La région Bourgogne est le plus important bassin
producteur de roches
ornementales de France. Sur un total de 395100 m3 de blocs
extraits
en France en 1990, chiffre incluant les granits, les pierres et
marbres, et les
grès (documents UNICEM), la part de la Bourgogne
représente 84000 m3,
soit 32% de la production de pierres et marbres, et 21,2 % de
l'ensemble des
roches. La grande majorité des carrières est
située dans les départements de
l'Yonne, de la Côte d'Or et de la Saône et Loire.
Géologiquement, la zone productrice s'étend sur
la partie orientale du Bassin
de Paris, avec les côtes du Barrois (Portlandien) et du
Châtillonnais
(Oxfordien), sur le Seuil de Bourgogne d'autre part, avec une
série
similaire à celle du Bassin de Paris mais reposant sur un socle
à faible
profondeur dans le prolongement du Morvan et des Vosges, et enfin sur
les
panneaux effondrés du Mâconnais en bordure du
fossé de la Saône.
La Bourgogne fournit une large gamme de calcaires,
situés pour la
plupart dans le Jurassique moyen (Dogger), allant de pierres
marbrières aussi
compactes que le marbre jusqu'à des pierres tendres et poreuses
convenant pour
la construction. Les couleurs sont le plus souvent le blanc et le beige
ou
l'ocre clair, il existe aussi des pierres roses.
L'exploitation des carrières remonte à la
période romaine dans le
Mâconnais (Bedon, 1984), quand furent édifiées les
villes de Lyon et d'Autun ;
les carrières de calcaires connues de cette époque sont
assez nombreuses dans
le Mâconais, mais aussi autour d'Autun (calcaires et
grès). On connaît
également une carrière souterraine à
Asnières-les-Dijon, et quelques carrières
entre la Loire et la Cure, dont celle d'Arcy-sur-Cure où les
Mérovingiens
installèrent un important atelier de taille de sarcophages. Par
contre on ne
connaît peu de vestiges de carrières antiques dans les
vallées de l'Armançon et
de la haute Seine.

Fig. 1 -
Carte géologique
simplifiée de la Bourgogne
1 - La série stratigraphique
La stratigraphie du Jurassique est basée
traditionnellement sur les
Ammonites ; cependant dans les formations de calcaires de plateforme,
qui sont
précisément ceux qui fournissent les roches ornementales,
ces fossiles sont
rares ou remaniés, et la tendance récente est le calage
par le biais des
surfaces de discontinuité (surfaces durcies et perforées,
souvent couvertes
d'huîtres, et terminant les séquences,), que l'on parvient
à corréler sur de
vastes distances, et à caler grâce aux Ammonites
épisodiques, ou à défaut par
des Brachiopodes. En effet ces surfaces semblent liées aux
mouvements
eustatiques des océans, élévations et abaissements
du niveau marin, qui ont une
extension mondiale selon les idées en vigueur.
Les seuls calcaires dignes d'attention sont des bancs peu
épais de
calcaires à huîtres (Gryphées), qui furent
exploités autrefois à Semur.
Cette barre calcaire proéminente est connue de tous
puisqu'elle forme
la Roche de Solutré près de Mâcon,
célèbre à bien des égards. Elle comprend
des
calcaires à Entroques (ou encrines, fragments de
Crinoïdes), mais aussi des
faciès variés comme les calcaires à Nubecularia
(foraminifères
encroûtants), et des récifs à Polypiers, dont le
plus notoire constitue la
falaise sommitale de la Roche de Solutré (photo 1). Elle se
termine par une
surface perforée de grande extension.
L'âge des calcaires à Entroques varie quelque
peu selon les régions,
puisqu'ils débutent dans l'Aalénien et le Bajocien
inférieur dans l'Ouest, mais
sont attribués essentiellement au Bajocien moyen à l'Est
de l'Armançon. A noter
qu'une lacune assez générale à la base couvre le
Toarcien supérieur et
l'Aalénien inférieur.
Dans une grande partie de la Bourgogne, entre l'Aube et la
Seine,
l'épaisseur des Calcaires à Entroques est de l'ordre de
35 à 45 m ; mais elle
diminue vers l'Ouest, avec 15-20 m sur le Serein et moins de 10 m
à l'Ouest de
cette rivière. Déposés par des courants marins sur
des plateformes de faible
profondeur, ils montrent fréquemment de grandes stratifications
obliques.
L'épaisseur de l'Oolite est de 30-40 m à l'E de
Recey-sur-Ource, 50-60
m dans la vallée de la haute Seine, et jusqu'à 70 m le
long de l'Armançon. Par
contre dans le SE elle n'est que d'une vingtaine de mètres.
Ce sont des calcaires fins, rarement aussi compacts
qu'à Comblanchien,
contenant des nodules algaires (oncolithes) bien visibles, des
stromatolites,
de nombreux terriers à remplissage rose dolomitisé ;
parfois des fissures de
retrait et des niveaux à characées témoignent
d'émersions et d'invasions d'eaux
douces. Purser a montré que ces faciès se sont
déposés dans un milieu calme et
très peu profond, considéré comme un lagon
occupant le centre de la plateforme
bourguignonne, et séparé de la mer ouverte par une
barrière oolithique.
L'épaisseur de la formation est de 50 à 60 m
dans l'Est de la
Bourgogne, 25 m dans l'Ouest, moins de 10 m dans les vallées de
l'Armançon et
du Serein, pour disparaître plus à l'Ouest (sillon
marneux). Elle se termine
par une belle surface durcie (D1) avec encroûtement
d'huîtres perforées, qui
est reconnue de l'Yonne à la Meuse.
L'âge bathonien du Comblanchien, qui ne contient pas
d'Ammonites, est
indiqué par un foraminifère caractéristique du
Bathonien supérieur,
Meyendorffina (Kilianina) bathonica (fig.5).
Pour Purser, Oolite Blanche et Comblanchien sont deux
faciès
contemporains, passant latéralement de l'un à l'autre,
l'Oolite formant la
barrière entourant le lagon du Comblanchien. Toutefois cette
vision est
contestée par certains, qui voient les deux formations
superposées et séparées
par une discontinuité ; cette hypothèse demande à
être appuyée par de nouveaux
travaux, et il reste à trouver la barrière
protégeant le lagon comblanchien.
Le long de la vallée de la Saône (fig. 4) on a
décrit également de
Dijon à Beaune deux cycles superposés :
- la pierre de Dijon-Corton (20 m), équivalent du
Calcaire Grenu,
terminée par la discontinuité D2,
- la pierre de Ladoix (23 m), comprenant des récifs
à Spongiaires puis
des dunes oolithiques et bioclastiques, dans lesquelles les
stratifications
obliques montrent une progradation du Sud vers le Nord. Ces dunes
forment des
corps d'environ 500 m d'extension. Elles sont couronnées par la
discontinuité
D3, avec une surface d'érosion à huîtres,
correspondant à une lacune s'étendant
du Callovien moyen à l'Oxfordien moyen.
Quand on se dirige vers le Sud, ces deux séquences
carbonatées passent
au niveau de Chagny, exactement entre Ladoix et Jugy, à une
série marneuse
beaucoup plus complète.
L'épaisseur totale du Dogger (Bajocien à
Callovien) se réduit à 140 m
sur le Seuil de Bourgogne ; elle augmente fortement vers le bassin de
Paris,
atteignant 400 m sous la Champagne.
Dans le Mâconnais, le socle hercynien et sa couverture
secondaire sont
hachés en plusieurs panneaux, avec plusieurs axes cristallins,
principalement
le horst de Mont Saint Vincent et celui de Sennecy (qui se prolonge
sous la
Bresse vers le pointement du massif de La Serre dans les Avant-Monts du
Jura) :
au dessus, le Jurassique est découpé en panneaux
basculés tantôt vers l'Ouest,
tantôt vers l'Est, à pendage relativement fort.

