contrepasse. Une reconnaissance par forage carotté sous le plancher de la carrière indique plus de 20 m supplémentaires de roche exploitable.

Fig. 7 -  Carrières de Chassagne, gradins découpés au câble diamanté


b - Bourgogne

Dans la Côte d'Or et l'Yonne, l'Oolite Blanche est largement exploitée dans les vallées de la haute Seine (région de Châtillon sur Seine) et de l'Armançon (région de Ravières), ainsi que sur les plateaux voisins.

Commençant par le Châtillonais, nous trouvons sur le plateau au NE de Beaunotte un centre carrier très actif, avec 5 à 6 entreprises exploitant une couche de 3 m, de pendage 2° NNW, sous une découverte de 2 à 4 m. Il s'agit d'un calcaire bioclastique massif, gris ou beige, entrecoupée de lits coquilliers. Bien que la porosité soit assez élevée et visible à l'oeil nu (pas de valeurs connues ; pour une densité de 2,4 à 2,46 la porosité devrait être de l'ordre de 10%), la roche est assez résistante, grâce à un ciment sparitique qui lie les éléments. Les fractures verticales (N160° prédominant) sont régulièrement espacées, d'environ 6 m : elles correspondent sans doute à des décrochements, certaines sont élargies en fissures karstiques. L'exploitation emploie encore des méthodes anciennes, avec abattage par forage et tirs (poudre noire et cordeau détonant), refente par forage et coins, équarrissage parfois manuel (fig. 8). Non loin de là, sur la commune d'Aignay-le-Duc, une nouvelle carrière est en voie d'ouverture, dans une zone à fractures verticales plus serrées, liées à la proximité de la faille SW-NE d'Aignay-le-Duc, avec joints de décompression subhorizontaux.

Fig. 8 - A Beaunotte, masse de 3 m découpée à l'explosif, et emploi de la pique pour parfaire l'équarrissement

A Magny, une grande carrière exploite au câble diamanté et avec des haveuses une couche massive de 8 à 10 mètres, sous une découverte de 10 m (fig. 9). Le câble et les haveuses ne travaillent pas en combinaison, mais dans des parties distinctes de la carrière. Il s'agit encore d'un calcaire bioclastique très poreux (16-22%), avec pores de grande taille plus ou moins revêtus d'oxydes de fer, ce qui leur confère une couleur beige à rosé, variable selon les bancs et la situation dans la carrière. On remarquera que la carrière a été emplacée (au début du siècle dernier) au long d'une grande faille régionale de près de quarante kilomètres d'extension, la faille de Saint Marc sur Seine à Champ d'Oiseau, d'un rejet d'une vingtaine de mètres vers le NW (carte géologique au 1/50000 Montbard, 1990).

Fig. 9 - Découpe à la haveuse et au câble diamanté à Magny

A Montmoyen deux petites carrières extraient un calcaire bioclastique à grain assez gros, de couleur beige-rosé, à pores de grande taille. La couche, horizontale, a 3 m d'épaisseur seulement; elle est exploitée au cordeau détonant. Au dessous se trouverait un calcaire plus friable. Une autre carrière a été ouverte à Vanvay, dans une roche plus blanche et plus friable, elle était inactive à notre passage.

Dans les environs de Chamesson, il n'existe plus qu'une exploitation active, celles de la Garenne et d'Ampilly ayant disparu. La carrière du Coteau (fig. 10) montre un front de grande hauteur, sous une découverte d'une quinzaine de mètres. La masse est découpé au câble diamanté, actionné par un moteur Diesel, en tranches de 2,8 m d'épaisseur et d'une hauteur impressionnante (11,5 m) ; une coupe de 15 m de large sur 11,5 m de hauteur demande seulement 18 heures (10 m2/h environ). Les tranches sont basculées sur un tas de déblais à l'aide de coussins d'air et de vérins hydrauliques, que l'on descend au fur et à mesure du basculement. La découpe secondaire est faite par forages et coins. Cette roche est un calcaire bioclastique ou oolithique, avec lits riches en fragments de coquilles, et couleurs variables du gris au beige et au rose, avec une porosité variant de 11,6 à 18,8 %. Outre les fractures verticales habituelles, on note des fractures subhorizontales irrégulières, qui pourraient être le résultat de la décompression pendant l'érosion des terrains superposés.