Fig. 2 -
Carrière de
Saint-Martin-Belleroche ; pendage accentué des calcaires
à Entroques, dans le champ de failles de la Saône

Fig. 3 - Stries horizontales de
décrochement le long d'un accident N-S, Saint-Martin-Belleroche
La succession des phases tectoniques ayant provoqué
ces failles, est à
peu près reconstituée (Bergerat, 1985) :
- failles décrochantes "tardi-hercyniennes" au cours
du
Permien. Pendant le Jurassique leurs légers rejeux auraient pu
influencer
l'épaisseur des dépôts et les changements de
faciès, mais dans l'ensemble toute
l'Ere Secondaire est une période très calme.
- compression N-S à l'Eocène supérieur,
contemporaine de la surrection
des Pyrénées et des chaînes provençales :
dans le Mâconnais et la Bourgogne
elle se traduit par des failles décrochantes sénestres
SW-NE, et quelques unes
dextres, de direction SSE-NNW.
- au cours de l'Oligocène, pendant la subsidence du
bassin de la
Bresse, on note des failles normales d'extension sur la Côte d'Or
et dans le
fossé de la Loire.
- vers la fin du Miocène, lors du plissement et du
chevauchement du
Jura (et des Alpes), le Morvan et le Seuil de Bourgogne se
surélèvent à leur
altitude actuelle, et l'on note dans les rejeux de failles des signes
de
compression WNW-ESE.
Les mesures de contraintes actuelles effectuées dans
les carrières
(Paquin et al. 1978) démontrent qu'une compression NW-SE est
toujours en cours,
avec des contraintes horizontales de 11 à 24,5 bars. L'existence
de telles
contraintes, dans des zones tabulaires à grande distance des
chaînes
orogéniques, est une explication possible des diaclases qui
partout affectent
les bancs ; ces contraintes pourraient aussi avoir certaines incidences
sur
l'exploitation des carrières.
Dans plusieurs carrières de roches massives nous avons
remarqué des
fractures subhorizontales irrégulières, qui
s'expliqueraient par le relâchement
des contraintes au cours de l'érosion et du modelé du
relief.
Sur les plateaux du Seuil de Bourgogne, les failles
portées sur les
cartes géologiques sont moins nombreuses (noter que certaines
feuilles
anciennes ont été levées par des géologues
ignorant les failles), elles sont
d'orientation surtout N15 à N35°E, quelques unes N80°E,
ou N90°E (faille de Vittel).
Certaines s'étendent sur des dizaines de kilomètres. Le
simple examen des
cartes géologiques montre que certaines carrières sont
implantées juste sur des
failles (Magny, sur une faille régionale d'au moins 35 km de
long) ; une
tentative d'ouverture de carrière a été faite,
sans lendemain, exactement sur
la faille de Vittel.
Même sur les plateaux dépourvus de failles, la
fracturation est
omniprésente, résultant sans doute des compressions
tertiaires pendant la
formation des Pyrénées et des Alpes. A notre connaissance
aucune implantation
nouvelle n'a encore été basée sur une étude
structurale détaillée, prenant en
compte l'interprétation des photos aériennes et des
photos satellite.
- les éléments figurés,
comprenant
-
les oolites, à structure fibro-radiée ou
concentrique,
-
les bioclastes, fragments de fossiles plus ou moins arrondis.
Parmi eux
les encrines sont clairement visibles à l'oeil nu : on les
reconnaît à leur
cassure brillante, car elles sont formées d'un seul cristal de
calcite, et à
leur canal central. Les pierres d'Euville et de Pouillenay en sont
presque
entièrement formées.
-
les fossiles : Polypiers, Brachiopodes, Algues calcaires,
foraminifères
encroûtants (Nubéculaires, autrefois appelées
"oolites cannabines"),
Bryozoaires, Eponges calcaires, etc. Certains fossiles n'ont
laissé que leurs
traces de passage ou leurs terriers, comme dans le milieu
protégé du
Comblanchien.
-
la micrite : grains de calcite microscopique, dont la
provenance est
indiscernable au microscope. Elle est abondante à la
périphérie des récifs et
dans les lagons, provenant sans doute de la trituration des
récifs et des
barrières par les vagues, suivie d'un dépôt dans
les zones calmes.
- le ciment : dans les calcaires oolithiques et
bioclastiques,
les pores d'assez grande taille sont plus ou moins remplis de calcite
secondaire, qui a pu se déposer en plusieurs épisodes,
que l'on est capable
d'identifier au microscope, par exemple les ciments précoces
formés lors des
émersions ou ceux apparus pendant la compaction. Le degré
de cimentation est capital
pour les propriétés physiques des pierres.
La dolomite n'est pas très fréquente,
on en a déterminé
cependant en petites quantités dans les calcaires de
Comblanchien, de Premeaux
et de Ladoix, et dans les calcaires à entroques de Pouillenay.
Une dolomie a
autrefois été exploitée à Sampot.
La silice, dont l'existence est bien établie
dans la pierre de
Premeaux, n'a pas été recherchée dans les autres
roches, bien que sa présence
puisse être gênante lors du sciage.
La présence de pyrite est probable dans toutes
les pierres qui
prennent une couleur beige ou rouille par altération, tels les
"calcaires
bicolores" ; ce minéral pouvant se trouver finement
divisé, passe souvent
inaperçu (il faut une analyse chimique ou par rayons X pour le
reconnaître),
bien qu'il ait une importance considérable dans
l'altération des pierres.
On rencontre aussi dans l'Oolite blanche, des
traînées ferrugineuses,
correspondant à de la limonite déposée dans les
pores ; elles sont alignées
selon les stratifications obliques et les lits de coquilles, ou sont
disposées
en zones concentriques (Beaunotte rubané), résultant sans
doute de circulations
phréatiques.
I l'on considère les valeurs minimales, maximales et
la moyenne
de la porosité et de la résistance à la
compression, on constate que pour la plupart
des roches la dispersion n'est pas excessive, bien que dans la pierre
de
Ravières par exemple les valeurs de résistance
s'étalent entre 181 et 630 kg/cm2
; mais dans une même carrière les
propriétés varient considérablement selon les
niveaux (voir les Larrys de Cry
et Ravières, dont la porosité peut varier de 2,7 à
23 %).
Une seule roche est vraiment compacte, avec une
porosité inférieure à 1
%, le Comblanchien s. str.. Ensuite viennent les calcaires à
Entroques de Buxy
et de Saint-Martin-Belleroche (1 à 2 %), qui ont aussi les
mêmes emplois que le
marbre, et prennent le poli.
Toutes les autres pierres ont des porosités plus
élevées : entre 2 et
7,7 % (valeur correspondant à une densité de 2,50, limite
entre les pierres
marbrières et les calcaires selon la CATED) nous trouvons les
pierres de
Chassagne, Pouillenay, Larrys dur, Les Abrots, et Etrochey. Elles ne
prennent
pas le poli brillant, seulement l'adouci. Pour les calcaires de
porosité
supérieure, pouvant atteindre 22 %, l'emploi en extérieur
demande des
précautions.
Concernant la gélivité, peu de mesures
ont été faites
(résistance à 25 cycles pour le Beauvillon rubané
de Beaunotte, Etrochey,
Nuits-Saint-Georges et Saint-Martin-Belleroche, 46 pour Farges). On
sait que
même des roches compactes comme le Comblanchien sont sensibles au
gel quand ils
viennent d'être extraits, et donc saturés par l'eau de
carrière ; autrefois
l'extraction des blocs était arrêtée pendant
l'hiver, aujourd'hui on les
protège par un manteau de déblais. Par contre, une fois
entièrement séchées,
elles ne se saturent plus intégralement, et ne craignent plus le
gel. Dans les
roches plus poreuses, la sensibilité au gel dépend de la
taille des pores :
lorsqu'ils sont de grande taille, ils ne se remplissent plus d'eau, et
laissent
un espace libre pour la dilatation de la glace. Par contre dans les
roches
microporeuses, la saturation par capillarité peut approcher de
100 %.
A défaut de valeurs mesurées en laboratoire, l'observation des anciens fronts de taille des carrières renseigne sur la gélivité des roches : on constatera avec les photos 2 et 3 l'effet du gel sur l'Oolite Blanche. Cette formation n'affleure d'ailleurs presque jamais naturellement, recouverte qu'elle est par des débris résultant de sa fragmentation pendant les périodes froides du Quaternaire ancien.