Fig. 10 -  Vue d'ensemble de la carrière de Chamesson, le front principal a environ 11 m de haut

Dans la vallée de l'Armançon, la région de Ravières (Yonne) constitue un autre centre d'exploitation de l'Oolite Blanche, moins actif qu'il n'a été. A Cry-sur- Armançon, la carrière de Larry du Bief montre une belle masse d'une douzaine de mètres, qui a été sciée récemment en tranches de 2 à 2,6 m d'épaisseur, mais se trouvait inactive lors de notre passage. C'est un calcaire oolithique et bioclastique massif, avec de grosses gravelles grises espacées, caractéristiques du faciès "Larrys" : cette roche, qui était jadis bien connue sur le marché, puis avait disparu, cherche maintenant à se réimplanter. On note des lits fossilifères, avec sections de Brachiopodes, et des stylolites pas trop rapprochés. Les fractures verticales, bien qu'assez espacées dans la partie récemment exploitée, forment plus de deux familles, ce qui diminue le taux de récupération.

La seconde carrière de Cry, celle du Moulin d'Arlot (fig. 11), est l'une des plus intéressantes carrières de Bourgogne par la hauteur de son front, qui atteint 58 m en deux gradins et expose l'oolite de Ravière à la base (26 m) et l'ensemble du faciès Larrys au dessus (32 m), plus une découverte de 22 m (Comblanchien réduit plus Calcaires Bicolores). L'Oolite Blanche de Ravière, très gélive, fut exploitée en premier (porosité 13 à 19%) ; puis sous les éboulis qui la surmontent (nommés larrys en patois local), les carriers découvrirent des calcaires plus résistants, avec des nuances variant de banc à banc : ils furent vendus sous des noms très divers, changeant selon les bancs et les propriétaires, d'où une nomenclature confuse, qu'il n'est pas question de reprendre ici (voir Noël, 1970, fiches Larrys et Ravières). Les propriétés physiques des Larrys sont très variables, avec une résistance à la compression entre 488 et 1718 kg/cm2, et une porosité de 2,7 à 23%. La reprise de cette carrière est envisagée, mais aucun travail n'a encore été réellement entrepris.

Fig. 11 - Carrière du Moulin d'Arlot à Cry-sur-Armançon, dominant le canal de Bourgogne

Descendant la vallée de l'Armançon, nous trouvons un peu avant Ravières d'anciennes grandes carrières dans la Combe aux Epousées, puis une carrière active juste au dessus de Ravières (Saint Nicolas), et une autre abandonnée au NE. La carrière de Saint Nicolas exploite au câble diamanté un niveau de 8 m d'épaisseur d'Oolite Blanche, assez tendre, à stratifications obliques, se subdivisant en 7 bancs.

A Chassignelles, l'ancienne carrière Fèvre de la carrière des Abrots (fig. 12) montre une douzaine de mètres de la partie supérieure de l'Oolite Blanche, ici appelée pierre de Chassignelles et équivalent latéral du Larrys, puis 4 m de calcaires plus fins, appelés bancs d'Ancy le Franc et banc des Abrots, équivalents probables du Comblanchien, très réduit dans la vallée de l'Armançon. Chacun des bancs de la pierre de Chassignelle a reçu des noms différents (Chassignelle, Chanteuil, Valreuil, Villefort..), ils possèdent des propriétés variables, témoignées par des porosités allant de 0,38 à 18,8%. La carrière parait n'avoir qu'une activité épisodique.

Fig. 12 - Anciens Etablissements Fèvre à Chassignelles

Sur les plateaux à l'Ouest de l'Armançon, l'Oolite est exploitée activement à Bierry-les-Belles-Fontaines, sous le nom de pierre d'Anstrude (ancien nom de Bierry avant 1848) : la masse de calcaire bioclastique beige clair est découpée au câble diamanté sur 8 à 12 m de haut en tranches de 1,2 m (qui en tombant de trop haut se brisent en multiples fragments). Cette roche très poreuse, a des pores de petite taille, ce qui la rend très gélive, comme le montre le détachement d'écailles sur les fronts abandonnés depuis quelques années (photo 3).

Un peu plus à l'Ouest, la carrière de Massangis (Vaurion) (fig. 13) comporte deux fronts de 8 et 12 m. On y remarque de grandes stratifications obliques, soulignées par des zones plus colorées (zones plus poreuses colorées par les oxydes de fer). La roche, d'une couleur beige beaucoup plus foncé qu'à Bierry, a une porosité plus faible, mais de plus grande taille, ce qui devrait diminuer sa gélivité.