Fig.
4 - Effets du gel des périodes
froides du Quaternaire sur l'Oolite Blanche à
Cry-sur-Armançon
Outre les problèmes de fracturation déjà
évoqués, qui diminuent
dramatiquement le taux de récupération dans certaines
parties des carrières,
nous rappellerons que les stylolites, ici presque tous dans le
plan de
stratification, peuvent sérieusement gêner l'extraction :
certains, de petite
taille et sans enduit argileux, ne forment pas des délits
limitant des bancs,
et contribuent à l'ornementation de la roche. D'autres, de plus
grande
extension, sont revêtus d'un enduit argilo-ferrugineux ; ils
s'ouvrent au
moment de l'exploitation, formant alors des délits naturels,
parfois trop
nombreux pour que l'on puisse obtenir de blocs de bonne
épaisseur. Ou bien ils
s'ouvrent plus tard sous l'effet du gel ou de produits d'entretien
comme l'eau
de Javel. Par contre, dans le cas des exploitations de "laves"
(dalles), la présence de stylolites rapprochés facilite
le délitage en petits
bancs.
La plupart des roches exploitées de nos jours sont
d'anciens sables
calcaires, formés de débris de fossiles ou d'oolites, de
taille millimétrique.
Ils ne doivent leur cohésion actuelle qu'à la cimentation
par de la
calcite, phénomène extrêmement variable, et
difficilement prévisible ; les
quelques études faites sur le Comblanchien (Purser), montrent
qu'il y a eu une
cimentation précoce, sans doute par suite d' émersions,
entraînant un lessivage
de l'aragonite initiale et une cristallisation de calcite. Puis
d'autres
cimentations se sont produites pendant la compaction, sous l'effet de
la pile
de sédiments s'accumulant au dessus, par dissolution aux
contacts entre grains,
conduisant finalement à la formation des stylolites, et
précipitation de la
calcite au voisinage. Des dissolutions et précipitations ont pu
enfin se
produire au moment de l'érosion, dans les nappes
aquifères en circulation ;
c'est sans doute lors de cette ultime phase que se sont formées
les auréoles
d'oxydes de fer que l'on observe par exemple dans le Beauvillon
rubané et le
Buxy rubané.
A Saint-Martin-Belleroche, la carrière Masson
(fig. 3 et 4),
proche d'une exploitation de concassés, entaille des bancs d'une
douzaine de
mètres, à stratifications obliques, un avec
pendage de 11° vers la plaine. C'est un calcaire
bioclastique,
comprenant des articles de Crinoïdes, de couleur beige
foncé. Les stylolites,
de couleur rouge brun, sont nombreux et forment souvent des
délits. De plus la
fracturation est abondante, surtout sous forme de décrochements
Nord-Sud. La
récupération est probablement faible, d'autant plus que
l'exploitation se fait
à l'explosif. L'entreprise transforme entièrement sa
production de blocs, pour tous
les usages du bâtiment ; le flammage, qui transforme la limonite
jaune en
hématite rouge, donne des couleurs intéressantes.
A Buxy, deux carrières exploitent un calcaire
similaire, sur une
dizaine de mètres d'épaisseur ; les stylolites forment
moins de délits (leur
adhérence est plus grande qu'à Saint Martin), et les
couleurs sont plus
prononcées : on trouve une couleur grise en profondeur, et une
couleur
brun-rouille en auréoles concentriques dans les parties
oxydées (fig. 5 et 6).
La pénétration de l'altération est
favorisée par un réseau dense de fractures
Nord-Sud. Les exploitants commercialisent les blocs de couleur uniforme
(gris
ou brun-rouille), tandis que les blocs trop franchement bicolores sont
rejetés.

Fig. 5 - Buxy
: le front de taille montre
la couleur bleue originale du calcaire, et les effets de l'oxydation
pénétrant par les fractures verticales
et les délits

Fig. 6 - Stratifications
obliques des calcaires à Entroques à Buxy
Dans la Côte d'Or, les calcaires à entroques de Pouillenay
sont
connus depuis le XIIIe siècle : exploités dans une grande
carrière au bord du
plateau dominant le village au SE, ils ont servi en construction et en
sculpture. Du fait de l'augmentation de la découverte, la
carrière à même été
étendue en souterrain au début du siècle ; cette
méthode a dû être abandonnée à
la suite d'effondrements du toit (fracturation trop rapprochée
pour la largeur
des chambres). L'exploitation en surface semble voir cessé en
1982. Ils
contiennent un peu d'argile et de dolomite.
D - Oolite Blanche
a - Mâconnais
A Chassagne l'Oolite Blanche, épaisse de 30 m
sous une
couverture de 15 à 20 m, est exploitée dans deux grande
carrières (Lardet et
Rocamat), par de grandes coupes au câble diamanté (fig.
7). Une faille N-S
traversant la carrière donne une zone
irrécupérable. La roche est un calcaire
graveleux, parfois oolithique, jaune beige. Les teintes et le grain
sont assez
variables selon les niveaux, d'où un grand nombre de
variétés, d'autant plus
que ces calcaires peuvent être sciés en passe ou en
contrepasse. Une
reconnaissance par forage carotté sous le plancher de la
carrière indique plus
de 20 m supplémentaires de roche exploitable.

Fig. 7 - Carrières de Chassagne, gradins découpés au câble diamanté
Commençant par le Châtillonais, nous trouvons
sur le plateau au NE de Beaunotte
un centre carrier très actif, avec 5 à 6 entreprises
exploitant une couche de 3
m, de pendage 2° NNW, sous une découverte de 2 à 4 m.
Il s'agit d'un calcaire
bioclastique massif, gris ou beige, entrecoupée de lits
coquilliers. Bien que
la porosité soit assez élevée et visible à
l'oeil nu (pas de valeurs connues ;
pour une densité de 2,4 à 2,46 la porosité devrait
être de l'ordre de 10%), la
roche est assez résistante, grâce à un ciment
sparitique qui lie les éléments.
Les fractures verticales (N160° prédominant) sont
régulièrement espacées,
d'environ 6 m : elles correspondent sans doute à des
décrochements, certaines
sont élargies en fissures karstiques. L'exploitation emploie
encore des
méthodes anciennes, avec abattage par forage et tirs (poudre
noire et cordeau
détonant), refente par forage et coins, équarrissage
parfois manuel (fig. 8).
Non loin de là, sur la commune d'Aignay-le-Duc, une nouvelle
carrière est en
voie d'ouverture, dans une zone à fractures verticales plus
serrées, liées à la
proximité de la faille SW-NE d'Aignay-le-Duc, avec joints de
décompression
subhorizontaux.

Fig. 8 - A
Beaunotte, masse
de 3 m découpée à l'explosif, et emploi de la
pique pour parfaire l'équarrissement
A Magny, une grande carrière exploite au
câble diamanté et avec
des haveuses une couche massive de 8 à 10 mètres, sous
une découverte de 10 m
(fig. 9). Le câble et les haveuses ne travaillent pas en
combinaison, mais dans
des parties distinctes de la carrière. Il s'agit encore d'un
calcaire
bioclastique très poreux (16-22%), avec pores de grande taille
plus ou moins
revêtus d'oxydes de fer, ce qui leur confère une couleur
beige à rosé, variable
selon les bancs et la situation dans la carrière. On remarquera
que la carrière
a été emplacée (au début du siècle
dernier) au long d'une grande faille
régionale de près de quarante kilomètres
d'extension, la faille de Saint Marc
sur Seine à Champ d'Oiseau, d'un rejet d'une vingtaine de
mètres vers le NW
(carte géologique au 1/50000 Montbard, 1990).

Fig.
9 - Découpe à la haveuse et au câble
diamanté à Magny
A Montmoyen deux petites carrières extraient
un calcaire
bioclastique à grain assez gros, de couleur beige-rosé,
à pores de grande
taille. La couche, horizontale, a 3 m d'épaisseur seulement;
elle est exploitée
au cordeau détonant. Au dessous se trouverait un calcaire plus
friable. Une
autre carrière a été ouverte à Vanvay, dans
une roche plus blanche et plus
friable, elle était inactive à notre passage.
Dans les environs de Chamesson, il n'existe plus
qu'une
exploitation active, celles de la Garenne et d'Ampilly ayant disparu.
La
carrière du Coteau (fig. 10) montre un front de grande hauteur,
sous une
découverte d'une quinzaine de mètres. La masse est
découpé au câble diamanté,
actionné par un moteur Diesel, en tranches de 2,8 m
d'épaisseur et d'une hauteur
impressionnante (11,5 m) ; une coupe de 15 m de large sur 11,5 m de
hauteur
demande seulement 18 heures (10 m2/h
environ). Les tranches sont basculées sur un tas de
déblais à l'aide de
coussins d'air et de vérins hydrauliques, que l'on descend au
fur et à mesure
du basculement. La découpe secondaire est faite par forages et
coins. Cette
roche est un calcaire bioclastique ou oolithique, avec lits riches en
fragments
de coquilles, et couleurs variables du gris au beige et au rose, avec
une
porosité variant de 11,6 à 18,8 %. Outre les fractures
verticales habituelles,
on note des fractures subhorizontales irrégulières, qui
pourraient être le
résultat de la décompression pendant l'érosion des
terrains superposés.