Fig. 13 - Ancien pont roulant et treuil mécanique à Massangis

3 - Comblanchien

On sait depuis Purser (1975) que la formation de Comblanchien est un équivalent latéral de l'Oolite Blanche, déposé dans un milieu de lagon ; c'est un calcaire fin (micrite) contenant de nombreux pellets et onchoïdes (boules algaires). On y note souvent des terriers à remplissage rosé ou violacé (cristaux d'ankérite, dolomie ferrifère), des fossiles comme des Polypiers, Mollusques et Brachiopodes, des fentes de dessiccation indiquant des émersions épisodiques. Purser attribue à ces émersions la forte cimentation précoce du Comblanchien, assez anormale pour une série jurassique peu tectonisée ; elle aurait été complétée par la cimentation liée à la formation des grands stylolites, qui auraient réduit de 25 % l'épaisseur.

Précédée par l'extraction d'une pierre rose à Ladoix au XVIIIe siècle, qui servait à la construction de cheminées, l'exploitation à Comblanchien a débuté avec le XIXe siècle : les premiers baux furent signés en 1807 et 1811 (Gadille, 1968). Elle s'est rapidement développée quand la construction de la voie ferrée du P.L.M. permit à partir de 1843 des transports bon marché à grande distance. La production commença sous forme de pierres de taille, puis sous le Second Empire la mécanisation autorisa le sciage de tranches. On comptait 325 ouvriers en 1912, et jusqu'à 1000 en 1919 pour les besoins de la reconstruction. La production de roches marbrières s'affirma à partir de 1925, avec des expéditions en Belgique et en Allemagne. Dans les années 60 on dénombrait 640 ouvriers, 27 carrières produisant 28000 m3 par an, et dix usines.

Cependant le déclin commença en 1970 : l'épaisseur de terrains à découvrir augmentait de manière inquiétante, en même temps que le rendement de carrière diminuait (40% en 1963, 25-30% en 1980) et que la concurrence italienne (calcaires de Trani notamment) se faisait douloureusement sentir. Il ne semble pas que des études géologiques aient été faites pour localiser des réserves dans une zone moins faillée, et sous une couverture plus modérée.

Actuellement l'activité principale est concentrée dans les carrières communales de Comblanchien (fig. 14), où travaillent quatre exploitants (Pierres de Bourgogne, Loichet, Carrières et Marbreries de Comblanchien, Rocamat) ; la partie supérieure du Comblanchien est dégagée avec la couverture dans les carrières du Nord, elle est produite sous le nom de "granités" dans les carrières du Sud. La masse principale, qui se divise en bancs de 0,4 à 1,5 m, est sciée au câble diamanté, sur une hauteur de 10 à 14 m, en tranches primaires de 2,5 à 2,7 m de large ; les forages sont effectués par des wagon drills, l'un des carriers est équipé en marteaux fond de trou. Le havage, qui a été beaucoup utilisé, est en voie d'abandon à cause du temps nécessaire au réaffûtage des outils (tous les 35 m2).

Les fractures sont nombreuses, parallèles à la faille de la Saône (N50°), mais aussi perpendiculaires (N135-N160°). Les déblais sont en grande partie concassés sur place.

Une autre exploitation se trouve à Ladoix. Celles de Corgoloin (carrières Barbet et Javelle, marquées par deux gros tas de déblais) sont abandonnées. De même dans la vallée à l'Ouest de Nuits Saint Georges, les carrières de La Serrée et de Villars-Fontaine ne produisent plus de blocs.

Fig. 14 - Carrières communales de Comblanchien, montrant les niveaux exploités à la base, le Comblanchien fracturé au dessus (blanc), la pierre de Corton (brune), et les marnes bleues calloviennes 

4 - Dalle Nacrée (Bathonien sup.-Callovien inf.)

La pierre de Corton est un niveau de calcaire oolithique et bioclastique beige foncé, prenant le poli, avec niveaux riches en coquilles, situé directement au dessus du Comblanchien, dont il est séparé par la discontinuité D1. Epais de 6 à 8 m, il est exploité à Ladoix par trois carrières à flanc de coteau, sous une découverte de 10 à 12 m, qui tend à rapidement s'accroître. Cette masse est entrecoupée de nombreux stylolites brun-ocre, dont certains donnent des délits limitant l'épaisseur des blocs. Selon Floquet et al. (1989) la pierre de Corton est un équivalent stratigraphique de la pierre de Dijon, autrefois extraite des carrières de Talant (Belvédère du lac Kir), et du calcaire de Buffon.