Fig. 10
- Vue d'ensemble de la
carrière de Chamesson, le front principal a environ 11 m de haut
Dans la vallée de l'Armançon, la région
de Ravières (Yonne) constitue
un autre centre d'exploitation de l'Oolite Blanche, moins actif qu'il
n'a été.
A Cry-sur- Armançon, la carrière de Larry du Bief
montre une belle masse
d'une douzaine de mètres, qui a été sciée
récemment en tranches de 2 à 2,6 m d'épaisseur,
mais se trouvait inactive lors de notre passage. C'est un calcaire
oolithique
et bioclastique massif, avec de grosses gravelles grises
espacées,
caractéristiques du faciès "Larrys" : cette roche, qui
était jadis
bien connue sur le marché, puis avait disparu, cherche
maintenant à se
réimplanter. On note des lits fossilifères, avec sections
de Brachiopodes, et
des stylolites pas trop rapprochés. Les fractures verticales,
bien qu'assez
espacées dans la partie récemment exploitée,
forment plus de deux familles, ce
qui diminue le taux de récupération.
La seconde carrière de Cry, celle du Moulin d'Arlot
(fig. 11), est
l'une des plus intéressantes carrières de Bourgogne par
la hauteur de son
front, qui atteint 58 m en deux gradins et expose l'oolite de
Ravière à la base
(26 m) et l'ensemble du faciès Larrys au dessus (32 m), plus une
découverte de
22 m (Comblanchien réduit plus Calcaires Bicolores). L'Oolite
Blanche de
Ravière, très gélive, fut exploitée en
premier (porosité 13 à 19%) ; puis sous
les éboulis qui la surmontent (nommés larrys en
patois local), les
carriers découvrirent des calcaires plus résistants, avec
des nuances variant
de banc à banc : ils furent vendus sous des noms très
divers, changeant selon
les bancs et les propriétaires, d'où une nomenclature
confuse, qu'il n'est pas
question de reprendre ici (voir Noël, 1970, fiches Larrys et
Ravières). Les
propriétés physiques des Larrys sont très
variables, avec une résistance à la
compression entre 488 et 1718 kg/cm2,
et une porosité de 2,7 à 23%. La reprise de cette
carrière est envisagée, mais
aucun travail n'a encore été réellement entrepris.

Fig.
11 - Carrière du Moulin d'Arlot à
Cry-sur-Armançon, dominant le canal de Bourgogne
Descendant la vallée de l'Armançon, nous
trouvons un peu avant Ravières
d'anciennes grandes carrières dans la Combe aux Epousées,
puis une carrière active
juste au dessus de Ravières (Saint Nicolas), et une
autre abandonnée au
NE. La carrière de Saint Nicolas exploite au câble
diamanté un niveau de 8 m
d'épaisseur d'Oolite Blanche, assez tendre, à
stratifications obliques, se
subdivisant en 7 bancs.
A Chassignelles, l'ancienne carrière
Fèvre de la carrière des
Abrots (fig. 12) montre une douzaine de mètres de la partie
supérieure de
l'Oolite Blanche, ici appelée pierre de Chassignelles et
équivalent latéral du
Larrys, puis 4 m de calcaires plus fins, appelés bancs d'Ancy le
Franc et banc
des Abrots, équivalents probables du Comblanchien, très
réduit dans la vallée
de l'Armançon. Chacun des bancs de la pierre de Chassignelle a
reçu des noms
différents (Chassignelle, Chanteuil, Valreuil, Villefort..), ils
possèdent des
propriétés variables, témoignées par des
porosités allant de 0,38 à 18,8%. La
carrière parait n'avoir qu'une activité épisodique.

Fig. 12 -
Anciens Etablissements
Fèvre à Chassignelles
Sur les plateaux à l'Ouest de l'Armançon,
l'Oolite est exploitée
activement à Bierry-les-Belles-Fontaines, sous le nom de
pierre
d'Anstrude (ancien nom de Bierry avant 1848) : la masse de calcaire
bioclastique beige clair est découpée au câble
diamanté sur 8 à 12 m de haut en
tranches de 1,2 m (qui en tombant de trop haut se brisent en multiples
fragments). Cette roche très poreuse, a des pores de petite
taille, ce qui la
rend très gélive, comme le montre le détachement
d'écailles sur les fronts
abandonnés depuis quelques années (photo 3).
Un peu plus à l'Ouest, la carrière de Massangis
(Vaurion) (fig.
13) comporte deux fronts de 8 et 12 m. On y remarque de grandes
stratifications
obliques, soulignées par des zones plus colorées (zones
plus poreuses colorées
par les oxydes de fer). La roche, d'une couleur beige beaucoup plus
foncé qu'à
Bierry, a une porosité plus faible, mais de plus grande taille,
ce qui devrait
diminuer sa gélivité.