La pierre de Ladoix, située au dessus de celle de Corton, ne fournit plus que des dalles rustiques dans deux carrières sur le plateau dominant Corgoloin (fig. 15). Ce sont des calcaires oolithiques à bioclastiques, riches en Bryozoaires, en petits bancs séparés par des joints stylolitisés rouge brun à violacé (oxydes de fer et de manganèse) ; les stratifications obliques indiquent une migration de dunes sous-marines du Sud vers le Nord. Ces dalles sont vendues sous le nom de "laves de Bourgogne" pour des pavages en opus incertum ou des murettes ("pierres mureuses").

Fig. 15 - Carrière de "laves" à Corgoloin, calcaires oo-bioclastiques et petits bancs à stratifications obliques

La carrière de Buffon produit la roche appelée Saint Corneille. D'une épaisseur de 10 m, elle est entrecoupée selon Floquet et al. par quatre discontinuités internes (surfaces perforées). C'est une calcarénite poreuse, beige à jaune, à zones grises, à grain assez gros, et ciment incomplet de calcite hyaline. Une autre carrière, stratigraphiquement plus basse, extrait une oolite très poreuse.

Enfin à Etrochey, le calcaire du Callovien inférieur, à oncholites, grands Gastéropodes et Lamellibranches, était exploité sur environ 5 m d'épaisseur (bancs de 0,5 à 1,2 m). La principale carrière est transformée en usine, il subsiste une carrière artisanale, produisant un peu de pierre de taille et surtout des dalles pour murettes.

5 - Oxfordien

Nous ne trouvons dans le Jurassique supérieur que des carrières abandonnées et des productions de dalles.

Dans la région de Tournus (photo 22), l'Oxfordien a fourni des calcaires oolithiques blancs ou roses à Préty (près de Lacrost sur la rive gauche), Givry et Les Fontaines, sans compter les carrières antiques de Saint-Boil où étaient taillés des sarcophages. Les carrières au Nord de Givry produisaient une intéressante oolite rose, en bancs malheureusement trop minces, elle s'est convertie au concassage. Dans la carrière des Fontaines, qui montre quatre mètres d'oolite blanc crème assez cimentée, on note une tentative de reprise marquée par une coupe au fil.

Dans l'Yonne, l'Oxfordien supérieur (autrefois appelé Séquanien), fournit des plaquettes et dalles de 3 à 10 cm dans deux carrières proches de Tanlay (Saint-Vinemer et La Vaulineuse), ainsi que dans de nombreuses carrières sur la commune de Molay (8 entreprises sur plateau dominant le village d'Arton). Ce sont des calcaires jaunes, fins à sublithographiques, se débitant en plaquettes, qui sont commercialisés sous le nom de Pierre de l'Yonne et servent à faire des murettes et des dallages rustiques.

6 - Kimméridgien et Portlandien

La pierre de Tonnerre (Kimméridgien), calcaire crayeux tendre et gélif, a été extraite manuellement de carrières souterraines au S et au SE de la ville, toutes abandonnées au début du siècle. Celles d'Yrouerre montre encore de belles galeries d'une dizaine de mètres de haut. Dans le même étage la pierre d'Asnières les Dijon, également crayeuse, était excavée depuis l'Antiquité en carrières souterraines, servant à la construction et à la statuaire.

Le Portlandien inférieur enfin contient une couche d'oolite poreuse, épaisse de 3 à 4 m, produite dans les carrières souterraines de Savonnières et Brauvilliers : mais on se trouve là dans la Meuse, en dehors de notre sujet.

F -Conclusions

Première région de France pour l'exploitation des calcaires à des fins ornementales, la Bourgogne possède une gamme allant des pierres compactes comme le Comblanchien, jusqu'aux pierres très poreuses, avec tous les intermédiaires possibles. La palette de couleurs est assez restreinte, avec des nuances beige, plus ou moins clair ou foncé, parfois rubanées de teintes ocres (Buxy, Beaunotte). On trouve aussi un rose à Nuits Saint Georges, mais la pierre rose de Givry est abandonnée.

L'abattage est encore réalisé par forage et explosif dans nombre de petites carrières ayant un front de faible hauteur. Par contre les grandes carrières se sont toutes converties au câble diamanté, avec des coupes de grande hauteur : à Chamesson on nous a cité une coupe de 15 m de haut sur 12 m de longueur, réalisée à une vitesse de 10 m2/h. Les tranches primaires ont souvent 2,8 m de large ; on se dispense de coupe à la base, car on tire parti des délits. Les tranches sont basculées avec des coussins d'air puis des vérins, et tombent sur un tas de déblais ; les hauteurs excessives de coupe ont cependant l'inconvénient de créer de nouvelles fractures au moment de la chute. Dans les carrières trop délitées ou fracturées, au lieu de basculer les tranches, on les démantèle à la pelle hydraulique.