Fig. 13 -
Ancien pont roulant et treuil
mécanique à Massangis
Précédée par l'extraction d'une pierre
rose à Ladoix au XVIIIe siècle,
qui servait à la construction de cheminées,
l'exploitation à Comblanchien a
débuté avec le XIXe siècle : les premiers baux
furent signés en 1807 et 1811
(Gadille, 1968). Elle s'est rapidement développée quand
la construction de la
voie ferrée du P.L.M. permit à partir de 1843 des
transports bon marché à
grande distance. La production commença sous forme de pierres de
taille, puis
sous le Second Empire la mécanisation autorisa le sciage de
tranches. On
comptait 325 ouvriers en 1912, et jusqu'à 1000 en 1919 pour les
besoins de la
reconstruction. La production de roches marbrières s'affirma
à partir de 1925,
avec des expéditions en Belgique et en Allemagne. Dans les
années 60 on
dénombrait 640 ouvriers, 27 carrières produisant 28000 m3 par an, et dix usines.
Cependant le déclin commença en 1970 :
l'épaisseur de terrains à
découvrir augmentait de manière inquiétante, en
même temps que le rendement de
carrière diminuait (40% en 1963, 25-30% en 1980) et que la
concurrence
italienne (calcaires de Trani notamment) se faisait douloureusement
sentir. Il
ne semble pas que des études géologiques aient
été faites pour localiser des
réserves dans une zone moins faillée, et sous une
couverture plus modérée.
Actuellement l'activité principale est
concentrée dans les carrières
communales de Comblanchien (fig. 14), où travaillent quatre
exploitants
(Pierres de Bourgogne, Loichet, Carrières et Marbreries de
Comblanchien,
Rocamat) ; la partie supérieure du Comblanchien est
dégagée avec la couverture
dans les carrières du Nord, elle est produite sous le nom de
"granités" dans les carrières du Sud. La masse
principale, qui se
divise en bancs de 0,4 à 1,5 m, est sciée au câble
diamanté, sur une hauteur de
10 à 14 m, en tranches primaires de 2,5 à 2,7 m de large
; les forages sont
effectués par des wagon drills, l'un des carriers est
équipé en marteaux fond
de trou. Le havage, qui a été beaucoup utilisé,
est en voie d'abandon à cause
du temps nécessaire au réaffûtage des outils (tous
les 35 m2).
Les fractures sont nombreuses, parallèles à la
faille de la Saône
(N50°), mais aussi perpendiculaires (N135-N160°). Les
déblais sont en grande
partie concassés sur place.
Une autre exploitation se trouve à Ladoix. Celles de Corgoloin (carrières Barbet et Javelle, marquées par deux gros tas de déblais) sont abandonnées. De même dans la vallée à l'Ouest de Nuits Saint Georges, les carrières de La Serrée et de Villars-Fontaine ne produisent plus de blocs.

Fig.
14 - Carrières communales de
Comblanchien, montrant les niveaux exploités à la base,
le Comblanchien fracturé au dessus (blanc), la pierre de Corton
(brune), et les marnes bleues calloviennes
La pierre de Ladoix, située au dessus de celle de
Corton, ne fournit
plus que des dalles rustiques dans deux carrières sur le plateau
dominant
Corgoloin (fig. 15). Ce sont des calcaires oolithiques à
bioclastiques, riches
en Bryozoaires, en petits bancs séparés par des joints
stylolitisés rouge brun
à violacé (oxydes de fer et de manganèse) ; les
stratifications obliques
indiquent une migration de dunes sous-marines du Sud vers le Nord. Ces
dalles
sont vendues sous le nom de "laves de Bourgogne" pour des pavages en opus
incertum ou des murettes ("pierres mureuses").

Fig. 15 -
Carrière de "laves"
à Corgoloin, calcaires oo-bioclastiques et petits bancs à
stratifications obliques
La carrière de Buffon produit la roche
appelée Saint Corneille.
D'une épaisseur de 10 m, elle est entrecoupée selon
Floquet et al. par quatre
discontinuités internes (surfaces perforées). C'est une
calcarénite poreuse,
beige à jaune, à zones grises, à grain assez gros,
et ciment incomplet de
calcite hyaline. Une autre carrière, stratigraphiquement plus
basse, extrait
une oolite très poreuse.
Enfin à Etrochey, le calcaire du Callovien
inférieur, à
oncholites, grands Gastéropodes et Lamellibranches, était
exploité sur environ
5 m d'épaisseur (bancs de 0,5 à 1,2 m). La principale
carrière est transformée
en usine, il subsiste une carrière artisanale, produisant un peu
de pierre de
taille et surtout des dalles pour murettes.
Dans la région de Tournus (photo 22), l'Oxfordien a
fourni des
calcaires oolithiques blancs ou roses à Préty
(près de Lacrost sur la rive
gauche), Givry et Les Fontaines, sans compter les carrières
antiques de
Saint-Boil où étaient taillés des sarcophages. Les
carrières au Nord de Givry
produisaient une intéressante oolite rose, en bancs
malheureusement trop
minces, elle s'est convertie au concassage. Dans la carrière des
Fontaines,
qui montre quatre mètres d'oolite blanc crème assez
cimentée, on note une
tentative de reprise marquée par une coupe au fil.
Dans l'Yonne, l'Oxfordien supérieur (autrefois
appelé Séquanien),
fournit des plaquettes et dalles de 3 à 10 cm dans deux
carrières proches de Tanlay
(Saint-Vinemer et La Vaulineuse), ainsi que dans de nombreuses
carrières sur la
commune de Molay (8 entreprises sur plateau dominant le village
d'Arton). Ce sont des calcaires jaunes, fins à
sublithographiques, se débitant
en plaquettes, qui sont commercialisés sous le nom de Pierre de
l'Yonne et
servent à faire des murettes et des dallages rustiques.
Le Portlandien inférieur enfin contient une couche
d'oolite poreuse,
épaisse de 3 à 4 m, produite dans les carrières
souterraines de Savonnières et
Brauvilliers : mais on se trouve là dans la Meuse, en dehors de
notre sujet.
L'abattage est encore réalisé par forage
et explosif dans nombre
de petites carrières ayant un front de faible hauteur. Par
contre les grandes
carrières se sont toutes converties au câble
diamanté, avec des coupes de
grande hauteur : à Chamesson on nous a cité une coupe de
15 m de haut sur 12 m
de longueur, réalisée à une vitesse de 10 m2/h.
Les tranches primaires ont souvent 2,8 m de large ; on se dispense de
coupe à
la base, car on tire parti des délits. Les tranches sont
basculées avec des
coussins d'air puis des vérins, et tombent sur un tas de
déblais ; les hauteurs
excessives de coupe ont cependant l'inconvénient de créer
de nouvelles
fractures au moment de la chute. Dans les carrières trop
délitées ou
fracturées, au lieu de basculer les tranches, on les
démantèle à la pelle
hydraulique.
L'emploi des haveuses se restreint à Comblanchien, du
fait des
nécessités du réaffûtage ; à Magny
cependant trois haveuses de 3,25 m sont en
pleine activité. Nous n'avons pas constaté d'emploi
simultané du câble diamanté
et de la haveuse (cette dernière pour la coupe de base), comme
on le voit dans
d'autres pays.
L'équarrissement se pratique de manière
traditionnelle, par
forages et coins; nous n'avons pas vu d'éclateuses hydrauliques,
ni de machines
d'équarrissage à marteaux multiples. Parfois
l'équarrissage est encore fait
manuellement à la masse à deux tranchants (Beaunotte,
photo 10).
Le problème de l'épaisseur croissante de la couverture
est
critique, en particulier à Comblanchien où certaines
carrières doivent dégager
47 à 52 m de terrains pour exploiter une couche de 6 m. Cette
découverture
devient très coûteuse ; ce coût est amoindri quand
les couches présentent les
qualités voulues pour être concassées. Autrement
les carriers sont contraints
d'amonceler d'énormes tas de déblais, quand ils disposent
de suffisamment de
place.
Les propriétés physiques et les couleurs
varient d'un banc à l'autre
dans beaucoup de carrières, il en résulte une
prolifération de dénominations
commerciales, d'autant plus que dans des carrières
contiguës, les
exploitants ont une nomenclature différente des bancs. Choisies
par les
exploitants pour individualiser leur production, il n'est pas certain
que la
multiplication des dénominations commerciales pour les
mêmes roches favorise la
promotion de la production régionale.
Mais surtout des variations de couleur affectent un
même banc selon
l'état d'oxydation des minéraux contenant du fer : c'est
le phénomène du bicolorisme,
dans lequel le centre des blocs est gris ou bleu, et le cortex beige ou
ocre.
Il est attribuable vraisemblablement à la présence de
pyrite, qui s'oxyde en
limonite au voisinage des fractures ; la présence d'un double
couleur procure
parfois un intérêt ornemental, mais souvent elle conduit
à rejeter une partie
de la production.
Beaucoup des calcaires de Bourgogne sont entrecoupés
de stylolites,
certains ne compromettent pas la résistance de la roche,
d'autres donnent des
délits qui limitent l'épaisseur des blocs, ou peuvent
s'ouvrir sous l'effet du
gel ou des produits d'entretien. Parmi les ateliers de transformation,
on rencontre beaucoup d'installations anciennes, avec des châssis
à 10 ou 12
lames, et quelques unes plus modernes comme les usines Rocamat de
Corgoloin et
de Ravières, avec respectivement 8 et 9 châssis à
lames diamantées. Par contre
il n'existe pas d'entreprises spécialisées en extraction,
en sciage ou en
polissage, comme on le voit en Italie et ailleurs : toutes les
entreprises
veulent assumer la totalité des opérations, de la
carrière au polissage, avec
souvent en plus un atelier de marbrerie traditionnelle ou de taille.
Les ressources en pierres calcaires de la Bourgogne
sont encore
immenses, nous pensons en particulier à l'Oolite Blanche, du
type Beaunotte ou
Magny, qui lorsqu'elle est cimentée de manière convenable
trouve actuellement
de beaux marchés en revêtements de façade.
Cependant le problème de la
fracturation est aussi d'importance primordiale ; nous avons
cité le cas de
carrières implantées sur des failles, ou dans des champs
de failles, et nous
savons que l'intensité de la fracturation est le principal
facteur
conditionnant la récupération. Il est bien rare que des
sondages carottés aient
été réalisés à l'arrière du
front d'exploitation pour évaluer les réserves et
la qualité de la roche. Les nouvelles exploitations se
contentent, par mesure
de prudence, de reprendre d'anciennes carrières, de s'installer
à proximité de
carrières ayant eu un succès, ou bien s'installent un peu
au hasard, quitte à
trouver une roche très fracturée une fois la
découverture faite.
Malgré la demande actuelle en pierres calcaires, il
n'y a pas eu non
plus de reconnaissance systématique des possibilités de
la Bourgogne et du
Mâconnais en vue d'implanter de nouvelles carrières : on
trouve par exemple un
département comme la Haute Marne, a priori bien situé,
qui ne comporte aucune
exploitation actuelle. Dans ce domaine de l'exploration des
roches ornementales,
bien négligé en France par comparaison à
l'Espagne, au Portugal ou à la Grèce,
les techniques récentes de la géologie structurale
aideraient à sélectionner
les zones à plus faible densité de fracturation.
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