L'emploi des haveuses se restreint à Comblanchien, du fait des nécessités du réaffûtage ; à Magny cependant trois haveuses de 3,25 m sont en pleine activité. Nous n'avons pas constaté d'emploi simultané du câble diamanté et de la haveuse (cette dernière pour la coupe de base), comme on le voit dans d'autres pays.

L'équarrissement se pratique de manière traditionnelle, par forages et coins; nous n'avons pas vu d'éclateuses hydrauliques, ni de machines d'équarrissage à marteaux multiples. Parfois l'équarrissage est encore fait manuellement à la masse à deux tranchants (Beaunotte, photo 10).

Le problème de l'épaisseur croissante de la couverture est critique, en particulier à Comblanchien où certaines carrières doivent dégager 47 à 52 m de terrains pour exploiter une couche de 6 m. Cette découverture devient très coûteuse ; ce coût est amoindri quand les couches présentent les qualités voulues pour être concassées. Autrement les carriers sont contraints d'amonceler d'énormes tas de déblais, quand ils disposent de suffisamment de place.

Les propriétés physiques et les couleurs varient d'un banc à l'autre dans beaucoup de carrières, il en résulte une prolifération de dénominations commerciales, d'autant plus que dans des carrières contiguës, les exploitants ont une nomenclature différente des bancs. Choisies par les exploitants pour individualiser leur production, il n'est pas certain que la multiplication des dénominations commerciales pour les mêmes roches favorise la promotion de la production régionale.

Mais surtout des variations de couleur affectent un même banc selon l'état d'oxydation des minéraux contenant du fer : c'est le phénomène du bicolorisme, dans lequel le centre des blocs est gris ou bleu, et le cortex beige ou ocre. Il est attribuable vraisemblablement à la présence de pyrite, qui s'oxyde en limonite au voisinage des fractures ; la présence d'un double couleur procure parfois un intérêt ornemental, mais souvent elle conduit à rejeter une partie de la production.

Beaucoup des calcaires de Bourgogne sont entrecoupés de stylolites, certains ne compromettent pas la résistance de la roche, d'autres donnent des délits qui limitent l'épaisseur des blocs, ou peuvent s'ouvrir sous l'effet du gel ou des produits d'entretien. Parmi les ateliers de transformation, on rencontre beaucoup d'installations anciennes, avec des châssis à 10 ou 12 lames, et quelques unes plus modernes comme les usines Rocamat de Corgoloin et de Ravières, avec respectivement 8 et 9 châssis à lames diamantées. Par contre il n'existe pas d'entreprises spécialisées en extraction, en sciage ou en polissage, comme on le voit en Italie et ailleurs : toutes les entreprises veulent assumer la totalité des opérations, de la carrière au polissage, avec souvent en plus un atelier de marbrerie traditionnelle ou de taille.

Les ressources en pierres calcaires de la Bourgogne sont encore immenses, nous pensons en particulier à l'Oolite Blanche, du type Beaunotte ou Magny, qui lorsqu'elle est cimentée de manière convenable trouve actuellement de beaux marchés en revêtements de façade. Cependant le problème de la fracturation est aussi d'importance primordiale ; nous avons cité le cas de carrières implantées sur des failles, ou dans des champs de failles, et nous savons que l'intensité de la fracturation est le principal facteur conditionnant la récupération. Il est bien rare que des sondages carottés aient été réalisés à l'arrière du front d'exploitation pour évaluer les réserves et la qualité de la roche. Les nouvelles exploitations se contentent, par mesure de prudence, de reprendre d'anciennes carrières, de s'installer à proximité de carrières ayant eu un succès, ou bien s'installent un peu au hasard, quitte à trouver une roche très fracturée une fois la découverture faite.

Malgré la demande actuelle en pierres calcaires, il n'y a pas eu non plus de reconnaissance systématique des possibilités de la Bourgogne et du Mâconnais en vue d'implanter de nouvelles carrières : on trouve par exemple un département comme la Haute Marne, a priori bien situé, qui ne comporte aucune exploitation actuelle. Dans ce domaine de l'exploration des roches ornementales, bien négligé en France par comparaison à l'Espagne, au Portugal ou à la Grèce, les techniques récentes de la géologie structurale aideraient à sélectionner les zones à plus faible densité de fracturation.

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